CHAPEAU MELON & BOTTES DE CUIR - The Avengers

Chapeau Melon et Bottes de Cuir
HORS SERIE

 

1. LE COMMENCEMENT
(THE BEGINNING)


 

Et nous voici repartis pour la seconde partie des X-Files, désormais sis sur les collines d'Hollywood. Cette saison 6 nous réserve de grands moments, notamment (mais pas seulement) avec une émergence des toujours excellents épisodes décalés, préfigurant une saison 7 très champagne, mais débute moderato cantabile avec Le Commencement.

En effet, l'épisode souffre des défauts inhérents aux épisodes de présentation, déjà observés dans La Fin. Celui-ci s'évertue à planter le décor de la nouvelle saison en cinquante minutes, tout en intégrant un changement de cap vis-à-vis de la situation présentée à l'issue de Fight The Future et en concluant l'arc Gibson, d'où une intrigue ne faisant pas dans la dentelle. C'est ainsi que Fowley « miraculée » et Spender récupèrent les Affaires Non Classées d'une manière assez mécanique et brutale et que certaines facilités gênantes sont observées. Que Gibson, même doté de son pouvoir télépathique, passe d'une scène à l'autre de la voiture de l'Homme à la Cigarette à celle de Mulder demeure tout de même bien rapide. On reste assez stupéfait de constater qu'après Fight The Future Scully ne croit toujours pas aux extraterrestres, d'autant que les explications fournies ne convainquent guère ! Elle n'a pas bien vu... Subsiste l'impression d'un rétropédalage assez pénible. Scully apparaît d'ailleurs singulièrement transparente durant cette histoire où elle reste à la traîne, hormis la larmoyante scène hospitalière de rigueur. Il est d'ailleurs étonnant de la voir laisser Gibson sans surveillance, alors même qu'elle connaît les enjeux.

Que les sbires de l'Homme à la Cigarette soient présents dans les chambres d'hôpital constitue pourtant une des grandes traditions des X-Files... On ignorera tout de ces mystérieux techniciens au look de représentants de commerce. De même Fowley passe outre la paranoïa de Mulder avec une facilité confondante, même s'il est vrai que notre héros manifeste souvent une certaine « empathie » avec les Dames, et particulièrement ses ex ! Qu'il n'ait pas l'idée de demander à Gibson, alors présent, ce que Diana a en réalité dans sa jolie tête, représente cependant le plus beau contresens de l'épisode ! D'autant que le gamin qui passe son temps à faire son numéro reste ici silencieux...

Enfin, pour une fois, on ne goûtera que modérément la prestation de notre ami amateur de tabac, qui donne ici inutilement dans le grinçant et la rodomontade, à croire qu'en passant aux USA un méchant doit perdre en subtilité et gagner en roulage de mécanique. Cela se manifeste particulièrement durant le passage indigeste du Fumeur avec Spender ; décidément ces scènes père-fils ne présentent guère d'intérêt et pénalisent la série plus qu'autre chose.

L'épisode n'est pas dépourvu d'intérêt pour autant, on apprécie ainsi une mise en scène efficace qui, après une introduction sous un lumineux soleil californien annonçant explicitement les temps nouveaux (dixit Chris Carter), joue habilement des ténèbres et du confinement pour susciter une ambiance anxiogène à souhait, écrin idéal pour des scènes gores très réussies, notamment grâce au talent sans cesse renouvelé des artistes de la série et de Mark Snow. Le Monster of the week s'avère vraiment inquiétant, la scène finale dans la centrale nucléaire évoquant clairement les sombres coursives du Nostromo (avec des héros exceptionnellement résistants à la radio-activité). Le côté "Alien" de l'épisode était d'ailleurs annoncé par le monstre jaillissant de l'estomac de la malheureuse victime, interprétée par Rick Millikan, directeur du casting pour toute la série.

Toutefois, mais c'était assez inévitable, après l'épopée flamboyante et les grands espaces de Fight The Future, on ressent devant ce huis clos, et ce retour au format de la série, comme une impression de resserrement. L'intrigue, malgré ses nombreuses facilités et son aspect utilitaire, se suit sans ennui, d'autant qu'elle demeure limpide dans son développement. Cependant, et c'est bien compréhensible, Chris Carter a voulu continuer à capter les nouveaux venus ayant découvert la série lors de Fight The Future, ce qui nous vaut une nouvelle session d'explication de l'univers, encore une fois lors de la commission d'enquête dont la présidente est, en l'occurence, incarnée par la toujours très tonique Wendie Malick (Dream On, Frasier...). Avouons que, pour le voyageur au long cours sur les mers agitées des X-Files, l'exercice devient un peu lourd.

On remarque également l'introduction du personnage de Kirsh, qui se révèlera hélas bien moins dense que Skinner.

On s'amuse beaucoup avec la bonne vanne du technicien de centrale nucléaire fainéant et idiot prénommé Homer, un joli clin d'œil aux Simpsons qui ont d'ailleurs eu Mulder et Scully comme guests le temps d'un formidable épisode. Lors de l'intervention dans la centrale, l'épisode présente également comme mérite de nous offrir comme une fenêtre sur ce qu'auraient pu devenir les Affaires Non Classées si l'association de l'altière et martiale Fowley (superbe prestation de Mimi Rogers) et de Mulder s'était poursuivie. Relation d'un bien moindre intérêt, opérations commando cent fois vues ailleurs (notamment dans des téléfilms de série Z), ambiance stéréotypée... Soit une série standard de plus. On s'ennuie, on déteste, et, grâce à cette glaçante vision, on célèbre d'autant plus la présence de Scully, avec un solide frisson rétrospectif ! D'ailleurs le match entre les deux continue puisque Scully met autant d'énergie à pourfendre les postures de Fowley que Mulder, totalement hypnotisé, à défendre celle-ci !

Au total, sans brio excessif, l'épisode remplit peu ou prou son cahier des charges et permet à la saison de débuter réellement dès le suivant !

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2. POURSUITE
(DRIVE)


 

Cet épisode très « speed » débute de manière originale par une immersion dans une émission en direct décrivant l’action effrénée en cours, procédé qui se verra répété et amplifié dans X-Cops, un des épisodes OVNI de la saison 7.

Le résultat apparaît d’ores et déjà spectaculaire avec un plongeon immédiat dans l’histoire joint à un effet décalé très réussi. Privé de ses repères coutumiers, le spectateur demeure aussi stupéfait que diverti. Ce brouillard donne un véritable intérêt à la partie enquête menée par Scully, à partir d'un postulat aussi insolite qu'intriguant, aux limites de la Quatrième Dimension, même si sa résolution se révèle par contre purement "X-Filienne" ! L'intrigue opère en fait un habile basculement, où cette partie backstage se révèle plus importante que l'épopée de Mulder, évitant ainsi une situation trop figée dans l'espace étroit d'une voiture. On échappe ainsi à des péripéties artificielles ou à des conversations plus ou moins mélo inintéressantes.

Dans cette même veine l'histoire évite de tracer un portrait lénifiant ou éploré de la victime, pour au contraire nous offrir un Rednick raciste et parano, interprété avec une rare conviction par l'excellent Bryan Cranston (Seinfeld, How I Met Your Mother, Breaking Bad...), mais qui finit par révéler son humanité (la patte de Vince Gilligan) et par sympathiser avec Mulder. D'ailleurs, après l'issue tragique du voyage, Mulder se montre particulièrement ému et abattu ; l'image, filmée devant l'immensité du Pacifique, est magnifique, avec à la clef un grand numéro de Duchovny.

La mise en scène de Rob Bowman se montre à la hauteur de cette superbe histoire, avec une exploitation fort aboutie de ces légendaires autoroutes américaines traversant des immensités désertiques sous un soleil implacable. Chris Carter parvient ainsi à justifier la migration au sud, en apportant des atmosphères nouvelles et en renforçant l'identité américaine de la série. Scully bénéficie, elle, d'une de ces autopsies si particulières (on ne s'en lassera jamais) et d'une scène stupéfiante d'esthétisme et de maîtrise technique où elle se rend au domicile des victimes, dans une zone frappée par le fléau. Les ténèbres, le savant emploi des lumières et les habiles travellings arrières, ces tenues de protection évoquant celles des astronautes, font irrésistiblement penser à ces abordages de vaisseau spatial renfermant de terribles dangers, du genre Event Horizon. L'effet ressort très réussi et la scène se suit avec une grande intensité, d'autant que Gillian Anderson (très en beauté) nous régale toujours par son jeu très inspiré. On lui doit ainsi la jolie pirouette finale après la confrontation avec le sinistre Kersh, nous rappelant que la belle n'a pas la langue dans sa poche quand la moutarde lui monte au nez, les amateurs de I Want To Believe s'en souviendront !

Un épisode fort efficace, où l'on retrouve également Michael O'Neill (24h, The Unit, À la Maison Blanche...) et Mindy Seeger, la terrible journaliste de West Wing. Après avoir rassuré dans Le Commencement sur le maintien du style et des fondamentaux de la série, Chris Carter n'hésite pas à user avec bonheur des nouvelles potentialités s'offrant à lui. L'écriture de la série reste bien toujours aussi maîtrisée ! Le projet de sonar évoqué existe réellement, sous le nom de... Project Sanguine ! Allez, bientôt Love Boat !


3. TRIANGLE
(TRIANGLE)



 

- Use your head, Scully. It'll save your ass.
- Save your own ass, Sir. You'll save your head along with it.

Dans leur anthologie globale du Fantastique, les X-Files ne pouvaient faire l’économie d’un épisode sur le célébrissime Triangle des Bermudes. Avec Triangle (cinquième épisode dirigé par Chris Carter en personne), la saison 6 nous régale d’un épisode décalé aussi novateur et impressionnant dans le fond que dans la forme.

La mise en scène réalise en effet l’exploit de filmer l’ensemble de l’épisode en quatre immenses plans séquences (comme dans La corde) où la caméra virevolte sans fin, avec une dextérité sans failles, le long des immenses coursives du bateau. Écouter le passionnant commentaire audio de Chris Carter permet de mesurer à quel point cet exercice de style virtuose a nécessité des trésors d’imagination et ‘inventivité de la part de l’équipe de tournage. L’ensemble donne une impression de cauchemar éveillé vraiment prégnante, ne laissant pas un seul instant de répit à un spectateur ayant vraiment l’impression de passer à travers l’écran et de suivre physiquement Mulder durant cette étrange odyssée. L’effet se voit renforcé par une superbe photographie et la toujours envoûtante musique de Mark Snow, enrichie de grands classiques de l’époque. La fusion de ces divers éléments s’avère parfaite, illustrant le savoir-faire et la maîtrise technique inouïs atteints par la série.

Mais l’épisode ne se contente pas de constituer une démonstration de force, il nous raconte aussi une passionnante histoire d’univers parallèle, un thème de Science-Fiction toujours très riche et porteur (on songe à l’Univers Miroir de Star Trek ou au Miroir Quantique de Stargate SG1). En effet, Mulder ne se contente pas de voyager dans le temps mais semble bien pénétrer dans une Histoire alternative où les personnages de la série occupent les principaux rôles à bord du Queen Anne. Tiens, le Fumeur en SS, cela nous rappelle Le pré où je suis mort… Cela pourrait rester un gadget, mais contribue au contraire à développer une atmosphère d’étrangeté fort plaisante, d’autant que les acteurs s’amusent visiblement beaucoup, avec un entrain fort communicatif. Comme léger bémol on pourra regretter l’absence de Nicholas Lea et surtout le fait que le commandant anglais que le SS fait abattre ne soit par interprété par John Neville, le rôle lui aurait convenu à merveille et cela nous aurait permis de retrouver encore une fois ce très grand comédien.

