CHAPEAU MELON & BOTTES DE CUIR - The Avengers

Chapeau Melon et Bottes de Cuir
HORS SERIE

 

1/2. NOUVELLE GÉNÉRATION
 (NOTHING IMPORTANT HAPPENED TODAY)


 

Alors que les X-Files doivent faire face au traumatisme provoqué par le départ de David Duchovny, la série semble, à l’issue d’une saison huit fort relevée, disposer des atouts nécessaires pour perdurer. Elle bénéficie ainsi d’un nouveau duo solide et déjà fort bien entré en lice, avec John Doggett et Monica Reyes, et d’une Scully répondant toujours à l’appel.

Hélas, Chris Carter et son équipe, qui avait su précédemment répondre à la sollicitation de la FOX pour une saison supplémentaire, semblent perdre quelque peu la main et marquer un certain épuisement, bien compréhensible. La Mythologie ne parvient pas à sortir de l’ornière observée durant Essence : William s’avère une déception perpétuelle, les Super Soldats demeurent totalement hors sujet dans l’univers des X-Files et Krycek se voit remplacé par le fade Follmer.

Malgré le talent de ses interprètes, le nouveau couple ne dispose ainsi que d’un cadre bien terne pour développer sa relation d’autant que la présence de Scully, au rôle certes bien moins relevé que naguère, entrave cette mise en place. La difficulté de renouveler l’inspiration se retrouve également dans les Loners, souvent décrits moins aboutis qu’auparavant, même si le duo Doggett/ Monica parvient à distiller de grands moments. Le public ne s’y trompe pas et, après l’accalmie observée durant la saison 8, déserte désormais en masse (l’audience retombe au niveau des deux premières saisons).

En définitive, le couperet finit par tomber sur une série n’ayant su survivre à l’éclipse de son personnage fondateur. Ainsi, s’achève une longue et merveilleuse odyssée accomplie dans les contrées de l’Étrange, en compagnie d’un couple de héros parmi les plus denses et enthousiasmants jamais admirés dans une série télé. En attendant I want to believe !

Commençons donc par analyser ce double épisode d'ouverture.

À l'époque de William le Boulet, des Supers Soldats ineptes et des Loners décrépis, une série en plein désordre demandait un Héros. Alors survint Shannon, une prestigieuse Princesse Soldate issue du cœur des océans. Combat... Passion... Danger... Par son courage, Shannon changera la face des X-Files !

En fait non, pas du tout. Si la présence d’une Lucy Lawless visiblement recrutée pour créer une attraction en début de saison apparaît bien comme le point saillant de l’épisode, force est de constater qu’à part une mise en bouche prometteuse l’actrice n’accomplit rien durant la première partie, hormis quelques apparitions répétitives. Elle demeure néanmoins spectaculaire, même dépourvue de tenue entremêlant cuir et métal…

Cette traversée insipide (et pour l’heure totalement incompréhensible) de l’épisode ne dénote pas vraiment, tant celui-ci se caractérise par une vacuité inédite pour un double Mythic. Nos héros passent l’essentiel de leur temps à brasser de l’air sur des considérations diverses et variées, tandis que l’enquête (si on peut appeler ainsi cette intrigue totalement en apesanteur) se déroule selon un rythme désespérément long, accumulant les clichés.

On se trouve tout de même devant du vu et revu à satiété durant l’époque Mulder (Skinner de nouveau prudent, Doggett en rebelle exalté, article anonyme laissé devant la porte…), d’où une lassitude et le regret que Dogget et Monica ne fassent pas entendre leur propre musique. Brad Follmer, le nouvel adversaire récurrent, incarné avec talent par Cary Elwes (Princess Bride, Saw…), se montre certes ondoyant et visqueux mais absolument dépourvu de la sombre aura d’un Krycek. Ses scènes communes avec les héros n’ont hélas plus l’intensité des confrontations de jadis.

Pendant ce temps, Scully fait la maman et joue les utilités tout en s’enfermant dans un déni assez crispant concernant l’"Enfant Jésus". Déjà elle n’intervient que minimalement dans l’affaire en cours, avec notamment une autopsie consternante de banalité… Le plus affligeant reste tout de même la disparition soudaine de Mulder. Non seulement elle n’était pas annoncée, ni même prévisible dans Essence, mais on reste proprement confondu de découvrir qu’il en va pareillement ici ! Après huit années Mulder a tout simplement fait ses valises et s’en est allé au long des grands chemins de l’Amérique. Que le motif en soit dissimulé à Doggett est une chose, que le spectateur se voit logé à la même enseigne en est une autre.

Ce flou irritant et cette inaction globale n’interdit pas quelques rares instants divertissants, notamment autour de Monica, qu’elle découvre les crayons de Mulder, ou se trouve confrontée à un Frohike aussi égrillard que de coutume (encore un bec !). On remarque d’ailleurs que Monica démontre d’entrée une rare élégance (les premières tenues de Scully disparaissent dans un oubli miséricordieux) et que sa brune chevelure a bien vite poussé en 48 heures... Mais tout ceci paraît bien accessoire, tant l’impression d’inanité persiste devant cette première partie qui aurait pu être amputée de moitié sans difficulté aucune, tant l’intrigue en ressort indigente.

Après un cliffhanger tout de même plus relevé que celui d’Essence/Existence, la seconde partie manifeste un tantinet plus d’énergie, avec l’entrée en scène de Rohrer, toujours joué efficacement par Adam Baldwin. Hélas ! après l’évolution de Scully et de William, c’est une autre des tendances négatives initiées par le précédent double épisode qui se confirme ici. En effet, les Super Soldats, outre la perte de subtilité qu’ils véhiculent, apparaissent tout simplement trop puissants dans le cadre de l’univers des X-Files. Essence avait déjà fait fort avec un Billy se reconstituant à partir d’une unique vertèbre métallique, mais ici les Super Soldats se confirment indestructibles et invincibles, au point d’interdire tout issue crédible pour les héros. La série finira d’ailleurs par leur sortir du diable vauvert un point faible (très kryptonite…) pour équilibrer un peu les choses…

On a franchement l’impression que l’esprit fécond et pénétrant de Chris Carter  travaille désormais au petit bonheur dans cette nouvelle saison imposée. Tout comme dans Nouvelle génération, où l’intrigue continue à joyeusement s’éparpiller avec cette histoire de Chloramine et cette nouvelle version, encore une, de l’origine de William encore une fois sans conclusion établie. Trop c’est trop, on finit par décrocher face à ces X-Files nous faisant du Lost.

Hormis quelques prouesses martiales, Shannon demeure bien effacée, ne permettant à la talentueuse Lucy Lawless de se mettre en avant. De fait, elle apparaît autant utilisée à contre emploi que son complice de Xéna, Bruce Campbell, dans Pauvre diable. Doggett et Monica  continue dans le sillon de la première partie, tandis que Scully persiste dans l’insignifiance. Le plus irritant reste l’explication fournie à propos de la soudaine disparition de Mulder : celui-ci aurait pris la poudre d’escampette parce que sa présence serait une menace pour William et Scully ! On imagine un peu la chose, alors que les Super Soldats viennent de se montrer passionnés par l’Enfant du Miracle et pas du tout par lui ! Et puis il est bien connu que prendre la fuite constitue la manière la plus efficace de protéger ses proches… On se situe ici dans le ridicule et l’on regrette clairement la solution certes dure, mais tellement plus cohérente, retenue dans Requiem.

La mise en scène de Wharmby ne suffit pas à renverser la tendance, d’autant que les dialogues ne brillent pas particulièrement. En fait le seul vrai point positif de l’épisode (hormis la chute amusante concernant William, l’ébahissement de Monica découvrant les aspects si particuliers des Affaires Non Classées et le clin d’œil des Lone Gunmen à l’annulation de leur série) provient de là où on l’attendait le moins : Kirsh gagnant enfin en épaisseur et en complexité.

Nothing important happened today [Rien d'important ne s'est passé aujourd'hui], dont on louera la parfaite adéquation du titre, s’impose comme la plus faible introduction de saison de toute la série et confirme, hélas ! toutes les appréhensions exprimées à l’occasion d’Essence (épisode devant lequel on restait déjà interdit). La question reste de savoir s’il s’agit d’une difficulté passagère à relancer la Mythologie dans cette saison une nouvelle fois imprévue, où si l’épuisement se révèlera plus profond.

Lucy Lawless était censée revenir comme personnage récurrent de la saison, mais tomba enceinte après le tournage de l’épisode, décidément… Le générique est de nouveau modifié, avec principalement l’incorporation des badges de Monica et (enfin !) de Skinner, à qui la série rend in extremis l’hommage qu’il mérite.

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3. DAEMONICUS
(DAEMONICUS)


 

— Dr Dana Scully. I have just been assigned to the Academy as a forensic investigator. For the past eight years I was part of a unit known as the X-Files. Some of you may have heard of it ?
 — You ever slay a vampire ?

