Le
film m’a beaucoup plu, même si sa
réussite m’a semblé entachée
de quelques faiblesses.
Cela
avait pourtant fort mal débuté,
le film pactisant avec l’exécrable
tendance actuelle à l’absence de
générique. Quand on a été
transporté durant des années par
un des génériques les plus aboutis
et évocateurs de l’histoire des
séries télé, s’en
voir totalement privé demeure un tantinet
rude, même si on se console avec le générique
de fin.
Mais
qu’importe, la scène d’ouverture
s’impose comme un modèle du genre,
nerveuse et sinistre au possible, dans la meilleure
tradition de la série. Surtout, très
rapidement, nous arrive la meilleure nouvelle
du film : Mulder et Scully sont de retour et
non pas simplement leurs fantômes. Le
film se concentre judicieusement sur le couple,
nous valant des scènes incroyablement
pimentées ou émouvantes. Il en
est ainsi de leur toute première rencontre,
avec une reconstitution éloquente du
célèbre bureau (ah, ce poster…)
et surtout un duel verbal des plus stimulants.
La
scène référence demeure
cependant bien entendu celle dite du «
Lit ». Elle prolonge habilement la série
en nous faisant pénétrer dans
la désormais intimité du couple,
tout en demeurant fidèle à la
psychologie des personnages et à l’esprit
des X-Files. Apporter du neuf tout en respectant
le passé, telle est l’équation
particulièrement complexe qu’échoue
à résoudre la plupart des portages
de séries au cinéma. I Want
To Believe y parvient avec une totale réussite,
là où on l’attendait le
plus.
Les
faiblesses, voire les craquements expérimentés
par le couple face à la résurgence
d'un passé qu’il croyait enseveli,
relèvent d’une écriture
très fine et d’une parfaite compréhension
des personnages que seul Chris Carter pouvait
nous offrir. Ces dialogues sonnent toujours
admirablement justes et constituent le grand
point fort du film. Même une personne
découvrant l’univers des X-Files
saura y trouver de l’intérêt,
tant cette relation s’affirme captivante
et passionnante à suivre dans son évolution
finalement très humaine.

Cette
parfaite justesse de ton se retrouve également
dans la partition jouée par chacun des
personnages. C’est avec un infini plaisir
que l’on retrouve intacts la flamme animant
cet éternel Croisé de la Vérité
qu’est Fox Mulder, son esprit pénétrant
et combatif, son audace, son éclat unique.
Le revoir tel qu’en lui-même justifierait
à lui seul de découvrir le film,
mais ces festives retrouvailles concernent aussi
une Scully particulièrement émouvante
et montrant également un grand
courage dans sa propre quête. Rarement
nos héros auront bénéficié
d’une telle exposition et on plonge avec
délice dans ce passionnant approfondissement
d’un des plus vifs attraits de la série
: la personnalité de ses personnages.
De
plus le duo bénéficie d’une
prestation absolument époustouflante
de ses interprètes, à la parfaite
alchimie également retrouvée.
Tous deux semblent finalement n’avoir
que bien modérément subi des ans
l’irrémédiable outrage.
C’est avec une totale conviction et un
brio irrésistible que Duchovny et Gillian
Anderson confèrent à leur rôle
un impact des plus rares. J’ai pleinement
et sans restriction aucune retrouvé ces
personnages m’ayant fasciné et
enthousiasmé durant tant d’années,
ainsi que cette délectable complicité
leur permettant de se comprendre d’un
simple et muet regard. Dès lors la partie
ne pouvait qu’être gagnée
haut la main !
Mais
la réussite parachevée de ces
retrouvailles ne constitue pas l’unique
attrait du film, tant sans faut. Certes, soyons
honnêtes, cette histoire de voyants ne
demeurera pas comme la meilleure de celles proposées
par la série, la palme revenant toujours
très clairement selon moi au stupéfiant
Voyances par procuration, incroyablement
ludique et brillant. L’intrigue présente
n’en paraît pas moins parfaitement agencée,
développant sans temps morts une tension
persistante et un vrai suspense. On reste ici
fidèle aux standards de qualité
de la série, ce qui n’est déjà
pas un mince exploit, on en conviendra.
L'histoire
se nimbe d'une noirceur absolue vraiment fascinante,
j'ai d'ailleurs parfois eu l'impression qu'elle
s'inspirait autant des X-Files que
de MillenniuM, ce qui n'est pas une
surprise compte tenu du producteur, et encore
moins une critique ! Le Fantastique introduit
par les dons du troublant et complexe personnage
qu’est le Père Crissman (excellent
Billy Connolly) se double d’une divertissante
(et très gore !) variation sur le thème
de Frankenstein. Vraiment, les amateurs de paranormal
ne seront pas déçus par le film,
c’est un drogué du genre qui l’affirme !