La sensation d’avoir pénétré dans un autre univers s’accentue par le ton frénétique des personnages (y compris Mulder) leurs déclarations et postures sans cesse outrées ou archi caricaturales, l’irréalisme des situations et des péripéties. Quelque chose ne colle pas du tout, impression sans cesse distillée par une intrigue n’hésitant pas à jouer la carte de l’humour, voire du burlesque. On se régale, d’autant que l’histoire se paie même le luxe de développer une thématique très X-Files, entre espions multiples et paranoïa généralisée. Trust no one ! Les décors sont de plus magnifiques, avec une évocation très aboutie des paquebots transatlantiques des années 30, tout est soigné avec une profusion de détails assez stupéfiante.

Pour éviter toute lassitude, l’action est interrompue par un passage également enthousiasmant, prenant place sans hésitation aucune dans le top 5 des meilleures scènes de Scully pour toute la série. Cela débute très fort avec l’arrivée tonitruante de Bandits Solitaires très en forme et tout frétillants de se retrouver dans l’antre de l’ennemi. L’annonce de la disparition de Mulder provoque une hilarante crise de nerfs chez Scully, magnifiquement rendue par une Gillian particulièrement en verve. Celle-ci sait vraiment tout jouer à la perfection ! L’accompagner dans ce tourbillon s’avère un inoubliable moment de comédie, d’autant que Scully multiplie les bourdes désopilantes et les mimiques irrésistibles. On a aussi droit à ses jolis coups de gueule habituels (la VF édulcore, hélas), heureusement qu’elle ne croise pas Fowley… (Mimi Rogers devait à l’origine jouer la chanteuse, finalement il s’agit de la secrétaire de Kirsh, une vipère blonde). On partage le soulagement de Scully lors de l’intervention finale d’un Skinner justement récompensé pour ses efforts (décidemment, ils lui auront tout fait !) et l’exubérance finale du personnage papier à la main (yeah !), tout en applaudissant franchement le superbe récital de l’actrice. Ce plan séquence constitue également un nouveau tour de force technique, car « l’ascenseur » ne monte évidemment pas, l’équipe de tournage doit alors s’adapter en quelques instants. On en profite également pour recevoir la confirmation que Fowley et Kirsh travaillent bien pour le Fumeur (quel scoop !) et surtout pour entrapercevoir le van crasseux des Bandits Solitaires, que les amateurs d’Au cœur du complot apprendront à connaître !

Enfin, Triangle représente également un épisode à forte valeur ajoutée pour la relation Mulder/Scully. En effet, Carter continue à supplicier gaiement nos ami(e)s shippers : après le baiser interrompu de Fight The Future et le faux Mulder de Small Potatoes, voici la fausse Scully, agent secret très craquante et dotée d’un solide crochet du droit. Les deux versions se croisent dans un plan très amusant mais l’Événement se voit une nouvelle fois reporté ! L’épisode se conclue d’ailleurs sur gag irrésistible, Mulder passant aux aveux mais Scully mettant ceux-ci sur le compte du délire. On finit par se demander si la relation pourra bien se concrétiser dans cet univers-ci… La scène s’achève cependant sur une pure note d’émotion, quand Mulder passe la main sur sa joue endolorie, un sourire attendri aux lèvres. Allons, tout n’est pas perdu, mais Chris Carter n’a pas fini de jouer avec maestria sur le thème inépuisable de la tension amoureuse existant entre nos deux héros. Rendez-vous dans MillenniuM

Épisode époustouflant sur la forme et très abouti sur le fond, Triangle manifeste qu’en ce début de sixième saison la série n’a rien perdu de sa maestria et de son envergure. Les X-Files savent à merveille endosser différentes tonalités et évoluent vers plus de fantaisie en ce début de saison 6 (ce qui lui fera perdre du public…). Les failles spatio-temporelles et leurs étranges conséquences vont d’ailleurs nous valoir un autre chef-d’œuvre dès l’épisode suivant !

Les costumes d’époque furent récupérés sur le matériel du tournage de Titanic.

L’épisode comporte de nombreuses références au Magicien d’Oz, un autre voyage merveilleux dans un univers parallèle. Le bateau de Mulder se nomme ainsi Lady Garland, en hommage à Judy Garland. Arlene, l’assistante de Skinner est interprétée par Arlene Spileggi, épouse de Mitch, rôle qu’elle remplira dans 10 épisodes.

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4/5. ZONE 51
(DREAMLAND)



 

- Mulder, it's the dim hope of finding that proof that's kept us in this car or one very much like it for more nights than I care to remember. Driving hundreds, if not thousands of miles, through neighborhoods and cities and towns, where people are raising families and buying homes and playing with their kids and dogs and in short, living their lives. While we... we just keep driving.
- What's your point?
- Don't you ever want to stop? Get out of the damn car and live something approaching a normal life?
- This is a normal life.

Après Triangle et avant Les amants maudits, Zone 51 constitue une nouvelle preuve de l’évolution de la série vers davantage de fantaisie. En effet, l’épisode s’autorise toutes les audaces et joue franchement la carte de la pure comédie. Cette histoire de faille spatio-temporelle propageant le chaos dans notre univers avant de se rétracter constitue une belle variation sur un des thèmes remontant à l’origine de la série (l’exploitation militaire de technologies aliens) de même qu’une source d’images spectaculaires où les moyens développés par la série autorisent de fabuleux et imaginatifs effets spéciaux. Néanmoins, il ne s’agit que d’un prétexte car le véritable sujet de l’épisode est ailleurs.

En effet, dans un effet assez proche du Seigneur du magma, mais avec une narration plus classique, l’épisode entreprend une satire corrosive de la mythologie existant autour de la fameuse Zone 51 et de l’organisation Majestic, très différente ici de ce que nous laissait apercevoir Dark Skies. Loin de constituer la sombre menace habituelle, Majestic apparaît comme une caricature au vitriol d’une administration lambda, avec son lot d’agents démotivés, bourrins ou arrivistes, ses ragots, ses combines, sa vie sociale. On ne peut s’empêcher de parfois songer à un Caméra Café un peu spécial… Ainsi, Howard, brillamment interprété par Michael B. Silver (Urgences, Les Experts…) incarne à la perfection le jeune loup intelligent et prêt à tout pour sa carrière, tandis qu'à l’autre extrémité le général est lui le cadre usé, marquant le pas à l’approche de la retraite et passablement dépassé. Le voir s’adresser à Mulder pour tâcher de voir de quoi il en retourne à propos des extraterrestres reste un grand moment ; Majestic n’est plus le cœur du Complot, mais une périphérie peu reluisante. Cette satire d’un des pans les plus célèbres des théories conspirationnistes n’épargne pas ses jeunes fans, décrits une nouvelle fois comme de parfaits crétins.

Le système, proche de Code Quantum, choisi pour filmer Mulder et Fletcher dans le corps de l’autre fonctionne à la perfection. Les très belles scènes du désert viennent nous rappeler que, décidément, nous sommes en Amérique. On regrettera que le cliffhanger coutumier des doubles épisodes se révèle ici assez convenu et déjà vu par ailleurs (Mulder capturé par des militaires…), mais cela est contrebalancé par une introduction de la seconde partie absolument irrésistible et pour le coup très originale ! Gamin, Mulder était déjà un fan de SF et de Star Trek, joli clin d’œil à cette autre très grande série…

La désacralisation de l’Homme en Noir culmine avec le véritable héros de l’épisode, Morris Fletcher. Celui-ci a des problèmes d’argent, une famille des plus « charmantes » (mention spéciale à la fille, à se pendre) et s’ennuie copieusement dans son travail, soit un quotidien passablement minable, dont on comprend qu’il veuille s’échapper. On se situe véritablement loin de l’effrayant archétype coutumier ! Au-delà du pastiche, Fletcher apporte beaucoup d’humour par lui-même. Bien loin des Génies du Mal et des monstres froids peuplant la Conspiration, l’ami Morris est une fripouille cynique et jouissive (et lâche), n’ayant d’autre but que de profiter de la vie. Son mauvais goût satisfait, sa fainéantise, sa ruse malicieuse, son cynisme goguenard et sa veule crapulerie tranchent avec l’atmosphère habituelle des X-Files et nous valent des scènes très amusantes. C’est notamment le cas lors d’une confrontation d’anthologie avec des Bandits Solitaires totalement en roue libre (grand moment de pure rigolade) ou de sa scène de séduction avec Scully virant au fiasco, que l’on s’amusera à comparer à la tentative bien plus réussie de l’autrement plus attendrissant et sincère Eddie (Small potatoes). Décidemment le crime ne paie pas !

Michael McKean (Spinal Tap, Dream On, Saturday Night Live) apporte immensément à l’épisode, donnant une présence étonnante et une verve irrésistible à son héros, parmi les plus divertissants de la série. On finit par s’attacher à ce personnage picaresque et finalement non dénué d’humanité, comme le prouve la tendresse manifestée envers son épouse (impeccable et énergique Nora Dunn, autre grande figure du Saturday Night Live). C’est toujours avec un vif plaisir qu’on le retrouvera pour d’autres pétillantes apparitions, dans les X-Files comme dans Au cœur du complot.

Mulder et Scully apportent efficacement leur contribution à la réussite humoristique de l’épisode. Après une introduction réussie mettant en scène le hiatus existant dans le duo, Scully se révèle très amusante par son scepticisme à tout crin. On aurait pu croire, après tout ce qu’elle a vécu, notamment avec le Bounty Hunter ou Eddie, qu’elle éprouverait l’ombre d’un commencement de doute face aux tentatives de communication de Mulder, mais non, rien à faire ! « C’est tout toi, ça !» finira par s’agacer le malheureux… L’effarement, l’agacement (toujours une bonne ambiance avec la secrétaire de Kersh) puis un franc dégoût devant les attitudes de Fletcher vaudront aussi le détour, avec au passage quelques-unes de ces colères irrésistibles dont Scully a décidemment le secret. Mais la palme revient à Mulder (toujours accro au porno) qui, parti pour découvrir les mythiques secrets de la Zone 51, se trouve en fait face à une version inversée et cauchemardesque du futur Arcadia.

Comme souvent on accordera une petite prime à Duchovny par rapport à Gillian dans le domaine de l’humour, non pas que cette dernière soit médiocre (tout au rebours) mais bien parce que celui-ci se révèle un acteur comique vraiment génial. Son talent éclate ici comme rarement tant ses scènes face à la famille Fletcher, ses agacements, jusqu’à ses crises de nerfs, font à chaque fois éclater franchement de rire. Cela culmine avec la fameuse scène du miroir, inspirée des Marx Brothers, définitivement l’un des plus grands moments de n’importe quoi de la série ! Il reste particulièrement amusant de voir Mulder totalement dépassé dans son rôle de père de famille, un exercice finalement bien plus compliqué que la chasse à l’Alien, ce n’est pas Hank Moody qui dira le contraire ! On assiste à une illustration parfaite de la problématique de la scène d’introduction : Mulder apparaît bien incapable de vivre une vie normale…

C’est d’ailleurs sur un ultime gag irrésistible de Mulder, bénéficiant désormais d’un lit à eau du meilleur goût, que s’achève ce double épisode particulièrement divertissant et tonique, le seul non relié directement à la Mythologie.

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6. LES AMANTS MAUDITS
(HOW THE GHOSTS STOLE CHRISTMAS)



 

Et oui, troisième "quatre étoiles" de suite, mais il faut dire que la sixième saison frappe très fort, avec un nombre plus que conséquent de loners particulièrement réussis. Toute série se doit de présenter au moins un épisode de Noël et les X-Files ne dérogent certes pas à cette règle, une nouvelle fois après Emily.