Cet épisode, écrit et réalisé par Spotnitz, tout en présence du Mal, esthétisme (jolies transitions) et ressenti extralucide de Monica, évoque puissamment MillenniuM, série à laquelle est d’ailleurs faite une référence directe avec l’image du serpent se mordant la queue, évoquée deux fois. Ceci donne un vrai ton, de plus agissant selon un mode opératoire proche d'I want to believe, assez logiquement puisque ce film se situe également dans une atmosphère sombre et morbide similaire aux aventures de Frank Black. On retrouve ainsi un personnage au passé criminel, guidant les enquêteurs via des visions conduisant aux cadavres des victimes, avec à la clef des scènes de confrontations psychologiques où Doggett, comme plus tard Scully, se verra confronté à des vérités dérangeantes.

Mais la comparaison s’arrête là tant ces dialogues apparaissent moins relevés et subtils que lors des scènes réunissant Scully et le Père Joseph. On en reste ici à un argumentaire travail du type « Vous êtes jaloux, vous n’avez pas la classe de Mulder », ou « C’est surtout votre collègue qui vous intéresse dans votre travail ». Tout ceci paraît assez vain, malgré le jeu convaincant de James Remar (Dexter, Jericho, Sex and the City…).

De plus la recherche à tout crin de l’esthétisme fonctionne de prime abord, mais son excès finit par lasser, d’autant que certains effets rebattus apparaissent assez criards (ces nuages…).  Au-delà d’une conclusion très prévisible, on reste également gêné par la primauté accordée ici au policier sur le fantastique, l’affaire se résolvant avant tout par une manipulation et un pouvoir de suggestion rappelant la Folie à deux évoquée avec autrement plus de brio naguère. Par ses visions se révélant finalement inopérantes sur l’enquête et un commentaire final assez artificiel, Monica tente bien d’apporter la caution paranormale indispensable dans les X-Files, mais ceci demeure périphérique. Et, très clairement, on a connu les artistes en maquillage de la série beaucoup plus inspirés qu’ici. Fort heureusement la musique de Snow demeure comme toujours irréprochable.

De fait, on apprécierait que Monica s’affirme un peu plus devant Doggett. Incarnant l’ouverture d’esprit caractéristique de la série dans le nouveau duo, il demeure frustrant de la voir manifester un tel suivisme face à son partenaire qui tient ici très clairement les commandes.

Pendant ce temps Scully, devenue professeur à Quantico, s’installe dans sa position secondaire, comme expert scientifique lors d’autopsies aussi plates et communes que celles des Experts ou dispensant un coaching de quatre sous à Monica (« Suivez votre instinct ») ainsi qu’à Doggett (« Recherchez la vérité ! »). On remarquera que, tout en ayant un emploi à temps plein et élevant William en mère célibataire, elle dispose visiblement de beaucoup de temps libre. L’épisode a finalement une vraie dimension surnaturelle.


4. 4-D
(4-D)



 

Le vaste thème des univers parallèles (également nommés univers miroirs, comme le rappelle celui de Monica ou la référence à Star Trek) avait déjà été abordé dans le formidable Triangle, mais l’angle retenu ici s’avère tout à fait différent. Au lieu d’un monde baroque et fantasmé, nous découvrons une dimension rigoureusement identique à la nôtre, mais où un tueur en série a la faculté de pénétrer pour y perpétrer ses crimes avant de revenir ici pour y vivre en toute quiétude. Cette excellente idée se voit lancée avec efficacité par une surprenante introduction, avant d’être intelligemment exploitée avec l’éclipse du « vrai » Doggett par celui de l’autre monde.

L’intrigue, centrée avec bonheur sur Monica, sait sans cesse relancer l’intérêt grâce à des scènes très émotionnelles, émouvantes ou divertissantes : discussions entre le « faux » Doggett et Monica via le dispositif informatique, le départ particulièrement émouvant de celui-ci (hélas ! les scènes hospitalières vont se multiplier au cours de la saison), l’évocation de la thèse de l’Au-delà, avec une référence à Beyond the Sea, l’inénarrable mère de Lukesh…

Alors certes, la toujours suprêmement élégante Monica sort bien vite la solution de l’énigme de son chapeau, avec une compréhension qui aurait même paru soudaine chez Mulder. Mais grâce à l’espace ainsi libéré, l’habile Steven Maeda (41 épisodes à son actif, et une belle carrière par la suite, notamment sur Lost) trousse un portrait particulièrement intense de Lukesh, un serial killer réellement insoutenable. Rarement un « Monstre de la semaine » aura autant mérité cette appellation ! Dylan Haggerty , totalement immergé dans son rôle, s’avère réellement glaçant. Par sa ruse et l’effroi qu’il dégage, Lukesh participe pleinement à l’intensité dramatique sans faille de l’épisode. On apprécie également l’absence de surenchère d’effets spéciaux. Les paradoxes de la conclusion ne seront pas explicités, tant pis…

Monica s’installe à Washington, ce qui nous vaut une scène fort plaisante et déjà comme intime avec « John », d’autant que les deux collègues sont passés au tutoiement. Malheureusement à la fin de l’épisode on se demande avec perplexité qu’elle a été l’utilité réelle de Scully…

4-D fait référence à la Quatrième Dimension, théorie physique explicitant les univers parallèles, mais aussi grande série de Science-Fiction contenant un épisode au thème particulièrement proche : The Parallel (saison 4).

 

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5. LE SEIGNEUR DES MOUCHES
(LORD OF THE FLIES)



 

Nous les avions oubliés tout au long d’une saison 8 marquée par un retour très net aux fondamentaux de la série : revoici les épisodes décalés ! Celui-ci débute excellemment, avec une excellente satire de Jackass (diffusée depuis 2000 sur MTV, également chaîne de Pimp my ride… ) et consorts, l’on ne s’y immerge pas aussi puissamment que lors de X-Cops mais la scène reste amusante.

L’épisode suit cette veine humoristique avec talent grâce à plusieurs effets réussis (Scully appelée en renfort quand les bleus sont perdus, clin d’œil à la FOX, « pouce de la mort » en clin d’œil à la Parker Lewis…) puis le filon s’épuise. L’humour se raréfie jusqu’à disparaître quasi totalement, seul subsistant le numéro de bourdon de Rocky autour de Scully, répétitif et vite lassant.

Progressivement se met en place un second épisode beaucoup plus rebattu et prévisible, lesté des mêmes défauts observés dans À toute vitesse : lycéens sans relief et trop classiques, interprétation peu relevée, schémas amoureux mille fois vus ailleurs. Même les effets spéciaux, certes réussis, restent exactement les mêmes que ceux observés, en mieux, avec les abeilles de naguère. L’épisode progresse bancalement entre deux tonalités différentes, dont aucune n’a l’espace nécessaire pour convaincre pleinement.

Cet essai de relancer ce grand et fécond courant des X-Files que furent les épisodes décalés paraît finalement avorté malgré une conclusion poétique bienvenue. Un constat bien attristant car constituant un indice supplémentaire d’un certain épuisement de la série.

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6. NE FAITES CONFIANCE À PERSONNE
(TRUST NO ONE)



 

L’épisode débute par une mise en scène visuellement somptueuse où différents extraits d’histoires précédentes sont présentés comme un album de photos que Scully utiliserait pour présenter son père à William. Les images sont splendides mais l’effet se voit considérablement gâché par un commentaire totalement creux et lénifiant. Ceci dit cela ne représente qu’un handicap mineur car on cesse bien vite de s’y intéresser pour s’amuser à reconnaître les épisodes présentés dans ce mini clip-show.

On reste tout de même atterré de constater que le récit se poursuit sur le même ton larmoyant à travers un échange épistolaire sur le net entre Mulder et Scully. La relation entre les deux personnages, qui nous a valu tant de grands moments par le passé, reposait beaucoup sur la magie du couple d’interprètes. Désormais seule, Gillian Anderson ne peut y pallier uniquement par son talent, surtout quand l’émotion revêt de tels gros sabots. Il demeure également étonnant de voir  deux personnages aussi rompus aux complots et à la paranoïa tomber dans le travers des hackers débutants en utilisant des pseudonymes aussi reconnaissables : Trustno1 et Queequeg, difficile de faire mieux…

Plus grave, on discerne ici le même sentiment qui nous envahira tout au long du récit cousu de fil blanc qui s’ensuit : le désir manifesté de continuer à exploiter envers et contre tout le personnage de Mulder, malgré l’absence de son interprète. Non seulement cela ne peut fonctionner correctement mais cela exprime un certain désarroi, avec un repli identitaire concomitant, face à cette Mythologie incapable de trouver un second souffle convaincant et devenue, bien davantage que les loners, la faiblesse majeure de cette saison.

