
HORS
SERIE
|
1.
LE COMMENCEMENT
(THE BEGINNING)

 
Et
nous voici repartis pour la seconde partie
des X-Files, désormais sis
sur les collines d'Hollywood. Cette saison
6 nous réserve de grands moments, notamment
(mais pas seulement) avec une émergence
des toujours excellents épisodes décalés,
préfigurant une saison 7 très
champagne, mais débute moderato
cantabile avec Le Commencement.
En
effet, l'épisode souffre des défauts
inhérents aux épisodes de présentation,
déjà observés dans La
Fin. Celui-ci s'évertue
à planter le décor de la nouvelle
saison en cinquante minutes, tout en intégrant
un changement de cap vis-à-vis de
la situation présentée à
l'issue de Fight The Future et en
concluant l'arc Gibson, d'où une intrigue
ne faisant pas dans la dentelle. C'est ainsi
que Fowley « miraculée »
et Spender récupèrent les Affaires
Non Classées d'une manière assez
mécanique et brutale et que certaines
facilités gênantes sont observées.
Que Gibson, même doté de son
pouvoir télépathique, passe
d'une scène à l'autre de la
voiture de l'Homme à la Cigarette à
celle de Mulder demeure tout de même
bien rapide. On reste assez stupéfait
de constater qu'après Fight The
Future Scully ne croit toujours pas aux
extraterrestres, d'autant que les explications
fournies ne convainquent guère ! Elle
n'a pas bien vu... Subsiste l'impression d'un
rétropédalage assez pénible.
Scully apparaît d'ailleurs singulièrement
transparente durant cette histoire où
elle reste à la traîne, hormis
la larmoyante scène hospitalière
de rigueur. Il est d'ailleurs étonnant
de la voir laisser Gibson sans surveillance,
alors même qu'elle connaît les
enjeux.
Que
les sbires de l'Homme à la Cigarette
soient présents dans les chambres d'hôpital
constitue pourtant une des grandes traditions
des X-Files... On ignorera tout de ces mystérieux
techniciens au look de représentants
de commerce. De même Fowley passe outre
la paranoïa de Mulder avec une facilité
confondante, même s'il est vrai que
notre héros manifeste souvent une certaine
« empathie » avec les Dames, et
particulièrement ses ex ! Qu'il n'ait
pas l'idée de demander à Gibson,
alors présent, ce que Diana a en réalité
dans sa jolie tête, représente
cependant le plus beau contresens de l'épisode !
D'autant que le gamin qui passe son
temps à faire son numéro reste
ici silencieux...
Enfin,
pour une fois, on ne goûtera que modérément
la prestation de notre ami amateur de tabac,
qui donne ici inutilement dans le grinçant
et la rodomontade, à croire qu'en passant
aux USA un méchant doit perdre en subtilité
et gagner en roulage de mécanique.
Cela se manifeste particulièrement
durant le passage indigeste du Fumeur avec
Spender ; décidément ces scènes
père-fils ne présentent guère
d'intérêt et pénalisent
la série plus qu'autre chose.
L'épisode
n'est pas dépourvu d'intérêt
pour autant, on apprécie ainsi une
mise en scène efficace qui, après
une introduction sous un lumineux soleil californien
annonçant explicitement les temps nouveaux
(dixit Chris Carter), joue habilement des
ténèbres et du confinement pour
susciter une ambiance anxiogène à
souhait, écrin idéal pour des
scènes gores très réussies,
notamment grâce au talent sans cesse
renouvelé des artistes de la série
et de Mark Snow. Le Monster of the week s'avère vraiment inquiétant, la scène finale dans
la centrale nucléaire évoquant
clairement les sombres coursives du Nostromo
(avec des héros exceptionnellement
résistants à la radio-activité).
Le côté "Alien" de
l'épisode était d'ailleurs annoncé
par le monstre jaillissant de l'estomac de
la malheureuse victime, interprétée
par Rick Millikan, directeur du casting pour
toute la série.
Toutefois,
mais c'était assez inévitable,
après l'épopée flamboyante
et les grands espaces de Fight The Future,
on ressent devant ce huis clos, et ce retour
au format de la série, comme une impression
de resserrement. L'intrigue, malgré
ses nombreuses facilités et son aspect
utilitaire, se suit sans ennui, d'autant qu'elle
demeure limpide dans son développement.
Cependant, et c'est bien compréhensible,
Chris Carter a voulu continuer à capter
les nouveaux venus ayant découvert
la série lors de Fight The Future,
ce qui nous vaut une nouvelle session d'explication
de l'univers, encore une fois lors de la commission
d'enquête dont la présidente
est, en l'occurence, incarnée par la toujours
très tonique Wendie Malick (Dream
On, Frasier...). Avouons que, pour le
voyageur au long cours sur les mers agitées
des X-Files, l'exercice devient un peu lourd.
On
remarque également l'introduction du
personnage de Kirsh, qui se révèlera
hélas bien moins dense que Skinner.
On
s'amuse beaucoup avec la bonne vanne du technicien
de centrale nucléaire fainéant
et idiot prénommé Homer, un
joli clin d'œil aux Simpsons qui
ont d'ailleurs eu Mulder et Scully comme guests le temps d'un formidable épisode. Lors
de l'intervention dans la centrale, l'épisode
présente également comme mérite
de nous offrir comme une fenêtre sur
ce qu'auraient pu devenir les Affaires Non
Classées si l'association de l'altière
et martiale Fowley (superbe prestation de
Mimi Rogers) et de Mulder s'était poursuivie.
Relation d'un bien moindre intérêt,
opérations commando cent fois vues
ailleurs (notamment dans des téléfilms
de série Z), ambiance stéréotypée...
Soit une série standard de plus. On
s'ennuie, on déteste, et, grâce
à cette glaçante vision, on
célèbre d'autant plus la présence
de Scully, avec un solide frisson rétrospectif
! D'ailleurs le match entre les deux continue
puisque Scully met autant d'énergie
à pourfendre les postures de Fowley
que Mulder, totalement hypnotisé, à
défendre celle-ci !
Au
total, sans brio excessif, l'épisode
remplit peu ou prou son cahier des charges
et permet à la saison de débuter
réellement dès le suivant !
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Cet
épisode très « speed
» débute de manière
originale par une immersion dans une émission
en direct décrivant l’action
effrénée en cours, procédé
qui se verra répété
et amplifié dans X-Cops,
un des épisodes OVNI de la saison
7.
Le
résultat apparaît d’ores
et déjà spectaculaire avec
un plongeon immédiat dans l’histoire
joint à un effet décalé
très réussi. Privé
de ses repères coutumiers, le spectateur
demeure aussi stupéfait que diverti.
Ce brouillard donne un véritable
intérêt à la partie
enquête menée par Scully, à
partir d'un postulat aussi insolite qu'intriguant,
aux limites de la Quatrième Dimension,
même si sa résolution se révèle
par contre purement "X-Filienne" ! L'intrigue
opère en fait un habile basculement,
où cette partie backstage se révèle
plus importante que l'épopée
de Mulder, évitant ainsi une situation
trop figée dans l'espace étroit
d'une voiture. On échappe ainsi à des
péripéties artificielles ou
à des conversations plus ou moins mélo
inintéressantes.
Dans
cette même veine l'histoire évite
de tracer un portrait lénifiant ou
éploré de la victime, pour
au contraire nous offrir un Rednick raciste
et parano, interprété avec
une rare conviction par l'excellent Bryan
Cranston (Seinfeld, How I Met Your Mother,
Breaking Bad...), mais qui finit par
révéler son humanité
(la patte de Vince Gilligan) et par sympathiser
avec Mulder. D'ailleurs, après l'issue
tragique du voyage, Mulder se montre particulièrement
ému et abattu ; l'image, filmée
devant l'immensité du Pacifique,
est magnifique, avec à la clef un
grand numéro de Duchovny.
La
mise en scène de Rob Bowman se montre
à la hauteur de cette superbe histoire,
avec une exploitation fort aboutie de ces
légendaires autoroutes américaines
traversant des immensités désertiques
sous un soleil implacable. Chris Carter
parvient ainsi à justifier la migration
au sud, en apportant des atmosphères
nouvelles et en renforçant l'identité
américaine de la série. Scully
bénéficie, elle, d'une de ces
autopsies si particulières (on ne
s'en lassera jamais) et d'une scène
stupéfiante d'esthétisme et
de maîtrise technique où elle
se rend au domicile des victimes, dans une
zone frappée par le fléau.
Les ténèbres, le savant emploi
des lumières et les habiles travellings
arrières, ces tenues de protection
évoquant celles des astronautes,
font irrésistiblement penser à
ces abordages de vaisseau spatial renfermant
de terribles dangers, du genre Event Horizon.
L'effet ressort très réussi
et la scène se suit avec une grande
intensité, d'autant que Gillian Anderson
(très en beauté) nous régale
toujours par son jeu très inspiré.
On lui doit ainsi la jolie pirouette finale
après la confrontation avec le sinistre
Kersh, nous rappelant que la belle n'a pas
la langue dans sa poche quand la moutarde
lui monte au nez, les amateurs de I
Want To Believe s'en souviendront !
Un
épisode fort efficace, où
l'on retrouve également Michael O'Neill
(24h, The Unit, À la Maison Blanche...)
et Mindy Seeger, la terrible journaliste
de West Wing. Après avoir rassuré
dans Le Commencement sur le maintien
du style et des fondamentaux de la série,
Chris Carter n'hésite pas à
user avec bonheur des nouvelles potentialités
s'offrant à lui. L'écriture
de la série reste bien toujours aussi
maîtrisée ! Le projet de sonar
évoqué existe réellement,
sous le nom de... Project Sanguine ! Allez,
bientôt Love Boat !

-
Use your head, Scully. It'll save your ass.
- Save your own ass, Sir. You'll save your head
along with it.
Dans
leur anthologie globale du Fantastique, les X-Files ne pouvaient faire l’économie
d’un épisode sur le célébrissime
Triangle des Bermudes. Avec Triangle (cinquième
épisode dirigé par Chris Carter
en personne), la saison 6 nous régale
d’un épisode décalé
aussi novateur et impressionnant dans le fond
que dans la forme.
La
mise en scène réalise en effet
l’exploit de filmer l’ensemble
de l’épisode en quatre immenses
plans séquences (comme dans La
corde) où la caméra virevolte
sans fin, avec une dextérité
sans failles, le long des immenses coursives
du bateau. Écouter le passionnant commentaire
audio de Chris Carter permet de mesurer à
quel point cet exercice de style virtuose
a nécessité des trésors
d’imagination et ‘inventivité
de la part de l’équipe de tournage.
L’ensemble donne une impression de cauchemar
éveillé vraiment prégnante,
ne laissant pas un seul instant de répit
à un spectateur ayant vraiment l’impression
de passer à travers l’écran
et de suivre physiquement Mulder durant cette
étrange odyssée. L’effet
se voit renforcé par une superbe photographie
et la toujours envoûtante musique de
Mark Snow, enrichie de grands classiques de
l’époque. La fusion de ces divers
éléments s’avère
parfaite, illustrant le savoir-faire et la
maîtrise technique inouïs atteints
par la série.
Mais
l’épisode ne se contente pas
de constituer une démonstration de
force, il nous raconte aussi une passionnante
histoire d’univers parallèle,
un thème de Science-Fiction toujours
très riche et porteur (on songe à
l’Univers Miroir de Star Trek ou
au Miroir Quantique de Stargate SG1).
En effet, Mulder ne se contente pas de voyager
dans le temps mais semble bien pénétrer
dans une Histoire alternative où les
personnages de la série occupent les
principaux rôles à bord du Queen
Anne. Tiens, le Fumeur en SS, cela nous rappelle Le pré où je suis mort…
Cela pourrait rester un gadget, mais
contribue au contraire à développer
une atmosphère d’étrangeté
fort plaisante, d’autant que les acteurs
s’amusent visiblement beaucoup, avec
un entrain fort communicatif. Comme léger
bémol on pourra regretter l’absence
de Nicholas Lea et surtout le fait que le
commandant anglais que le SS fait abattre
ne soit par interprété par John
Neville, le rôle lui aurait convenu
à merveille et cela nous aurait permis
de retrouver encore une fois ce très
grand comédien.
La
sensation d’avoir pénétré
dans un autre univers s’accentue par
le ton frénétique des personnages
(y compris Mulder) leurs déclarations
et postures sans cesse outrées ou archi
caricaturales, l’irréalisme des
situations et des péripéties.
