CHAPEAU MELON & BOTTES DE CUIR - The Avengers

Chapeau Melon et Bottes de Cuir
HORS SERIE

 

X FILES
(X FILES)

SAISON 1
SAISON 2


SAISON 3

1/2. Le chemin de la bénédiction (The Blessing Way) / Opération presse-papier (Paper Clip)
3. Coup de foudre (D.P.O.)
4. Voyances par procuration (Clyde Bruckmans' Final Repose)
5. La liste (The List)
6. Meurtres sur Internet (2SHY)
7. Corps astral (The Walk)
8. Souvenir d'oubliette (Oubliette)
9/10. Monstres d'utilité publique (Nisei / 731)
11. Révélations (Revelations)
12. La guerre des coprophages (War of the Coprophages)
13. Âmes damnées (Syzygy)
14. Le visage de l'horreur (Grotesque)
15/16. L'épave (Piper Maru / Apocrypha)
17. Autosuggestion (Pusher)
18. Malédiction (Teso Dos Bichos)
19. La règle du jeu (Hell Money)
20. Le Seigneur du magma (Jose Chung's 'From Outer Space' )
21. La visite (Avatar)
22. Les dents du lac (Quagmire)
23. Hallucinations (Wetwired)
24. Anagramme (Talitha Cumi)

Top 5 de la saison 3

SAISON 4
SAISON 5
X FILES : LE FILM
SAISON 6
SAISON 7
SAISON 8
SAISON 9
X FILES : REGENERATION


1/2. LE CHEMIN DE LA BÉNÉDICTION / OPÉRATION PRESSE-PAPIER
(THE BLESSING WAY / PAPER CLIP)


 

Suite et fin du magnifique arc triple initié par Ceux d’outre-tombe et qui porte la Mythologie à un sommet qu’elle n’atteindra plus qu'occasionnellement par la suite. La tension et l’intensité du récit demeurent particulièrement élevées (très léger ralentissement dans Le chemin) durant ces deux épisodes voyant toujours coups de théâtre et saisissantes révélations se succéder à un rythme incroyable. Même après avoir tant de fois revu ces épisodes, on en reste rivé sur son fauteuil !

Les moments inoubliables se succèdent de bout en bout, comme, parmi tant d’autres : la séquence onirique marquée par le savoureux retour de Gorge Profonde, plus philosophe que jamais, le deuxième cliffhanger, presque aussi haletant que le premier, l’assassinat aussi brutal et soudain de Melissa (The Krycek’s touch) ou évidemment le site dantesque où s‘entassent les millions de fiches, entre Kafka et Borges.

L’épisode reste également marqué par les premières facétieuses réunions du Syndicat, dont l’ambiance de panier de crabes nous vaudra par la suite des scènes assez jouissives. À cette occasion apparaissent l’Homme aux mains bien manucurées, au charme si anglais (John Neville, figure importante de la RADA et du théâtre anglais, désormais installé au Canada, fut élevé au rang d’OBE en… 1965 !) ainsi que le plus torve First Elder. Schisme Krycek/Fumeur, alliance tendue mais finalement renouvelée entre Skinner et le duo, puce électronique qu’enlève Scully sans se douter des conséquences, connexion entre Conspiration et la famille Mulder… le décor de la saison 3 apparaît également idéalement posé par ce récit.

Il est émouvant de voir Mulder et Scully sortir épuisés de ce tumulte, désirant retrouver leurs marques et leur univers familier avant de poursuivre le combat. Le spectateur les comprend, car lui aussi sort moulu de l’aventure, mais ravi ! À noter que Scully née en 64, à quatre ans de plus que son interprète et que Mulder, né en 1961, un an de moins !

Enfin, on ne peut s’empêcher de penser que ces trois épisodes assemblés auraient constitué un formidable premier film pour les X-Files !

Retour à l'index


3.COUP DE FOUDRE
(D.P.O.)


 

On prend d’entrée un méchant coup de vieux lors de la séquence pré-générique de ce premier loner de la saison, avec ces jeux d’arcade sur lesquels on s’est tant éclaté et qui paraissent totalement obsolètes aujourd’hui (Pac Man ! Street Fighters!). Au-delà de ces radotages séniles, cette introduction apparaît magnifique, intelligemment tournée comme un cauchemar hurlant (excellente bande-son, comme durant tout l’épisode). Coup de foudre confirme ce début électrique, avec un bon emploi de l’esthétique toujours si spectaculaire de la foudre, réveillant en nous comme des terreurs ancestrales et astucieusement déclinée sous diverses formes.

On remarque les superbes compositions de deux acteurs alors encore peu connus, mais appelés à de belles carrières. Giovanni Ribisi (Friends, Captain Sky…) accomplit une grande performance, en morveux dégoulinant d’antipathie et de petitesse. Un véritable poème. Jack Black est lui aussi excellent en poisson pilote, très loin de ses numéros comiques à l’incroyable succès. Un épisode réussi, quoique très classique (quasiment un remake de L’Incendiaire, en moins ambitieux), mais justement il reste plaisant pour le spectateur de retrouver ses héros dans un cadre familier après la tempête. On est rassuré, la série continue malgré tout ! Bonne transition d’ailleurs sur ce point chez Mulder et Scully, bénéficiant par ailleurs de dialogues toujours acérés.

L’épisode demeure de plus magnifié par la grande beauté de Karen Witter, ancienne playmate (Miss Avril 1982…) ayant déjà illuminé les 80’s dans de nombreuses séries, et très bonne actrice au demeurant.