Au lieu de bâtir on préfère recycler le passé au-delà toute raison, tandis que l’on perd un temps précieux qui aurait pu servir à développer davantage les personnages de Doggett et Monica, ainsi que leur relation. La série semble de fait avouer d’elle même qu’elle n’a plus d’avenir. L’inanité de cette excroissance de la Mythologie que constituent les Super Soldats se trouve confirmée avec cette arme minérale vraiment miraculeuse. À quoi bon les définir tellement puissants pour leur donner ensuite un talon d’Achille aussi énorme, à part une scène offrant des effets spéciaux spectaculaires ?

Il eut été bien plus fin de rendre l’affrontement davantage possible, ouvrant des possibilités d’action plus variées et convaincantes à nos héros, sur le modèle des Envahisseurs. Mais la subtilité paraît bien avoir déserté l’inspiration de nos auteurs qui ne progressent plus que par recherche de l’effet choc (on en reparlera lors de The truth).

Le seul point positif reste l'enthousiasmante interprétation, renforcée par une participation comme toujours admirable de Terry O’Quinn. Celui-ci accomplit sa troisième remarquable performance de la série (en y adjoignant Fight The Future), ce qui fait de lui l’un des guests les plus précieux des X-Files (sans même compter MillenniuM et Harsh Realm, auxquels il apporte tant). On ne peut que regretter qu’il incarne ici un personnage bien proche de la caricature. On notera également des inserts de nouveaux marqués pour les sponsors coutumiers de la série (montres et informatique…).

Un épisode calamiteux, quasi suicidaire.

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7. AMNÉSIE
(JOHN DOE)



Cet épisode visuellement somptueux retrouve les accents de la grande réussite de Triangle. En effet, Doggett, qui dans une posture très hitchcockienne a perdu la mémoire, pénètre dans un Mexique fantasmé tout comme Mulder jadis dans une Seconde Guerre mondiale à la Indiana Jones. La très inspirée Michelle Maxwell MacLaren  (productrice au long cours de la série, effectuant ici son unique réalisation) donne à cette aventure l’aspect d’un rêve par des effets lumineux oniriques et chatoyants, encore accentués lors du songe dans le songe que constituent les réminiscences de Doggett à propos de son fils (sa femme est interprétée par la propre épouse de Robert Patrick, Barbara).

Toujours aussi audacieux, Gilligan décrit un Mexique archi caricatural (policiers corrompus et brutaux, soleil, poussière, misère, toute puissance des Cartels…) que la dimension de fantasme justifie, loin de tout racisme, comme le démontre par ailleurs El Chupacabra.

L’immersion se révèle totale pour le spectateur, d’autant que Gilligan pousse son talent jusqu’à écrire son histoire exactement comme on vit un rêve : accélération de l’intrigue (via ces sauts dans la chronologie) et raccourcis aussi saisissants qu’illogiques. Ainsi il n’est nulle part expliqué comment Monica retrouve Doggett, une impasse se justifiant parfaitement dans le tour de force de l’épisode. Le scénario montre de nombreux trous béants similaires, mais Gilligan joue avec le feu selon un art consommé. Les démarches de Monica et d’une Scully vraiment réduite à l’état de vestige évoquent également les tentatives de cette dernière dans Triangle. Les retrouvailles avec Doggett signifient le retour au réel, avec une disparition éloquente des effets lumineux..

Cette « Hispanidad » de l’épisode lui  confère d’ailleurs un vrai cachet, ainsi qu’un intérêt encore accru. On éprouve un vif plaisir à écouter tous ces riches accents mexicains et sud-américains, mêlant leurs savoureuses sonorités à la luminosité du castillan. Les différents acteurs hispaniques apparaissent tous épatants ! Jamais on aura entendu parler autant Espagnol dans un épisode des X-Files, et l’on s’en régale sans retenue. Le sorcier local vaut aussi le coup d’œil. De même on se réjouit de voir enfin Monica Reyes exploiter sa dimension hispanique, ce qui lui apporte un surcroît d’épaisseur et d’existence. 

Il en va d’ailleurs de même pour Doggett (grandiose Robert Patrick) avec son fils et la douleur qu’il revendique superbement. Le nouveau duo souffre d’un terrible déficit en parcours personnel et en arrière fond face à Mulder et Scully, une comparaison particulièrement dommageable alors que la série s’obstine à vouloir maintenir le couple historique envers et contre tout , comme dans le funeste Ne faites confiance à personne. L’épisode tend à pallier, bien partiellement, à cet handicap.

Durant cette escapade sous l’écrasant soleil d’un Mexique onirique, Doggett et Monica prouvent qu’ils ont encore de superbes histoires à nous conter, pour peu que la série consente à leur en donner l’occasion.


8. ÉCORCHÉS
(HELLBOUND)


 

De prime abord, l’épisode s'impose clairement comme le plus gore d’une série qui a pourtant démontré de belles prédispositions en la matière. Les artistes de la série s’en donnent à cœur joie avec leur brio coutumier, mais leur talent tourne quelque peu à vide durant toute la première moitié de l’épisode. L’intrigue y fait un surplace lassant tandis que, malgré l’excellente interprétation, le talent pour l’épouvante de Kim Manners et la musique de Snow, l’empilement de cadavres suppliciés sans réelle justification finit par mettre mal à l’aise.

Le récit, après cette trop longue et fastidieuse introduction, ne débuté réellement qu’avec les traditionnels photos et articles issus d’un passé de plus en plus lointain. De fait l’histoire se déroule selon une symétrie inversée à celle de Le pré où je suis mort, avec des réincarnations d’âmes non plus liées par l’amour mais par la haine et la vengeance.

Cette version apparaît nettement moins originale que la précédente, car plus dans l’orientation générale d’une série privilégiant l’horreur et les ténèbres sur le sentiment romanesque et mystique. L’effet de surprise joue aussi beaucoup moins tandis que le caractère encore récent de la personnalité de Monica rend le choc moindre qu’avec Mulder. L’antagonisme violent avec Van Allen paraît aussi moins ambitieux et développé que la relation entre Mulder et Mélissa, tandis que James MacDowell n’apporte pas la même intensité à l’épisode que l’étonnante Kristen Cloke. La vengeance post mortem demeure un sujet maintes fois rebattu dans la série.

La mise en scène de Manners en reste aussi à des rouages bien connus, quoique suprêmement efficace dans la révélation horrifique de la mine, la scène la plus intense de Hellbound, à la différence des jeux de lumière et de caméras si planants et esthétiques de Rob Bowman. Alors que la roue du Karma conduisait à un épisode fascinant par son caractère hors normes, cette idée n’apparaît ici que comme la justification astucieuse à un déferlement de sauvagerie et d’images choc.

On appréciera néanmoins la qualité du jeu d’Annabeth Gish, tandis que Robert Patrick reste en retrait avec un Doggett ici secondaire. L'épisode expose bien la différence d'approche entre les deux "ouverts d'esprit" : là où Mulder opérait par brillantes associations d'idées, Monica agit par des intuitions à la Profiler, particulièrement intenses dans cette histoire où elle est si personnellement impliquée. Gillian Anderson n’a plus grand-chose à montrer avec une Scully cantonnée aux autopsies et à leur exploitation immédiate, mais aussi à un rôle téléphoné de mentor de Monica, affleurant parfois à la Raffarinade : « Il essaie, mais la route est longue ». La pente est également très forte pour le personnage.


9/10. LA PROPHÉTIE
(PROVENANCE/PROVIDENCE)


 

L'ultime double épisode mythologique de la série dégage une pénible impression de lassitude, voire d'épuisement. Le scénario se contente d'aligner des péripéties plus ou moins palpitantes selon un schéma particulièrement décousu. Après Essence, on reste stupéfait de l'émergence de ces sectes ufologiques semblant jaillir de la terre, puissantes et parfaitement renseignées, alors que l’on n’en avait jamais entendu parler jusqu'ici. Cela ressemble fort à un élément désespérément sorti du chapeau par les auteurs pour maintenir à flot une Mythologie prenant l'eau de toutes parts. Celle-ci ne cesse de graviter toujours plus artificiellement autour de William, son origine comme son devenir faisant ici l'objet de dialogues particulièrement abscons et nébuleux. On ne s'intéresse plus à cette histoire qui ne cesse de faire du surplace et de tenter de donner l'illusion de la progression en ergotant toujours plus sur le bébé. Le recours au poncif absolu de « La Prophétie » enfonce encore un peu plus le clou.

De plus, on retrouve le ton pseudo mystique totalement creux et outré de La sixième extinction, avec notamment une scène désastreuse où Scully et Monica, agenouillées devant le Rébus Galactique, soulignent avec une rare lourdeur le caractère prétendument vertigineux de ce concept survendu. Pour tenter d'ajouter du piquant à cette mélasse, les auteurs ont recours à du grand guignol (tentative d'étouffer William, fragment magique, final pyrotechnique totalement inexpliqué... ) mais oublient de nous offrir un cliffhanger valable car à l'instant où Scully confie William aux Bandits Solitaires, on comprend instantanément que cela va virer au vinaigre, tandis que la péripétie demeure archi convenue.