Quelque chose ne colle pas du tout, impression
sans cesse distillée par une intrigue
n’hésitant pas à jouer
la carte de l’humour, voire du burlesque.
On se régale, d’autant que l’histoire
se paie même le luxe de développer
une thématique très X-Files,
entre espions multiples et paranoïa généralisée. Trust no one ! Les décors
sont de plus magnifiques, avec une évocation
très aboutie des paquebots transatlantiques
des années 30, tout est soigné
avec une profusion de détails assez
stupéfiante.
Pour
éviter toute lassitude, l’action
est interrompue par un passage également
enthousiasmant, prenant place sans hésitation
aucune dans le top 5 des meilleures scènes
de Scully pour toute la série. Cela
débute très fort avec l’arrivée
tonitruante de Bandits Solitaires très
en forme et tout frétillants de se
retrouver dans l’antre de l’ennemi.
L’annonce de la disparition de Mulder
provoque une hilarante crise de nerfs chez
Scully, magnifiquement rendue par une Gillian
particulièrement en verve. Celle-ci
sait vraiment tout jouer à la perfection
! L’accompagner dans ce tourbillon s’avère
un inoubliable moment de comédie, d’autant
que Scully multiplie les bourdes désopilantes
et les mimiques irrésistibles. On a
aussi droit à ses jolis coups de gueule
habituels (la VF édulcore, hélas),
heureusement qu’elle ne croise pas Fowley…
(Mimi Rogers devait à l’origine
jouer la chanteuse, finalement il s’agit
de la secrétaire de Kirsh, une vipère
blonde). On partage le soulagement de Scully
lors de l’intervention finale d’un
Skinner justement récompensé
pour ses efforts (décidemment, ils lui
auront tout fait !) et l’exubérance
finale du personnage papier à la main
(yeah !), tout en applaudissant franchement
le superbe récital de l’actrice.
Ce plan séquence constitue également
un nouveau tour de force technique, car «
l’ascenseur » ne monte évidemment
pas, l’équipe de tournage doit
alors s’adapter en quelques instants.
On en profite également pour recevoir
la confirmation que Fowley et Kirsh travaillent
bien pour le Fumeur (quel scoop !) et surtout
pour entrapercevoir le van crasseux des Bandits
Solitaires, que les amateurs d’Au
cœur du complot apprendront à
connaître !
Enfin, Triangle représente également
un épisode à forte valeur ajoutée
pour la relation Mulder/Scully. En effet,
Carter continue à supplicier gaiement
nos ami(e)s shippers : après le baiser
interrompu de Fight The Future et
le faux Mulder de Small Potatoes,
voici la fausse Scully, agent secret très
craquante et dotée d’un solide
crochet du droit. Les deux versions se croisent
dans un plan très amusant mais l’Événement
se voit une nouvelle fois reporté !
L’épisode se conclue d’ailleurs
sur gag irrésistible, Mulder passant
aux aveux mais Scully mettant ceux-ci sur
le compte du délire. On finit par se
demander si la relation pourra bien se concrétiser
dans cet univers-ci… La scène
s’achève cependant sur une pure
note d’émotion, quand Mulder
passe la main sur sa joue endolorie, un sourire
attendri aux lèvres. Allons, tout n’est
pas perdu, mais Chris Carter n’a pas
fini de jouer avec maestria sur le thème
inépuisable de la tension amoureuse
existant entre nos deux héros. Rendez-vous
dans MillenniuM…
Épisode
époustouflant sur la forme et très
abouti sur le fond, Triangle manifeste
qu’en ce début de sixième
saison la série n’a rien perdu
de sa maestria et de son envergure. Les X-Files savent à merveille endosser différentes
tonalités et évoluent vers plus
de fantaisie en ce début de saison
6 (ce qui lui fera perdre du public…).
Les failles spatio-temporelles et leurs étranges
conséquences vont d’ailleurs
nous valoir un autre chef-d’œuvre
dès l’épisode suivant
!
Les
costumes d’époque furent récupérés
sur le matériel du tournage de Titanic.
L’épisode
comporte de nombreuses références
au Magicien d’Oz, un autre
voyage merveilleux dans un univers parallèle.
Le bateau de Mulder se nomme ainsi Lady Garland,
en hommage à Judy Garland. Arlene,
l’assistante de Skinner est interprétée
par Arlene Spileggi, épouse de Mitch,
rôle qu’elle remplira dans 10
épisodes.
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-
Mulder, it's the dim hope of finding that proof
that's kept us in this car or one very much like
it for more nights than I care to remember.
Driving hundreds, if not thousands of miles,
through neighborhoods and cities and towns,
where people are raising families and buying
homes and playing with their kids and dogs and
in short, living their lives. While we... we
just keep driving.
- What's your point?
- Don't you ever want to stop? Get out of the
damn car and live something approaching a normal
life?
- This is a normal life.
Après Triangle et avant Les amants maudits, Zone 51 constitue une nouvelle preuve
de l’évolution de la série
vers davantage de fantaisie. En
effet, l’épisode s’autorise
toutes les audaces et joue franchement la carte
de la pure comédie. Cette histoire de
faille spatio-temporelle propageant le chaos
dans notre univers avant de se rétracter
constitue une belle variation sur un des thèmes
remontant à l’origine de la série
(l’exploitation militaire de technologies
aliens) de même qu’une source d’images
spectaculaires où les moyens développés
par la série autorisent de fabuleux
et imaginatifs effets spéciaux. Néanmoins,
il ne s’agit que d’un prétexte
car le véritable sujet de l’épisode
est ailleurs.
En
effet, dans un effet assez proche du Seigneur
du magma, mais avec une narration plus
classique, l’épisode entreprend
une satire corrosive de la mythologie existant
autour de la fameuse Zone 51 et de l’organisation
Majestic, très différente ici
de ce que nous laissait apercevoir Dark Skies.
Loin de constituer la sombre menace habituelle,
Majestic apparaît comme une caricature
au vitriol d’une administration lambda,
avec son lot d’agents démotivés,
bourrins ou arrivistes, ses ragots, ses combines,
sa vie sociale. On ne peut s’empêcher
de parfois songer à un Caméra
Café un peu spécial…
Ainsi, Howard, brillamment interprété
par Michael B. Silver (Urgences, Les Experts…)
incarne à la perfection le jeune loup
intelligent et prêt à tout pour
sa carrière, tandis qu'à l’autre
extrémité le général
est lui le cadre usé, marquant le pas
à l’approche de la retraite et
passablement dépassé. Le voir
s’adresser à Mulder pour tâcher
de voir de quoi il en retourne à propos
des extraterrestres reste un grand moment ; Majestic
n’est plus le cœur du Complot, mais
une périphérie peu reluisante.
Cette satire d’un des pans les plus célèbres
des théories conspirationnistes n’épargne
pas ses jeunes fans, décrits une nouvelle
fois comme de parfaits crétins.
Le système, proche de Code Quantum,
choisi pour filmer Mulder et Fletcher dans le
corps de l’autre fonctionne à la
perfection. Les très belles scènes
du désert viennent nous rappeler que,
décidément, nous sommes en Amérique.
On regrettera que le cliffhanger coutumier des
doubles épisodes se révèle
ici assez convenu et déjà vu par
ailleurs (Mulder capturé par des militaires…),
mais cela est contrebalancé par une introduction
de la seconde partie absolument irrésistible
et pour le coup très originale ! Gamin,
Mulder était déjà un fan
de SF et de Star Trek, joli clin d’œil
à cette autre très grande série…
La
désacralisation de l’Homme en Noir
culmine avec le véritable héros
de l’épisode, Morris Fletcher.
Celui-ci a des problèmes d’argent,
une famille des plus « charmantes »
(mention spéciale à la fille,
à se pendre) et s’ennuie copieusement
dans son travail, soit un quotidien passablement
minable, dont on comprend qu’il veuille
s’échapper. On se situe véritablement
loin de l’effrayant archétype coutumier
! Au-delà du pastiche, Fletcher apporte
beaucoup d’humour par lui-même.
Bien loin des Génies du Mal et des monstres
froids peuplant la Conspiration, l’ami
Morris est une fripouille cynique et jouissive
(et lâche), n’ayant d’autre
but que de profiter de la vie. Son mauvais goût
satisfait, sa fainéantise, sa ruse malicieuse,
son cynisme goguenard et sa veule crapulerie
tranchent avec l’atmosphère habituelle
des X-Files et nous valent des scènes
très amusantes. C’est notamment
le cas lors d’une confrontation d’anthologie
avec des Bandits Solitaires totalement en roue
libre (grand moment de pure rigolade) ou
de sa scène de séduction avec
Scully virant au fiasco, que l’on s’amusera
à comparer à la tentative bien
plus réussie de l’autrement plus
attendrissant et sincère Eddie (Small
potatoes). Décidemment le crime
ne paie pas !
Michael
McKean (Spinal Tap, Dream On, Saturday Night
Live) apporte immensément à
l’épisode, donnant une présence
étonnante et une verve irrésistible
à son héros, parmi les plus divertissants
de la série. On finit par s’attacher
à ce personnage picaresque et finalement
non dénué d’humanité,
comme le prouve la tendresse manifestée
envers son épouse (impeccable et énergique
Nora Dunn, autre grande figure du Saturday
Night Live). C’est toujours avec
un vif plaisir qu’on le retrouvera pour d’autres
pétillantes apparitions, dans les X-Files comme dans Au cœur du complot.
Mulder
et Scully apportent efficacement leur contribution
à la réussite humoristique de
l’épisode. Après une introduction réussie mettant
en scène le hiatus existant dans le duo,
Scully se révèle très amusante
par son scepticisme à tout crin. On aurait
pu croire, après tout ce qu’elle
a vécu, notamment avec le Bounty Hunter
ou Eddie, qu’elle éprouverait l’ombre
d’un commencement de doute face aux tentatives
de communication de Mulder, mais non, rien à
faire ! « C’est tout toi, ça !»
finira par s’agacer le malheureux…
L’effarement, l’agacement (toujours
une bonne ambiance avec la secrétaire
de Kersh) puis un franc dégoût
devant les attitudes de Fletcher vaudront aussi
le détour, avec au passage quelques-unes
de ces colères irrésistibles dont
Scully a décidemment le secret. Mais
la palme revient à Mulder (toujours accro
au porno) qui, parti pour découvrir
les mythiques secrets de la Zone 51, se trouve
en fait face à une version inversée
et cauchemardesque du futur Arcadia.
Comme
souvent on accordera une petite prime à
Duchovny par rapport à Gillian dans le
domaine de l’humour, non pas que cette
dernière soit médiocre (tout au
rebours) mais bien parce que celui-ci se révèle
un acteur comique vraiment génial. Son
talent éclate ici comme rarement tant
ses scènes face à la famille Fletcher,
ses agacements, jusqu’à ses crises
de nerfs, font à chaque fois éclater
franchement de rire. Cela culmine avec la fameuse
scène du miroir, inspirée des
Marx Brothers, définitivement l’un
des plus grands moments de n’importe quoi
de la série ! Il reste particulièrement
amusant de voir Mulder totalement dépassé
dans son rôle de père de famille,
un exercice finalement bien plus compliqué
que la chasse à l’Alien, ce n’est
pas Hank Moody qui dira le contraire ! On assiste
à une illustration parfaite de la problématique
de la scène d’introduction : Mulder
apparaît bien incapable de vivre une vie
normale…
C’est
d’ailleurs sur un ultime gag irrésistible
de Mulder, bénéficiant désormais
d’un lit à eau du meilleur goût,
que s’achève ce double épisode
particulièrement divertissant et tonique,
le seul non relié directement à
la Mythologie.
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6.
LES AMANTS MAUDITS
(HOW THE GHOSTS STOLE CHRISTMAS)

Et
oui, troisième "quatre étoiles"
de suite, mais il faut dire que la sixième
saison frappe très fort, avec un nombre
plus que conséquent de loners particulièrement
réussis. Toute série se doit
de présenter au moins un épisode
de Noël et les X-Files ne dérogent
certes pas à cette règle, une
nouvelle fois après Emily.
Mais
ils sacrifient à la tradition à
leur propre manière, offrant une relecture
très personnelle du Christmas Carol de Dickens, auquel l’extrait du film Scrooge rend directement hommage. L’épisode
parvient à concilier de manière
étonnamment fluide et pertinente le merveilleux
de Noël et l’épouvante propre
aux histoires de maisons hantées. Cette
remarquable performance doit beaucoup
à la mise en scène aussi suggestive
que volontairement archétypale, audacieusement
en quasi temps réel, au très
classieux décor reprenant scrupuleusement
tous les poncifs du genre (on se croirait
dans The Haunting) et au couple aussi
fantaisiste que sanguinaire formé par
ces fantômes très particuliers.