Saluons également l'humour du titre français, alors que ces traductions s’avèrent régulièrement affligeantes dans les X-Files.

Retour à l'index


4. VOYANCES PAR PROCURATION
(SLEEPLESS)


 

Un de mes loners préférés de toute la série ! L’histoire, admirablement écrite (la griffe de Darin Morgan), même l’humour et l’émotion avec une rare réussite. On s’amuse effectivement beaucoup, que cela soit pour le ridicule de Yappi (que l’on reverra brièvement dans l’inouï Seigneur du magma), la drôlerie de très nombreuses situations, le côté lunatique de l’assassin et une mise en scène jouant habillement du ludisme de ces visions du futur.

L’épisode va plus loin grâce à l’étonnante composition de Peter Boyle en voyant philosophe. Qu’il ait obtenu l’Emmy Award du second rôle pour cette composition n’est que justice, tant il donne humanité, profondeur et facétie à son personnage. La rencontre, d’abord contrariée, avec Scully est un grand moment, débouchant sur une scène particulièrement émouvante. Le gambit* final (Ah, l’intuition féminine) trouve le ton juste pour brillamment conclure ce très grand épisode des X-Files.

À noter également une scène onirique aussi splendide que macabre dans son déroulement. Scully récupère le hideux Queequeg, au funeste destin.

* Le gambit est une figure du jeu d'échecs spectaculaire où le sacrifice d'une pièce (ici Clyde) permet de faire chuter le roi adverse (le groom).

Retour à l'index


5. LA LISTE
(THE LIST)


 

Pfou, le toboggan ! Incroyable qu’un aussi mauvais épisode succède au joyau précédent ! L’épisode apparaît en fait comme un bien faible remake du déjà médiocre Mystère vaudou. Mêmes clichés, même déroulement prévisible de l’intrigue, mêmes effets faciles et écœurants, même univers carcéral, jusqu’à la voiture s’encastrant dans un arbre ! Les scènes de prison sont nimbées d’un vert qui se voudrait sans doute stressant, mais qui n’est que ridicule, on se croirait dans une série Z de la TNT. On s’ennuie beaucoup durant ce pesant et morne récit , malgré la solide interprétation de J.T. Walsh (Dark Skies). Le moment le plus faible de cette excellente saison 3.


6. MEURTRES SUR INTERNET
(2SHY)


 

L’épisode joue habilement sur les peurs suscitées par un Internet alors naissant, dont les dangers restent, il est vrai, tristement d’actualité. Il demeure amusant de voir les personnages manifester un certain effarement devant ce nouveau monde mystérieux, de l’eau a passé sous les ponts depuis ! (1995)

L’histoire se double d’une solide intrigue policière, même si classique, avec un suspense constant, admirablement soutenu par la fascinante musique de Mark Snow. L’admirable mise en scène valorise l’excellente composition de Timothy Lahart, inquiétant et monstrueux à souhait. On remarque que les habiles artistes de la série se sont ici surpassés, tant chez les victimes que chez leur bourreau. L’autopsie du jour de Scully donne d’ailleurs lieu à une des images les plus jouissivement gore de la série ! Les scénaristes survoltés ont le plus souvent fait de ces scènes de grands moments, drôles ou horrifiques, durant lesquels absolument tout peut arriver. On ne s’en lasse pas, il s’agit vraiment d’une série dans la série. Allez voir les Experts après ça...

Un épisode de fort bonne tenue, auquel on peut toutefois reprocher une certaine similitude avec Tooms, jusque dans la bataille finale avec Scully. Mais bon, quand le modèle est génial…


7.CORPS ASTRAL
(THE WALK)


 

Une histoire que l’on pourrait légitimement estimer avoir déjà vue et revue dans les X-Files, mais qui se voit rehaussée par divers éléments : des scènes chocs particulièrement pimentées, une mise en scène inspirée (Mark Snow, maquilleurs et équipe des SFX accomplissent encore une fois des prodiges) et des comédiens de grande qualité, tels Willie Garson, à mille lieues du pétillant Stanford de Sex and The City, et la très belle Nancy Sorel (Les 4400, Stargate, Tru Calling…). Rarement la fibre anti-militariste de la série aura été aussi manifeste, d’autant que nous sommes ici hors Mythologie. Le rôle de Ian Tracey apparaît habilement équivoque, entre victime et bourreau.

Mais comment les magiciens de la série ont-ils réussi à faire de Ian Tracey un amputé aussi convaincant ? Incroyable ! La scène de conclusion reste une des plus sinistres de la série !

Une très habile exploitation du thème majeur du Fantastique qu’est le corps astral. Le thème de l’homme sans bras ni jambes aux terribles pouvoirs psychiques a été également magnifiquement illustré dans un des chefs-d’œuvre de Dick, Dr Bloodmoney (1963), un des plus beaux textes post-apocalyptiques jamais écrits.

Retour à l'index


8. SOUVENIR D'OUBLIETTE
(OUBLIETTE)


 

Cet épisode particulièrement sombre connaît un début rappelant étrangement Ne vous retournez pas ou Le Joker chez les Avengers, avec le maniaque découpant sinistrement la photo de sa future victime. Cette histoire, si sombre que l’épisode fut partiellement censuré en France, rappelle celle du Fétichiste, mais avec l’introduction d’un Fantastique particulièrement élégant et suggestif.