Une pitoyable conclusion pour cette flamboyante succession de cligffhangers ayant tant apporté à la série. La conclusion, révélation si surprenante que le Toothpick Man est un Super Soldat, est exactement similaire au cliffhanger d’Essence, une forme d'exploit...

Les personnages ne sortent pas non plus indemnes de ce naufrage. On se réjouit d'abord que le si grand talent de Gillian Anderson ait enfin quelque chose à exprimer dans cette saison, mais Scully cramponnée à son bébé comme le pendu à sa corde, ou enivrée d'une colère répétitive et lassante, devient vite ennuyeuse. Même absent, Mulder en prend aussi pour son grade car l'épisode, une nouvelle fois après Ne faites confiance à personne, constitue une preuve éclatante de l'inanité de l'argument selon lequel il serait parti pour protéger Scully et l'Enfant du Miracle. Non seulement ils restent exposés, mais en plus il n'est plus là pour agir. Tandis que Skinner paraît étonnamment effacé après les récits précédents, Follmer montre bien qu'il ne s'élèvera pas au-dessus du niveau du simple poil à gratter.

Finalement, seuls les Bandits Solitaires tirent leur épingle du jeu, avec un vrai moment d'émotion quand Scully déclare qu'ils sont les derniers en qui elle peut avoir confiance (la pauvre), mais aussi d'humour quand leur intervention tourne comme toujours à la panique générale. Avec un zest d’émotion on assiste à la fin du van crasseux qui fut le vaisseau amiral (l’épave ambulante) des Lone Gunmen durant Au cœur du complot, également aperçu dans Triangle.

Monica passe le plus clair du double épisode à la remorque de Scully. Or, même si leur solidarité féminine s'avère touchante, elle demeure un personnage complexe, entre deux mondes, nécessitant de se situer au cœur d’un épisode pour pleinement s’épanouir. La prophétie ne lui en laisse pas l’occasion, hormis la très intense scène de colère où Annabeth Gish se montre réellement ardente. Doggett, à la présence plus affirmée, donne toujours lieu à une savoureuse composition de Patrick, même si en retrait. Hélas ! il est ici malheureusement vite mis hors-jeu. Après 4-D on observera qu'il est hospitalisé dans le coma pour la seconde fois de la saison, mais, que l'on se rassure, ce sera le tour de Monica dès l'épisode suivant... À la place de ces deux-là, au Monopoly j'éviterais les cartes "Caisses de la Communauté" : 10 000 francs c'est cher... 

On notera des guests de poids avec Neal McDonough (Boomtown, Desperate Housewives…), et Alan Dale (24h Chrono, LOST, Ugly Betty, NCIS…).

La prophétie apparaît comme une éloquente démonstration de la voie sans issue dans laquelle s'est engouffrée la série, hélas sans remède. Fort heureusement la seconde partie de la saison  va se révéler plus relevée que la première, avec un bouquet final de loners fort réussis.


11. AUDREY PAULEY
(AUDREY PAULEY)



 

Le thème de la maison de poupée ou de l’univers en réduction vivant sa propre existence parallèle à la nôtre constitue un thème très riche du Fantastique. La Quatrième Dimension lui consacrait ainsi un épisode à la facture classique, Miniature (saison 4). Mais les X-Files renouvellent ici le genre avec succès grâce à cette idée étonnante : l'âme en suspension des comateux trouvant asile dans cette maquette d’hôpital. Ce thème original se voit parfaitement exposé au long d’une progression dramatique d’une très fine écriture. Monica et ses compagnons d’infortune se retrouvent initialement plongés au sein d’une énigme des plus étranges, avant que progressivement la vérité ne se fasse jour. On retrouve encore ici l’idée d’un classique de la Quatrième Dimension, série imprégnant réellement Audrey Pauley, avec ces personnages enfermés dans un mystérieux cylindre sans raison apparente (Cinq personnages en quête d’une sortie, saison 3). Le spectateur ressent une fascination identique devant l’aura de mystère enveloppant cette histoire.

L’impact en est encore renforcé par la musique éthérée de Mark Snow et la mise en scène comme toujours très inspirée de Kim Manners, parvenant à force de mouvements de caméras judicieux et variés à parer à toute impression d’immobilisme de l’intrigue et à faire vivre une action se déroulant exclusivement en studio (cela nous évoque les meilleurs moments de Cathy Gale).

On remarque également une superbe photographie et un jeu esthétique parfaitement abouti sur les teintes à dominantes froides (blanc, bleu) et le costume sombre de Monica. L’ensemble confère à ces différentes scènes une envoûtante ambiance de zone crépusculaire (toujours la Twilight Zone…), avec des glissements entre les deux mondes parfaitement agencés.

L’épisode, particulièrement ambitieux, ne se contente pas d’exploiter cette situation et développe un segment policier convaincant, même si l’on ne saisit pas vraiment la motivation profonde du bon docteur Preijers, défaut secondaire car l’essentiel est ailleurs. On remarque également que c’est la troisième fois cette saison qu’un membre du duo se retrouve dans le coma, mais qu’importe si la qualité est au rendez-vous ? De plus la symétrie avec 4-D, autre moment fort de la saison, se montre très intéressante.

On a suffisamment critiqué par ailleurs les liaisons dangereuses entre les X-Files et les séries hospitalières pour ne pas saluer ici la parfaite exploitation de cet environnement particulier et l'audacieuse image inversée des médecins si formidables et rassurants peuplant ces séries. Jack Blessing (George Lopez) campe superbement son personnage et sa furieuse violence affleurant sous l’apparente solidité professionnelle.

L’interprétation s’impose d’ailleurs comme un autre atout de l’épisode, Tracey Ellis nous offrant une partition aussi forte que celle de Souvenir d’oubliette et Stan Shaw (Racines) réalisant un duo émouvant avec Annabeth Gish. Mais L’épisode fait avant tout la part aux personnages principaux, avec une relation Doggett/Monica mise sous les projecteurs. L’on retrouve certes des accents à la Mulder et Scully (jusqu’à la torture rituelle du baiser contourné) mais avec comme spécificité un blocage clairement centré sur John à qui Monica lance non plus une perche, voire une poutre, mais bien le Pont de Brooklyn sans qu’il s’en saisisse.

Le personnage se révèle toujours plus complexe, dans la grande tradition des X-Files. Monica est toute à son affaire dans cet univers de poche dérivant autour du notre, tandis que Doggett se montre bouleversant d’émotion et de refus de la fatalité qu’il a jadis connue avec son fils. Annabeth Gish et Robert Patrick sont magnifiques et démontrent une parfaite maîtrise de leur personnage. Steve Maeda a visiblement parfaitement saisi l’esprit de la série et s’impose comme la révélation de cette saison parmi les auteurs.

L’épisode souffre cependant d’un défaut récurrent de la saison 9 : le faible intérêt du rôle dévolu à Scully, ici simple confidente de Doggett (on se croirait au théâtre classique), totalement, désespérément, passive. On pourrait s’étonner de la découvrir aussi sceptique alors qu’elle était devenue « ouverte d’esprit » dans la période récente, mais l’on retrouve l’idée de Régénérations : l’idée de l’irruption du paranormal dans son univers familier de l’hôpital, cénacle de la science triomphante, heurte particulièrement Scully. À défaut d’un réel intérêt le personnage demeure au moins cohérent.

Un épisode phare de la saison, Audrey Pauley prouve le niveau d’excellence que pouvait encre atteindre les X-Files, ainsi que la richesse potentielle du duo Monica/Doggett. Son seul défaut restera d’aviver encore les regrets ressentis devant la l’extinction prochaine de la série.

On se remémorera également que cet épisode est la cinquantième réalisation de Kim Manners sur la série. Un chiffre éloquent, d’autant que la qualité fut toujours au rendez-vous pour ce grand artiste filmant l’étrange et l’épouvante avec un rare talent. Un des atouts maîtres des X-Files.


12. DANS LES ABÎMES
(UNDERNEATH)


 

Bien après Mulder dans le déjà médiocre Vengeance d’outre-tombe, Doggett se retrouve confronté à une affaire ressurgissant de son passé. L’épisode joue également avec l’identité altérée du tueur, mais cette fois dans une optique très proche du classique de la littérature fantastique qu’est Docteur Jekyll et Mister Hyde. L’idée pouvait sembler excellente d’adapter le mythe aux X-Files mais l’argument  de John Shiban se révèle des plus faibles, incapable de développer l’idée initiale.