Celui-ci, pétillant, machiavélique
et finalement si romantique, se voit porté
par deux guest stars de luxe : Edward Asner
(Lou Grant, Racines…) et Lily
Tomlin (Laugh-In, Saturday Night Live,
Desperate Housewives...). S’amusant
visiblement beaucoup, les deux comédiens
vétérans nous font profiter
de tout leur talent et de leur enthousiasme
particulièrement communicatif. Dans
la meilleure tradition des épisodes
décalés, ils apportent beaucoup
d’humour au récit.
Notre
couple vedette s’avère aussi
particulièrement amusant. Mulder divertit
beaucoup dans son numéro coutumier
de fondu du surnaturel, mais pour une fois
c’est Scully qui se révèle
prépondérante dans ce domaine.
D’abord contrariée durant ses
préparatifs de réveillon (et
on imagine sans mal à quoi ressemble
une veillée de Noël dans la famille
Scully…), elle calme son début
de nervosité par un laïus habituel
singulièrement rallongé, avant
de connaître sa plus hilarante panique
de la série ! Le gag énorme
du pseudo couple de cadavres vaut aussi le
détour ! On appréciera également
les références à Ghost
Busters… Outre le passage de tension
sanguinolente, le duo doit cependant faire
face à un profil psychologique particulièrement
acide de la part des spectres, mais loin d’être
totalement erroné sur la nature de
leur couple si particulier… Cela nous
vaut une scène finale très émouvante,
où nos héros réaffirment
la solidité de leur relation, avec
sa part d’ambiguïtés et
de non-dits, avant de célébrer
ensemble la magie de Noël…
Un
épisode totalement à part, aussi
riche que divertissant, et somptueusement
filmé en huis clos par Chris Carter
en personne, avec la qualité des effets
spéciaux propre à la série.
Après les Avengers, Dickens
et Noël ont vraiment le talent d’inspirer
de grands épisodes !
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7.
PAUVRE DIABLE
(TERMS OF ENDEARMENT)

 
Vous
les femmes, vous le charme, vos sourires
nous attirent, nous désarment, vous
les anges, adorables, et nous sommes nous
les hommes pauvres diables… Après
une étonnante succession de récits
particulièrement marquants, la saison
6 marque le pas avec cet épisode
très mineur.
L'histoire
se montre larmoyante à souhait, n'hésitant
pas à user d'effets particulièrement
appuyés qui ne dépareraient
pas dans un culebrón. Pleurnicheries, musique
très guimauve, conclusion des plus
prévisibles et maintes fois vue
ailleurs... On s'ennuie pas mal durant cet
épisode essentiellement lacrymal.
Demeurent
un hommage marqué à Rosemary's
Baby (auquel Scully fait explicitement
allusion) et à Hitchcock (le lait
offert de Soupçons), des
effets spéciaux toujours spectaculaires
et quelques moments amusants en début
d'épisode avec la nullité
crapoteuse de Spender, ou Scully restant
au bureau à se coltiner le travail
ennuyeux, tandis que Monsieur vadrouille
comme de coutume dans le pays en quête
d'aventures palpitantes. Ces coups de fil
plus ou moins aigres-doux quand l'un des
deux reste en retrait procurent toujours
des scènes divertissantes, mais il
n'en reste pas moins que l'on a déjà
vu nettement plus percutant ailleurs (La
guerre des coprophages, La poupée...).
L'épisode
comportait une grande attraction en la personne
de Bruce Campbell. Le Ash de Evil Dead,
l'Autolycus de Xéna et Hercule, le facétieux cow-boy
aux aventures si décalées
de Brisco County Jr. (fabuleuse
série !), le perpétuel invité
de Spiderman, est devenu une vraie
vedette dans le domaine du fantastique et
c'est toujours avec grand plaisir que l'on
suit son jeu vif et malicieux. Malheureusement, Pauvre Diable lui réserve
un rôle aux antipodes de son plus
grand potentiel basé sur l'humour
et la dérision. Il s'y révèle
certes convaincant mais loin du récital
humoristique espéré. On ne
peut s'empêcher de demeurer avec l'impression
d'un rendez-vous manqué entre Campbell
et les X-Files. Une interrogation
continue à nous titiller concernant
cet acteur si plaisant, que l'on apprécie
vraiment beaucoup, quand on sait qu'il avait
postulé pour le rôle de Doggett.
Son humour et sa fantaisie auraient-il suscité
un personnage plus proche de Mulder, heurtant
moins certains fans de la série ?
Quoiqu'il en soit Carter a préféré
opter pour une rupture, avec le sérieux
et l'incrédulité du personnage
incarné par Robert Patrick, lui même
vraiment parfait dans ce rôle par
ailleurs !
Un
épisode en dessous, qui aurait sans
doute gagné à se situer dans MillenniuM et son ton si particulier.
On
remarquera que le rapprochement de la série
avec Hollywood présente décidément
comme conséquence de favoriser l'apparition
de guests très relevés !
Well,
it seems to me that the best relationships
- the ones that last - are frequently the
ones that are rooted in friendship. You
know, one day you look at the person and
you see something more than you did the
night before. Like a switch has been flicked
somewhere. And the person who was just a
friend is... suddenly the only person you
can ever imagine yourself with.
Après la petite pause de Pauvre
diable, la saison 6 (vraiment une des
meilleures de la série) reprend son
parcours d'une étonnante qualité,
tout en continuant à mettre en avant
la relation Mulder/Scully. En effet, après Triangle et, davantage encore, Les
amants maudits, c'est de nouveau
avec beaucoup d'humour que le Roi de
la pluie en étudie les sinueux
contours.
L'épisode
se situe dès le commencement dans
l'humour, avec une vision, certes attendrie,
mais néanmoins acidulée, de
l'Amérique profonde. Il en va de
même avec l'irritation de Scully quand
celle-ci s'agace que Mulder lui ait "monté
un bateau" à propos d'une histoire
qu'elle juge absurde. Cela donne à
l'amicale joute habituelle un peu plus de
piquant qu'à l'accoutumée,
avec des rebondissements très pétillants.
Comme le remarqueraient les Amants Maudits,
ce n'est pas encore cette fois que Scully
prouvera que Mulder avait tort ! On apprécie
également vivement la mise en scène
alerte, et en particulier les manifestations
climatiques, toutes plus absurdes ou poétiques
les unes que les autres, les artistes de
la série s'en donnent visiblement
à cœur joie ! On s'amuse ainsi beaucoup
avec un lancer de vache que n'auraient pas
désavoué les Monty Pythons !
L'épisode bénéficie
également de nombreux clins d'œil
savoureux au Magicien d'Oz de 1939,
renforçant ainsi son côté
merveilleux et décalé.
The
Rain King s'enrichit également
d'une étonnante galerie de portraits,
avec deux couples de personnages secondaires,
hauts en couleurs et interprétés
avec truculence. C'est ainsi que l'épatant
Roi de la Pluie nous délivre une caricature
assez jouissive du Rednick, avec un Clayton
Rohner (Muder One, Day Break, très
inspiré de Monday) en faisant
des tonnes avec à-propos. À ses côtés
l'aussi émouvante qu'écervelée
Cindy se montre absolument charmante. L'amoureux
transi Holman Hardt, très lycéen,
vaut aussi le coup d'œil mais c'est surtout
l'épatante Sheila qui s'impose, grâce
à la très belle prestation de
Victoria Jackson. Le Saturday Night Live,
dont elle fut une figure marquante, se révèle
décidément un vivier pour les X-Files installés en Californie,
d'autant que Victoria y a collaboré
notamment en duo avec l'excellente Nora Dunn
de Zone 51.
Pour l'anecdote, contrairement au Saturday
Night Live et à Tina Fey, Victoria
Jackson a milité ardemment, parfois
avec véhémence, contre Obama,
le comparant notamment à l'Antéchrist...
Mais l'épisode atteint toute sa véritable
dimension quand il s'attaque avec une ironie
aussi caustique que réjouissante à
la relation Mulder/Scully. On se divertit
beaucoup de voir les habitants du cru croire
naturellement que nos héros forment
un couple, au grand amusement de Mulder mais
avec un certain embarras de Scully annonçant
déjà Arcadia. Il n'y
pas jusqu'à la patronne de l'hôtel
qui ne trouve désuet qu'ils fassent chambre à part... Dans la seconde
partie de l'épisode Mulder et Scully
ont droit à un autre examen critique,
après celui des Amants maudits.
Sans doute moins narquois et rugueux, celui-ci
se révèle finalement encore
plus redoutable car présentant un véritable
miroir à nos héros (effet annoncé
ironiquement par le gag des gagnants du concours).
Le parallélisme entre ces deux couples
figés dans le non-dit s'avère
aussi bien trouvé que savoureusement
exploité. C'est ainsi le cas quand
notamment Scully explique à Sheila
que les relations les plus fécondes sont
celles basées sur l'amitié de
longue date ou quand Mulder s'improvise
professeur de drague auprès de Holman,
au grand effarement téléphonique
de Scully (gag en or massif). Mais le plus
drôle reste de voir nos agents, si intelligents
par ailleurs, demeurer de marbre face à
cette histoire et à sa morale, y compris
quand Sheila et Holman, la main dans la main,
leur soufflent qu'ils devraient essayer...
La scène finale voit le Triomphe de
l'Amour et tous les couples s'enlacer, tous
sauf... On passe un peu au désespéré,
là ! Ainsi s'achève cet épisode
aussi romantique qu'hilarant, (lointain cousin
de Groundhog Day), à la subtile
écriture montrant nos héros
manifester une gentille condescendance envers
les locaux, alors même que c'est avant
tout sur eux que porte l'ironie !
Toutefois
l'excellence de ce loner, comme de ceux
qui l'ont précédé cette
saison, n'empêche pas de ressentir
un certain manque. La saison, avec talent
et esprit, s'intéresse à la
relation entre nos héros et donne
la part belle à de délectables
épisodes décalés, mais
oublie quelque peu d'opposer de vrais adversaires
à Mulder et Scully (même Daryl
se montre finalement plus bête que
méchant...). On commence à
sentir l'absence des duels de haute volée
connus par le passé entre les Affaires
Non Classées et des adversaires de
la dimension d'un Tooms ou d'un Pusher,
ce qui explique peut-être le début
de désaffection alors subie par la
série. L’épisode obtint
cependant la meilleure audience de la saison,
avec plus de 21 millions de spectateurs
!
Fort
heureusement, une vieille connaissance s'apprête
à effectuer son retour dans les X-Files,
même si dans le cadre d'un Mythic...
9.
COMPTE À REBOURS
(S.R. 819)
Après
une succession d'épisodes irrésistibles
mais qui, plaisamment décalés
et accordant une part importante à
la relation Mulder et Scully, se traduisaient
par un manque d'authentique adversaire, Compte à Rebours marque un efficace
retour aux fondamentaux de la série.
C'est avec un vif plaisir que l'on retrouve
ces atmosphères ténébreuses,
ces duels entre Mulder et un opposant insaisissable
(Krycek en personne !), ces parkings déserts,
ces conspirations bien tordues, le retour
du Sénateur Matheson et jusqu'à
la figure de Skinner en tant que supérieur...
L'épisode constitue un véritable revival Vancouver !
Outre
ces retrouvailles l'intrigue se révèle
captivante. Elle se centre avec bonheur
sur Skinner (complétant une trilogie
comportant également les déjà
excellents Avatar et Zero sum)
alors même que celui-ci demeurait
des plus discrets depuis le début
de la saison, et ne néglige pas la
dimension psychologique des personnages
: Mulder et Scully, tout comme le spectateur,
apprécient visiblement de retrouver
leur relation habituelle avec Skinner et
leur complicité, tandis que le premier
se montre des plus ardents dans sa quête
de Vérité et la seconde très
convaincante dans des scènes d'hôpital
moins nunuches qu'à l'accoutumée.
De
par le mystère de ce qui arrive à
Skinner et le savant usage des flashs-back
(le lancement à la Memento Mori est une merveille) l'histoire développe
une belle énigme et distille un fort
beau suspense tout au long du récit.
Après la quasi absence de la Mythologie
lors du premier double épisode de
la saison, celle-ci se voit réintroduite
par Krycek aussi cruel que de coutume (on
adore !), tout en produisant un retournement
forcé de Skinner riche en potentialités.
Le thème habituel d'un Krycek encaissant
un maximum se voit ici renversé au
détriment de Skinner, mais tout cela
se paiera un jour...