L’étonnante composition de Tracey Ellis donne beaucoup de profondeur à l’épisode. L’épisode sait admirablement développer le personnage et placer au cœur de l’intrigue la relation très forte se nouant avec Mulder (excellent Duchovny). Lucidement Scully reste ici au second plan, d’autant que sa propre expérience passée aurait pu lui faire ressentir un peu plus d’humanité, cette histoire demeure clairement une de celles où elle apparaît le moins sympathique et le plus « fonctionnaire », comme le dira très bientôt l’ami José Chung. Cette fine écriture n’altère pas la mise en place d’un très intense suspense, digne des meilleurs thrillers, tandis que la mise en scène, alternant habilement brillants champs-contre champs et passage caméra sur l’épaule, maintient efficacement la tension.

Michael Chieffo (Roswell) est glaçant à souhait en atroce pervers tandis que Jewel Staite, à l’orée de sa carrière (Firefly, Serenity, Dead like me, SGA…) se montre déjà particulièrement convaincante.

Retour à l'index


9/10. MONSTRES D'UTILITÉ PUBLIQUE
(NISEI / 731)



Alors cela débute très fort avec un amusant pastiche de la fameuse autopsie bidon d’Alien ayant défrayé la chronique à l’époque (comme quoi Mulder ne regarde pas que certaines vidéos…), puis run, Mulder, run, l’action se poursuit sur le tempo frénétique d’Anasazi (à un rythme moindre toutefois), avec une pause bienvenue chez les Bandits Solitaires (quelle veste en pelage de mouton fort seyante pour Frohike !) et un Skinner se faisant de nouveau braquer lors d’une visite nocturne chez Mulder ! On ne doit pas faire beaucoup de barbecues entre collègues au FBI ! Le tout débouche sur un nouveau cliffhanger de folie (ah, ces portables !), après une intervention réussie du toujours charismatique X.

La partie la plus intéressante demeure néanmoins celle de Scully, qui en une scène bien parano comme on aime, fait accomplir une avancée foudroyante à la Mythologie et ouvre la voie à sa maladie. Les trois scénaristes parviennent à mener de front deux intrigues parfaitement abouties, un bel exploit. Une entrée en bouche fort relevée, prenant encore une dimension supplémentaire dans la seconde partie, débutant par une scène mémorable et se poursuivant par un haletant suspense pré Jack Bauer en huis clos pour Mulder et un voyage au pays du cauchemar pour Scully (scènes très impressionnantes et beau face-à-face avec The First Elder, qui a visiblement tout compris du mode de pensée de notre amie rousse). Le tout se conclut sur une fracassante et énigmatique intervention de X et une apparition incroyablement bien filmée du Fumeur (la flamme dans les lunettes, génial).

Encore une réussite pour la Mythologie, même si l’on n’atteint pas l’incomparable densité de Anasazi/The blessing way. La Mythologie apparaît ici clairement maîtrisée, Carter et Spotnitz savent où ils vont ! La rupture de ton entre les deux épisodes paraît aussi maîtrisée que bienvenue. Les dialogues entre Mulder et Scully crépitent réellement. Très belle composition de tueur au sang-froid de Stephen McHattie, The Red Haired Man (toujours ces pseudos hallucinants), tandis que le sénateur Matheson effectue un retour apprécié. Apparition du sympathique Agent Pendrell qui en pince déjà visiblement pour Scully… La Quête continue !


11. RÉVÉLATIONS
(REVELATIONS)


 

Ce récit retrouve la veine des épisodes « chrétiens » de la série, ce qui, outre une sollicitation intéressante des personnages (foi de Scully, scepticisme de Mulder, soit une inversion de la relation classique), nous vaut toujours une atmosphère très particulière.

L’histoire se laisse suivre sans déplaisir, les références bibliques de rigueur lui donnant comme un air de Damien de l’autre bord. L’épisode bénéficie également de seconds rôles de luxe, avec le toujours spectaculaire Michael Berryman (La Colline a des yeux) et surtout le formidable Kenneth Welsh, insufflant à son personnage toute la malice et l’aura de l’inoubliable Windom Earle de Twin Peaks. Mais cette comparaison met le doigt sur la grande faiblesse de l’épisode, une réalisation très plate, à des années-lumière des fulgurances de Lynch. Cette fadeur limite singulièrement la portée de l’histoire. Dommage, d’autant que le jeune Kevin Zegers campe un gamin moins tête à claques que de coutume.


12. LA GUERRE DES COPROPHAGES
(WAR OF COPROPHAGES)


 

Dès les premières images, on comprend que l’on est face à un des chefs-d’œuvre des épisodes humoristiques, troisième grande famille de la série, à côté des loners classiques et autres Mythics.

L’intro joyeusement gore (précédant bien d’autres scènes réussies du même genre) puis le plan génial du ciel étoilé, s’avérant n'être qu'un reflet sur lequel saute un insecte, font déjà rire à gorge déployée le spectateur. Toute l’histoire résulte portée par cet humour narquois et corrosif, la griffe du grand auteur Darin Morgan qui va jusqu’à malmener les propres héros de la série. Le récit s’articule ainsi longtemps sur une idée géniale, Scully demeurant en retrait chez elle. Cela nous permet de lui découvrir une vie aussi passionnante que celle de son collègue : toilette du hideux Queequeg (en même temps que son revolver !), soirée pot de glace seule devant la télé etc. Mulder le Martien ne semble pas non plus épargné de son côté ! L’ironie de Morgan envers ses personnages s’avère assez irrésistible.

L’épisode atteint son pic avec l’entrée en scène de la sculpturale Bambi, qui nous vaut d’ailleurs une arrivée très rapide de Scully sur le théâtre des opérations... Le récit se double alors d’une piquante comédie de mœurs chez nos héros. Le fait qu’il ne se passe rien entre Bambi et Mulder illustre bien qu'il n’est pas Hank ni X-Files, Californication ! Le scientifique avec son proto K-9 insectoïde reste lui aussi très amusant.