 Ce manque de substance se traduit par une première moitié de l’épisode très répétitive, avec une alternance ressassée  de scènes centrées sur les manifestations de l’assassin puis de dialogues assez stéréotypés entre Scully et Doggett, sans que l’intrigue avance d’un iota. Pour pallier à ce surplace, Shiban développe le tronçon totalement inutile de la forfaiture du collègue de Doggett, un poncif des séries policières qui n’apporte rien ici (on connaît déjà l’intégrité de Doggett) et que l’auteur ne cherche même pas à introduire correctement car nulle part n’est décrit comment Scully découvre le pot aux roses.

Le récit redémarre quelque peu dans la seconde moitié grâce à l’intervention d’une Monica ici très similaire à Mulder dans son processus de découverte de la vérité. Malheureusement, au lieu d’exploiter la profondeur du thème de Stevenson, Shiban s’empresse de déboucher sur une résolution facile et spectaculaire, dans une énième course poursuite dans les Ténèbres comme la série nous en  a déjà tant offert. La double personnalité n’intervient que pour l’effet final des plus prévisibles.

L’épisode sauve cependant les meubles grâce à la mise en scène imaginative du même Shiban qui développe quelques séquences visuellement efficaces dont plusieurs effets seront d’ailleurs repris dans l’excellente série de Steven Moffat, Jeckyll (2007) : message comminatoire laissé à l’Autre, confrontation physique des deux entités, phénomènes paranormaux annonçant la venue de l’alter ego (ici l’accélération au lieu des perturbations électriques)… On regrettera cependant la reprise de l’idée du visage du tueur apparaissant dans le miroir de la pharmacie,  ayant déjà servi pour le meurtre du père de Mulder par Krycek, ce que l’on ne risque pas d’oublier !

La poursuite finale s’avère également rondement menée, avec de nouveaux exploits macabres des artistes de la série.  Earl Brown (Deadwood) réalise également une composition parfaitement convaincante mais, sans aller jusqu’à décevoir, le reste de la distribution n’enthousiasme pas vraiment.

On notera une tentative de doter Scully d’une importance un tantinet plus étoffée que de coutume durant cette saison. Malheureusement, cela se produit aux dépens de Monica, car à l’évidence une seule d’entre elles aurait suffi à mener l’action des deux. Chacune se voit ainsi attribuer un demi-rôle, coupant l’épisode en deux de manière assez nette. Même partiellement rééquilibré le trio d’agents ne trouve pas sa pertinence et Scully continue à nuire à l’instauration d’un duo Doggett/Monica ne disposant pas de tout l’espace nécessaire pour s’implanter avec conviction dans la série.


13. IMPROBABLE
(IMPROBABLE)


 

Après le semi échec inquiétant du Seigneur des mouches, la série parvient cependant à produire un épisode décalé de la meilleure eau, étonnant d’audace. En effet le surprenant scénario de Carter (également réalisateur) accumule les situations les plus improbables dans une succession d’effets chocs donnant véritablement le tournis  (rencontres fortuites, coïncidences troublantes, écran partagé à la Hollywood…), au point que l’on songe parfois au Générateur d’Improbabilités de Douglas Adams (Le Guide du Voyageur Galactique).

Rien de pesant ou de maladroit dans ces évènements, mais au contraire une narration très fluide et dynamique, habilement soulignée par des effets de caméras déstabilisants et un jeu intelligemment accentué des comédiens pour souligner la bizarrerie de l’histoire. C’est particulièrement le cas avec une superbe Annabeth Gish nous régalant d’une Monica plus mystique et exaltée que jamais.

L’exercice de style se voit poussé encore plus loin par le choix des cha-cha-chas bigarrés et au-delà du kitch de Karl Zéro (neuf chansons tirées de l’album Songs for cabriolet y otros typos de vehiculo, 2000), qui doivent apparaître encore plus exotiques pour le public américain que dans l’hexagone ! La France aura donc été représentée dans les X-Files par Mururoa, Karl Zéro et une paysanne médiévale devenue Génie de la Lampe. Vous avez dit « improbable » ?

Mais malgré cette substitution aussi osée que réussie de Snow par le mari de Daisy d’Errata, le couronnement de l’épisode demeure bien la participation de Burt Reynolds en divinité mystérieuse et souriante. Aimant les humains (jusqu’au serial killer) et refusant d’influer sur leur libre arbitre au-delà de paraboles nébuleuses et ludiques, ce Dieu (?) incarne admirablement le caractère chaotique de nos destinées, partiellement décrypté ici par la numérologie. Au-delà de l’humour irradiant de la personnalité et de l’abattage de la star, le récit atteint ainsi une authentique profondeur, tout en ne renonçant jamais à constituer un authentique épisode des X-Files.

Contrairement à un All Things interrogeant pareillement sur le Destin  (la femme blonde est-elle un autre avatar du Joueur ?) mais en passant par-dessus bord l’esprit de la série, nous retrouvons ainsi un serial killer parfaitement sinistre, aucunement édulcoré, et une vraie enquête, jusqu’à la traditionnelle séance de diapositives horrifiques évoquant tant de bons souvenirs. L’épisode parvient également à accomplir l’exploit, hélas si rare durant cette saison, d’accorder à Scully sa juste place, avec un authentique rôle personnel à jouer aux côtés de Monica et de Doggett. L’histoire trouve ainsi un équilibre permettant à chacun des trois personnages principaux d’exister sans empiéter sur l’espace de l’autre. Le reste de la distribution se montre parfaitement convaincant, notamment Ray McKinnon (Deadwood) en tueur désaxé et Ellen Greene (la numérologue) qui deviendra bien plus tard la Tante Vivian de Pushing Daisies !

Disons-le, cette étincelante fantaisie, cette humour pétillant et cette ambiance si festive de comédie musicale font du bien alors que s’approche inexorablement le terme de l’épopée…


14. UNE VUE DE L’ESPRIT
(SCARY MONSTERS)


 

— Agent Mulder wasted no time closing that case. I just try to think like him. What would Agents Mulder and Scully do if they were in this situation?
— Agents Mulder and Scully aren't in this situation. Agents Doggett and Reyes are. I don't know about Agent Reyes, but Agent Doggett's going to sit his tired ass down.

Après 4-D et Audrey Pauley, la saison 9 continue à s’inscrire avec bonheur dans le sillon de La Quatrième Dimension. En effet Scary Monsters apparaît comme un pur remake d’un des épisodes les plus fameux de l’anthologie fantastique : C’est une belle vie, lui-même repris dans la version cinéma de 1983. Un voyageur pénètre dans un étrange petit village isolé, où règne une frayeur abjecte du fait de la toute puissance d’un insupportable gamin doté d’un pouvoir quasi divin. Dans son tronçon principal l’intrigue de Schnauz suit la même implacable et terrifiante révélation progressive de la vérité, ponctuée de séquences chocs dûes à la mise en scène très dense d’un Little sachant alterner ses effets.

La terreur ressentie par Jeffrey Conlon rejoint celle des villageois et se communique au spectateur, ajoutant une horreur psychologique aux manifestations surnaturelles. À égalité avec les jumelles de Ève, Tommy occupe la place enviée non seulement du plus inquiétant mais aussi de pire tête à claques d’une série en comportant un nombre certain. Outre son pouvoir, il manifeste une propension au sadisme et une fascination pour l’épouvante faisant de lui un intéressant sujet promettant beaucoup pour demain. Grâce à l’étonnant talent du jeune interprète Gavin Fink (Urgences), Tommy constitue bien un Monstre de la Semaine de la meilleure cuvée, malgré son apparence angélique !

À côté de cet excellent détour à travers la Twilight Zone, Scary Monsters gagne sa spécificité en développant un autre versant de l’intrigue, absolument antagoniste car franchement humoristique. Il s’articule autour du retour de la craquante Leyla Harrison découverte dans Seul. Cette fois elle entraîne son amoureux transi dans la danse et l’habile Schaunz va ainsi avoir à faire exister un nombre imposant de personnages, avec à la clé une réussite presque totale.

Tandis que William reste tranquillement endormi (c’est très bien, merci Margaret), Scully demeure certes en périphérie de l’action principale mais participe sensiblement davantage à l’histoire que de coutume durant cette saison. En effet Gillian Anderson dispose ici d’une très belle ocasion d’exercer son talent pour la comédie, avec deux scènes hilarantes et identitaires de l’épisode. Le grand dadais courtisant Leyla en déterrant un chat crevé apporte aussi une vraie cocasserie au récit, avec une autopsie battant tous les records en la matière. Leyla, gaffeuse toujours aussi hilarante, n’a rien perdu de sa nature de groupie des Affaires Non Classées en général et de Mulder en particulier mais se révèle fine mouche en titillant le viril Doggett sur ce qu’aurait accompli l’Absent. On ressent toujours le même plaisir nostalgique à l’écouter évoquer les hauts faits du passé, déteignant sur Doggett : Coup de foudre et Spores passent ainsi au crible et on en redemande !