Mais ils sacrifient à la tradition à leur propre manière, offrant une relecture très personnelle du Christmas Carol de Dickens, auquel l’extrait du film Scrooge rend directement hommage. L’épisode parvient à concilier de manière étonnamment fluide et pertinente le merveilleux de Noël et l’épouvante propre aux histoires de maisons hantées. Cette remarquable performance doit beaucoup à la mise en scène aussi suggestive que volontairement archétypale, audacieusement en quasi temps réel, au très classieux décor reprenant scrupuleusement tous les poncifs du genre (on se croirait dans The Haunting) et au couple aussi fantaisiste que sanguinaire formé par ces fantômes très particuliers. Celui-ci, pétillant, machiavélique et finalement si romantique, se voit porté par deux guest stars de luxe : Edward Asner (Lou Grant, Racines…) et Lily Tomlin (Laugh-In, Saturday Night Live, Desperate Housewives...). S’amusant visiblement beaucoup, les deux comédiens vétérans nous font profiter de tout leur talent et de leur enthousiasme particulièrement communicatif. Dans la meilleure tradition des épisodes décalés, ils apportent beaucoup d’humour au récit.

Notre couple vedette s’avère aussi particulièrement amusant. Mulder divertit beaucoup dans son numéro coutumier de fondu du surnaturel, mais pour une fois c’est Scully qui se révèle prépondérante dans ce domaine. D’abord contrariée durant ses préparatifs de réveillon (et on imagine sans mal à quoi ressemble une veillée de Noël dans la famille Scully…), elle calme son début de nervosité par un laïus habituel singulièrement rallongé, avant de connaître sa plus hilarante panique de la série ! Le gag énorme du pseudo couple de cadavres vaut aussi le détour ! On appréciera également les références à Ghost Busters… Outre le passage de tension sanguinolente, le duo doit cependant faire face à un profil psychologique particulièrement acide de la part des spectres, mais loin d’être totalement erroné sur la nature de leur couple si particulier… Cela nous vaut une scène finale très émouvante, où nos héros réaffirment la solidité de leur relation, avec sa part d’ambiguïtés et de non-dits, avant de célébrer ensemble la magie de Noël…

Un épisode totalement à part, aussi riche que divertissant, et somptueusement filmé en huis clos par Chris Carter en personne, avec la qualité des effets spéciaux propre à la série. Après les Avengers, Dickens et Noël ont vraiment le talent d’inspirer de grands épisodes !

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7. PAUVRE DIABLE
(TERMS OF ENDEARMENT)



Vous les femmes, vous le charme, vos sourires nous attirent, nous désarment, vous les anges, adorables, et nous sommes nous les hommes pauvres diables… Après une étonnante succession de récits particulièrement marquants, la saison 6 marque le pas avec cet épisode très mineur.

L'histoire se montre larmoyante à souhait, n'hésitant pas à user d'effets particulièrement appuyés qui ne dépareraient pas dans un culebrón. Pleurnicheries, musique très guimauve, conclusion des plus prévisibles et maintes fois vue ailleurs... On s'ennuie pas mal durant cet épisode essentiellement lacrymal.

Demeurent un hommage marqué à Rosemary's Baby (auquel Scully fait explicitement allusion) et à Hitchcock (le lait offert de Soupçons), des effets spéciaux toujours spectaculaires et quelques moments amusants en début d'épisode avec la nullité crapoteuse de Spender, ou Scully restant au bureau à se coltiner le travail ennuyeux, tandis que Monsieur vadrouille comme de coutume dans le pays en quête d'aventures palpitantes. Ces coups de fil plus ou moins aigres-doux quand l'un des deux reste en retrait procurent toujours des scènes divertissantes, mais il n'en reste pas moins que l'on a déjà vu nettement plus percutant ailleurs (La guerre des coprophages, La poupée...).

L'épisode comportait une grande attraction en la personne de Bruce Campbell. Le Ash de Evil Dead, l'Autolycus de Xéna et Hercule, le facétieux cow-boy aux aventures si décalées de Brisco County Jr. (fabuleuse série !), le perpétuel invité de Spiderman, est devenu une vraie vedette dans le domaine du fantastique et c'est toujours avec grand plaisir que l'on suit son jeu vif et malicieux. Malheureusement, Pauvre Diable lui réserve un rôle aux antipodes de son plus grand potentiel basé sur l'humour et la dérision. Il s'y révèle certes convaincant mais loin du récital humoristique espéré. On ne peut s'empêcher de demeurer avec l'impression d'un rendez-vous manqué entre Campbell et les X-Files. Une interrogation continue à nous titiller concernant cet acteur si plaisant, que l'on apprécie vraiment beaucoup, quand on sait qu'il avait postulé pour le rôle de Doggett. Son humour et sa fantaisie auraient-il suscité un personnage plus proche de Mulder, heurtant moins certains fans de la série ? Quoiqu'il en soit Carter a préféré opter pour une rupture, avec le sérieux et l'incrédulité du personnage incarné par Robert Patrick, lui même vraiment parfait dans ce rôle par ailleurs !

Un épisode en dessous, qui aurait sans doute gagné à se situer dans MillenniuM et son ton si particulier.

On remarquera que le rapprochement de la série avec Hollywood présente décidément comme conséquence de favoriser l'apparition de guests très relevés !


8. LE ROI DE LA PLUIE
(THE RAIN KING)


 

Well, it seems to me that the best relationships - the ones that last - are frequently the ones that are rooted in friendship. You know, one day you look at the person and you see something more than you did the night before. Like a switch has been flicked somewhere. And the person who was just a friend is... suddenly the only person you can ever imagine yourself with.

Après la petite pause de Pauvre diable, la saison 6 (vraiment une des meilleures de la série) reprend son parcours d'une étonnante qualité, tout en continuant à mettre en avant la relation Mulder/Scully. En effet, après Triangle et, davantage encore, Les amants maudits, c'est de nouveau avec beaucoup d'humour que le Roi de la pluie en étudie les sinueux contours.

L'épisode se situe dès le commencement dans l'humour, avec une vision, certes attendrie, mais néanmoins acidulée, de l'Amérique profonde. Il en va de même avec l'irritation de Scully quand celle-ci s'agace que Mulder lui ait "monté un bateau" à propos d'une histoire qu'elle juge absurde. Cela donne à l'amicale joute habituelle un peu plus de piquant qu'à l'accoutumée, avec des rebondissements très pétillants. Comme le remarqueraient les Amants Maudits, ce n'est pas encore cette fois que Scully prouvera que Mulder avait tort ! On apprécie également vivement la mise en scène alerte, et en particulier les manifestations climatiques, toutes plus absurdes ou poétiques les unes que les autres, les artistes de la série s'en donnent visiblement à cœur joie ! On s'amuse ainsi beaucoup avec un lancer de vache que n'auraient pas désavoué les Monty Pythons ! L'épisode bénéficie également de nombreux clins d'œil savoureux au Magicien d'Oz de 1939, renforçant ainsi son côté merveilleux et décalé.

The Rain King s'enrichit également d'une étonnante galerie de portraits, avec deux couples de personnages secondaires, hauts en couleurs et interprétés avec truculence. C'est ainsi que l'épatant Roi de la Pluie nous délivre une caricature assez jouissive du Rednick, avec un Clayton Rohner (Muder One, Day Break, très inspiré de Monday) en faisant des tonnes avec à-propos. À ses côtés l'aussi émouvante qu'écervelée Cindy se montre absolument charmante. L'amoureux transi Holman Hardt, très lycéen, vaut aussi le coup d'œil mais c'est surtout l'épatante Sheila qui s'impose, grâce à la très belle prestation de Victoria Jackson. Le Saturday Night Live, dont elle fut une figure marquante, se révèle décidément un vivier pour les X-Files installés en Californie, d'autant que Victoria y a collaboré notamment en duo avec l'excellente Nora Dunn de Zone 51.
Pour l'anecdote, contrairement au Saturday Night Live et à Tina Fey, Victoria Jackson a milité ardemment, parfois avec véhémence, contre Obama, le comparant notamment à l'Antéchrist...

Mais l'épisode atteint toute sa véritable dimension quand il s'attaque avec une ironie aussi caustique que réjouissante à la relation Mulder/Scully. On se divertit beaucoup de voir les habitants du cru croire naturellement que nos héros forment un couple, au grand amusement de Mulder mais avec un certain embarras de Scully annonçant déjà Arcadia. Il n'y pas jusqu'à la patronne de l'hôtel qui ne trouve désuet qu'ils fassent chambre à part... Dans la seconde partie de l'épisode Mulder et Scully ont droit à un autre examen critique, après celui des Amants maudits. Sans doute moins narquois et rugueux, celui-ci se révèle finalement encore plus redoutable car présentant un véritable miroir à nos héros (effet annoncé ironiquement par le gag des gagnants du concours). Le parallélisme entre ces deux couples figés dans le non-dit s'avère aussi bien trouvé que savoureusement exploité. C'est ainsi le cas quand notamment Scully explique à Sheila que les relations les plus fécondes sont celles basées sur l'amitié de longue date ou quand Mulder s'improvise professeur de drague auprès de Holman, au grand effarement téléphonique de Scully (gag en or massif). Mais le plus drôle reste de voir nos agents, si intelligents par ailleurs, demeurer de marbre face à cette histoire et à sa morale, y compris quand Sheila et Holman, la main dans la main, leur soufflent qu'ils devraient essayer... La scène finale voit le Triomphe de l'Amour et tous les couples s'enlacer, tous sauf... On passe un peu au désespéré, là ! Ainsi s'achève cet épisode aussi romantique qu'hilarant, (lointain cousin de Groundhog Day), à la subtile écriture montrant nos héros manifester une gentille condescendance envers les locaux, alors même que c'est avant tout sur eux que porte l'ironie !

Toutefois l'excellence de ce loner, comme de ceux qui l'ont précédé cette saison, n'empêche pas de ressentir un certain manque. La saison, avec talent et esprit, s'intéresse à la relation entre nos héros et donne la part belle à de délectables épisodes décalés, mais oublie quelque peu d'opposer de vrais adversaires à Mulder et Scully (même Daryl se montre finalement plus bête que méchant...). On commence à sentir l'absence des duels de haute volée connus par le passé entre les Affaires Non Classées et des adversaires de la dimension d'un Tooms ou d'un Pusher, ce qui explique peut-être le début de désaffection alors subie par la série. L’épisode obtint cependant la meilleure audience de la saison, avec plus de 21 millions de spectateurs !

Fort heureusement, une vieille connaissance s'apprête à effectuer son retour dans les X-Files, même si dans le cadre d'un Mythic...


9. COMPTE À REBOURS
(S.R. 819)


 

Après une succession d'épisodes irrésistibles mais qui, plaisamment décalés et accordant une part importante à la relation Mulder et Scully, se traduisaient par un manque d'authentique adversaire, Compte à Rebours marque un efficace retour aux fondamentaux de la série. C'est avec un vif plaisir que l'on retrouve ces atmosphères ténébreuses, ces duels entre Mulder et un opposant insaisissable (Krycek en personne !), ces parkings déserts, ces conspirations bien tordues, le retour du Sénateur Matheson et jusqu'à la figure de Skinner en tant que supérieur... L'épisode constitue un véritable revival Vancouver !

Outre ces retrouvailles l'intrigue se révèle captivante. Elle se centre avec bonheur sur Skinner (complétant une trilogie comportant également les déjà excellents Avatar et Zero sum) alors même que celui-ci demeurait des plus discrets depuis le début de la saison, et ne néglige pas la dimension psychologique des personnages : Mulder et Scully, tout comme le spectateur, apprécient visiblement de retrouver leur relation habituelle avec Skinner et leur complicité, tandis que le premier se montre des plus ardents dans sa quête de Vérité et la seconde très convaincante dans des scènes d'hôpital moins nunuches qu'à l'accoutumée.