La
mise en scène de Daniel Sackheim
retrouve également avec bonheur les
figures coutumières de la série
tout en bénéficiant de l'étonnant
travail de maquillage opéré
sur Mitch Pileggi (comme toujours impérial)
et d'effets spéciaux fort goûteux.
On observera aussi que les perspectives
nanotech décrites par l'épisode,
thème alors très en vogue
notamment en littérature, apparaissent
déjà nettement moins spéculatives
aujourd'hui, tant on a progressé
en la matière.
Deux
petites réserves sont toutefois à
noter. À plusieurs reprises Scully énoncent
des tentatives de traitement (laser, filtrage
intégral du sang) sans qu'on les voit
se dérouler, ni que l'on entende parler
des conséquences éventuelles.
Face aux péripéties des enquêtes
de Mulder, il est souvent difficile de trouver
du contenu quand Scully reste en retrait dans
un hôpital et disons que ce genre de
pratique facilite les choses... Et puis, la
révélation de Krycek s'effectue
avec force roulements de tambours alors que,
bon, un tueur sadique au visage perpétuellement
dissimulé, maquillé car craignant
visiblement d'être reconnu par nos amis,
travaillant en free lance tout en connaissant
visiblement les rouages du Complot... Il ne
fallait pas nous faire un dessin non plus !
Enfin
l'épisode révèle la
solution du plus mystérieux et impénétrable
des X-Files : la technique du planter de
crayons d'un Mulder passant visiblement
ses nuits au FBI malgré son beau
lit tout neuf. La scène se montre
très amusante et induit clairement
ce retour aux sources donnant toute sa saveur
à cet épisode certes classique
mais tonique et très relevé.
10.
PHOTO MORTELLE
(TITHONUS)
Cet
épisode à la pénétrante
poésie reprend le thème
de la photo déjà utilisé
avec succès dans Les hurleurs,
mais aussi dans la Quatrième
Dimension et de nombreux autres récits
fantastiques.
Cette
version se montre particulièrement
aboutie grâce à une mise
en scène judicieusement funèbre
(on ne se situe absolument pas dans l’humoristique),
portée par la musique de Mark Snow
et l’étonnante qualité
de l’image de la caméra de
Watkins. Le noir et blanc annonciateur
de mort se révèle particulièrement
somptueux, le granulé et la lumière
situent avec réussite les personnages
comme déjà hors de ce monde.
L’effet est absolument saisissant.
Les nombreuses photos de décès
restituent également à merveille
la fascination de Fellig pour la mort
et contribuent à donner à
l’épisode une ambiance très
particulière, presque aussi fascinante
qu’a pu l’être Le
pré où je suis mort,
autre épisode où la photographie
(sans mauvais jeu de mot) se montre primordiale.
Le
personnage de Fellig lui-même se
montre aussi original que passionnant.
Son immortalité et la lassitude
de la vie en résultant constituent
un contrepoint intéressant à
ce qui semblerait communément un
don du ciel. L’immense talent de
Geoffrey Lewis (une guest star prestigieuse
de plus cette saison) rend absolument
convaincant la dimension décalée
du personnage en marge de la vie et manifestant
un détachement très troublant
(hormis envers la beauté de Scully,
avec l’unique photo qu’il
prend avec plaisir…). Fellig nous
parle depuis très loin, son désespoir
quasi palpable et les magnifiques dialogues
confèrent un cachet très
littéraire à cette histoire.
Gilligan développe comme toujours
admirablement la psychologie et l’humanité
de ses personnages, mais n’oublie
pas néanmoins de nous offrir des
moments de pure tension, comme quand retentit
la note stridente de l’appareil
photo fatidique ou quand c’est
au tour de Scully d’être dépouillée
des couleurs de la vie.
Cette
même Scully représente l’autre
grande attraction de Photo Mortelle.
Privée de Mulder on pourrait s’attendre
à la voir demeurer figée
dans son scepticisme scientifique, mais
le temps passé produit son effet
et nous assistons avec beaucoup de plaisir
à un spectacle nouveau : Scully
accepter à son corps défendant
la nature paranormale d’une affaire.
Ce difficile combat est parfaitement rendu
par le jeu de Gillian Anderson, se traduisant
par des expressions faciales et corporelles
inusitées jusqu’ici : Scully
perd son assurance proverbiale et la comédienne
nous fait partager son trouble et ses
hésitations avec un immense talent.
Ses scènes particulièrement
émouvantes avec Lewis constituent
le pinacle de l’épisode,
où l’on ressent le pur plaisir
du beau jeu, de la rencontre féconde
de deux grands comédiens au service
d’une histoire tellement plus subtile
que ce que nous offre ordinairement la
télévision.
Le
scénario, dans un premier temps,
a l’habileté de ne pas faire
de Ritter un jeune arriviste comme la
série en a déjà connu,
voire un Spender bis. Son astuce et son
grand professionnalisme de policier joints
à un solide cartésianisme
préfigurent avec intérêt
les discussions entre Doggett et une Scully
ayant alors basculé du côté
des « croyants ». Malheureusement
le récit ne prolonge pas cet aspect
jusqu’au bout, une déception
somme toute mineure.
Mulder
reste lui très en retrait, les
coups de fil avec Scully demeurant essentiellement
fonctionnels et ne développant
qu’à peine l’humour
coutumier, même si Vince Gilligan
ne peut bien entendu s’empêcher
de placer quelques plaisanteries... Mais
qui trop embrasse mal étreint,
l’épisode bénéficie
déjà d’une thématique
très riche et a raison de ne pas
vouloir se disperser ! La conclusion montre
une Scully très troublée…
La question se pose en effet de savoir
si elle connaît désormais
la même immortalité maudite
que Fellig ! Après tout Clyde Bruckman
lui avait dit qu’il ne la voyait
pas mourir…
Fellig
et ses noms successifs sont autant d’hommages
à des photographes célèbres.
Tithonus reprend un mythe grec entremêlant
immortalité vécue comme
une malédiction et divinité
solaire, d’où une application
dans le domaine de la photographie basée
sur le rayonnement solaire. Un titre plus
riche que le sensationnalisme outrancier
de la traduction française !
11/12.
TOUTE LA VÉRITE
(TWO FATHERS/ONE
SON)

  
En
dépit de sa qualité,
cet épisode particulièrement
crucial pour la Mythologie laisse
comme une impression de précipitation.
En effet, il met en scène
purement et simplement l'effondrement
de la Conspiration telle que nous
l'avions connue jusqu'ici. Le long
et sinueux chemin parsemé
de savantes révélations
débouche ainsi sur une
conclusion aussi brusque que spectaculaire.
Si on ajoute à cela le
soin apporté aux prodigieux loners décalés
(drôles ou romantiques)
commençant à proliférer
cette saison, on peut sérieusement
se demander si Carter n'en avait
pas tout simplement assez de cette
histoire au long cours. Celle-ci
contribua certes puissamment à
l'identité et au retentissement
de la série, mais se révèle
contraignante et malaisée
à poursuivre indéfiniment.
La migration de Vancouver à
L.A. aurait dès lors coïncidé
avec une aspiration à davantage
de fantaisie, qu'elle accompagne
et soutient d'ailleurs idéalement.
Quoiqu'il
en soit, c'est bien avec professionnalisme
et un talent intact que Carter
préside à cette
inflexion majeure. Après
une efficace scène de pré-générique
situant d'emblée les enjeux,
le lancement de l'épisode
s'avère des plus saisissants.
En effet, le spectateur, médusé,
découvre l'Homme à
la Cigarette (enfin, C.G.B. Spender
désormais...) s'adresser
directement à lui pour
annoncer l'échec final
de la Conspiration. L'impact du
procédé résulte
des plus considérables !
De fait C.G.B. s'affirme comme
un narrateur fort talentueux,
ses révélations
restituant avec une grande clarté
les méandres du complot.
Grâce également à
l'apport de Cassandra (toujours
épatante Véronica
Cartwright, justement récompensée
d’une nomination à
l’Emmy Award), cette première
partie nous offre une vision explicite
fort cohérente de la Conspiration,
un exploit contribuant puissamment
à son succès. Ce
procédé se poursuivant
jusqu'à la toute fin du
premier segment s'avère
également l'occasion d'un
nouveau numéro étincelant
de William B. Davis. Celui-ci
entremêle amertume, ironie
et lucidité désenchantée
avec un talent faisant de ces
apparitions de C.G.B. de grands
moments captant instantanément
l'attention du spectateur, et
justifiant à eux seuls
la découverte de l'épisode.
On ne soulignera jamais assez
l'importance de la contribution
de cet immense comédien
à la série.
Par
ailleurs, cette première
partie sait maintenir une véritable
tension dramatique grâce
au lot coutumier de révélations
tonitruantes et à un récit
resserré, évitant
tout temps mort. L'ensemble se
suit donc avec un réel
plaisir, même si certaines
réserves sont à
noter. On s'étonne tout
de même de l'impuissance
et de l'immobilisme du Syndicat
face à l'évolution
de la situation. Cette toute puissante
organisation dévoile
de surprenants pieds d'argile
qui, conjointement avec le flou
persistant sur la victoire des
rebelles, renforcent cette impression
désagréable d'abandon.
Fort heureusement, la partie adverse
s'enrichit d'un Alex Krycek très
en verve et machiavélique
à souhait. Sa manière
de monter le fils contre le père
sans en avoir l'air se révèle
un fort joli coup de poignard.
Spender se montre de plus davantage
complexe et intéressant
que de coutume. Le tempo général
ressort également plus
lent que lors d'épisodes
du même genre, mais cela
correspond finalement au ton funèbre
du récit de C.G.B.. On
pourrait aussi déplorer
le rôle essentiellement
statique de Mulder et Scully,
que l'on aura rarement vus aussi
inopérants sur l'action.
Toutefois un épisode essentiellement
centré sur le Syndicat
constitue une agréable
originalité. De plus les
scènes de Basket restent
amusantes, comme lorsque Mulder
se fige quand Scully apparaît...
Cependant voir Scully sortir du
chapeau autant d'éléments
sur C.G.B. constitue bien une
facilité assez déplorable.
Aurait-elle cherché sur
Google ?
Le Cliffhanger traditionnel se montre
également assez faible
(personne n'imagine que Mulder
puisse tirer) mais la véritable
conclusion demeure bien entendu
la découverte du véritable
interlocuteur de C.G.B. ; rien
de moins que la toujours très
classieuse Diana Fowley ! Celle-ci
se révèle une collaboratrice
particulièrement proche
du Fumeur et se déclare
apte à renverser une situation
désormais bien compromise.
De quoi présenter la seconde
partie sous les meilleurs auspices !
Et,
après une grandiose introduction,
cet ultime tronçon enregistre
en effet la véritable entrée
en scène de nos héros,
apportant un surplus de vie et
de tonicité à l'épisode.
On s'amuse ainsi beaucoup de voir
Scully, après une scène
de douche assez pétillante,
employer le plus clair de son
énergie au procès
de Fowley, tandis que Mulder s'acharne
à lui trouver des circonstances
atténuantes. Cette confrontation
se déroulant sous le regard
de Bandits Solitaires passablement
éberlués conduit
d'ailleurs à une de ces
colères froides dont notre
amie rousse a le secret. Mimi
Rodgers continue à donner
beaucoup de présence à
son personnage, tandis qu'avec
le spectaculaire retour d'une
Marita très éprouvée
(comment avons-nous pu vivre si
longtemps sans Laurie Holden ?),
c'est la totalité des personnages
récurrents de la série
qui participe à l'action,
confirmant la stature particulière
de l'épisode. Le sommet
de celui-ci, outre
la scène choc de la crémation in vivo du Syndicat (au
revoir au First Elder et consorts…),
demeure bien entendu la confrontation
Mulder /C.G.B., une scène
toujours formidable dont la série
a su ne pas abuser et ici se montrant
particulièrement relevée.
Ces
éléments se voient
une nouvelle fois gâchés
par nombre de raccourcis et de
facilités scénaristiques
voyantes. Il y a bien trop de
rencontres miraculeuses, en particulier
dans ce centre de rétention
sanitaire ressemblant davantage
à un hall de gare qu’à
autre chose. De nombreuses situations
ne sont absolument pas conclues,
la scène du bureau de Kirsh
servant de bouche-trou vraiment
trop simpliste. Le summum est
atteint avec la succession effrénée
d’évènements
hautement improbables, filmés
selon une absurde accélération
uniquement pour obtenir l’image
assez pitoyable de Mulder et Scully
vidant leurs révolvers
sur un train blindé pour
tenter de l’arrêter.