L’épisode vaut également pour sa réjouissante satire des classiques du cinéma SF des années 50, avec leur cortège d’insectes monstrueux et/ou radioactifs, extraterrestres etc. Le titre demeure très explicite là-dessus ! La ville s’appelle ainsi Miller’s Grove, tandis que dans La Guerre des mondes, les Martiens attaquent Grover’s Mill. Magnifique réussite (annonciatrice du Seigneur du magma, mon épisode préféré), cette histoire demeure hilarante de bout en bout !


13.ÂMES DAMNÉES
(SIZYGY)


 

L’humour est toujours présent dans cet épisode, avec notamment de désopilantes « scènes de ménage » entre Scully et Mulder, mais aussi les effets délirants induits par l’alignement planétaire. On observe ainsi une torride romance entre la Shérif et Mulder, avec une survenue de Scully digne du meilleur Boulevard.

Mais l’essentiel de l’épisode réside dans son atmosphère inquiétante, ses scènes chocs parfaitement tournées et le portrait particulièrement troublant de jeunes filles médiocres saisies par le vertige de la toute puissance. On retrouve dans cet épisode réussi comme une saveur digne des meilleurs moments de La Quatrième Dimension.

Sinon, on peut remarquer que Duchovny paraît déjà très convaincant dans les scènes de beuverie et de parties de jambes en l’air…


14. LE VISAGE DE L'HORREUR
(GROTESQUE)


 

Quand les X-Files rencontre Profiler

L’épisode reprend un thème classique, celui du policier s’identifiant à sa proie pour le capturer, au point d’en demeurer transformé. Mais le traitement en demeure fort habile, avec une immersion de Mulder dissimulant celle de Paterson. Le procédé, à défaut d’être tout à fait imprévisible, nous vaut des scènes particulièrement intenses, notamment grâce au jeu très éloquent de Duchovny et de Kurtwood Smith (That 70s Show, Robocop). Ce joli duel entre comédiens se superposant à celui des personnages constituent un des points forts de l’épisode, auxquels on peut rajouter une très efficace mise en scène, mêlant obscurité, bleu crépusculaire et scènes effroyables pour donner à l’ensemble la dimension d’un véritable cauchemar. La musique apporte également beaucoup à l’atmosphère !

On ne peut encore une fois qu’applaudir les artistes de la série, tant les nombreux dessins et sculpture paraissent saisissants d’effroi. Du bel ouvrage, qui maintient cependant Scully à l’écart et la cantonnant dans un rôle de coéquipière loyale et préoccupée, également très classique, même si superbement maîtrisé par Gillian Anderson. Évoquant parfois le Fétichiste, avec lequel il partage une rare absence du surnaturel, Le visage de l’horreur reste une fascinante évocation des sombres mystères de la folie, ainsi qu’un magnifique prologue à MillenniuM !


15/16. L'ÉPAVE
(PIPER MARU / APOCRYPHA)




La série prend désormais le rythme de ces doubles épisodes scandant la Mythologie par des évolutions majeures. Comme de coutume les coups de théâtre se succèdent, tandis que tous les personnages principaux de la série apparaissent : les Bandits Solitaires, très amusants, le Fumeur toujours glacial, l’Homme aux mains bien manucurées, qui prend ici une importance vraiment centrale tandis que son conflit larvé avec le Fumeur commence à devenir incandescent. Le First Elder reste en retrait ; on ne se méfiera jamais assez de ce personnage apparemment moins flamboyant que les deux autres comparses mais diablement subtil… Les scènes de la Conspiration sont toujours formidablement excitantes et cet épisode n’y fait pas exception.

La grande vedette demeure cependant ce pauvre Krycek (saisissante apparition !) autour duquel s’organise une gigantesque partie de Catch me if you can [Attrape-moi si tu peux]. On aura rarement vu un héros de série télé se mettre dans une mélasse pareille, et ça n’est pas fini. L’éprouvante conclusion le laisse d’ailleurs dans une situation particulièrement délicate ! Nicholas accomplit une grande performance. Les interprètes principaux restituent à la perfection les tourments de leur personnages, dans une histoire les concernant de très près.

Toutefois si tous les ingrédients du genre répondent à l’appel, la sauce prend moins bien que dans l’exceptionnel Anasazi/The Blessing Way, même si le niveau global demeure excellent. Les surprises restent (un tout petit peu) plus convenues, le rythme moins soutenu, l’excitation moindre, le cliffhanger relativement prévisible, même si la cohérence de la Mythologie demeure parfaite. L’épisode ne reste pas pour autant comme une relative déception car il met en scène avec une redoutable efficacité, une nouvelle venue qui va faire les beaux jours de la série comme du premier film : l’Huile Noire. Terrifiante, cette grandiose idée de scénariste suscite immédiatement l’enthousiasme tant elle apporte d’originalité et de force à la Mythologie. Ce regard où se manifeste soudain une obscure présence indiciblement maléfique restera comme l’une des images les plus inoubliables de l’univers des séries télés ! On apprécie également la présence française (avec l’accent québécois, nous somme encore au Canada…), avec un début d’épisode à la Cousteau et le rappel des essais de Mururoa alors dans l’actualité !

Pour l’anecdote, Piper Maru est un clin d’œil à la fille de Gillian Anderson, Piper, née deux ans auparavant.