De par le mystère de ce qui arrive à Skinner et le savant usage des flashs-back (le lancement à la Memento Mori est une merveille) l'histoire développe une belle énigme et distille un fort beau suspense tout au long du récit. Après la quasi absence de la Mythologie lors du premier double épisode de la saison, celle-ci se voit réintroduite par Krycek aussi cruel que de coutume (on adore !), tout en produisant un retournement forcé de Skinner riche en potentialités. Le thème habituel d'un Krycek encaissant un maximum se voit ici renversé au détriment de Skinner, mais tout cela se paiera un jour...

La mise en scène de Daniel Sackheim retrouve également avec bonheur les figures coutumières de la série tout en bénéficiant de l'étonnant travail de maquillage opéré sur Mitch Pileggi (comme toujours impérial) et d'effets spéciaux fort goûteux. On observera aussi que les perspectives nanotech décrites par l'épisode, thème alors très en vogue notamment en littérature, apparaissent déjà nettement moins spéculatives aujourd'hui, tant on a progressé en la matière.

Deux petites réserves sont toutefois à noter. À plusieurs reprises Scully énoncent des tentatives de traitement (laser, filtrage intégral du sang) sans qu'on les voit se dérouler, ni que l'on entende parler des conséquences éventuelles. Face aux péripéties des enquêtes de Mulder, il est souvent difficile de trouver du contenu quand Scully reste en retrait dans un hôpital et disons que ce genre de pratique facilite les choses... Et puis, la révélation de Krycek s'effectue avec force roulements de tambours alors que, bon, un tueur sadique au visage perpétuellement dissimulé, maquillé car craignant visiblement d'être reconnu par nos amis, travaillant en free lance tout en connaissant visiblement les rouages du Complot... Il ne fallait pas nous faire un dessin non plus !

Enfin l'épisode révèle la solution du plus mystérieux et impénétrable des X-Files : la technique du planter de crayons d'un Mulder passant visiblement ses nuits au FBI malgré son beau lit tout neuf. La scène se montre très amusante et induit clairement ce retour aux sources donnant toute sa saveur à cet épisode certes classique mais tonique et très relevé.


10. PHOTO MORTELLE
(TITHONUS)



 

Cet épisode à la pénétrante poésie reprend le thème de la photo déjà utilisé avec succès dans Les hurleurs, mais aussi dans la Quatrième Dimension et de nombreux autres récits fantastiques.

Cette version se montre particulièrement aboutie grâce à une mise en scène judicieusement funèbre (on ne se situe absolument pas dans l’humoristique), portée par la musique de Mark Snow et l’étonnante qualité de l’image de la caméra de Watkins. Le noir et blanc annonciateur de mort se révèle particulièrement somptueux, le granulé et la lumière situent avec réussite les personnages comme déjà hors de ce monde. L’effet est absolument saisissant. Les nombreuses photos de décès restituent également à merveille la fascination de Fellig pour la mort et contribuent à donner à l’épisode une ambiance très particulière, presque aussi fascinante qu’a pu l’être Le pré où je suis mort, autre épisode où la photographie (sans mauvais jeu de mot) se montre primordiale.

Le personnage de Fellig lui-même se montre aussi original que passionnant. Son immortalité et la lassitude de la vie en résultant constituent un contrepoint intéressant à ce qui semblerait communément un don du ciel. L’immense talent de Geoffrey Lewis (une guest star prestigieuse de plus cette saison) rend absolument convaincant la dimension décalée du personnage en marge de la vie et manifestant un détachement très troublant (hormis envers la beauté de Scully, avec l’unique photo qu’il prend avec plaisir…). Fellig nous parle depuis très loin, son désespoir quasi palpable et les magnifiques dialogues confèrent un cachet très littéraire à cette histoire. Gilligan développe comme toujours admirablement la psychologie et l’humanité de ses personnages, mais n’oublie pas néanmoins de nous offrir des moments de pure tension, comme quand retentit la note stridente de l’appareil photo fatidique ou quand c’est au tour de Scully d’être dépouillée des couleurs de la vie.

Cette même Scully représente l’autre grande attraction de Photo Mortelle. Privée de Mulder on pourrait s’attendre à la voir demeurer figée dans son scepticisme scientifique, mais le temps passé produit son effet et nous assistons avec beaucoup de plaisir à un spectacle nouveau : Scully accepter à son corps défendant la nature paranormale d’une affaire. Ce difficile combat est parfaitement rendu par le jeu de Gillian Anderson, se traduisant par des expressions faciales et corporelles inusitées jusqu’ici : Scully perd son assurance proverbiale et la comédienne nous fait partager son trouble et ses hésitations avec un immense talent. Ses scènes particulièrement émouvantes avec Lewis constituent le pinacle de l’épisode, où l’on ressent le pur plaisir du beau jeu, de la rencontre féconde de deux grands comédiens au service d’une histoire tellement plus subtile que ce que nous offre ordinairement la télévision.

Le scénario, dans un premier temps, a l’habileté de ne pas faire de Ritter un jeune arriviste comme la série en a déjà connu, voire un Spender bis. Son astuce et son grand professionnalisme de policier joints à un solide cartésianisme préfigurent avec intérêt les discussions entre Doggett et une Scully ayant alors basculé du côté des « croyants ». Malheureusement le récit ne prolonge pas cet aspect jusqu’au bout, une déception somme toute mineure.

Mulder reste lui très en retrait, les coups de fil avec Scully demeurant essentiellement fonctionnels et ne développant qu’à peine l’humour coutumier, même si Vince Gilligan ne peut bien entendu s’empêcher de placer quelques plaisanteries... Mais qui trop embrasse mal étreint, l’épisode bénéficie déjà d’une thématique très riche et a raison de ne pas vouloir se disperser ! La conclusion montre une Scully très troublée… La question se pose en effet de savoir si elle connaît désormais la même immortalité maudite que Fellig ! Après tout Clyde Bruckman lui avait dit qu’il ne la voyait pas mourir…

Fellig et ses noms successifs sont autant d’hommages à des photographes célèbres. Tithonus reprend un mythe grec entremêlant immortalité vécue comme une malédiction et divinité solaire, d’où une application dans le domaine de la photographie basée sur le rayonnement solaire. Un titre plus riche que le sensationnalisme outrancier de la traduction française !


11/12. TOUTE LA VÉRITE
(TWO FATHERS/ONE SON)


 

En dépit de sa qualité, cet épisode particulièrement crucial pour la Mythologie laisse comme une impression de précipitation. En effet, il met en scène purement et simplement l'effondrement de la Conspiration telle que nous l'avions connue jusqu'ici. Le long et sinueux chemin parsemé de savantes révélations débouche ainsi sur une conclusion aussi brusque que spectaculaire. Si on ajoute à cela le soin apporté aux prodigieux loners décalés (drôles ou romantiques) commençant à proliférer cette saison, on peut sérieusement se demander si Carter n'en avait pas tout simplement assez de cette histoire au long cours. Celle-ci contribua certes puissamment à l'identité et au retentissement de la série, mais se révèle contraignante et malaisée à poursuivre indéfiniment. La migration de Vancouver à L.A. aurait dès lors coïncidé avec une aspiration à davantage de fantaisie, qu'elle accompagne et soutient d'ailleurs idéalement.

Quoiqu'il en soit, c'est bien avec professionnalisme et un talent intact que Carter préside à cette inflexion majeure. Après une efficace scène de pré-générique situant d'emblée les enjeux, le lancement de l'épisode s'avère des plus saisissants. En effet, le spectateur, médusé, découvre l'Homme à la Cigarette (enfin, C.G.B. Spender désormais...) s'adresser directement à lui pour annoncer l'échec final de la Conspiration. L'impact du procédé résulte des plus considérables ! De fait C.G.B. s'affirme comme un narrateur fort talentueux, ses révélations restituant avec une grande clarté les méandres du complot. Grâce également à l'apport de Cassandra (toujours épatante Véronica Cartwright, justement récompensée d’une nomination à l’Emmy Award), cette première partie nous offre une vision explicite fort cohérente de la Conspiration, un exploit contribuant puissamment à son succès. Ce procédé se poursuivant jusqu'à la toute fin du premier segment s'avère également l'occasion d'un nouveau numéro étincelant de William B. Davis. Celui-ci entremêle amertume, ironie et lucidité désenchantée avec un talent faisant de ces apparitions de C.G.B. de grands moments captant instantanément l'attention du spectateur, et justifiant à eux seuls la découverte de l'épisode. On ne soulignera jamais assez l'importance de la contribution de cet immense comédien à la série.

Par ailleurs, cette première partie sait maintenir une véritable tension dramatique grâce au lot coutumier de révélations tonitruantes et à un récit resserré, évitant tout temps mort. L'ensemble se suit donc avec un réel plaisir, même si certaines réserves sont à noter. On s'étonne tout de même de l'impuissance et de l'immobilisme du Syndicat face à l'évolution de la situation. Cette toute puissante organisation dévoile de surprenants pieds d'argile qui, conjointement avec le flou persistant sur la victoire des rebelles, renforcent cette impression désagréable d'abandon. Fort heureusement, la partie adverse s'enrichit d'un Alex Krycek très en verve et machiavélique à souhait. Sa manière de monter le fils contre le père sans en avoir l'air se révèle un fort joli coup de poignard. Spender se montre de plus davantage complexe et intéressant que de coutume. Le tempo général ressort également plus lent que lors d'épisodes du même genre, mais cela correspond finalement au ton funèbre du récit de C.G.B.. On pourrait aussi déplorer le rôle essentiellement statique de Mulder et Scully, que l'on aura rarement vus aussi inopérants sur l'action. Toutefois un épisode essentiellement centré sur le Syndicat constitue une agréable originalité. De plus les scènes de Basket restent amusantes, comme lorsque Mulder se fige quand Scully apparaît... Cependant voir Scully sortir du chapeau autant d'éléments sur C.G.B. constitue bien une facilité assez déplorable. Aurait-elle cherché sur Google ?

Le Cliffhanger traditionnel se montre également assez faible (personne n'imagine que Mulder puisse tirer) mais la véritable conclusion demeure bien entendu la découverte du véritable interlocuteur de C.G.B. ; rien de moins que la toujours très classieuse Diana Fowley ! Celle-ci se révèle une collaboratrice particulièrement proche du Fumeur et se déclare apte à renverser une situation désormais bien compromise. De quoi présenter la seconde partie sous les meilleurs auspices !

Et, après une grandiose introduction, cet ultime tronçon enregistre en effet la véritable entrée en scène de nos héros, apportant un surplus de vie et de tonicité à l'épisode. On s'amuse ainsi beaucoup de voir Scully, après une scène de douche assez pétillante, employer le plus clair de son énergie au procès de Fowley, tandis que Mulder s'acharne à lui trouver des circonstances atténuantes. Cette confrontation se déroulant sous le regard de Bandits Solitaires passablement éberlués conduit d'ailleurs à une de ces colères froides dont notre amie rousse a le secret. Mimi Rodgers continue à donner beaucoup de présence à son personnage, tandis qu'avec le spectaculaire retour d'une Marita très éprouvée (comment avons-nous pu vivre si longtemps sans Laurie Holden ?), c'est la totalité des personnages récurrents de la série qui participe à l'action, confirmant la stature particulière de l'épisode. Le sommet de celui-ci, outre la scène choc de la crémation in vivo du Syndicat (au revoir au First Elder et consorts…), demeure bien entendu la confrontation Mulder /C.G.B., une scène toujours formidable dont la série a su ne pas abuser et ici se montrant particulièrement relevée.