Cette péripétie
inutile et si maladroitement amenée
conduit les X-Files a
se caricaturer eux-mêmes,
dans un effet particulièrement
malheureux.
Ainsi
en est-il de l’ensemble
de l’épisode, où
les bonnes idées de mises
en scènes et les fulgurances
du récit perdent pour partie
de leur impact par une trop grande
précipitation et manque
de soins apportés aux détails.
C’est d’autant plus
frustrant que l’on se dit
que le résultat aurait
pu être tellement formidable
si Carter et Spotnitz avaient
laissé le temps au temps,
ne serait-ce qu’en consacrant
à ce moment essentiel un
arc triple, et non un double épisode
trop étriqué. Toute la vérité demeure un excellent épisode,
mais non pas le chef-d’œuvre
qu’il aurait pu, qu’il
aurait dû, représenter.
La priorité était
sans doute ailleurs…
Après
une conclusion ouvrant un nouvel
abîme dans la psychologie
de C.G.B., plus que jamais le
méchant ultime de l’univers
des séries télé,
les Affaires Non Classées
s’offrent de nouveau à
nos héros. Tant mieux,
car Samantha demeure insaisissable
! Surtout cela va permettre à
Carter de faire de nouveau se
succéder les loners décalés
exceptionnels, dans un cadre plus
familier et solide que dans la
première partie de saison
(tout en renouvelant il est vrai
la mythologie à partir
de Biogenèse).
Le but caché de tout ceci
?
13.
AGUA MALA
(AGUA MALA)

 
Après
le très excitant Compagnons de route (et
en attendant le fabuleux The
Unnatural), on attendait
beaucoup du retour de l’excellent
Arthur Dales, le Mulder des
années 50.
Hélas,
force est de constater que l’épisode
ne tient pas totalement ses
promesses. Tout d’abord
avec l’énorme contresens consistant à laisser
Dales en dehors de l’action,
le bornant à ouvrir et
conclure le récit, alors
que c’est bien évidemment
une enquête menée
en commun avec Mulder qui nous
intéressait. Toujours
portées avec malice et
talent par le vétéran
McGavin (ici dans son ultime
rôle), les apparitions
de Dales demeurent constamment
aussi savoureuses mais ne font
ainsi qu’accentuer notre
frustration… On se demande
vraiment quand la télévision
va se décider à
rediffuser Kolchak, The
Night Stalker ! Ces scènes
présentent aussi le mérite
de nous laisser entrevoir ce
qu’aurait pu devenir la
vieillesse de Mulder sans Scully
: le whisky pour aider à
supporter la solitude et une
veille toujours maintenue sur
les mystères du vaste
monde via la cibi. Guère
enthousiasmant…
Pour
le reste, l’épisode
nous offre une resucée
du huis clos horrifique, genre
déjà expérimenté
avec bonheur par le passé
(Quand vient la nuit, Projet
Arctique…) mais se
déroulant ici sur un
ton clairement mineur. Le décor
parait bien long à se
mettre en place et l’auteur,
dans la lignée de cette
saison, s’essaie à
l’humour avec peu d’à-propos
(n’est pas Gilligan qui
veut). En effet cela sape la
tension dramatique faisant le
sel de ce genre de situation
tout en n’apportant pas
grand-chose en contrepartie.
Cette
galerie de portraits demeure
convenue et tient du cliché,
avec notamment une caricature
d’Hispaniques assez pesante.
On devine que l’auteur
a voulu dresser un portrait
satirique de la Floride, mais
l’ensemble manque de tonus,
de mordant. Sur le même
thème les Simpsons nous ont d’ailleurs offert
un récit bien plus caustique
et iconoclaste !
La
conclusion ressort également
quelque peu précipitée,
alors même que la mise
en situation s’était
trop prolongée.
Restent
une reconstitution de tempête
en studio réussie, un
monstre croquignolet, la musique
bien adaptée de Mark
Snow et une exaspération
de Scully assez amusante devant
ces chasses au Dahu qui l’agacent
toujours. On remarque que nos
héros découvrent
chacun la clé de l’énigme
au même moment, décidément
ils s’accordent à
la perfection… Après
cette éprouvante et humide
enquête le duo aura bien
mérité des vacances
au soleil !
Agua
Mala (Eau mauvaise en Espagnol)
est en fait le nom d’une
méduse carnivore et venimeuse
des eaux tropicales.
Les X-Files (tout comme Garfield…) ont
une manière bien à
eux d’illustrer l’expression
« comme un Lundi ».
L’intrigue de Vince Gilligan,
s’inspirant avec bonheur
du classique Un Jour sans
fin, décrit avec
une habileté consommée
le piège diabolique du
Verrou Temporel.
L’épisode
débute ainsi avec rien
de moins que la mort de nos
héros, filmée
avec une totale conviction…
Effet garanti ! Ce n’est
que peu à peu que nous
comprenons l’horreur de
la situation, tout comme le
fait lui-même Mulder,
avec une intensité progressive
fort bien rendue par la mise
en scène impeccable de
Kim Manners. La caméra
adopte très habilement
le point de vue des différents
protagonistes, afin de nous
offrir un panorama très
fluide de la situation. Dans Un Jour sans fin, on
ne disposait que du seul point
de vue du témoin du phénomène,
alors que l’épisode
introduit avec succès
davantage de complexité
en incorporant celui d’une
victime (temporairement) passive,
Mulder.
Tout
comme son modèle, Monday introduit une solide dose d’humour
dans le récit, avec plusieurs
scènes désopilantes
renforcées par un humour
de répétition
toujours très efficace.
La réunion organisée
par un Skinner très tatillon
sur les horaires s’avère
un modèle d’inanité
et d’ennui bureaucratiques,
tandis que Scully apparaît
tétanisée par le
retard, quelle horreur ! de Mulder.
Les petits malheurs successifs
de ce dernier sont également
divertissants, d’autant
qu’ils nous permettent
de retrouver le monstrueux water
bed de Fletcher. Son origine
toujours perdue dans le néant
embarrasse Mulder mais que celui-ci
le détienne semble fasciner
Scully… Et si l’explication
de tout cela résidait
dans une ultime résonance
de la faille dimensionnelle
de Zone 51 ?
Toutefois,
à l’inverse de
David Amann dans Agua mala,
Gilligan montre l’habileté
de ne pas noyer l’histoire
dans l’humour, en n’accordant
pas un espace excessif à
son péché mignon.
Les scènes amusantes
enrichissent l’épisode
mais n’en constituent
pas le cœur, ce qui le dénaturerait.
En effet le parallèle
avec Un Jour sans fin touche rapidement à son
épilogue car, dans les X-Files, la tonalité
du Verrou s’avère
bien entendu très sombre.
Magistralement interprétée
par Carrie Hamilton (grande
figure du théâtre
américain, prématurément
disparue en 2002), Pam n’est
certes pas Phil Connors, pour
qui on ne ressent jamais vraiment
d’inquiétude. Comme
elle le dit elle-même
: « Nous sommes tous en
Enfer et je suis la seule à
le savoir ». L’épisode
sait nous laisser entrapercevoir
la réalité de
son si long cauchemar et l’actrice
restitue admirablement
l’usure que le piège
produit sur la personnalité
d’une femme partant littéralement
en lambeaux sous nos yeux, dans
une totale déréliction.
Malgré l’ouverture
d’esprit et la vive intelligence
de la situation manifestées
par Mulder, c’est bien
grâce à son sacrifice
résonnant terriblement
comme la découverte tant
espérée d’une
porte de sortie, que l’on
quitte l’impasse. Là
où Phil s’échappait
du Groundhog Day par
l’amour et la rédemption,
pour Pam il n’y a que
la mort. Il demeure parfaitement
glaçant de la voir mourir
si heureuse tout simplement
parce que quelque chose de nouveau
survient... Si on rajoute à
cela le désespoir homicide
de Bernard (Darren Burrows,
fils de Billy Drago, également
parfait), Monday reste
bien l’un des épisodes
les plus sombres et véritablement
effrayants d’une série
s’épanouissant
plus que jamais dans les Ténèbres.
Après
l’échec d' Aux frontières du jamais (saison 4), Monday,
et sa belle perspective sur
la confrontation entre destin
et libre arbitre, représentent
l’occasion d’heureuses
retrouvailles entre les X-Files et ce sujet majeur de la Science-Fiction
qu’est le voyage temporel.
Après le classique retour
dans le passé et le thème
du Verrou, c’est la déstructurations
temporelle qui, à son
tour suscitera le très
réussi ultime volet de
cette trilogie dans Redrum (saison 8).
Enfin
on notera que l’épisode
est censé se dérouler
à Washington, alors que
l’écusson de Los
Angeles apparaît clairement
dans la banque !
Ah, et merci Oméga, cela
nous fait un point commun avec
007…
- Woman! Get back in here
and make me a sandwich!
-
So, how was your first night?
Peaceful?
- It was wonderful. We just spooned
up and fell asleep like little
baby cats. Isn't that right, honey
bunch?
- That's right, poopy head!
Mulder
et Scully à Wisteria Lane !
C'est
en effet dans le décor
lumineux et implacablement lisse
d'une suburbia de grand standing,
évoquant irrésistiblement
le futur Desperate Housewives et somptueusement filmée
par Michael Watkins, que va se
dérouler cette nouvelle
étonnante aventure du duo.
Cependant,
comme nous nous situons dans l'univers
paranoïaque des X-Files,
les Chutes d'Arcadie prennent,
dès une scène d'introduction
constituant un paroxysme de l'épouvante,
les allures d'un Village bien
plus sombre, où un impitoyable
Rôdeur traque puis élimine
atrocement les déviants
la nuit venue. Cette dimension
purement fantastique de l'épisode
s'avère des plus réussies
grâce à un Monster
of the week particulièrement
effrayant et le thème toujours
si porteur de l'étrange
petite ville retranchée
de la réalité consensuelle,
tant de fois employé avec
succès dans, entre bien
d'autres, la Quatrième
Dimension. Toutefois, si
abouti et efficace que paraisse
cet aspect de l'épisode,
il n'en demeure pas moins secondaire...
En
effet, le grand intérêt
d'Arcadia réside
bien entendu dans la situation
insolite où se trouvent
plongés nos héros,
devant former un couple de façade
du fait d'une idée d'un
Skinner visiblement en grande
forme. Le piquant de ce simulacre
ravira nos ami(e)s shippers, mais
ravira également tous les
amateurs de fine comédie
de mœurs, tant il s'avère
impossible de ne pas visionner
l'épisode sans éclater
de rire. On rappellera que les
« Petrie » sont d'ailleurs
des noms tirés d'une fameuse
série humoristique des
années 60 (The Dick
Van Dyke Show), une nouvelle
présence des séries oldies dans les X-Files.
Comme toujours quand il ne prend
pas une affaire au sérieux,
Mulder est totalement en roue
libre, s'amusant visiblement beaucoup
de la situation, multipliant les
petites piques facétieuses
envers une Scully nettement plus
rétive ou exprimant sa
nature rebelle en violant les
interdits du Code avec malice
et entrain. La scène du
dîner demeure un sommet
d'humour, où Mulder martyrise
sa partenaire atrocement embarrassée
et ses voisins coincés
en multipliant les élucubrations
démentes.
Ce
moment de pure comédie
rappelle irrésistiblement
une scène culte de Californication où
un Hank Moody passablement défoncé
à la coke dynamite pareillement
un repas familial chez ce pauvre
Bill (et lui pas uniquement en
paroles...). Dans les deux cas
Duchovny manifeste la même vis comica jubilatoire et communicative,
confirmant, si besoin en était,
son statut de très grand
comédien.
Gillian
Anderson ne demeure pas en reste
et dessine fort joliment une Scully
finalement bien moins rétive
à l'ambiance apparemment
feutrée d'Arcadia, comme
le souligne très justement son
partenaire. Qui se souvient de
l'atmosphère des repas
familiaux chez les Scully, jugera
que, du moins, elle n'est pas
dépaysée... Scully
prend très au sérieux
son image de maîtresse de
maison modèle, et il est
bien évident que ce n'est
pas uniquement pour les besoins
de l'enquête ! De même
elle manifeste un souci très
féminin pour l'ordre et
la propreté nous faisant
subodorer une fois de plus qu'il
y en a un qui ne doit pas rigoler
tous les jours en 2008... On n’oubliera
pas le verdâtre masque de
beauté, gravé au
fer rouge dans la mémoire
des spectateurs comme l'un des
passages les plus insoutenables
d'horreur frémissante de
la série… C'est le
mythe qui se lézarde sous
nos yeux ! L'humour distillé
par Scully apparaît davantage mezzo voce que le numéro
électrique de Mulder mais
n'en apporte pas moins une contribution
décisive à l'éclatant
succès de l'épisode.