Retour à l'index


17. AUTOSUGGESTION
(PUSHER)


 

Et encore un épisode exceptionnel ! Que cette saison 3 est bonne.

On retrouve ici selon moi le troisième meilleur adversaire de Mulder parmi ceux utilisant sciemment leur pouvoir pour faire le mal (derrière Tooms et l’Incendiaire) : spirituel, brillant, charmeur (au sens propre) le Pousseur bénéficie en plus de la prestation époustouflante de Robert Wisden, comptant parmi les plus grands numéros d’acteurs d’une série où ils s’avèrent si nombreux. Ce personnage apparaît très fouillé psychologiquement (la marque de Gilligan). Le suspense demeure haletant jusqu’au bout de cette superbe intrigue impeccablement mise en scène, jusqu’à un duel final à couper le souffle.

L’épisode constitue également un grand moment de la relation entre Mulder et Scully finissant l’épisode main dans la main (Duchovny et Gillian sont géniaux), et qui trouvent dans leur amitié la force de résister au maléfique pouvoir d’un Pousseur fort surpris. Toutes les scènes de suggestion restent de grands moments ! On observe que seul Skinner résiste finalement facilement au Pousseur, le personnage a de la ressource ! Joli clin d’œil : dans le tabloïd apparaît le Flukeman ! Apparemment il refait parler de lui…

On remarque la présence de Roger R. Cross, finalement dans un rôle très proche de celui qu’il occupera dans 24h Chrono.

Après vérification, "céruléen", évoqué dans l'épisode, signifie : de l’azur du ciel ou des flots de la mer.

Un épisode majeur, inoubliable dans sa lumineuse simplicité. Tout comme Tooms (mais hélas pas l’Incendiaire), le Pousseur reviendra nous rendre visite (Kitsunegari, saison 5).


18. MALÉDICTION
(TESO DOS BICHOS)



À partir d’une trame usée jusqu’à la corde (un objet sacré des temps anciens déchaîne une malédiction sur ceux qui l’ont profané en le déterrant) les X-Files parviennent à bâtir un film d’horreur à couper le souffle. Pour cela, l’épisode joue habilement, grâce à une réalisation à la diabolique habilité, de plusieurs frayeurs distinctes, se faisant écho sans que l’intensité de chacune d’elle en pâtisse : la peur du noir (une partie impressionnante de l’épisode est tournée dans l’obscurité sans que la lisibilité en souffre), la claustrophobie avec une succession de couloirs et salles sans fenêtres, de souterrains méphitiques où nos héros semblent enfermés à l’heure du péril, et bien sûr la vision de ces hordes d’animaux déchaînés, rats et chats, admirablement filmées.

Cette horreur diffuse de l’épisode s’enflamme d’ailleurs lors de scènes particulièrement fortes comme l’invasion des rats dans les toilettes (bon appétit !) ou l’hallucinante course-poursuite finale. Le spectateur n’est pas épargné mais en redemande ! Il n’y a pas jusqu’à l’habituelle scène croquignolette de l’autopsie qui ne se révèle particulièrement insoutenable… Jusqu’à la chute surprenante l’histoire nous offre donc un spectacle irrésistible d’intensité, servi de plus par d’excellents comédiens se donnant visiblement à fond.

Et puis une intrigue où apparaissent des chats rendus follement agressifs et d’une force surnaturelle rappellera forcément de bons souvenirs aux amateurs des Avengers ! D’ailleurs étrangement cet épisode n’est généralement guère apprécié, ce qui rappelle également Le monstre des égouts !


19. LA RÈGLE DU JEU
(HELL MONEY)


 

 de nombreuses reprises les X-Files se sont éloignés du Fantastique à la mode occidentale, pour s’ouvrir à d’autres cultures, africaines, indiennes, latino-américaines (on ne dira jamais assez à quel point la série ne se résume pas à des histoires d’extraterrestres…). Cette diversité nous vaudra la plupart du temps de belles réussites… mais pas ici !

En effet, Vlaming, tout à son envie de monter un épisode exotique, en fait beaucoup trop sur le décorum chinois, ce qui finit par dévorer à belles dents son intrigue. C’est ainsi que tous les sempiternels clichés chinois sont de la partie (la médecine, la gastronomie, le dragon festif, la jade, les fantômes, les feux d’artifices etc.) tandis que l’intrigue se résume à bien peu de choses : une histoire de greffons humains élucidée très rapidement, avec de surcroît une totale absence de Fantastique (simples évocations de la cosmogonie chinoise, visions dûes à la drogue..). Attendez ? Des greffes, un opéré sauvé in extremis, peu de fantastique ? Voici qui nous rappelle un certain film…

Le récit se voit de plus plombé par un le jeu peu inspiré de la jeune Lucy Liu en Cosette chinoise. Elle ne semble vraiment pas dans son emploi, tant l’explosive Ling d’Ally Mc Beal nous ravira par la suite. Tout ceci finit par provoquer un ennui poli chez le spectateur, confronté de plus à une mise en scène plus paresseuse que de coutume, au rythme aussi lent que les méandres du Fleuve Jaune et à une prose de Scully passablement pesante (Je sais une seule chose. C’est que votre peine de prison ne sera jamais à la hauteur de vos crimes).

Surnagent les numéros réussis de B.D. Wong et du vétéran James Hong, quelques bonnes vannes de Mulder (SOS Fantômes) et surtout la fameuse autopsie de Scully (la célèbre série dans la série), très réussie. C’est insuffisant et cet épisode demeure comme un trou d’air dans une saison 3 particulièrement étincelante par ailleurs.