Ces éléments se voient une nouvelle fois gâchés par nombre de raccourcis et de facilités scénaristiques voyantes. Il y a bien trop de rencontres miraculeuses, en particulier dans ce centre de rétention sanitaire ressemblant davantage à un hall de gare qu’à autre chose. De nombreuses situations ne sont absolument pas conclues, la scène du bureau de Kirsh servant de bouche-trou vraiment trop simpliste. Le summum est atteint avec la succession effrénée d’évènements hautement improbables, filmés selon une absurde accélération uniquement pour obtenir l’image assez pitoyable de Mulder et Scully vidant leurs révolvers sur un train blindé pour tenter de l’arrêter. Cette péripétie inutile et si maladroitement amenée conduit les X-Files a se caricaturer eux-mêmes, dans un effet particulièrement malheureux.

Ainsi en est-il de l’ensemble de l’épisode, où les bonnes idées de mises en scènes et les fulgurances du récit perdent pour partie de leur impact par une trop grande précipitation et manque de soins apportés aux détails. C’est d’autant plus frustrant que l’on se dit que le résultat aurait pu être tellement formidable si Carter et Spotnitz avaient laissé le temps au temps, ne serait-ce qu’en consacrant à ce moment essentiel un arc triple, et non un double épisode trop étriqué. Toute la vérité demeure un excellent épisode, mais non pas le chef-d’œuvre qu’il aurait pu, qu’il aurait dû, représenter. La priorité était sans doute ailleurs…

Après une conclusion ouvrant un nouvel abîme dans la psychologie de C.G.B., plus que jamais le méchant ultime de l’univers des séries télé, les Affaires Non Classées s’offrent de nouveau à nos héros. Tant mieux, car Samantha demeure insaisissable ! Surtout cela va permettre à Carter de faire de nouveau se succéder les loners décalés exceptionnels, dans un cadre plus familier et solide que dans la première partie de saison (tout en renouvelant il est vrai la mythologie à partir de Biogenèse). Le but caché de tout ceci ?


13. AGUA MALA
(AGUA MALA)


 

Après le très excitant Compagnons de route (et en attendant le fabuleux The Unnatural), on attendait beaucoup du retour de l’excellent Arthur Dales, le Mulder des années 50.

Hélas, force est de constater que l’épisode ne tient pas totalement ses promesses. Tout d’abord avec l’énorme contresens consistant à laisser Dales en dehors de l’action, le bornant à ouvrir et conclure le récit, alors que c’est bien évidemment une enquête menée en commun avec Mulder qui nous intéressait. Toujours portées avec malice et talent par le vétéran McGavin (ici dans son ultime rôle), les apparitions de Dales demeurent constamment aussi savoureuses mais ne font ainsi qu’accentuer notre frustration… On se demande vraiment quand la télévision va se décider à rediffuser Kolchak, The Night Stalker ! Ces scènes présentent aussi le mérite de nous laisser entrevoir ce qu’aurait pu devenir la vieillesse de Mulder sans Scully : le whisky pour aider à supporter la solitude et une veille toujours maintenue sur les mystères du vaste monde via la cibi. Guère enthousiasmant…

Pour le reste, l’épisode nous offre une resucée du huis clos horrifique, genre déjà expérimenté avec bonheur par le passé (Quand vient la nuit, Projet Arctique…) mais se déroulant ici sur un ton clairement mineur. Le décor parait bien long à se mettre en place et l’auteur, dans la lignée de cette saison, s’essaie à l’humour avec peu d’à-propos (n’est pas Gilligan qui veut). En effet cela sape la tension dramatique faisant le sel de ce genre de situation tout en n’apportant pas grand-chose en contrepartie.

Cette galerie de portraits demeure convenue et tient du cliché, avec notamment une caricature d’Hispaniques assez pesante. On devine que l’auteur a voulu dresser un portrait satirique de la Floride, mais l’ensemble manque de tonus, de mordant. Sur le même thème les Simpsons nous ont d’ailleurs offert un récit bien plus caustique et iconoclaste !

La conclusion ressort également quelque peu précipitée, alors même que la mise en situation s’était trop prolongée.

Restent une reconstitution de tempête en studio réussie, un monstre croquignolet, la musique bien adaptée de Mark Snow et une exaspération de Scully assez amusante devant ces chasses au Dahu qui l’agacent toujours. On remarque que nos héros découvrent chacun la clé de l’énigme au même moment, décidément ils s’accordent à la perfection… Après cette éprouvante et humide enquête le duo aura bien mérité des vacances au soleil !

Agua Mala (Eau mauvaise en Espagnol) est en fait le nom d’une méduse carnivore et venimeuse des eaux tropicales.


14. LUNDI
(MONDAY)


 

Les X-Files (tout comme Garfield…) ont une manière bien à eux d’illustrer l’expression « comme un Lundi ». L’intrigue de Vince Gilligan, s’inspirant avec bonheur du classique Un Jour sans fin, décrit avec une habileté consommée le piège diabolique du Verrou Temporel.

L’épisode débute ainsi avec rien de moins que la mort de nos héros, filmée avec une totale conviction… Effet garanti ! Ce n’est que peu à peu que nous comprenons l’horreur de la situation, tout comme le fait lui-même Mulder, avec une intensité progressive fort bien rendue par la mise en scène impeccable de Kim Manners. La caméra adopte très habilement le point de vue des différents protagonistes, afin de nous offrir un panorama très fluide de la situation. Dans Un Jour sans fin, on ne disposait que du seul point de vue du témoin du phénomène, alors que l’épisode introduit avec succès davantage de complexité en incorporant celui d’une victime (temporairement) passive, Mulder.

Tout comme son modèle, Monday introduit une solide dose d’humour dans le récit, avec plusieurs scènes désopilantes renforcées par un humour de répétition toujours très efficace. La réunion organisée par un Skinner très tatillon sur les horaires s’avère un modèle d’inanité et d’ennui bureaucratiques, tandis que Scully apparaît tétanisée par le retard, quelle horreur ! de Mulder. Les petits malheurs successifs de ce dernier sont également divertissants, d’autant qu’ils nous permettent de retrouver le monstrueux water bed de Fletcher. Son origine toujours perdue dans le néant embarrasse Mulder mais que celui-ci le détienne semble fasciner Scully… Et si l’explication de tout cela résidait dans une ultime résonance de la faille dimensionnelle de Zone 51 ?

Toutefois, à l’inverse de David Amann dans Agua mala, Gilligan montre l’habileté de ne pas noyer l’histoire dans l’humour, en n’accordant pas un espace excessif à son péché mignon. Les scènes amusantes enrichissent l’épisode mais n’en constituent pas le cœur, ce qui le dénaturerait. En effet le parallèle avec Un Jour sans fin touche rapidement à son épilogue car, dans les X-Files, la tonalité du Verrou s’avère bien entendu très sombre. Magistralement interprétée par Carrie Hamilton (grande figure du théâtre américain, prématurément disparue en 2002), Pam n’est certes pas Phil Connors, pour qui on ne ressent jamais vraiment d’inquiétude. Comme elle le dit elle-même : « Nous sommes tous en Enfer et je suis la seule à le savoir ». L’épisode sait nous laisser entrapercevoir la réalité de son si long cauchemar et l’actrice restitue admirablement l’usure que le piège produit sur la personnalité d’une femme partant littéralement en lambeaux sous nos yeux, dans une totale déréliction. Malgré l’ouverture d’esprit et la vive intelligence de la situation manifestées par Mulder, c’est bien grâce à son sacrifice résonnant terriblement comme la découverte tant espérée d’une porte de sortie, que l’on quitte l’impasse. Là où Phil s’échappait du Groundhog Day par l’amour et la rédemption, pour Pam il n’y a que la mort. Il demeure parfaitement glaçant de la voir mourir si heureuse tout simplement parce que quelque chose de nouveau survient... Si on rajoute à cela le désespoir homicide de Bernard (Darren Burrows, fils de Billy Drago, également parfait), Monday reste bien l’un des épisodes les plus sombres et véritablement effrayants d’une série s’épanouissant plus que jamais dans les Ténèbres.

Après l’échec d' Aux frontières du jamais (saison 4), Monday, et sa belle perspective sur la confrontation entre destin et libre arbitre, représentent l’occasion d’heureuses retrouvailles entre les X-Files et ce sujet majeur de la Science-Fiction qu’est le voyage temporel. Après le classique retour dans le passé et le thème du Verrou, c’est la déstructurations temporelle qui, à son tour suscitera le très réussi ultime volet de cette trilogie dans Redrum (saison 8).

Enfin on notera que l’épisode est censé se dérouler à Washington, alors que l’écusson de Los Angeles apparaît clairement dans la banque !

Ah, et merci Oméga, cela nous fait un point commun avec 007…


15. BIENVENUE EN ARCADIE
(ARCADIA)




- Woman! Get back in here and make me a sandwich!

- So, how was your first night? Peaceful?
- It was wonderful. We just spooned up and fell asleep like little baby cats. Isn't that right, honey bunch?
- That's right, poopy head!

Mulder et Scully à Wisteria Lane !

C'est en effet dans le décor lumineux et implacablement lisse d'une suburbia de grand standing, évoquant irrésistiblement le futur Desperate Housewives et somptueusement filmée par Michael Watkins, que va se dérouler cette nouvelle étonnante aventure du duo.

Cependant, comme nous nous situons dans l'univers paranoïaque des X-Files, les Chutes d'Arcadie prennent, dès une scène d'introduction constituant un paroxysme de l'épouvante, les allures d'un Village bien plus sombre, où un impitoyable Rôdeur traque puis élimine atrocement les déviants la nuit venue. Cette dimension purement fantastique de l'épisode s'avère des plus réussies grâce à un Monster of the week particulièrement effrayant et le thème toujours si porteur de l'étrange petite ville retranchée de la réalité consensuelle, tant de fois employé avec succès dans, entre bien d'autres, la Quatrième Dimension. Toutefois, si abouti et efficace que paraisse cet aspect de l'épisode, il n'en demeure pas moins secondaire...

En effet, le grand intérêt d'Arcadia réside bien entendu dans la situation insolite où se trouvent plongés nos héros, devant former un couple de façade du fait d'une idée d'un Skinner visiblement en grande forme. Le piquant de ce simulacre ravira nos ami(e)s shippers, mais ravira également tous les amateurs de fine comédie de mœurs, tant il s'avère impossible de ne pas visionner l'épisode sans éclater de rire. On rappellera que les « Petrie » sont d'ailleurs des noms tirés d'une fameuse série humoristique des années 60 (The Dick Van Dyke Show), une nouvelle présence des séries oldies dans les X-Files. Comme toujours quand il ne prend pas une affaire au sérieux, Mulder est totalement en roue libre, s'amusant visiblement beaucoup de la situation, multipliant les petites piques facétieuses envers une Scully nettement plus rétive ou exprimant sa nature rebelle en violant les interdits du Code avec malice et entrain. La scène du dîner demeure un sommet d'humour, où Mulder martyrise sa partenaire atrocement embarrassée et ses voisins coincés en multipliant les élucubrations démentes.

Ce moment de pure comédie rappelle irrésistiblement une scène culte de Californication où un Hank Moody passablement défoncé à la coke dynamite pareillement un repas familial chez ce pauvre Bill (et lui pas uniquement en paroles...). Dans les deux cas Duchovny manifeste la même vis comica jubilatoire et communicative, confirmant, si besoin en était, son statut de très grand comédien.