Cette
belle écriture se double de très
stimulantes idées de mise en scène,
en plus de la toujours parfaite musique de Marc
Snow. On remarque ainsi avec plaisir le regard
ironique échangé entre Mulder
et Scully en face des portraits symétriques
de Bush et Hoover (la série a toujours
manifesté un certain militantisme de
gauche, en cela aussi le film demeure fidèle),
l'apparition finale de Skinner, menée
de main de maître quoique évidemment
suscitée spécifiquement pour satisfaire
les fans (et pourquoi non ? Mitch Pileggi forever !),
cette géante boule de glace suintante,
remplie de moreaux de cadavres et renouant avec
l'immense talent des artistes de la série
etc.
Et
quelle joie de retrouver les nuits glacées
et obscures ainsi que les impénétrables
forêts de Vancouver ! Le film accomplit
un retour aux sources des plus stimulants au
point de presque nous faire admettre ce titre
français grotesque. On apprécie
également d'entr’apercevoir Vanessa
Morley, l'actrice jouant le rôle de Samantha,
ainsi que la vanne de Scully suggérant
à Mulder de reconvertir sa passion pour
le paranormal en devenant écrivain...
Ah,ah,ah, et de s'installer à L.A. comme
son interprète ? La mine de Duchovny vaut
aussi le déplacement ! Dans le domaine
des références on se demande aussi
si les larmes de sang d'un prêtre peut-être
inspiré par Dieu ne représente
pas un ... clin d'œil à un certain Archange
des plus lumineux...
À
ce propos la presse francophone reproche souvent
au film sa dimension catholique. Cet aspect
ne me dérange pas : outre qu'on doit
à ce thème d'excellents épisodes
et qu'il participe depuis longtemps au personnage
de Scully, il a souvent suscité d'excellents
films tels L'Exorciste et autres Damien.
Ce n'est donc vraiment pas un obstacle, d'autant
que Carter évoque les scandales de prêtres
pédophiles, rejoignant la tradition de
la série d'ouverture à l'actualité
(il en va d'ailleurs de même pour les
trafics d'organes). J'ai également accueilli
favorablement le refus du spectaculaire pour
le spectaculaire (les limites budgétaires
n'y sont sans doute pas étrangères
non plus) et que, dans une même optique,
Mulder ne soit pas devenu subitement un Jack
Bauer détruisant à lui seul le
QG ennemi. Comme il l'indique lui-même,
les succès des Affaires non classées
relèvent avant tout du travail d'équipe !

Alors ?
Est-ce à dire qu' I Want To Believe
atteint la perfection, qu'il ne présente
aucune faiblesse ? Non, la vérité
est bien entendu ailleurs. Le film comporte
certes des défauts, j'en discerne deux
principaux.
Tout
d'abord, malgré toute la flamme, l'émotion,
la conviction insufflées par le si beau
talent de Gillian Anderson, les scènes
d'hôpital m'ont paru singulièrement
larmoyantes et convenues. Je m'y suis pas mal
ennuyé, en attendant avec chaque fois
plus... d'Urgences le retour à
l'enquête et c'est clairement ici que
le film perd son quatrième point ! Honnêtement
on a déjà vu tout ça 100
fois ailleurs et cela tombe d'autant plus mal
que je suis personnellement totalement allergique
aux séries hospitalières. Tout
de même quand les X-Files dérivent
vers Chicago Hope il y a quelque chose
qui ne fonctionne pas tout à fait...
La qualité du jeu de Gillian ajoute malgré tout un intérêt supplémentaire
si on regarde le film en V.O..
D'autre
part, autant le couple vedette séduit
par son inaltérable charisme, autant
les deux seconds couteaux demeurent, eux, totalement
transparents. Dakota, dont le prénom
constitue l'unique originalité, reste
un simple rouage de l'intrigue, sans parvenir
à s'imposer comme un personnage à
part entière. Elle ne développe
rien, que cela soit à propos d'elle-même
ou de sa relation avec Mulder, d'une rare platitude.
De plus Amanda Peet se contente de prendre la
pose et ne manifeste aucune profondeur de jeu.
La disparition finalement rapide du personnage
s’avère une authentique bénédiction
pour le film, il n'aurait en effet plus manqué
qu'elle vole de l'espace à Scully, un
écueil heureusement évité.
Le
pire réside néanmoins chez Drummy,
ce personnage ne servant littéralement
à rien sinon à exhiber Xzibit,
son unique expression faciale (aussi crispée
que crispante), son incapacité à
formuler des phrases de plus de cinq mots et
son absolu manque de talent de comédien.
Très clairement, parce qu'il faut bien
dire les choses, Carter abdique ici toute ambition
artistique pour vendre le film auprès
du public jeune n'ayant pas connu la série,
et sans lequel il n'y a pas de succès
possible au box-office. On peut le comprendre
(la multiplication des rapeurs impavides et
fadasses dans les séries semble d'ailleurs
éloquente) mais cela déçoit
tout de même.

Par
contraste l'insigne faiblesse de ce duo ne fait
que davantage ressortir la performance jadis
accomplie par Annabeth Gish et Robert Patrick,
qui avaient su imposer leur personnage dans
un contexte particulièrement difficile.
On se prend à rêver aux sommets
qu'aurait pu atteindre le film si eux aussi
avaient repris leur rôle, au prix certes
d'un important travail de réécriture
(Monica est intouchable !). Regrets...
À
un degré mineur je m'étonne, même
s'il s'agit d'un loner, que pas une
seule fois dans leurs discussions ou projets d'avenir
Mulder et Scully n'évoquent la terrible
échéance à venir. Je trouve
aussi un peu facile qu'en deux clics sur Google
(publicité ?) Scully tombe pile sur la
solution de l'énigme... Est-ce qu'une
discussion avec les Bandits Solitaires n'eut
pas convaincu (et diverti !) davantage ? Oui mais...
Mais bon, je pinaille !
Mais
baste, ces quelques réserves périphériques
mises à part, I Want To Believe
remplit excellemment son contrat : nous faire
revivre encore une fois l'enchantement unique
de la série ! On ne lui demandait certes
pas de constituer le meilleur épisode
des X-Files mais d'en demeurer un digne
représentant. L'objectif est atteint
avec brio. Non, la série n'est pas morte
et l'on veut croire plus que jamais à
un X Files 3 !
Génial,
j'ai réussi à écrire cette
critique sans citer « Régénération
»! Ah, zut.