La grande figure de l’épisode demeure cependant ce même Doggett manifestant une solidité et une astuce forçant l’admiration. Son scepticisme, si souvent mis en défaut, se révèle l’élément salvateur du jour, tout comme pour Scully dans Folie à deux. Il faut dire que, contrairement à la Quatrième Dimension, les X-files cantonnent le pouvoir de Tommy à l’illusion, loin de la surenchère délirante des Super Soldats. Cela nous vaut une spectaculaire confrontation entre Tommy et lui, démontrant au passage que la maison est bien tenue. Monica reste, elle, pratiquement transparente, se limitant au rôle de victime ou de consolation de l’hypocrite Tommy. Après William c’est à croire qu’elle a raté sa vocation ! Mais créer une véritable action pour tous les membres d'un tel aréopage relevait de la gageure, et lucidement Schnauz préfère cette option à l’artificialité.

Scary Monsters se caractérise par une superbe écriture, suscitant deux segments aussi opposés (humoristique et horrifique) qu’aboutis, tout en les entremêlant avec l’efficacité nécessaire pour éviter l’impression de patchwork et en mettant en scène avec maestria un imposant groupe de personnages.

Suprême audace, cet épisode, évocateur de la magie de l’enfance à travers le prisme si particulier des X-Files (l’arrivée de Scully sous la neige rappelle également Shining, au thème proche), s’offre le luxe d’une audacieuse conclusion révélant la télévision comme idéal moyen d’assécher l’imagination débordante de nos premières années !

Leyla a beau conclure que la magie des Affaires Non  Classées opère toujours, c’est ironiquement durant le tournage de cet épisode que la FOX décide du non renouvellement de la série, comme l’évoque le Complete X-Files. Dès lors les prochains épisodes vont le plus souvent se consacrer à la clôture des lignes narratrices en cours. Et cela va débuter très fort, à la hache.

 


15. N’ABANDONNEZ JAMAIS
(JUMP THE SHARK)



Once upon a time, there were three... how should I put this... geeks. Three more unlikely heroes... there never were. It wasn't long before their naïveté nearly got them killed. Until they hooked up with an FBI agent... And began publishing a – what shall I call it? "rag" called "The Lone Gunman". From their cramped basement office they pointed fingers at powerful, evil forces... And some not so evil.

In their own unique way, the three gunmen were patriots, fighting the good fight. And provided... expertise for their friends at the FBI. For a brief time it looked as if they might actually make a difference in this cold, cruel world. They acquired an intern who believed in their cause. And a powerful, beautiful nemesis... who became an ally. But the world is not kind to idealists... and those who fight the Good Fight don't always win.

On n’épiloguera pas inutilement. Certes l’on distingue des éléments fort plaisants au cours de cet épisode calamiteux, comme le retour de cette fripouille cynique mais pas si antipathique de Fletcher (Michael McKean se montre toujours crapuleux et hilarant). On le retrouve avec plaisir, en provenance d'Au cœur du complot, d’autant que ce grand hâbleur devant l’Éternel nous offre en ouverture un portrait des Bandits Solitaires aussi narquois et incisif que celui de Mulder au début de la seconde partie de Zone 51. Il est très amusant de le voir faire chou blanc devant Monica et Doggett en se trompant de mythologie, avant de les intéresser avec les Super Soldats.

On apprécie également de découvrir Kimmy le Geek, Jimmy et la capiteuse, l’envoûtante Yves au sein de la série mère, un honneur bien mérité. L’intrigue en elle-même, construite autour du bio terrorisme, semble effectivement davantage relever d'Au cœur du complot (dont on retrouve la musique) que des X-Files, mais se révèle efficacement construite, offrant de nombreux rebondissements des plus réussis. Monica et Doggett demeurent périphériques, et Scully quasiment absente, bien que l'on doive une épitaphe du Trio particulièrement éloquente au talent de Gillian Anderson. Mais cela ne constitue pas réellement une faiblesse, l'épisode demeurant avant tout la conclusion d'Au cœur du complot, qui est d'ailleurs fort judicieusement inséré dans le coffret de la série.

Tout ceci demeure cependant parfaitement secondaire car Jump The Shark reste bien entendu avant tout marqué par la plus néfaste décision jamais prise par Chris Carter au cours des 202 épisodes des X-Files : la mort assez abjecte du Trio, dont l’absence se fera d’ailleurs  ressentir cruellement dans I want to believe.

On comprend la nécessité de clôturer les différents dossiers ouverts, y compris dans l’inachevée Au cœur du complot (on se situe un an après le dernier épisode), sur un laps de temps très bref après l’annonce de l’arrêt de la série. Mais l’on ne perçoit pas l’intérêt de faire prendre une porte de sortie aussi définitive et sordide à ces fabuleux personnages ayant tant apporté en humour et fantaisie à la série. Et cela même si l'évènement se voit annoncé par une émouvante scène bilan d'une étonnante gravité entre Byers et un Frohike allumant déjà symboliquement la cigarette du condamné. Langly clame lui prophétiquement son admiration pour Joey Ramone, figure fondatrice du Punk Rock, qui vient de décéder tragiquement en 2001, presque un an jour pour jour avant la diffusion de l’épisode.

Comme indiqué dans le Complete X-Files, Bruce Harwood (Byers) déclare préférer que les personnages aient eu droit à une vraie conclusion plutôt qu'à une vague fin ouverte mais Vince Gilligan, auteur du scénario, regrette vivement ce qu’il considère comme une erreur. On adhère ici à l’homme de l’art, tandis que l’on ressort passablement nauséeux de la relecture de l’épisode, nonobstant sa grande qualité. Les X-Files débutent leur agonie d’une bien affligeante façon.

 

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16. WILLIAM
(WILLIAM)


 

La série continue à régler au pas de charge les divers problèmes en instance avant l’extinction des feux.

Cette fois c’est au tour de William de prendre la porte de sortie, mais cet évènement salutaire se voit précédé par ce qui restera sans doute comme l’épisode le plus creux des X-Files. De la survenue du mystérieux défiguré à la résolution ultra rapide de l’intrigue, absolument rien ne se passe hormis une accumulation de dialogues convenus et mélodramatiques. L’unique ressort de l’histoire repose sur le doute que cet homme pourrait être Mulder, ce que bien entendu personne ne croit.

L’inertie s’avère telle que le récit minimaliste de Duchovny va jusqu’à oser quelques expédients minables pour donner l’impression de mouvement, comme cet aller-retour à Quantico pour un simple examen médical. Sa caméra ne peut rien face à ce néant d’autant que, si elle se montre sobre et  élégante, l’inventivité de Hollywood est remisée au vestiaire (hormis son apparition choc dans l’œil de Scully, astucieuse).

On se croirait vraiment dans le mauvais théâtre new-yorkais raillé par Woody Allen, composé de pathos stérile et enflé. Même les comédiens, pourtant si excellents, semblent ici en rajouter. Une scène ressort particulièrement, quand Monica et Scully à l’hôpital (oui, il y a bien entendu un hôpital dans l’affaire) attendent désespérément du nouveau. Comme on les comprend.

Après cet interminable pensum (les trois quarts de l’épisode), l’histoire se résout avec une succession abracadabrantesque de révélations expédiées en une poignée de minutes. Cet homme dont Scully doute de la véritable identité est laissé quasiment libre de faire ce qu’il veut dans l’appartement de celle-ci, y compris dans la chambre de William nullement surveillée. C’est absurde. Donc l’homme est en fait Spender, qui aurait survécu à une balle tirée à bout portant par quelqu’un qui pourtant s’y connaît vaguement en matière de meurtre... Bon. Il aurait découvert un produit miracle annihilant les pouvoirs (toujours flous, d’ailleurs) de William. Où ? Comment ? On n’en saura rien. Tout ça pour ça, tout le cycle William réduit à néant par une substance jaillissant de nulle part sans que la nature en soit explicitée un minimum...

En passant, le Fumeur est bien le père de Mulder, un retour en arrière assez hors sujet. Et que devient Spender à l’issue de l’épisode, on n’en saura rien non plus. Le tout à l’avenant, dans une histoire navrante d’ineptie et s’effilochant sous nos yeux navrés de constater jusqu’où une telle série a pu déchoir. De bout en bout cette nouvelle Mythologie si faisandée se sera montrée décevante, creusant le tombeau des X-Files au moment où ces derniers nous offrent encore de splendides loners.

Les Bandits Solitaires et William connaissent des sorties de scènes étrangement asymétriques, Jump The Shark constituant un trépidant épisode à la conclusion calamiteuse, tandis que William connaît une fin des plus appréciées (l’évacuation du bébé enclume) mais précédée par une bouillie consternante. Dans les deux cas, l’échec cinglant est au rendez-vous, William parvenant à nous laisser encore plus effondré que le précédent.

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17. CLAIRVOYANCE
(RELEASE)


 

He thinks he failed Luke. In his mind, he can never do enough, never suffer enough, for what happened. I think if you can help him find the man who did this, maybe... he could move on. He and Monica could really have something together. He just won't let her in.