Gillian Anderson ne demeure pas en reste et dessine fort joliment une Scully finalement bien moins rétive à l'ambiance apparemment feutrée d'Arcadia, comme le souligne très justement son partenaire. Qui se souvient de l'atmosphère des repas familiaux chez les Scully, jugera que, du moins, elle n'est pas dépaysée... Scully prend très au sérieux son image de maîtresse de maison modèle, et il est bien évident que ce n'est pas uniquement pour les besoins de l'enquête ! De même elle manifeste un souci très féminin pour l'ordre et la propreté nous faisant subodorer une fois de plus qu'il y en a un qui ne doit pas rigoler tous les jours en 2008... On n’oubliera pas le verdâtre masque de beauté, gravé au fer rouge dans la mémoire des spectateurs comme l'un des passages les plus insoutenables d'horreur frémissante de la série… C'est le mythe qui se lézarde sous nos yeux ! L'humour distillé par Scully apparaît davantage mezzo voce que le numéro électrique de Mulder mais n'en apporte pas moins une contribution décisive à l'éclatant succès de l'épisode. C'est bien la confrontation de ces deux caractères si dissemblables qui en fait d'ailleurs tout le prix, mais n'est-ce pas souvent le cas dans la vie en couple ?

Enfin ce quartier si délicieusement clean, où l'ordure et l'épouvante sourdent du sol, évoque également le Blue Velvet de Lynch, tant les références abondent dans cet épisode à la quintessence purement américaine. Les X-Files en profitent pour manifester plus que jamais leur attachement à une certaine gauche américaine par une féroce dénonciation des dérives de la société contemporaine.

Ce genre de cité forteresse aseptisée connaît depuis quelques années un développement faramineux aux États-Unis ce qui en dit long sur la déliquescence du lien social et l'accumulation des tensions. À travers la résurrection de cette simili Arcadie mythique où l'on ne voit aucun Noir, Hispanique ou Asiatique, où les femmes quittent la table quand les hommes parlent politique, l'épisode lance une charge aussi féroce que pertinente sur le repli fantasmé par certains sur une Amérique Blanche et ultra conservatrice, avec notamment un joli clin d'œil aux similitudes avec les mœurs sauvages des tribus ancestrales.

C'est avec une étonnante présence que Peter White (Dallas, All my children...) campe un dictateur au petit pied, désirant figer la société selon un code rigide confinant à l'absurde et s'opposant au sympathique Big Mike interprété avec sa bonhomie coutumière par Abraham Benrubi (Urgences, Parker Lewis...). Par cette parabole, les X-Files s'ancrent ainsi dans ce courant qui, au travers d'un détour par le paranormal ou le futur, s'attache en fait à dépeindre et analyser les errances de notre réalité présente, ce qui constitue toujours la marque de la grande Science-Fiction, mature et ambitieuse.

Enfin, tout ceci ne nous empêchera pas de remercier pour leur contribution à l'épisode : Sony, Oméga (encore une fois), Tropicana, voire Lacoste. C'est d'un goût, après le martyr du malheureux Queequeg...

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16. ENTRE CHIEN ET LOUP
(ALPHA DOG)


 

Après la succession sans failles d’étincelants loners que connaît cette saison 6 (et ce n’est pas fini…), cet épisode constitue une bien cruelle déception. En effet l’œil peine à y découvrir un quelconque intérêt. Cette histoire terriblement basique de lycanthrope se distingue par une totale vacuité, malgré la dimension orientale se révélant de la vulgaire poudre aux yeux. Le contraste avec le très riche Métamorphoses (saison 1) s'avère particulièrement destructeur pour Alpha. Rarement les impénétrables forêts canadiennes auront paru si lointaines… Cette mauvaise exploitation d’une grande figure du Fantastique évoque de fait bien plutôt l’exécrable Les Vampires, l’un des nanars de la série.

La faiblesse de l’intrigue se traduit par une succession de scènes d’attaques du loup démoniaques, séparées par des passages d’un rare immobilisme. Ces agressions, certes tournées avec efficacité, à quelques variations près, se déroulent selon le même modus operandi. Leur répétitivité, ainsi que leur prévisibilité, engendrent l’ennui, d’autant que l’histoire passablement statique les enrobant ne fait qu’y contribuer.

L’épisode échoue également à prendre vie grâce à ses seconds rôles. Les réparties et l’action attribuées à Detwiller demeurent bien trop plates pour permettre au grand comédien Andrew J. Robinson (Star Trek Deep Space Nine, Hellraiser, Inspecteur Harry…) de déployer réellement son talent, hormis quelques brefs instantanés. L’histoire s’acharne à rendre mystérieuse la « femme loup », comme l’appelle affectueusement Scully, mais, malgré la belle prestation de Melinda Culea (Agence Tous Risques, Star Trek Next Gen…) ne parvient qu’à la rendre opaque, voire terne. Dépourvue du piquant anglais d’une Phoebe Green, de la candeur spectaculaire d’une Bambi, ou de la fascinante froideur de glace d’une Diana Fowley, sa fascination pour les chiens demeure impénétrable pour un spectateur qui ne peut dès lors que se désintéresser du personnage et de sa relation particulièrement morne avec Mulder. Même l’inévitable accès de jalousie ou de défiance éprouvé par Scully ne pétille pas ici (quelle différence par rapport à Fowley !), se manifestant par quelques déclarations sentencieuses, voire mélodramatiques, et tendant au roman feuilleton. La scène de conclusion se montre de ce point de vue d’une insigne lourdeur !

La seule bonne nouvelle d' Entre chien et loup demeure la réapparition du fameux poster I Want To Believe. Avouons que l’absence de cet authentique oriflamme de la série se faisait cruellement ressentir chez le fan qu’il avait fait rêver durant tant d’années…

Au total, même au clair de lune, Alpha demeure un épisode bien basique !

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17. TREVOR
(TREVOR)


 

- Dear Diary, today my heart lept when Agent Scully said "spontanous human combustion".
- Oh shut up, Mulder !


D’un thème archi rebattu du polar (un évadé de prison règle ses comptes), les X-Files parviennent à tirer un épisode de bonne facture. Le scénario, fort astucieux, sait en effet jongler avec toutes les potentialités offertes par cette vision assombrie du Passe-Muraille de Marcel Aymé : solution originale à la traditionnelle énigme de la chambre close, assassinat gore à souhait (encore bravo aux artistes de la série), confrontation directe avec Mulder, infiltrations diverses et variées… Vraiment on ne s’ennuie jamais dans ce récit au tempo élevé et à l’action très soutenue.

Il n’y a pas jusqu’à la limitation du pouvoir de Pinker qui ne donne lieu à des effets très ludiques, dans la grande tradition des Super Héros ! On observe ainsi Scully et Trévor se réfugier dans une cabine téléphonique isolante, ce qui n’est pas sans joyeusement nous remémorer un certain Docteur originaire de Gallifrey (Constellation de Kasterborous). La présence de Tuesday Knight (la sœur) et certaines apparitions de Pinker rappellent également Elm Street !

La mise en scène très vive et alerte de Rob Bowman épouse idéalement cette histoire bondissante et pousse l’audace jusqu’à nous offrir un pastiche de la poursuite dans le labyrinthe de Shining (même recours à la Steadicam), tandis que Pinker fracassant la cabine avec une pierre fait irrésistiblement penser à la hache de Jack. Un clin d’œil bien trouvé !

L’autre mérite de l’épisode réside dans l’éloquente composition du talentueux John Diehl (le Zito de Miami Vice !) qui interprète avec sensibilité la personnalité complexe de Pinker. En effet la bonhomie matoise qu’il manifeste à l’occasion recouvre de profondes pulsions de violence extrême, mais aussi une sincère volonté de rédemption et d'un nouveau départ avec son fils. Il reste très touchant de le voir se découvrir à travers les yeux épouvantés de Trévor, puis, effondré, s’en aller vers une mort ressemblant beaucoup à un suicide. Sans doute ne voulait-il qu’une seconde chance, commente fort justement Mulder lors d’une conclusion particulièrement amère.

Si ce même Mulder, visiblement toujours ravi d’avoir enfin récupéré ses chères Affaires Non Classées, se montre au début particulièrement hilare, jusqu’à irriter copieusement une Scully en ayant visiblement ras la coupe, nos héros se livrent à une enquête aussi rigoureuse que passionnante, jusqu’à un final électrique particulièrement haletant. Si le brio de la forme de cet épisode n’en fait pas oublier le classicisme du fond, cela n’en constitue pas pour autant un handicap car la présence d’une histoire solide et efficacement agencée aide à lutter contre le sentiment de dispersion et le tournis que pourrait finir par susciter la succession effrénée de loners aussi brillants que totalement divers et décalés. Tiens, on en arrive à Milagro


18. À CŒUR PERDU
(MILAGRO)


 

Cet épisode une nouvelle fois très particulier débute par une succession de scènes très étranges, où l'on découvre Padgett plongé dans les affres de la création, fouillant en lui jusqu'à s'en extirper le cœur. Cet admirable passage constitue un témoignage éclatant du grand talent de Kim Manners. Il s'avère passionnant d'admirer tout au long de l'épisode comment ce grand metteur en scène parvenait chaque fois à trouver la parfaite image, tout comme Padgett accède à l'épure en littérature. Son commentaire audio de l'épisode s'écoute également avec beaucoup d'émotion, comme un testament.

Dans la première partie de l'épisode, la plus relevée, Manners parvient à susciter un climat évoquant avec brio David Lynch : scènes énigmatiques et silencieuses, imprégnées par la musique omniprésente et envoûtante de Mark Snow et filmées avec un art consommé de l'Étrange, fulguration fantastique du cœur ardent et jusqu'à la présence d'une rocade surplombant la ville évoquant furieusement Mulholland Drive. La magie s'installe et baigne la majeure partie de l'épisode dans une atmosphère onirique particulièrement fascinante. Manners n'en développe pas moins sa propre personnalité, notamment dans l'admirable scène de la rencontre à l'église, où champs-contrechamps et travellings experts, photographie inspirée et ralenti parfaitement inséré concourent admirablement à nous faire ressentir les sentiments des personnages. Et il fallait tout le talent et la subtilité d'un Kim Manners pour traiter d'une figure aussi hors normes que celle de Padgett!

Étrange et fascinante figure en effet que cet écrivain, sans doute le personnage de la série le plus personnel de Spotnitz, où Carter et lui ont insufflé le plus d'eux-mêmes. Le spectateur se perd en conjoncture sur sa nature : n'est-il qu'un amoureux transi et particulièrement observateur de Scully ayant pénétré les territoires obscurs du paranormal ou n'est-il pas plutôt un démiurge façonnant la réalité par la seule puissance de son verbe ? Le récit interroge avec subtilité et pertinence sur le mystère de la création artistique ou littéraire et sur les rapports complexes entre l'écrivain et ses personnages.

Ce thème troublant a depuis toujours inspiré brillamment le Fantastique, depuis Pygmalion jusqu'à un des épisodes les plus fameux de la Quatrième Dimension, où un auteur s'entoure des personnages qu'il a créés. Cette énigme habite l'épisode en même temps que Padgett, qui finit par franchir le miroir en suscitant une relation aussi passionnante que destabilisatrice avec Scully. Par-dessus son épaule on distingue en abîme Spotnitz et Carter interrogeant la nature profonde de Scully et les potentialités s'offrant à elle.

L'exercice de style s'avère enthousiasmant à suivre, d'autant que John Hawkes (Deadwood, En pleine tempête...) confère à son personnage une flamme et une conviction pénétrantes. Ses scènes avec Gillian Anderson, les meilleures de l'épisode, se montrent de fait véritablement troublantes, tant ces deux grands comédiens s'identifient à leurs personnages. Les X-Files narrés par Padgett se montrent vraiment ensorcelants et on regrette vivement de ne pas disposer de son roman, cela nous changerait de la transposition particulièrement insipide de I Want To Believe...