20. LE SEIGNEUR DU MAGMA
(JOSE CHUNG'S FROM OUTER SPACE)


 

- Ils veulent que l’on se noie dans leurs bobards, ces enfants de purée !

- Mulder est très intéressé par tout ce qui est insolite, il ne rejette jamais rien totalement.

- Mais tu es devenu dingue ?

- Demandez-lui si le troisième extraterrestre avait un accent russe.

- Les prétendues autorités compétentes se sont ramenées avec deux Hommes en Noir. L’un d’eux était travesti, déguisé en femme. Mais je n’ai pas été dupe une seconde. Il s’était mis une perruque rousse, mais elle était vraiment trop rousse. Et l’autre, si vous aviez vu ce genre de grande bringue ! Un regard complètement vide, un visage sans expression. Je me demande si c’était vraiment un humain, ou juste un androïde.

- Vous ne pouvez pas camoufler la Vérité ! Roswell, Roswell !

- Tout en demeurant une femme intelligente, sensible et honnête, Dana Lesky reste avant tout une fonctionnaire, tandis que la démence et la violence latente de son collègue, Reynard Muldrake, menacent d’exploser à chaque instant.

Et voici tout simplement mon épisode préféré ! En effet Le Seigneur du magma marque l’apogée comme le chant du cygne de Darin Morgan, soit l’auteur des X-Files le plus iconoclaste et imaginatif. Son humour ravageur et son audace créatrice lui font imaginer une histoire totalement folle, où s’entremêlent une vérité à tiroirs et les témoignages d’une série de divers cinglés magnifiques des plus réjouissants. L’idée de faire s’entrechoquer la version de Scully avec celles de ces allumés successifs (les véritables héros de cette histoire) permet des contrastes vraiment hilarants, et parfaitement maîtrisés (cette excellente idée sera réutilisée de nouveau avec succès dans Le shérif a les dents longues, opposant cette fois le fin duo).

Mais l’épisode ne contente pas de cette géniale architecture et pare celle–ci d’un feu d’artifice de scènes totalement hallucinées, comme les Hommes en Noir interprétés par de célèbres animateurs de télé ou les scènes d’hypnose totalement parano. Outre l’absurde brillant et les réparties irrésistibles, on se rend compte que la série n’hésite pas à se moquer de ses propres codes, voire d’une partie non négligeable de son audience, les fanatiques d’OVNI et de conspiration, à la paranoïa caricaturée de manière hilarante (L’emblématique Blaine, soit l’un des personnages les plus drôles que l’on ait vu dans une série télé, a d’ailleurs un poster I want to believe dans sa chambre….), une superbe audace ! Ce clin d’œil est joliment souligné par l’emploi du thème du générique à l’intérieur de l’épisode (une première), décliné sur un mode subtilement ironique.

À ce niveau de loufoque, l’autopsie rituelle se devait d’être particulièrement gratinée ! Effectivement on verse là franchement dans le génial avec un pastiche irrésistible de la fameuse vidéo de Roswell, (déjà utilisée dans Nisei) présenté par... Yappi ! L’épisode y va vraiment à fond, c’est jouissif au possible. La mise en scène se met au diapason, avec une inventivité de chaque instant : le gros plan sur un vaisseau à la Star Wars se révélant être un élévateur, les paroles censurées du shérif, les surimpressions de l’hypnose sur le réel, les effets spéciaux volontairement rudimentaires de Lord Kinbote (hommage à Harryhausen) etc… Le rythme ne faiblit jamais. À noter une première scène de lit (non partagé) pour nos héros...

Le fin duo lui même passe à la moulinette ravageuse de Morgan, avec un Mulder paraissant encore fonctionner au LSD et une Scully traversant l’épisode à différents stades de l’effondrement. Les comédiens s’amusent visiblement beaucoup en caricaturant leur personnage et montrent une vis comica réellement stupéfiante. Si Gillian Anderson rend très explicite les effarements de Scully, la palme revient tout de même d’une tête à Duchovny pour la folie douce qu’il insuffle à son personnage. Il accomplit vraiment une performance époustouflante dans la scène culte de la Tarte aux Légumes (Lynch et Dale Cooper ne sont pas loin) et gagne, déjà, ses galons de grand acteur comique. Toute la distribution se montre d’ailleurs exceptionnelle, avec une mention spéciale pour le grand comédien de théâtre, Charles Nelson Reilly, dont le duo avec Gillian fonctionne incroyablement bien et qui nous a quitté l’année dernière.

Le Seigneur du magma s’impose comme la réussite la plus éblouissante de la troisième famille de la série, les loners humoristiques, et évite l’écueil du fourre-tout en parvenant à raconter une véritable histoire entre les scènes de pur délire. Une superbe réussite auto parodique, emblématique de l’incroyable niveau de qualité de cette saison 3, où l’on observe, avec une certaine émotion, les X-Files bâtir leur légende épisode après épisode. José Chung, auteur d’une très belle conclusion sur la solitude, réapparaîtra (hélas pour lui) dans MillenniuM (Jose Chung's Doomsday Defense, nouveau chef-d’œuvre de Morgan) et on reconnaît dans l’hypnotiseur de Mulder un certain futur chirurgien démoniaque...

Retour à l'index


21. LA VISITE
(AVATAR)




Cet épisode particulièrement dense entremêle habilement trois thèmes majeurs : la dimension fantastique des apparitions de la Succube, un détour par la Mythologie, et une très belle étude du caractère de Skinner. Chacun d’eux s’avère particulièrement réussi.