Après que les Bandits Solitaires et William aient quitté la série de manière particulièrement désastreuse, les X-Files poursuivent leur frénétique clôture des dossiers avec John Doggett et la lancinante énigme du meurtre de son fils. Autant dire que l'on abordait cet épisode avec de légitimes appréhensions, pourtant Clairvoyance se révèle une excellente surprise.

Un élément crucial apporte un clivage entre cet épisode et le précédent, tous deux caractérisés par la survenue d'un élément extérieur aboutissant à la résolution de leur arc narratif. Là où William se contentait de sortir du chapeau magique une miraculeuse substance d'un flou total, David Amenn prend le temps de mettre en scène l'étonnant personnage de Hayes (très Frank Black), porté par un époustouflant Jared Poe, totalement immergé dans son rôle. La personnalité complexe de Hayes fait l'objet d'une savante découverte progressive, accompagnant habilement l'enquête de Doggett. Il débute par un amusant numéro de déduction qui ravira les amateurs de Sherlock Holmes, avant d'en venir à une relation plus paranormale avec cet étrange mur de photos de meurtres inexpliqués, admirablement mis en valeur par la caméra de Kim Manners. Sa nature de schizophrène apporte un twist au récit, avant une sortie de scène quelque peu brusque, seul regret occasionné par ce Monstre de la Semaine particulièrement fascinant.

Mais la grande figure de l'épisode demeure bien entendu John Doggett. Le personnage, en qui le spectateur s’identifie pleinement, se révèle particulièrement poignant face aux nouvelles perspectives ouvertes par les facultés de Hayes. Robert Patrick sait admirablement exprimer ce qu’a de terrible l’espoir qui étreint son personnage, avec son lot de souffrances ravivées. La scène où Doggett, homme fier et aux convictions solidement enracinées, quémande l’assistance de son étrange partenaire s’avère absolument poignante. Dans cet épisode où le paranormal se limite à la portion congrue (Hayes peut relever des troublants confins de la folie et du génie), on retrouve de manière prononcée les accents de la grande tradition de la série noire américaine.

On y distingue une intrigue tortueuse à souhait mais également un policier à la fêlure secrète, hanté par une énigme irrésolue qui le ronge au fil du temps. On songe bien entendu au Dahlia Noir de James Ellroy, comme à l’ensemble du Quatuor de Los Angeles. L’analogie se développe avec brio grâce à Follmer, qui revêt ici une dimension supplémentaire dans son rôle archétypal de flic corrompu et ambitieux, dont les actes s’enchevêtrent de manière complexe à l’enquête du héros, comme un Dudley Smith un peu tendre. Regali vaut aussi le coup en gangster dur à cuire.

L’histoire creuse encore ce sillon avec des personnages féminins subtilement dessinés. Ils se révèlent aussi cruciaux que de coutume dans ce style littéraire, hormis Scully qui demeure encore une fois périphérique mais, à ce stade de la saison, on en a pris son parti. Après Amnésie, on retrouve Barbara Patricks, épouse de Robert, dans le rôle de Barbara Doggett. Cette dernière ne partage pas la soif de compréhension de Doggett et se replie sur son chagrin, elle aussi sapée par la disparition du fils. Les scènes entre les deux parents expriment avec sensibilité l’incommunicabilité installée dans l’ancien couple et l’omniprésence de l’absent. Monica se montre admirable de dévouement et de soutien à John, comprenant mieux que nul autre les tourments qu’il endure et le farouche besoin de compréhension qui l’anime. On peut considérer que leur couple achève de se forger à cette occasion, au terme de cette histoire ayant vu leur rencontre.

La coda du récit intervient lors de la scène où John et Barbara se résolvent enfin à faire leur deuil, en confiant symboliquement les cendres mortuaires à l’Océan. La scène ressort superbement mise en valeur (travelling impressionnant) par Kim Manners démontrant que son talent ne se limite pas à l’Épouvante, mais aussi grâce à un Mark Snow en état de grâce, dont la musique mélancolique habite l’ensemble de l’épisode. John, enfin libéré (d’où le titre original bien supérieur à sa traduction), peut désormais bâtir un avenir avec Monica, une conclusion présentée avec émotion mais sans pathos. Et c’est ainsi que se conclue véritablement leur histoire, même s’ils participent encore aux ultimes épisodes. Une fin sinon heureuse, du moins non dénuée d’espérance pour ce duo attachant, ce qui n’est pas peu dans l’univers si sombre des X-Files.

Release, grâce à sa densité, sa sobriété et sa qualité d’écriture (joliment découpée en actes), parvient à l’exploit d’emporter sans réserves l’adhésion du spectateur, même si quasiment dépourvu de Fantastique et laissant de côté les pistes tracées dans Empedocles. Une constatation s’impose à cette occasion : chaque fois que la saison s’est intéressée au parcours et à la personnalité de Doggett et Monica le succès a été au rendez-vous (4-D, Amnésie, Audrey Pauley, Clairvoyance), soit rigoureusement l’inverse que lors de ces histoires ineptes de Supers Soldats et autre William.

De quoi nourrir bien des regrets quant à l’erreur stratégique de ne pas développer franchement des New X-Files et de s’entêter à vouloir faire perdurer aussi maladroitement qu’artificiellement un passé glorieux mais révolu.


18. IRRÉFUTABLE
(SUNSHINE DAYS)


 

I think I'm finally gettin' the hang of this job !

Après une cavalcade à en donner le tournis pour clôturer les différents chapitres ouverts, les X-Files prennent le temps d’une respiration avant le grand final, le temps de cet ultime loner de la série. Or, celui-ci retrouve une tonalité très proche, quoique moins aboutie, de l’éclatante réussite de Je souhaite, également avant-dernier épisode, cette fois de la saison 7. Tout comme lui il met en scène un beau duo de crétins et manifeste une pétillante fantaisie, parfois teintée d’humour macabre.

De même,  il joue plaisamment avec cette idée de tenir enfin une preuve manifeste et incontestable du paranormal, à l’issue de cette odyssée à travers les Affaires non Classées. Toutefois, au lieu d’un récit très structuré comme celui de Je souhaite, Irréfutable part dans tous les sens, avec une énergie et un plaisir évident de la part de l’auteur comme des interprètes, évoquant cette atmosphère si festive des derniers jours de classe avant de longues vacances.

De nombreux thèmes se voient ainsi abordés comme le goût de Chris Carter pour la télévision de jadis (dans les X-Files comme dans Au cœur du Complot), la magie des séries télé et l’addiction pouvant en découler, la psychokinésie (avec Skinner en lévitation), le pouvoir de l’imagination, un premier bilan avant The Truth (200 épisodes, neuf saisons), la société spectacle et ses dérives, la fuite dans l’imagination face aux désillusions du réel (le pouvoir d'Oliver apparaît également comme une allégorie de la drogue)…

De plus, le récit fait la part belle aux personnages récurrents avec un Doggett et une Monica visiblement sur le même petit nuage que Mulder et Scully dans Maleeni le Prodigieux, ravis l’un de l’autre, se taquinant, se tenant par la main etc. On en est ravi pour eux, d’autant que, oh joie ! Scully participe cette fois pleinement à la fête, avec une ultime autopsie hors normes (conclusion d’une véritable série dans la série) mais surtout une importance pleine et entière dans l’action. Les acteurs s’amusent visiblement beaucoup, et nous aussi.

Au total, l’épisode apparaît joyeusement fourre-tout, mais très tonique. Il finit cependant  par s’organiser autour du personnage d’Oliver au fil d’une énigme très ludique. Guest de choix, Michael Emerson étonne par la personnalité fragile qu’il confère à son personnage, très loin du fascinant et méphitique Ben Linus de Lost. Grâce à son talent l’épisode connaît une fin élégante et marquée d’une vraie émotion  tout comme jadis son modèle. Autre invité  marquant, David Faustino, le Bud Bundy de l’inénarrable et hilarant Marié, deux enfants. Chargé à la bière, tout comme dans sa série, il n’est guère étonnant de le voir partir dans le décor, car la rencontre de familles aussi antinomiques que les Bundy et les Brady ne pouvait que provoquer des étincelles ! Enfin l’on reconnaît John Aylward, le Dr. Donald Anspaugh d’Urgences.

Pour l’anecdote The Brady Bunch, quasi inconnu chez nous, fut une sitcom extrêmement populaire aux États-Unis (1969-1974), conservant encore de nombreux fans de nos jours. Elle racontait les aventures quotidiennes d’une famille aussi nombreuse et soudée qu’amusante. Le Cousin Oliver évoqué dans l’épisode a également existé, son nom subsiste d’ailleurs comme désignant une tactique de scénariste, introduisant un personnage plus jeune pour remplacer ceux vieillissant avec la série.