C'est bien la confrontation de
ces deux caractères si
dissemblables qui en fait d'ailleurs
tout le prix, mais n'est-ce pas
souvent le cas dans la vie en
couple ?
Enfin
ce quartier si délicieusement clean, où l'ordure
et l'épouvante sourdent
du sol, évoque également
le Blue Velvet de Lynch,
tant les références
abondent dans cet épisode
à la quintessence purement
américaine. Les X-Files en profitent pour manifester
plus que jamais leur attachement
à une certaine gauche américaine
par une féroce dénonciation
des dérives de la société
contemporaine.
Ce
genre de cité forteresse
aseptisée connaît
depuis quelques années
un développement faramineux
aux États-Unis ce qui en dit long
sur la déliquescence du
lien social et l'accumulation
des tensions. À travers la résurrection
de cette simili Arcadie mythique
où l'on ne voit aucun Noir,
Hispanique ou Asiatique, où
les femmes quittent la table quand
les hommes parlent politique,
l'épisode lance une charge
aussi féroce que pertinente
sur le repli fantasmé par
certains sur une Amérique
Blanche et ultra conservatrice,
avec notamment un joli clin d'œil
aux similitudes avec les mœurs
sauvages des tribus ancestrales.
C'est
avec une étonnante présence
que Peter White (Dallas, All
my children...) campe un
dictateur au petit pied, désirant
figer la société
selon un code rigide confinant
à l'absurde et s'opposant
au sympathique Big Mike interprété
avec sa bonhomie coutumière
par Abraham Benrubi (Urgences,
Parker Lewis...). Par cette
parabole, les X-Files s'ancrent ainsi dans ce courant
qui, au travers d'un détour
par le paranormal ou le futur,
s'attache en fait à dépeindre
et analyser les errances de notre
réalité présente,
ce qui constitue toujours la marque
de la grande Science-Fiction,
mature et ambitieuse.
Enfin,
tout ceci ne nous empêchera
pas de remercier pour leur contribution
à l'épisode : Sony,
Oméga (encore une fois),
Tropicana, voire Lacoste. C'est
d'un goût, après
le martyr du malheureux Queequeg...
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16.
ENTRE CHIEN ET LOUP
(ALPHA DOG)


Après
la succession sans failles d’étincelants loners que connaît
cette saison 6 (et ce n’est
pas fini…), cet épisode
constitue une bien cruelle déception.
En effet l’œil peine
à y découvrir
un quelconque intérêt.
Cette histoire terriblement
basique de lycanthrope se distingue
par une totale vacuité,
malgré la dimension orientale
se révélant de
la vulgaire poudre aux yeux.
Le contraste avec le très
riche Métamorphoses (saison 1) s'avère
particulièrement destructeur
pour Alpha. Rarement
les impénétrables
forêts canadiennes auront
paru si lointaines… Cette
mauvaise exploitation d’une
grande figure du Fantastique
évoque de fait bien plutôt
l’exécrable Les
Vampires, l’un des
nanars de la série.
La
faiblesse de l’intrigue
se traduit par une succession
de scènes d’attaques
du loup démoniaques,
séparées par des
passages d’un rare immobilisme.
Ces agressions, certes tournées
avec efficacité, à
quelques variations près,
se déroulent selon le
même modus operandi. Leur
répétitivité,
ainsi que leur prévisibilité,
engendrent l’ennui, d’autant
que l’histoire passablement
statique les enrobant ne fait
qu’y contribuer.
L’épisode
échoue également
à prendre vie grâce
à ses seconds rôles.
Les réparties et l’action
attribuées à Detwiller
demeurent bien trop plates pour
permettre au grand comédien
Andrew J. Robinson (Star
Trek Deep Space Nine, Hellraiser,
Inspecteur Harry…)
de déployer réellement
son talent, hormis quelques
brefs instantanés. L’histoire
s’acharne à rendre
mystérieuse la «
femme loup », comme l’appelle
affectueusement Scully, mais,
malgré la belle prestation
de Melinda Culea (Agence
Tous Risques, Star Trek Next
Gen…) ne parvient
qu’à la rendre
opaque, voire terne. Dépourvue
du piquant anglais d’une
Phoebe Green, de la candeur
spectaculaire d’une Bambi,
ou de la fascinante froideur
de glace d’une Diana Fowley,
sa fascination pour les chiens
demeure impénétrable
pour un spectateur qui ne peut
dès lors que se désintéresser
du personnage et de sa relation
particulièrement morne
avec Mulder. Même l’inévitable
accès de jalousie ou
de défiance éprouvé
par Scully ne pétille
pas ici (quelle différence
par rapport à Fowley
!), se manifestant par quelques
déclarations sentencieuses,
voire mélodramatiques,
et tendant au roman feuilleton.
La scène de conclusion
se montre de ce point de vue
d’une insigne lourdeur
!
La
seule bonne nouvelle d' Entre
chien et loup demeure la
réapparition du fameux
poster I Want To Believe.
Avouons que l’absence
de cet authentique oriflamme
de la série se faisait
cruellement ressentir chez le
fan qu’il avait fait rêver
durant tant d’années…
Au
total, même au clair de
lune, Alpha demeure
un épisode bien basique
!
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17.
TREVOR
(TREVOR)

-
Dear Diary, today my heart lept
when Agent Scully said "spontanous
human combustion".
- Oh shut up, Mulder !
D’un thème archi
rebattu du polar (un évadé
de prison règle ses comptes),
les X-Files parviennent
à tirer un épisode
de bonne facture. Le scénario,
fort astucieux, sait en effet
jongler avec toutes
les potentialités offertes
par cette vision assombrie du Passe-Muraille de Marcel Aymé
: solution originale à
la traditionnelle énigme
de la chambre close, assassinat
gore à souhait (encore
bravo aux artistes de la série),
confrontation directe avec Mulder,
infiltrations diverses et variées…
Vraiment on ne s’ennuie
jamais dans ce récit
au tempo élevé
et à l’action très
soutenue.
Il
n’y a pas jusqu’à
la limitation du pouvoir de
Pinker qui ne donne lieu à
des effets très ludiques,
dans la grande tradition des
Super Héros ! On observe
ainsi Scully et Trévor
se réfugier dans une
cabine téléphonique
isolante, ce qui n’est
pas sans joyeusement nous remémorer
un certain Docteur originaire
de Gallifrey (Constellation
de Kasterborous). La présence
de Tuesday Knight (la sœur)
et certaines apparitions de
Pinker rappellent également Elm Street !
La
mise en scène très
vive et alerte de Rob Bowman
épouse idéalement
cette histoire bondissante et
pousse l’audace jusqu’à
nous offrir un pastiche de la
poursuite dans le labyrinthe
de Shining (même
recours à la Steadicam),
tandis que Pinker fracassant
la cabine avec une pierre fait
irrésistiblement penser
à la hache de Jack. Un
clin d’œil bien trouvé
!
L’autre
mérite de l’épisode
réside dans l’éloquente
composition du talentueux John
Diehl (le Zito de Miami
Vice !) qui interprète
avec sensibilité la personnalité
complexe de Pinker. En effet
la bonhomie matoise qu’il
manifeste à l’occasion
recouvre de profondes pulsions
de violence extrême, mais
aussi une sincère volonté
de rédemption et d'un nouveau
départ avec son fils.
Il reste très touchant
de le voir se découvrir
à travers les yeux épouvantés
de Trévor, puis, effondré,
s’en aller vers une mort
ressemblant beaucoup à
un suicide. Sans doute ne voulait-il
qu’une seconde chance,
commente fort justement Mulder
lors d’une conclusion
particulièrement amère.
Si
ce même Mulder, visiblement
toujours ravi d’avoir
enfin récupéré
ses chères Affaires Non
Classées, se montre au
début particulièrement
hilare, jusqu’à
irriter copieusement une Scully
en ayant visiblement ras la
coupe, nos héros se livrent
à une enquête aussi
rigoureuse que passionnante,
jusqu’à un final
électrique particulièrement
haletant. Si le brio de la forme
de cet épisode n’en
fait pas oublier le classicisme
du fond, cela n’en constitue
pas pour autant un handicap
car la présence d’une
histoire solide et efficacement
agencée aide à
lutter contre le sentiment de
dispersion et le tournis que
pourrait finir par susciter
la succession effrénée
de loners aussi brillants que
totalement divers et décalés.
Tiens, on en arrive à Milagro…
Cet
épisode une nouvelle
fois très particulier
débute par une succession
de scènes très
étranges, où
l'on découvre Padgett
plongé dans les affres
de la création, fouillant
en lui jusqu'à s'en
extirper le cœur. Cet admirable
passage constitue un témoignage
éclatant du grand
talent de Kim Manners. Il
s'avère passionnant
d'admirer tout au long de
l'épisode comment
ce grand metteur en scène
parvenait chaque
fois à trouver la
parfaite image, tout comme
Padgett accède à
l'épure en littérature.
Son commentaire audio de
l'épisode s'écoute
également avec beaucoup
d'émotion, comme
un testament.
Dans
la première partie
de l'épisode, la
plus relevée, Manners
parvient à susciter
un climat évoquant
avec brio David Lynch :
scènes énigmatiques
et silencieuses, imprégnées
par la musique omniprésente
et envoûtante de Mark
Snow et filmées avec
un art consommé de
l'Étrange, fulguration fantastique
du cœur ardent et jusqu'à
la présence d'une
rocade surplombant la ville
évoquant furieusement
Mulholland Drive. La magie
s'installe et baigne la
majeure partie de l'épisode
dans une atmosphère
onirique particulièrement
fascinante. Manners n'en
développe pas moins
sa propre personnalité,
notamment dans l'admirable
scène de la rencontre
à l'église, où
champs-contrechamps et travellings
experts, photographie inspirée
et ralenti parfaitement
inséré concourent
admirablement à nous
faire ressentir les sentiments
des personnages. Et il fallait
tout le talent et la subtilité
d'un Kim Manners pour traiter
d'une figure aussi hors
normes que celle de Padgett!
Étrange
et fascinante figure en
effet que cet écrivain,
sans doute le personnage
de la série le plus
personnel de Spotnitz, où
Carter et lui ont insufflé
le plus d'eux-mêmes.
Le spectateur se perd en
conjoncture sur sa nature
: n'est-il qu'un amoureux
transi et particulièrement
observateur de Scully ayant
pénétré
les territoires obscurs
du paranormal ou n'est-il
pas plutôt un démiurge
façonnant la réalité
par la seule puissance de
son verbe ? Le récit
interroge avec subtilité
et pertinence sur le mystère
de la création artistique
ou littéraire et
sur les rapports complexes
entre l'écrivain
et ses personnages.
Ce
thème troublant a
depuis toujours inspiré
brillamment le Fantastique,
depuis Pygmalion jusqu'à
un des épisodes les
plus fameux de la Quatrième Dimension, où un
auteur s'entoure des personnages
qu'il a créés.
Cette énigme habite
l'épisode en même
temps que Padgett, qui finit
par franchir le miroir en
suscitant une relation aussi
passionnante que destabilisatrice
avec Scully. Par-dessus
son épaule on distingue
en abîme Spotnitz
et Carter interrogeant la
nature profonde de Scully
et les potentialités
s'offrant à elle.
L'exercice de style s'avère
enthousiasmant à
suivre, d'autant que John
Hawkes (Deadwood, En
pleine tempête...)
confère à
son personnage une flamme
et une conviction pénétrantes.
Ses scènes avec Gillian
Anderson, les meilleures
de l'épisode, se
montrent de fait véritablement
troublantes, tant ces deux
grands comédiens
s'identifient à leurs
personnages. Les X-Files narrés par Padgett
se montrent vraiment ensorcelants
et on regrette vivement
de ne pas disposer de son
roman, cela nous changerait
de la transposition particulièrement
insipide de I Want To
Believe...
L'on
retrouve une Scully plongée
dans un spleen et une apesanteur
similaires à ce qu'elle
éprouvait dans Never
again, déjà
frustrée par la dureté
parfois rebutante de son
travail et surtout sa relation
non aboutie avec Mulder,
ce qu'elle s'interdit toujours
d'énoncer. Milagro évoque ainsi
superbement la féminité
de l'héroïne,
sollicitée d'une
manière des plus
troublantes au moment où
le « couple »
formé avec un Mulder,
tout à ses chères
Affaires Non Classées
retrouvées, semble
bien enfoncé dans
un perpétuel statu quo.