Les scènes d’apparition de l’esprit s’imposent avec un étonnant impact, compte tenu du peu de moyens mis en œuvre ; d’ailleurs leur esthétisme évoque parfois clairement David Lynch ! Les scènes de la Conspiration développent parfaitement l’ambiance méphitique et glaciale qu’on leur connaît, et se voient de plus couronnées par une spectaculaire apparition du Fumeur, vraiment bien amenée. Une image vaut souvent mieux qu’un long discours ! Le cœur de l’épisode réside bien à ce moment dans ce portrait approfondi de Walter Skinner, dont l’importance et la profondeur n’ont cessé de croître depuis ses premières apparitions en temps que féal de CSM. L’immense talent de Mitch Pileggi (quelle présence, vraiment) et les diverses péripéties que traverse le personnage donnent encore plus de densité à ce désormais héros à part entière de la série. Un superbe exercice de style, d’autant que l’auteur a la grande habilité de lui conserver une part de mystère. L’épisode parvient à jouer de ces diverses partitions sans qu’elles se télescopent l’une l’autre, pour former un tout harmonieux, porté par la musique de Mark Snow. Vraiment une authentique réussite !

L’épisode s’offre de plus le luxe d’évoquer avec ironie les scandales sexuels défrayant la chronique de l’époque (affaire Heidi Fleiss). On s’amuse de la réaction épidermique de Scully face à ces turpitudes, tandis que Mulder touche par sa loyauté… et sa soif de découverte !

Ultime bonne surprise de cette Visite réussie, une des plus belles guest stars de la série, avec la magnifique et si douée Amanda Tapping, que Pileggi retrouvera dans Stargate SG1/Stargate Atlantis une fois qu’elle sera devenue le major Carter ! Jennifer Hetrick (Vash dans Star Trek Next Gen et Deep Sace Nine) est également très convaincante. Nouvelle apparition de l’Agent Pendrell toujours épatant, et dont on ne connaît toujours pas le prénom !


22. LES DENTS DU LAC
(QUAGMIRE)


 

Le mythe de Nessie occupe une place importante dans l’univers des séries télé et les X-Files, dans leur patiente édification d’une anthologie globale du Fantastique, ne pouvaient certes y demeurer indifférents. Mais la série va avec talent traiter le sujet à sa manière, avec beaucoup d’humour et en le reliant à une thématique contemporaine lui tenant à cœur : l’écologie. C’est en effet la raréfaction de la nourriture liée à la pollution qui entraînent le Nessie local, Big Blue (et son voisin le crocodile) à s’aventurer près des rivages. Cela nous vaut une séquence d’ouverture absolument prophétique on l’on reconnaît la querelle actuelle opposant la majorité de scientifiques liant actiivté humaine et réchauffement climatique à une poignée d’autres plus dubitatifs (et appréciés de l’industrie).

On remarque également un défilé d’hurluberlus, qui ne reste pas sans évoquer, sur un mode mineur (de la caricature du fan de Nessie au drogué à la bave de crapaud, déjà vu dans la Guerre des coprophages) Le Seigneur du magma. Par ailleurs, sans que cela nuise un seul instant à la fluidité du récit, l’épisode délivre un dossier très complet sur Nessie, des différentes thèses envisagées jusqu’au mercantilisme effréné qu’il provoque chez les commerçants locaux, en passant par la fascination que suscite cette énigme. Comme le ressent Mulder, Nessie représente une occasion unique de matérialiser le merveilleux dans le monde réel, d’où sa magie unique. Outre un beau suspense et un rythme haletant, l’épisode offre également des passages très amusants où les scènes gores typiques des productions similaires apparaissent toujours réalisées sur un ton subtilement ironique, proches du pastiche (le titre français paraît pour une fois bien trouvé !). On admire de plus de magnifiques panoramas sur les forêts, lacs et montagnes canadiennes, toutes choses qui se perdront hélas par la suite…

Enfin, cet épisode éminemment abouti met particulièrement en avant Mulder et Scully (celle-ci d’ailleurs accompagnée, plus pour longtemps, de Queeqeg troisième monstre de l’histoire). Mulder se montre excité en diable par cette occasion de toucher le Fantastique du bout des doigts, tandis Scully parait clairement agacée par tout ce qu’elle voit (très joli numéro de Gillian Anderson, très amusante), ce qui nous vaut quelques échanges de vannes assez délectables. On remarquera que la (pas si) tragique disparition de Queequeg ne verra pas Scully être particulièrement réconfortée par Mulder, tout à son enquête… Se détache la scène nocturne de l’îlot, à laquelle Darin Morgan aurait contribué, où c’est cette fois un dialogue face-à-face très dense qui s’instaure entre Scully et Mulder /Achab, dont on peut dire qu’il se poursuit encore dans I Want To Believe, entre le Croisé et celle pour qui il existe une vie à côté de la Vérité. Et, parce que nous sommes dans les X-Files, l’histoire se conclut sur un coup de théâtre final fort bien amené ! Au total, un chef-d’œuvre de plus pour cette saison 3, où une série en pleine possession de ses moyens continue à s’édifier sous nos yeux admiratifs. So long, Queequeg !