L'on retrouve une Scully plongée dans un spleen et une apesanteur similaires à ce qu'elle éprouvait dans Never again, déjà frustrée par la dureté parfois rebutante de son travail et surtout sa relation non aboutie avec Mulder, ce qu'elle s'interdit toujours d'énoncer. Milagro évoque ainsi superbement la féminité de l'héroïne, sollicitée d'une manière des plus troublantes au moment où le « couple » formé avec un Mulder, tout à ses chères Affaires Non Classées retrouvées, semble bien enfoncé dans un perpétuel statu quo.

La caméra de Manners rend un magnifique hommage à l'irrésistible beauté de Gillian Anderson (ah, ces close-ups...), tandis que celle-ci fait admirablement corps avec le désarroi des sentiments vécus par son personnage. Padgett reconnaît cependant son échec final, malgré tous ces efforts et les promesses entrevues : le cœur de Scully est bien pris et le silence de nos héros accompagnant cette déclaration se révèle des plus éloquents sur la poursuite du désert sur la carte du tendre (encore que le prochain épisode...).

L'épisode me semble imprégné d'une colère à peine latente dirigée contre Fox Mulder. En effet, autant la féminité de Scully se voit magnifiée et célébrée, autant la virilité de Mulder est réduite à ses éléments les moins reluisants : violence menaçant d'exploser en cours d'interrogatoire, hostilité envers un rival potentiel l'entraînant à user de méthodes peu orthodoxes et allant jusqu'à obscurcir ses facultés par un scepticisme bien peu coutumier chez lui. On pourrait pratiquement parler d'instinct de possession contrarié... Tout se passe comme si, tel Padgett devant le tueur, Spotnitz et Carter demeuraient impuissants devant l'inéluctable solitude de Scully et en rendaient Mulder responsable, lui qui conserve un silence passablement lâche quand Padgett évoque l'amour de Scully et qui continue comme toujours à se réfugier dans l'action et les froids délices de l'intellect. En filigrane, Milagro se montre bien un épisode terriblement à charge contre Mulder et une certaine fuite très masculine devant l'engagement amoureux.

Par définition la grâce ne saurait demeurer qu'un sentiment passager, et force nous est de mettre un bémol à l'éclatant succès de l'épisode. En effet, dans une seconde partie débutant à l'arrestation de Padgett, l'épisode perd de sa sublime apesanteur pour tomber dans un registre policier plus terre à terre, une confrontation un peu laborieuse entre l'auteur et sa créature, et une résolution de l'affaire assez platement expédiée. On se rend compte en fait que l'épisode paie mécaniquement le prix de la superbe exposition des sentiments de Padgett et Scully, par un sacrifice inévitable du développement de l'intrigue, tout simplement par manque d'espace.

C'est d'ailleurs un reproche que l'on pourrait adresser à cette brillantissime saison 6 qui, par le choix de récits décalés, drôles ou si émouvants, abandonne quelque peu ces enquêtes aussi vibrantes que rigoureuses, ces époustouflants duels ayant fait le succès de la période Vancouver et pouvant laisser l'admirateur des premières saisons sur sa faim (hormis quelques belles réussites comme Trevor).

Ce reproche reste cependant tout relatif, tant Milagro stupéfie et émerveille par son essence et sa qualité purement littéraires, le passage à vide évoqué débouchant d'ailleurs sur une magnifique conclusion (la mort de Padgett tenant un cœur encore battant), propice à toutes les interprétations et encore une fois d'un total esthétisme grâce au si beau talent de Kim Manners.

Pour ceux que le thème de l'auteur confronté à sa créature échappant à son contrôle intéresse je recommande le roman La Part des Ténèbres, un grand Stephen King.


19. LE GRAND JOUR
(THE UNNATURAL)


 

Lui-même déjà très souffrant, Darren McGavin apprit le décès de son épouse au commencement du tournage de l'épisode et renonça donc à incarner pour la troisième fois Arthur Dales, le précurseur des Affaires Non Classées durant les années 40/50, non sans avoir tourné deux formidables scènes présentes dans les bonus du DVD.

Pour contourner la difficulté, Chris Carter fit appel à un autre acteur vétéran et talentueux, Emmet Walsh (Blade Runner, Sang pour sang...), et lui fit incarner un Arthur Dales qui n'est autre que le frère de celui que nous connaissons ! Walsh s’en sort avec les honneurs mais… ce n’est en aucun cas comparable ! McGavin manque beaucoup à l’épisode, c’est certain. Quoi qu'il en soit c'est avec le plus grand plaisir que nous retrouvons le toujours sensible et pertinent Fredric Lehne pour cette nouvelle plongée dans le passé des États-Unis et du FBI, présentant la particularité, grande première, d'être écrite et réalisée par David Duchovny.

On assiste à un total changement d'ambiance par rapport aux tortueuses intrigues et à l'atmosphère parano-maccarthyste de Travelers (où régnait encore l’esprit Vancouver), car cette fois la fenêtre temporelle nous projette dans un radieux road movie se déroulant dans les États du Vieux Sud ; la nostalgie n'est cependant pas davantage de mise que précédemment et la suavité du pays, sa douceur de vivre se voient plus que nuancées par une violence et un racisme prégnants, comme le symbolise la spectaculaire apparition initiale du KKK.

Le récit apparaît cependant moins désespéré que celui de Travelers car The Unnatural nous raconte aussi l’histoire de la belle amitié naissant entre Dales et Josh (très expressif Jesse L. Martin : Ally Mc Beal, Law & Order…), malgré les préventions du temps et le terrible secret de ce dernier. Le Fantastique ne demeure pas cependant en reste avec une nouvelle originale variation autour de Roswell (Roswell ! Roswell !), de toujours surprenants effets spéciaux, à l’impact renouvelé dans ce décor très humain et jusqu’à l’entrée en scène du légendaire Bounty Hunter déjà implacable des décennies avant de croiser la route de Mulder. La balade, gorgée d’humour, de sentiment et de vitalité, se révèle donc des plus agréables. Elle jouit en effet d’une authentique saveur américaine très appréciable, avec une reconstitution d’époque bénéficiant du savoir-faire unique de la série, de superbes blues (on pense à Oh, Brother) et une mystique du baseball apparaissant bien opaque à un Européen (ou à Scully)… dans un premier temps !

En effet si, avec une somptueuse qualité d’image, David Duchovny se montre aussi doué pour la mise en scène que pour l’écriture (je me mords toujours les doigts d’avoir raté son épisode de l’excellent Bones), on se doit aussi de lui tirer notre chapeau pour ne pas avoir cédé au vieux démon des comédiens de tirer la couverture à soi, en laissant un vaste espace à sa partenaire. Il faut bien dire que Gillian Anderson se montrera plus égocentrique et narcissique dans All things

La nouveauté venant agrémenter le face-à-face maître élève de Dales/Mulder réside bien dans l’apparition d’une Scully, très malicieuse et très féminine, qui vient apporter comme un souffle de vie supplémentaire au récit. Gillian se montre une fois de plus parfaite dans ce personnage qu’elle maîtrise à la perfection. On remarque qu’elle fait (à sa manière !) le coup du cornet de glace qu’expérimentera plus tard Hanky…

Le parachèvement de l’épisode réside bien évidemment dans la démonstration très fusionnelle de baseball que Mulder effectue avec Scully ; l’image se révèle d’une grande poésie mais aussi d’un magnifique romantisme sous les étoiles. On comprend d’un coup beaucoup mieux la magie du baseball… On observe qu’après un Milagro finalement très pessimiste quant à la relation Mulder/Scully, Duchovny se montre beaucoup plus optimiste et entreprenant, poussant ici la complicité de nos héros jusqu’à l’extrême limite de ce qu’autorise la vision de Spotnitz et Carter. C’est à croire que les interprètes auront toujours une perception plus confiante et volontariste de leurs personnages que leurs auteurs eux-mêmes… Allez, pour une fois je vais utiliser le terme : Duchovny est très, très shipper… Et qui s’en plaindra ?

À noter que le fameux « The Truth is out there » est remplacé par “The big Inning”.

On observe une nouvelle référence à Star Trek (mais aussi à MacGyver) dans une série décidément fascinée par ses aînées !

L’équipe de baseball se nomme avec à-propos The Roswell Grays… Le frère de David, Daniel, joue le rôle de Piney. Chris Carter, immense fan de Baseball, avait donné le nom de Scully en hommage à Vince Scully, célèbre commentateur de match apparaissant dans l’épisode. L’épisode comporte d’ailleurs de nombreuses références à de grandes stars de ce sport, y compris Josh Gibson (et non Exley).

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20. BRELAN D'AS
(THREE OF A KIND)


 

Oh, man, I am going to kick their asses!

À son crépuscule la sixième saison a l’excellente idée de nous offrir une suite au particulièrement relevé Unusual Suspects, en célébrant les retrouvailles, hélas passagères, de Susanne et Byers. Les liens entre les épisodes paraissent d'ailleurs savamment tissés, avec la même atmosphère si particulière des congrès, de nombreux clins d'œil (Langly, des années plus tard, est toujours fan de Donjons & Dragons) et surtout de nouveau la présence d'un unique représentant du duo vedette de la série, en l'occurrence Scully. Et, tout comme son modèle, le succès de l'épisode se bâtit sur trois piliers, distincts, mais si harmonieusement entremêlés.

Tout d'abord, Three of a Kind (quel titre !) se montre imprégné de l'humour et de la sympathie que dégagent toujours notre brelan d'As, pour une fois le titre français est d'ailleurs bien trouvé ! On s'amuse toujours autant à les suivre dans leurs frasques, tout au long de leurs retentissants fiascos finissant invariablement par déboucher sur d'improbables victoires à force d'enthousiasme toujours renouvelé et de solidarité sans faille. Nos éternels adolescents (et leurs jouissifs interprètes) nous divertissent toujours autant ; à ce titre la partie de poker initiale est une vraie perle, se situant très loin des tunnels sentencieux de Casino Royale.

De plus ils bénéficient d'une guest star de luxe en la personne de Dana Scully, qui manifeste d'entrée le plus vif enthousiasme d'être réveillée en pleine nuit et de traverser tout le pays pour s'embarquer dans une des galères coutumières des Bandits Solitaires. À cette exaspération froide propre à notre héroïne (l'exécution de Langly durant l'autopsie reste un délice), s'ajoute bien entendu le passage délirant la voyant transformée en nympho totalement dingue, avec en point d'orgue la fulgurante réapparition d'un Fletcher égal à lui-même. Quand c'est à son tour de recevoir une main au panier fort appréciée, on ne peut s'empêcher d'éclater de rire !

Certes, on objectera que la présence de Scully ne se justifie pas dans une action où elle ne prend finalement aucune part réelle. Qu'importe, sa présence pimente cet épisode, et qui s'en plaindra. Tout au plus regrettera-t-on de ne pas assister à la fameuse engueulade prophétisée par un Frohike hilare puis par une Scully nettement plus furibonde. Mais gageons qu'elle ne sera pas très méchante, car on s'aperçoit bien que, malgré un agacement de façade, Scully les aime bien, nos trois loustics !

Par ailleurs, l'épisode manifeste avec éclat le positionnement des X-Files dans une mouvance d'opinion proche de la gauche américaine et des démocrates, sans qu'il ne soit jamais bien entendu question d'engagement militant. La remarquable séquence d'introduction évoque avec beaucoup d'éloquence la nostalgie qu'inspire toujours, à tort ou à raison, la présidence inachevée de Kennedy, nous seulement chez Byers, mais aussi auprès d'un large pan de l'opinion américaine. L’évocation vibrante des principes fondateurs de la démocratie américaine pourrait sonner creux ou emphatiques, tel n'est cependant pas le cas, tant l'on ressent la sincérité des auteurs de la série faisant ici très clairement de Byers leur porte-parole.