La
caméra de Manners
rend un magnifique hommage
à l'irrésistible
beauté de Gillian
Anderson (ah, ces close-ups...),
tandis que celle-ci fait
admirablement corps avec
le désarroi des sentiments
vécus par son personnage.
Padgett reconnaît
cependant son échec
final, malgré tous
ces efforts et les promesses
entrevues : le cœur de
Scully est bien pris et
le silence de nos héros
accompagnant cette déclaration
se révèle
des plus éloquents
sur la poursuite du désert
sur la carte du tendre (encore
que le prochain épisode...).
L'épisode
me semble imprégné
d'une colère à
peine latente dirigée
contre Fox Mulder. En effet,
autant la féminité
de Scully se voit magnifiée
et célébrée,
autant la virilité
de Mulder est réduite
à ses éléments
les moins reluisants : violence
menaçant d'exploser
en cours d'interrogatoire,
hostilité envers
un rival potentiel l'entraînant
à user de méthodes
peu orthodoxes et allant
jusqu'à obscurcir
ses facultés par
un scepticisme bien peu
coutumier chez lui. On pourrait
pratiquement parler d'instinct
de possession contrarié...
Tout se passe comme si,
tel Padgett devant le tueur,
Spotnitz et Carter demeuraient
impuissants devant l'inéluctable
solitude de Scully et en
rendaient Mulder responsable,
lui qui conserve un silence
passablement lâche
quand Padgett évoque
l'amour de Scully et qui
continue comme toujours
à se réfugier
dans l'action et les froids
délices de l'intellect.
En filigrane, Milagro se montre bien un épisode
terriblement à charge
contre Mulder et une certaine
fuite très masculine
devant l'engagement amoureux.
Par
définition la grâce
ne saurait demeurer qu'un
sentiment passager, et force
nous est de mettre un bémol
à l'éclatant
succès de l'épisode.
En effet, dans une seconde
partie débutant à
l'arrestation de Padgett,
l'épisode perd de
sa sublime apesanteur pour
tomber dans un registre
policier plus terre à
terre, une confrontation
un peu laborieuse entre
l'auteur et sa créature,
et une résolution
de l'affaire assez platement
expédiée.
On se rend compte en fait
que l'épisode paie
mécaniquement le
prix de la superbe exposition
des sentiments de Padgett
et Scully, par un sacrifice
inévitable du développement
de l'intrigue, tout simplement
par manque d'espace.
C'est d'ailleurs un reproche
que l'on pourrait adresser
à cette brillantissime
saison 6 qui, par le choix
de récits décalés,
drôles ou si émouvants,
abandonne quelque peu ces
enquêtes aussi vibrantes
que rigoureuses, ces époustouflants
duels ayant fait le succès
de la période Vancouver
et pouvant laisser l'admirateur
des premières saisons
sur sa faim (hormis quelques
belles réussites
comme Trevor).
Ce
reproche reste cependant
tout relatif, tant Milagro stupéfie et émerveille
par son essence et sa qualité
purement littéraires,
le passage à vide
évoqué débouchant
d'ailleurs sur une magnifique
conclusion (la mort de Padgett
tenant un cœur encore battant),
propice à toutes
les interprétations
et encore une fois d'un
total esthétisme
grâce au si beau talent
de Kim Manners.
Pour
ceux que le thème
de l'auteur confronté
à sa créature
échappant à
son contrôle intéresse
je recommande le roman La
Part des Ténèbres,
un grand Stephen King.
Lui-même déjà
très souffrant, Darren
McGavin apprit le décès
de son épouse au commencement
du tournage de l'épisode
et renonça donc à
incarner pour la troisième
fois Arthur Dales, le précurseur
des Affaires Non Classées
durant les années 40/50,
non sans avoir tourné
deux formidables scènes
présentes dans les bonus
du DVD.
Pour contourner la difficulté,
Chris Carter fit appel à
un autre acteur vétéran
et talentueux, Emmet Walsh (Blade
Runner, Sang pour sang...),
et lui fit incarner un Arthur
Dales qui n'est autre que le
frère de celui que nous
connaissons ! Walsh s’en
sort avec les honneurs mais…
ce n’est en aucun cas
comparable ! McGavin manque beaucoup
à l’épisode,
c’est certain. Quoi qu'il
en soit c'est avec le plus grand
plaisir que nous retrouvons
le toujours sensible et pertinent
Fredric Lehne pour cette nouvelle
plongée dans le passé
des États-Unis et du FBI, présentant
la particularité, grande
première, d'être
écrite et réalisée
par David Duchovny.
On
assiste à un total changement
d'ambiance par rapport aux tortueuses
intrigues et à l'atmosphère parano-maccarthyste
de Travelers (où
régnait encore l’esprit
Vancouver), car cette fois la
fenêtre temporelle nous
projette dans un radieux road
movie se déroulant dans
les États du Vieux Sud ; la nostalgie
n'est cependant pas davantage
de mise que précédemment
et la suavité du pays,
sa douceur de vivre se voient
plus que nuancées par
une violence et un racisme prégnants,
comme le symbolise la spectaculaire
apparition initiale du KKK.
Le
récit apparaît
cependant moins désespéré
que celui de Travelers car The Unnatural nous
raconte aussi l’histoire
de la belle amitié naissant
entre Dales et Josh (très
expressif Jesse L. Martin : Ally Mc Beal, Law &
Order…), malgré
les préventions du temps
et le terrible secret de ce
dernier. Le Fantastique ne demeure
pas cependant en reste avec
une nouvelle originale variation
autour de Roswell (Roswell !
Roswell !), de toujours surprenants
effets spéciaux, à
l’impact renouvelé
dans ce décor très
humain et jusqu’à
l’entrée en scène
du légendaire Bounty
Hunter déjà implacable
des décennies avant de
croiser la route de Mulder.
La balade, gorgée d’humour,
de sentiment et de vitalité,
se révèle donc
des plus agréables. Elle
jouit en effet d’une authentique
saveur américaine très
appréciable, avec une
reconstitution d’époque
bénéficiant du
savoir-faire unique de la série,
de superbes blues (on pense
à Oh, Brother)
et une mystique du baseball
apparaissant bien opaque à
un Européen (ou à
Scully)… dans un premier
temps !
En
effet si, avec une somptueuse
qualité d’image,
David Duchovny se montre aussi
doué pour la mise en
scène que pour l’écriture
(je me mords toujours les doigts
d’avoir raté son
épisode de l’excellent Bones), on se doit
aussi de lui tirer notre chapeau
pour ne pas avoir cédé
au vieux démon des comédiens
de tirer la couverture à
soi, en laissant un vaste espace
à sa partenaire. Il faut
bien dire que Gillian Anderson
se montrera plus égocentrique
et narcissique dans All
things…
La
nouveauté venant agrémenter
le face-à-face maître
élève de Dales/Mulder
réside bien dans l’apparition
d’une Scully, très
malicieuse et très féminine,
qui vient apporter comme un
souffle de vie supplémentaire
au récit. Gillian se
montre une fois de plus parfaite
dans ce personnage qu’elle
maîtrise à la perfection.
On remarque qu’elle fait
(à sa manière
!) le coup du cornet de glace
qu’expérimentera
plus tard Hanky…
Le
parachèvement de l’épisode
réside bien évidemment
dans la démonstration très
fusionnelle de baseball que
Mulder effectue avec Scully ;
l’image se révèle
d’une grande poésie
mais aussi d’un magnifique
romantisme sous les étoiles.
On comprend d’un coup
beaucoup mieux la magie du baseball…
On observe qu’après
un Milagro finalement
très pessimiste quant
à la relation Mulder/Scully,
Duchovny se montre beaucoup
plus optimiste et entreprenant,
poussant ici la complicité
de nos héros jusqu’à
l’extrême limite
de ce qu’autorise la vision
de Spotnitz et Carter. C’est
à croire que les interprètes
auront toujours une perception
plus confiante et volontariste
de leurs personnages que leurs
auteurs eux-mêmes…
Allez, pour une fois je vais
utiliser le terme : Duchovny
est très, très shipper… Et qui
s’en plaindra ?
À
noter que le fameux «
The Truth is out there »
est remplacé par “The
big Inning”.
On
observe une nouvelle référence
à Star Trek (mais
aussi à MacGyver)
dans une série décidément
fascinée par ses aînées !
L’équipe
de baseball se nomme avec à-propos
The Roswell Grays… Le
frère de David, Daniel,
joue le rôle de Piney.
Chris Carter, immense fan de
Baseball, avait donné
le nom de Scully en hommage
à Vince Scully, célèbre
commentateur de match apparaissant
dans l’épisode.
L’épisode comporte
d’ailleurs de nombreuses
références à
de grandes stars de ce sport,
y compris Josh Gibson (et non
Exley).
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20.
BRELAN D'AS
(THREE OF
A KIND)

  
Oh,
man, I am going to kick
their asses!
À
son crépuscule la
sixième saison a
l’excellente idée
de nous offrir une suite
au particulièrement
relevé Unusual
Suspects, en célébrant
les retrouvailles, hélas
passagères, de Susanne
et Byers. Les liens entre
les épisodes paraissent
d'ailleurs savamment tissés,
avec la même atmosphère
si particulière des
congrès, de nombreux
clins d'œil (Langly, des
années plus tard,
est toujours fan de Donjons
& Dragons) et surtout
de nouveau la présence
d'un unique représentant
du duo vedette de la série,
en l'occurrence Scully.
Et, tout comme son modèle,
le succès de l'épisode
se bâtit sur trois
piliers, distincts, mais
si harmonieusement entremêlés.
Tout
d'abord, Three of a
Kind (quel titre !)
se montre imprégné
de l'humour et de la sympathie
que dégagent toujours
notre brelan d'As, pour
une fois le titre français
est d'ailleurs bien trouvé !
On s'amuse toujours autant
à les suivre dans
leurs frasques, tout au
long de leurs retentissants
fiascos finissant invariablement
par déboucher sur
d'improbables victoires
à force d'enthousiasme
toujours renouvelé
et de solidarité
sans faille. Nos éternels
adolescents (et leurs jouissifs
interprètes) nous
divertissent toujours autant ;
à ce titre la partie
de poker initiale est une
vraie perle, se situant
très loin des tunnels
sentencieux de Casino
Royale.
De plus ils
bénéficient
d'une guest star de luxe en la personne de
Dana Scully, qui manifeste
d'entrée le plus
vif enthousiasme d'être
réveillée
en pleine nuit et de traverser
tout le pays pour s'embarquer
dans une des galères
coutumières des Bandits
Solitaires. À cette exaspération
froide propre à notre
héroïne (l'exécution
de Langly durant l'autopsie
reste un délice),
s'ajoute bien entendu le
passage délirant
la voyant transformée
en nympho totalement dingue,
avec en point d'orgue la
fulgurante réapparition
d'un Fletcher égal
à lui-même.
Quand c'est à son
tour de recevoir une main
au panier fort appréciée,
on ne peut s'empêcher
d'éclater de rire !
Certes,
on objectera que la présence
de Scully ne se justifie
pas dans une action où
elle ne prend finalement
aucune part réelle.
Qu'importe, sa présence
pimente cet épisode,
et qui s'en plaindra. Tout
au plus regrettera-t-on
de ne pas assister à la fameuse
engueulade prophétisée
par un Frohike hilare puis
par une Scully nettement plus
furibonde. Mais gageons
qu'elle ne sera pas très
méchante, car on
s'aperçoit bien que,
malgré un agacement
de façade, Scully
les aime bien, nos trois
loustics !
Par
ailleurs, l'épisode
manifeste avec éclat
le positionnement des X-Files dans une mouvance d'opinion
proche de la gauche américaine
et des démocrates,
sans qu'il ne soit jamais
bien entendu question d'engagement
militant. La remarquable
séquence d'introduction
évoque avec beaucoup
d'éloquence la nostalgie
qu'inspire toujours, à
tort ou à raison,
la présidence inachevée
de Kennedy, nous seulement
chez Byers, mais aussi auprès
d'un large pan de l'opinion
américaine. L’évocation
vibrante des principes fondateurs
de la démocratie
américaine pourrait
sonner creux ou emphatiques,
tel n'est cependant pas
le cas, tant l'on ressent
la sincérité
des auteurs de la série
faisant ici très
clairement de Byers leur
porte-parole.