Retour à l'index


23. HALLUCINATIONS
(WETWIRED)




Cet épisode laisse des impressions mitigées. C’est ainsi que l’on se rend très rapidement compte que, pour l’essentiel, le sujet a déjà été traité dans Mauvais sang (saison 2), la télévision remplaçant le portable. Mais l’épisode dépasse la simple question des images subliminales (l’auteur est l’un des principaux responsables des effets spéciaux de la série) pour élaborer une très fine parabole sur les dangers suscités par la télévision et la violence qu’elle charrie. La lucarne magique apparaît certes fautive mais ses victimes sont elles-mêmes des consommateurs pathologiques en faisant un usage immodéré… Sachons sauvegarder notre esprit critique et une relative distance, ont l'air de nous conseiller les X-Files. D’autre part, l’intrigue semble jouer un jeu toujours dangereux : vouloir mêler trop de thèmes dans une seule histoire. Alors que Mauvais sang développait son propos sans se disperser, distillant ainsi une atmosphère d’une rare densité, Hallucinations bascule à mi-parcours en passant des télévisions au délire de Scully et à sa poursuite par Mulder, puis à une fenêtre entr'ouverte sur la Mythologie.

"Qui trop embrasse mal étreint", mais cette faiblesse se voit dépassée par l’incroyable numéro d’actrice que nous offre alors Gillian Anderson, restituant avec une extraordinaire acuité les affres traversées par son personnage. Son immense talent emporte la décision, soutenu par une mise en scène efficace, et fait de cet épisode un spectacle captivant. Quand à l’incursion dans la Mythologie elle nous permet de retrouver X, que nous avions un peu perdu de vue, et nous vaut une scène assez électrique entre lui et CGB. X apparaît cependant déjà en retrait…

Psychose paranoïaque et haute technologie, il est fort logique que Hallucinations recourt aux Bandits Solitaires, soit toujours une solide valeur ajoutée pour un épisode ! Remarquons également que Scully tire une nouvelle fois sur Mulder ! On apprend également que Mulder est daltonien. Pour l’anecdote, Skinner déclare que Scully a tiré quatre fois, alors qu’elle l’a fait à six reprises.. On remarque enfin la présence Colin Cunningham (Stargate, Le Collecteur…).

Retour à l'index


24. ANAGRAMME
(TALITHA CUMI)


 

Et voici venue l’heure du désormais traditionnel double épisode mythologique de fin de saison, avec à la clef son toujours tétanisant cliffhanger. Malheureusement, si le plaisir demeure toujours des plus vifs, le spectacle n’apparaît pas aussi parfaitement abouti que lors de l’incroyable arc Anasazi/The Blessing Way/Paper Clip. En effet le Duo Carter/Duchovny (qui s’essaie à l’écriture pour l’occasion) parvient certes à susciter les scènes chocs que l’on attend à cette occasion (dont un face-à-face pour le moins nerveux, quelle surprise, entre le Fumeur et Mulder ou les apparitions du Bounty Hunter, plus Terminator que jamais). Toutefois le liant entre ces moments forts semble bien conventionnel et prévisible, se déroulant de surcroît à un rythme beaucoup moins frénétique que précédemment. Le tout donne une impression de relative artificialité, dépourvue de l’intense excitation connue naguère.

Nous découvrons certes les développements de la mythologie requis, mais comme s’il s’agissait d’une partition appliquée. Et puis que le Fumeur ait eu une liaison avec la mère de Mulder me semble constituer un des premiers excès d’une Mythologie fonctionnant jusqu’ici à la perfection. Cela demeure un effet assez facile et bien excessif, sans parler de ce qui en découlera... Et puis une fin de saison sans les Bandits Solitaires… À noter toutefois une scène de rupture très intense entre X et Mulder, où les masques tombent dans la meilleure tradition de la tragédie. Le toujours excellent Williams a cependant perdu sa barbe diabolique au profit de simples moustaches (sans doute du fait du rôle débuté parallèlement dans une autre série) et son impact s’en voit diminué. À quoi tiennent les choses !

Bien entendu, on aura compris que toutes ces réserves ne revêtent pas la moindre importance. Parce que Anagramme reste avant toute chose l’épisode voyant l’apparition de Roy Thinnes dans les X-Files ! Outre l’excellent clin d’œil le faisant interpréter un Alien colonisateur (mais n’y croyant plus), revoir ce grand acteur nous ayant apporté de si grands moments reste bien entendu un immense plaisir et une authentique émotion. D’autant qu’il s’impose toujours avec une rare présence, avec notamment une confrontation éblouissante avec le toujours excellent Davis (et quelle joie de revoir Deep Throat !) Carter souligne ainsi fort élégamment la dette dûe par les X-Files aux Envahisseurs, pour le thème de l’invasion extraterrestre souterraine, conjointement à Night Stalker pour les enquêtes paranormales (McGavin aura également droit à son apparition) et aux Avengers pour la relation si subtile entre Mulder et Scully (pas de Macnee dans les X-Files, malheureusement !). Le reste de la distribution demeure à un très haut niveau avec en premier lieu un grand Duchovny donnant beaucoup d’expressivité aux tourments vécus par son personnage

Et c’est sur cette formidable rencontre que s’achève dignement cette brillante et incroyablement relevée troisième saison, qui aura vu les X-Files s’élever définitivement au-dessus du statut d’excellente production pour devenir un monument véritablement unique dans les annales des séries télévisées ! C’est bien logiquement qu’elle acquiert un public toujours plus vaste et un flot de récompenses. Bientôt la saison 4, Mulder saura-t-il convaincre un monde incrédule que le cauchemar a déjà commencé ? (Pas pu m’en empêcher...)

TOP 5 SAISON 3

1) Le Seigneur du magma
2) Le chemin de la bénédiction / Opération presse-papier
3) Voyance par procuration
4) Les dents du lac
5) Souvenir d'oubliette

Retour à l'index

 

Crédits photo : FPE.

Images capturées par Estuaire44.