 


19/20. LA VÉRITÉ EST ICI
(THE TRUTH)


 

Le grand final débute idéalement par un retour spectaculaire de Mulder dans un quartier général du gouvernement occulte – ressemblant d’ailleurs beaucoup à celui de Stargate, la série concurrente au long cours… On retrouve également l’inaltérable Rohrer (Rohrer, malheur !), cette fois de nouveau en piste après une décapitation. Quel intérêt vraiment d’opposer des adversaires aussi invincibles à nos héros ? Les images d’interrogatoires paraissent également très fortes ; l’œil contemporain y découvre comme des images  annonciatrices de Guantanamo et autre Abu Ghraib, décidément la série aura conservé jusqu’au bout un ton très contestataire.  Alors qu'Alex Krycek effectue déjà de fort savoureuses réapparitions, avec un Nick Lea toujours impeccable, cette première partie très prometteuse se voit bien entendu couronnée par les retrouvailles de nouveau très émouvantes entre Scully et Mulder, la complicité magique entre Gillian Anderson et David Duchovny n’ayant visiblement pas été émoussée par l’absence de ce dernier.

Hélas ! la direction prise par l’épisode dans son tronçon principal convainc beaucoup moins. Voir les X-Files revêtir pour leur conclusion les oripeaux les plus éculés de la série judiciaire, de plus émaillés de clip show, un écueil évité jusqu’ici, déçoit beaucoup. On aurait préféré que le récit aille de l’avant en nous offrant une ultime et trépidante aventure, plutôt que de stagner dans l’exercice passablement compassé et convenu de la lecture de l’album de souvenirs. Au total l’on n’apprend rien que l’on ne sache déjà sur la Conspiration et, comme le souligne Mulder lui-même, l’issue du procès apparaît si évidente que tout suspense en est exclu. Un réel intérêt aurait pu constituer dans l’apport d’informations sur le devenir de personnages importants. C’est particulièrement le cas pour Marita Covarrubias, toujours magnifiquement interprétée par Laurie Holden et malheureusement totalement évaporée depuis Requiem, mais l’histoire n’apporte rien de concret sur ce point, alors que l’on reste également sur sa faim concernant Gibson.

Inévitablement dans cet épisode avant tout dédié à Mulder et Scully, Doggett et Monica demeurent ici tout à fait périphériques après Release qui marque leur véritable aboutissement. Ils n’en accomplissent pas moins des interventions piquantes à la barre, en particulier Monica, toujours si tranchante quand elle est en colère (il y en un qui aura intérêt à filer droit).

On ne niera pas un certain plaisir nostalgique devant la découverte d’extraits parfaitement choisis et surtout devant l’excellente idée de faire intervenir plusieurs grands disparus. Monsieur X, qui a retrouvé sa barbiche, bénéficie du charisme toujours si palpable de Steven Williams, tandis que l’on aime voir Krycek manifester du souci pour la sécurité de Marita. Alex, ou le parfait romantique, la rédemption post mortem c’est quelque chose. L’ultime apparition les voyant derrière les juges, immobiles, prend une tonalité à la David Lynch parfaitement saisissante.

Évidemment, le revers de la médaille réside dans les inévitables frustrations qu’éprouvera chaque spectateur devant tel ou tel absent cher à son cœur. On se lamentera ainsi devant les oublis de Gorge Profonde, qui aurait pu si joliment boucler la boucle avec Mulder, et de l’Homme bien Manucuré. On regrettera également vivement le message défaitiste véhiculé par les Bandits Solitaires, qui ne leur ressemble pas, le tout enrobé d’un humour des plus lourds. Décidément les pauvres n’auront guère eu de chance pour leur départ de la série. Tout cela est bien triste.

Ainsi va l’épisode, suscitant des impressions ambivalentes de par son schéma très particulier d’une idée originale décevante mais très efficacement exploitée, avec un Kim Manners toujours aussi pertinent. Mais un évènement va définitivement faire pencher la balance en sa défaveur : la réapparition passablement pathétique de l’Homme à la Cigarette.

La surprise provoquée résulte déjà passablement ébréchée par son absence demeurée inexplicable au cours du procès, n’importe qui ayant  à peu près suivi la série aura facilement compris le pot aux roses. On comprend la volonté de Chris Carter d’avoir voulu honorer ce grand personnage à qui la série doit tant, mais alors qu’il avait eu droit à une parfaite sortie de scène dans Requiem, il revient ici pour un numéro grinçant et dépourvu de la subtilité de naguère, où il semble se caricaturer lui-même. Le talent de William B. Davis n’y peut rien, cette déchéance du personnage navre plus qu’autre chose, tandis que la comparaison avec Anasazi se révèle sans appel pour l’épisode.

Cette conclusion usant d’un procédé  trop facile (le Fumeur était à l’article de la mort il y a  déjà deux longues années…) se voit de plus soulignée par un recours déplacé à la pyrotechnie hollywoodienne, aussi hors sujet que jadis dans Fight The Future, même si elle illustre une ultime fois le savoir-faire de l’équipe technique. Quand les X-Files revêtent des allures de Supercopter, on n’éprouve guère de difficultés à maîtriser son enthousiasme. On regrettera également la sortie de scène tout de même bien rapide pour les si méritants Doggett et Monica, idem pour Skinner mais l’on sait désormais que pour lui ce n’était qu’un au revoir !

Astucieusement située à Roswell, la scène finale entre Mulder et Scully établit un joli parallèle avec la première aventure du duo et demeure un grand moment d’émotion (un rien grandiloquent) mais ne rattrape que partiellement la détestable impression laissée par le passage précédent. 

Ainsi s’achèvent en demi teinte les X-Files, après une passionnante et si novatrice exploration du Fantastique et de la Science-Fiction, tout en développant des personnages bien plus denses que ne l’offre d’ordinaire l’écrasante majorité des séries télé, d’une profondeur toute littéraire. L’ébouriffante qualité de l’ensemble, avec un duo de comédiens absolument magique, place pour longtemps Aux frontières du réel au premier plan des séries fantastiques, mais aussi de l’ensemble de ce que le petit écran a pu jamais nous offrir, à égalité avec les plus grands monuments audiovisuels du passé. Égale à elle-même, la série débouche sur une conclusion aussi inquiétante qu’ouverte, stimulant comme toujours délicieusement l’imagination du spectateur.

L’épreuve finale reste encore à venir et l’on ne désespère pas de la découvrir enfin au cinéma car, comme conclut Mulder, il reste toujours de l’espoir.

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TOP 5 SAISON 9

 

1) Clairvoyance : L’un des épisodes les plus aboutis émotionnellement et esthétiquement de la série, bénéficiant d’une merveilleuse musique du grand Mark Snow. Les interprètes se donnent pleinement, nous faisant lire à livre ouvert dans les sentiments déchirants de leurs personnages. Grâce à ce chef-d’œuvre, Doggett et Monica, les véritables âmes d’une saison particulièrement inégale leur devant ses meilleurs moments, connaissent la sortie en apothéose qu’ils méritent. Le reste n’est plus que littérature, y compris dans The Truth.

2) Audrey Pauley : L’épisode se révèle également très impressionnant d’un point de vue esthétique, nous narrant de plus une histoire profondément étrange. Annabeth Gish et Robert Patrick s’y montent exceptionnels. Du Fantastique de haute tenue, prouvant que finalement les séries télé peuvent raconter quelque chose d’intéressant dans un hôpital. Ayons une pensée émue pour Monica qui se prend le râteau le plus mémorable de la série.

3) 4-D : Outre une très habile variation sur le grand thème de Science-Fiction des Univers Parallèles, l’épisode nous offre sur un plateau un serial killer de la meilleure cuvée qui ne déparerait pas dans Dexter. Dylan Haggerty nous régale d’une composition proprement terrifiante. 4-D permet également à Robert Patrick et Annabeth Gish de nous bluffer encore une fois dans diverses scènes de nature très différentes, frénétiques, émouvantes ou amusantes.

4)
Une vue de l'esprit : Un remake formidablement pertinent de la Quatrième Dimension, sachant allier à merveille l’épouvante comme l’humour le plus réjouissant. Un festival de très bonnes idées comme cette autopsie d’un chat en piteux état dans la cuisine de Scully, le retour réussi de Leyla Harisson ou le duel d’esprit entre Doggett et le gamin infernal. Ah ! et puis aussi William qui fait dodo, merci mon Dieu.

5)
Improbable : Un scénario totalement ludique et fantaisiste, mais ne perdant pas de vue une authentique enquête, caractérise cet épisode marqué également pas la participation d’un Burt Reynolds s’amusant visiblement beaucoup. Karl Zéro représente l’alternative effectivement la plus improbable à Mark Snow, mais finalement pertinente pour cette histoire des plus décalées. Scully tient également pleinement son rôle, un plaisir trop rare au cours de cette saison.

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Crédits photo : FPE.

Images capturées par Estuaire44.