Le contraste apparaît particulièrement flagrant avec l'indécence de ces marchands de canons cyniques et avides, poussant la vulgarité jusqu'à organiser leur congrès au sein d'un casino de Las Vegas (il est vrai somptueusement filmé par Bryan Spicer). L'intégration de ces entrepreneurs avec la science de pointe et les milieux gouvernementaux au sein de ce que l'on appelé le "complexe militaro-industriel" fait ici l'objet d'une satire aussi corrosive que pugnace. Que le Syndicat ait été annihilé n'empêche bien entendu pas ce petit commerce de perdurer...

Three of a Kind c'est aussi bien sûr la poursuite de la relation contrariée unissant Byers et Susanne Modeski. Signy Coleman, si belle et si talentueuse, se montre aussi émouvante que dans Les Bandits Solitaires, tandis que le couple formé avec Bruce Harwood fonctionne toujours à la perfection. On peut trouver bien rapide son revirement en défaveur de son fiancé mais cela correspond bien à la parano inhérente au Trio, et demeure de toute manière accessoire. Son impressionnante force morale et sa totale fidélité à ses convictions font véritablement d'elle un des personnages les plus admirables de la série et on ne peut que se féliciter pour Scully qu'elle n'ait jamais véritablement croisé la route de Mulder... Susanne conserve sa part de mystère, ce qui lui va à merveille, mais on ne peut s'empêcher de regretter de ne la connaître davantage... La scène d'adieux avec Byers se suit avec beaucoup d'émotion, les effets sonnent avec justesse et sans pathos inutile.

La résolution de Byers illustre le profond engagement des Bandits Solitaires dans leur combat pour la Vérité et pointe les sacrifices accomplis, bien réels derrière la dimension humoristique de leurs aventures. Les deux amoureux se quittent sur un au revoir laissant entrouverte la possibilité d'un avenir commun, mais l'on sait désormais qu'il n'y aura jamais d'autres retrouvailles avec Susanne pour Byers, ce qui accroît encore l'aspect douloureux de cette séparation...

Au total, même si l'effet de surprise joue moins que lors des Bandits Solitaires et qu'il n'atteint pas la dimension émotionnelle propre à la première rencontre de Mulder et des "Lone Gunmen", Three of a Kind demeure un excellent épisode, riche en péripéties, humour et sentiments, où l'on retrouve tout le talent de Vince Gilligan. Il présente également le grand attrait d'ouvrir une fenêtre sur ce qu'aurait pu devenir Au cœur du Complot si elle avait pu disposer des moyens techniques plus que conséquents des X-Files (on s'habitue si bien au luxe...) et d'une implication un peu plus marquée des figures de la série mère. Cela aurait si bien accompagné l’audace et la vitalité de cette série qu'une deuxième saison aurait certainement été au rendez-vous...

En tout cas les Bandits Solitaires frappent encore très fort puisque cet épisode représente la plus basse audience de la saison ! On ne change pas une équipe qui perd !

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21. SPORES
(FIELD TRIP)




Pour cette nouvelle confrontation avec un péril végétal, bien après l'inoubliable Quand vient la nuit, les X-Files empruntent une voie évoquant clairement les simulacres et autres univers truqués constituant la plus conséquente partie de l'œuvre de Philip K. Dick (lui même amateur de LSD...). On trouve en effet ici comme de savoureuses résonances avec des chefs-d'œuvre de l'envergure de Ubik, Au bout du Labyrinthe ou La Vérité avant-dernière, et tant d'autres encore (on pense aussi à un brillantissime épisode des Envahisseurs, L’innocent). L'idée apparaît certes aussi ambitieuse que prometteuse, mais reste encore à savoir si l'intrigue et sa mise en scène vont bien déployer la finesse et le savoir-faire nécessaires à la subtile alchimie de tels effets.

Une scène d'introduction parfaitement glaçante et à la chute vertigineuse met d'emblée la barre très haut, tandis que le récit sait à merveille passer imperceptiblement du réel au virtuel, semant délicatement un trouble des plus jouissifs dans l'esprit du spectateur. Celui-ci, s'il a un tant soit peu pratiqué les chemins si libératoires de l'imagination de la Science-Fiction, pressent graduellement l'atroce vérité, mais cela n'en diminue pas pour autant l'impact de la découverte de celle-ci, conduite avec une belle efficacité et survenant à point nommé. Les transitions si étranges et elliptiques d'un décor à l'autre demeurent un pur délice.

La caméra du regretté Kim Manners s'entend également à exploiter les situations cocasses ou hallucinées autorisées par la dimension onirique de l'histoire, avec notamment la spectaculaire apparition de l'Alien et surtout la scène avec le pseudo Skinner où, dans une vertigineuse révélation, Mulder arrache les voiles de l'illusion. Le lecteur au long cours de Dick regrettera toutefois le manque d'ambiguïté d'une conclusion précipitée, établissant sans doute aucun, mais avec quelque frustration, un retour au réel sonnant comme la fin d'une odyssée aussi enchantée qu'horrifique. Mais, il est vrai que semer le trouble quant à la nature des évènements à venir s'avèrerait particulièrement risqué dans le cadre d'une série ! Et nos ami(e)s shippers apprécieront sans nul doute la vision de Scully et Mulder la main dans la main...

Pour les besoins du tournage, les acteurs ont du être recouverts durant huit heures d'un produit servant à solidifier les préparations lactées.

Le petit extraterrestre est joué par le fils du coordonnateur des cascades de la série, Danny Weselis.


22. BIOGENÈSE
(BIOGENESIS)




Après avoir paru clore la Mythologie lors de Toute la vérité, Carter s’efforce de lui redonner vie lors de l’ultime épisode d’une saison où la priorité fut clairement accordée aux loners. Force est de constater que ce redémarrage s’avère des plus poussifs et laborieux, au point de s’interroger sur sa réelle motivation, la satisfaction d’un besoin quasi mécanique de prolongation d’un constituant majeur de la série semblant l’emporter sur un véritable souffle créatif.

En effet, l’ensemble de l’épisode paraît singulièrement dépourvu de rythme et d’intensité dramatique, l’ébullition des épisodes similaires du passé se voyant ici remplacée par une prose passablement sentencieuse et pesante sur la destinée humaine, et une dimension biblique assez indigeste. La préciosité et l’emphase du discours ne dissimulent que bien maladroitement l’absence de rebondissements frémissants, d’atmosphère électrique, mais s’accompagnent de plusieurs maladresses narratives assez stupéfiantes. La perturbation psychique de Mulder, sensée pimenter l’intrigue, se traduit par des effets minimalistes et répétitifs, et sert essentiellement de ficelle bien trop voyante pour faire progresser une intrigue amorphe. Voir Duchovny s’époumoner face à la caméra en singeant la folie s’avère plus pénible qu’autre chose. On reste confondu devant la lourdeur du procédé consistant à faire interroger explicitement Mulder par Scully sur ce qui peut bien désormais l’inciter à poursuivre sa quête. Comme s’il n’était pas évident pour elle comme pour nous que l’absence de Samantha demeurât insupportable pour Mulder ?

On assiste aussi à une répétition exacerbée de figures imposées de la série, comme ses sempiternelles poursuites dans un hôpital, qui resteraient acceptables dans un épisode standard, mais qui agacent dans une fin de saison sensée constituer un feu d’artifice. Au beau milieu du marasme d’une action désespérément verbeuse on nous assassine en nous infligeant un second monologue de Scully particulièrement emprunté, après celui de l’ouverture. Ce dernier apparaissait un tantinet plus relevé et gagnait un intérêt en ressemblant à plusieurs introductions oniriques de Medium débouchant sur une chute étonnante. Rien de cela ici et le second pensum prend lui des airs de goutte d’eau débordant d’un vase… Étonnant de voir Scully laisser là Mulder pour tenter la chance en Afrique, alors même qu’elle passe l’épisode à douter de l’histoire…

Ce long voyage immobile, au sein d’un épisode tenant plus d’un prologue à une action future que d’un final de grande classe, débouche sur l’un des cliffhangers les plus faibles de la série, la découverte d’une arche alienne (pile au moment où Scully arrive…). Ho, un vaisseau extraterrestre, quelle nouveauté des plus imprévisibles dans les X-Files ! Et quelle manière décevante de conclure une saison aussi imaginative et festive…

Fort heureusement, Biogenèse dispose de ses personnages secondaires pour éviter le naufrage complet car, même en petite forme Carter et Spotnitz conservent du savoir-faire. Skinner, dans les griffes d’Alex joue un jeu complexe et intéressant à suivre grâce également au talent jamais pris en défaut de Mitch Pileggi. Connaissant l’intelligence et la méticulosité proverbiale du Directeur Adjoint, on ne m’enlèvera pas de l’idée que sa bévue révélant le pot aux roses à Scully n’est en fait qu’un message discret à cette dernière…

Outre de sympathiques retrouvailles avec Albert Hosteen et Charles Burks, c’est toutefois bien chez les adversaires du jour que l’épisode va rechercher son intérêt. Notre très cher Krycek se cantonne à trois apparitions fugitives et essentiellement silencieuses (et létales, mais c’est un pléonasme chez notre Alex) mais on aime tellement le personnage et son interprète, Nicholas Lea, le diable à figure d’ange, que cela suffit à nous enthousiasmer et manque de peu d’enflammer l’étoupe humide de l’épisode, d’autant que ces quelques scènes sont filmées avec l’intensité et l’efficacité qui conviennent.

Toutefois la partition la plus relevée de l’épisode se voit interprétée par nulle autre que Diana Fowley, qui gagne décidemment en noirceur à chaque nouvelle intervention. Ici campant une véritable Messaline, elle n’hésite pas à vamper un Mulder sans défense tout en en référant servilement à C.G.B., toujours de la partie lui aussi. À ce niveau de félonie, c’est simple, on se délecte. Mimi Rogers confère toujours son charme ténébreux, son abattage certain et sa grande classe à cette mante religieuse que vous adorerez détester. On observe au passage qu’après l’anéantissement du Syndicat, les routes de Krycek et de C.G.B. apparaissent de nouveau totalement distinctes, ce qui ne concrétise rien pour l’heure, mais demeure riche en potentialités. En attendant, les sinistres et tortueux « briefings » de l’Organisation nous manquent déjà terriblement… Les retrouvailles de Fowley et Scully se révèlent aussi polaires qu’on peut l’imaginer, la seconde s’intéressant en premier lieu à ce que pouvait bien faire la première le soir chez Mulder !

Après cette laborieuse tentative Chris Carter parviendra-t-il à véritablement redonner vie à sa Mythologie ? La réponse la saison prochaine, lors de la suite et fin de cet arc de trois épisodes !

Ainsi s’achève cette saison 6, marquée par une profusion de loners d’un niveau exceptionnel, imaginatifs, décalés, drôles ou émouvants, s’attachant comme rarement auparavant à la relation Mulder/Scully. Individuellement ils se montrent absolument prodigieux, mais mis bout à bout au fil de la saison, on ne peut s’empêcher de regretter la relative absence de véritables adversaires et d’éprouver une certaine nostalgie pour les duels vibrants et les enquêtes si performantes et rigoureuses de la période canadienne.

Les X-Files ont changé, tout en demeurant d’une époustouflante qualité, mais les nouvelles voies pétillantes et ensoleillées ouvertes à profusion par Hollywood ne nous feront point oublier la pénombre sans prix et l’atmosphère unique de Vancouver.


TOP 5 SAISON 6

1) Zone 51
2) Les amants maudits
3) Bienvenue en Arcadie
4)À cœur perdu
5) Lundi

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Crédits photo : FPE.

Images capturées par Estuaire44.