Le
contraste apparaît
particulièrement
flagrant avec l'indécence
de ces marchands de canons
cyniques et avides, poussant
la vulgarité jusqu'à
organiser leur congrès
au sein d'un casino de Las
Vegas (il est vrai somptueusement
filmé par Bryan
Spicer). L'intégration
de ces entrepreneurs avec
la science de pointe et
les milieux gouvernementaux
au sein de ce que l'on appelé
le "complexe militaro-industriel"
fait ici l'objet d'une satire
aussi corrosive que pugnace.
Que le Syndicat ait été
annihilé n'empêche
bien entendu pas ce petit
commerce de perdurer...
Three
of a Kind c'est aussi
bien sûr la poursuite
de la relation contrariée
unissant Byers et Susanne
Modeski. Signy Coleman,
si belle et si talentueuse,
se montre aussi émouvante
que dans Les Bandits
Solitaires, tandis
que le couple formé
avec Bruce Harwood fonctionne
toujours à la perfection.
On peut trouver bien rapide
son revirement en défaveur
de son fiancé mais
cela correspond bien à
la parano inhérente
au Trio, et demeure de toute
manière accessoire.
Son impressionnante force
morale et sa totale fidélité
à ses convictions
font véritablement
d'elle un des personnages
les plus admirables de la
série et on ne peut
que se féliciter
pour Scully qu'elle n'ait
jamais véritablement
croisé la route de
Mulder... Susanne conserve
sa part de mystère,
ce qui lui va à merveille,
mais on ne peut s'empêcher
de regretter de ne la connaître
davantage... La scène
d'adieux avec Byers se suit
avec beaucoup d'émotion,
les effets sonnent avec
justesse et sans pathos
inutile.
La
résolution de Byers
illustre le profond engagement
des Bandits Solitaires dans
leur combat pour la Vérité
et pointe les sacrifices
accomplis, bien réels
derrière la dimension
humoristique de leurs aventures.
Les deux amoureux se quittent
sur un au revoir laissant
entrouverte la possibilité
d'un avenir commun, mais
l'on sait désormais
qu'il n'y aura jamais d'autres
retrouvailles avec Susanne
pour Byers, ce qui accroît
encore l'aspect douloureux
de cette séparation...
Au
total, même si l'effet
de surprise joue moins que
lors des Bandits Solitaires et qu'il n'atteint pas la
dimension émotionnelle
propre à la première
rencontre de Mulder et des
"Lone Gunmen", Three of
a Kind demeure un excellent
épisode, riche en
péripéties,
humour et sentiments, où
l'on retrouve tout le talent
de Vince Gilligan. Il présente
également le grand
attrait d'ouvrir une fenêtre
sur ce qu'aurait pu devenir Au cœur du Complot si elle avait pu disposer
des moyens techniques plus
que conséquents des X-Files (on s'habitue si
bien au luxe...) et d'une
implication un peu plus
marquée des figures
de la série mère.
Cela aurait si bien accompagné
l’audace et la vitalité
de cette série qu'une
deuxième saison aurait
certainement été
au rendez-vous...
En
tout cas les Bandits Solitaires
frappent encore très
fort puisque cet épisode
représente la plus
basse audience de la saison !
On ne change pas une équipe
qui perd !
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21.
SPORES
(FIELD TRIP)

  
Pour
cette nouvelle confrontation
avec un péril végétal,
bien après l'inoubliable Quand vient la nuit,
les X-Files empruntent
une voie évoquant
clairement les simulacres
et autres univers truqués
constituant la plus conséquente
partie de l'œuvre de
Philip K. Dick (lui même
amateur de LSD...). On
trouve en effet ici comme
de savoureuses résonances
avec des chefs-d'œuvre
de l'envergure de Ubik,
Au bout du Labyrinthe ou La Vérité avant-dernière,
et tant d'autres encore
(on pense aussi à
un brillantissime épisode
des Envahisseurs,
L’innocent).
L'idée apparaît
certes aussi ambitieuse
que prometteuse, mais
reste encore à
savoir si l'intrigue et
sa mise en scène
vont bien déployer
la finesse et le savoir-faire nécessaires
à la subtile alchimie
de tels effets.
Une
scène d'introduction
parfaitement glaçante
et à la chute vertigineuse
met d'emblée la
barre très haut,
tandis que le récit
sait à merveille
passer imperceptiblement
du réel au virtuel,
semant délicatement
un trouble des plus jouissifs
dans l'esprit du spectateur.
Celui-ci, s'il a un tant
soit peu pratiqué
les chemins si libératoires
de l'imagination de la
Science-Fiction, pressent
graduellement l'atroce
vérité,
mais cela n'en diminue
pas pour autant l'impact
de la découverte
de celle-ci, conduite
avec une belle efficacité
et survenant à
point nommé. Les
transitions si étranges
et elliptiques d'un décor
à l'autre demeurent
un pur délice.
La
caméra du regretté
Kim Manners s'entend également
à exploiter les
situations cocasses ou
hallucinées autorisées
par la dimension onirique
de l'histoire, avec notamment
la spectaculaire apparition
de l'Alien et surtout
la scène avec le
pseudo Skinner où,
dans une vertigineuse
révélation,
Mulder arrache les voiles
de l'illusion. Le lecteur
au long cours de Dick
regrettera toutefois le
manque d'ambiguïté
d'une conclusion précipitée,
établissant sans
doute aucun, mais avec
quelque frustration, un
retour au réel
sonnant comme la fin d'une
odyssée aussi enchantée
qu'horrifique. Mais, il
est vrai que semer le
trouble quant à
la nature des évènements
à venir s'avèrerait
particulièrement
risqué dans le
cadre d'une série !
Et nos ami(e)s shippers apprécieront sans
nul doute la vision de
Scully et Mulder la main
dans la main...
Pour
les besoins du tournage,
les acteurs ont du être
recouverts durant huit
heures d'un produit servant
à solidifier les
préparations lactées.
Le
petit extraterrestre est
joué par le fils
du coordonnateur des cascades
de la série, Danny
Weselis.
22.
BIOGENÈSE
(BIOGENESIS)

 
Après
avoir paru clore la Mythologie
lors de Toute la vérité,
Carter s’efforce de
lui redonner vie lors de l’ultime
épisode d’une
saison où la priorité
fut clairement accordée
aux loners. Force
est de constater que ce redémarrage
s’avère des plus
poussifs et laborieux, au
point de s’interroger
sur sa réelle motivation,
la satisfaction d’un
besoin quasi mécanique
de prolongation d’un
constituant majeur de la série
semblant l’emporter
sur un véritable souffle
créatif.
En
effet, l’ensemble de
l’épisode paraît
singulièrement dépourvu
de rythme et d’intensité
dramatique, l’ébullition
des épisodes similaires
du passé se voyant
ici remplacée par une
prose passablement sentencieuse
et pesante sur la destinée
humaine, et une dimension
biblique assez indigeste.
La préciosité
et l’emphase du discours
ne dissimulent que bien maladroitement
l’absence de rebondissements
frémissants, d’atmosphère
électrique, mais s’accompagnent
de plusieurs maladresses narratives
assez stupéfiantes.
La perturbation psychique
de Mulder, sensée pimenter
l’intrigue, se traduit
par des effets minimalistes
et répétitifs,
et sert essentiellement de
ficelle bien trop voyante
pour faire progresser une
intrigue amorphe. Voir Duchovny
s’époumoner face
à la caméra
en singeant la folie s’avère
plus pénible qu’autre
chose. On reste confondu devant
la lourdeur du procédé
consistant à faire
interroger explicitement Mulder
par Scully sur ce qui peut
bien désormais l’inciter
à poursuivre sa quête.
Comme s’il n’était
pas évident pour elle
comme pour nous que l’absence
de Samantha demeurât
insupportable pour Mulder
?
On
assiste aussi à une
répétition exacerbée
de figures imposées
de la série, comme
ses sempiternelles poursuites
dans un hôpital, qui
resteraient acceptables dans
un épisode standard,
mais qui agacent dans une
fin de saison sensée
constituer un feu d’artifice.
Au beau milieu du marasme
d’une action désespérément
verbeuse on nous assassine
en nous infligeant un second
monologue de Scully particulièrement
emprunté, après
celui de l’ouverture.
Ce dernier apparaissait un
tantinet plus relevé
et gagnait un intérêt
en ressemblant à plusieurs
introductions oniriques de Medium débouchant
sur une chute étonnante.
Rien de cela ici et le second pensum prend lui des airs
de goutte d’eau débordant
d’un vase… Étonnant
de voir Scully laisser là
Mulder pour tenter la chance
en Afrique, alors même
qu’elle passe l’épisode
à douter de l’histoire…
Ce
long voyage immobile, au sein
d’un épisode
tenant plus d’un prologue
à une action future
que d’un final de grande
classe, débouche sur
l’un des cliffhangers les plus faibles de la série,
la découverte d’une
arche alienne (pile au moment
où Scully arrive…).
Ho, un vaisseau extraterrestre,
quelle nouveauté des
plus imprévisibles
dans les X-Files !
Et quelle manière décevante
de conclure une saison aussi
imaginative et festive…
Fort
heureusement, Biogenèse dispose de ses personnages
secondaires pour éviter
le naufrage complet car, même
en petite forme Carter et
Spotnitz conservent du savoir-faire.
Skinner, dans les griffes
d’Alex joue un jeu complexe
et intéressant à
suivre grâce également
au talent jamais pris en défaut
de Mitch Pileggi. Connaissant
l’intelligence et la
méticulosité
proverbiale du Directeur Adjoint,
on ne m’enlèvera
pas de l’idée
que sa bévue révélant
le pot aux roses à
Scully n’est en fait
qu’un message discret
à cette dernière…
Outre
de sympathiques retrouvailles
avec Albert Hosteen et Charles
Burks, c’est toutefois
bien chez les adversaires
du jour que l’épisode
va rechercher son intérêt.
Notre très cher Krycek
se cantonne à trois
apparitions fugitives et essentiellement
silencieuses (et létales,
mais c’est un pléonasme
chez notre Alex) mais on aime
tellement le personnage et
son interprète, Nicholas
Lea, le diable à figure
d’ange, que cela suffit
à nous enthousiasmer
et manque de peu d’enflammer
l’étoupe humide
de l’épisode,
d’autant que ces quelques
scènes sont filmées
avec l’intensité
et l’efficacité
qui conviennent.
Toutefois
la partition la plus relevée
de l’épisode
se voit interprétée
par nulle autre que Diana
Fowley, qui gagne décidemment
en noirceur à chaque
nouvelle intervention. Ici
campant une véritable
Messaline, elle n’hésite
pas à vamper un Mulder
sans défense tout en
en référant
servilement à C.G.B.,
toujours de la partie lui
aussi. À ce niveau de félonie,
c’est simple, on se
délecte. Mimi Rogers
confère toujours son
charme ténébreux,
son abattage certain et sa
grande classe à cette
mante religieuse que vous
adorerez détester.
On observe au passage qu’après
l’anéantissement
du Syndicat, les routes de
Krycek et de C.G.B. apparaissent
de nouveau totalement distinctes,
ce qui ne concrétise
rien pour l’heure, mais
demeure riche en potentialités.
En attendant, les sinistres
et tortueux « briefings
» de l’Organisation
nous manquent déjà
terriblement… Les retrouvailles
de Fowley et Scully se révèlent
aussi polaires qu’on
peut l’imaginer, la
seconde s’intéressant
en premier lieu à ce
que pouvait bien faire la
première le soir chez
Mulder !
Après
cette laborieuse tentative
Chris Carter parviendra-t-il
à véritablement
redonner vie à sa Mythologie
? La réponse la saison
prochaine, lors de la suite
et fin de cet arc de trois
épisodes !
Ainsi
s’achève cette
saison 6, marquée par
une profusion de loners d’un niveau exceptionnel,
imaginatifs, décalés,
drôles ou émouvants,
s’attachant comme rarement
auparavant à la relation
Mulder/Scully. Individuellement
ils se montrent absolument
prodigieux, mais mis bout
à bout au fil de la
saison, on ne peut s’empêcher
de regretter la relative absence
de véritables adversaires
et d’éprouver
une certaine nostalgie pour
les duels vibrants et les
enquêtes si performantes
et rigoureuses de la période
canadienne.
Les X-Files ont changé,
tout en demeurant d’une
époustouflante qualité,
mais les nouvelles voies pétillantes
et ensoleillées ouvertes
à profusion par Hollywood
ne nous feront point oublier
la pénombre sans prix
et l’atmosphère
unique de Vancouver.
TOP
5 SAISON 6
1) Zone 51
2) Les
amants maudits
3) Bienvenue
en Arcadie
4)À cœur perdu
5) Lundi
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Crédits
photo : FPE.
Images
capturées par Estuaire44.
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