
HORS
SERIE
|
PRÉSENTATION

Une vaste conspiration
se développe depuis des décennies
au sein des Gouvernements des États-Unis
et d’autres puissances mondiales, en vue
de préparer un funeste évènement
devant survenir le 22 décembre 2012. Mais,
pas d’inquiétude, un duo d’agents
du FBI est sur l’affaire. Hélas,
bien d’autres complots de moindre envergure
se nouent dans l’ombre, des plus odieux
aux plus fantaisistes. Tout en apportant leur
soutien au front principal, John Byers, Melvin
Frohike et Richard Langly, combattants de la Vérité
et paranos bon teint, sillonnent le pays dans
leur van ayant connu des jours meilleurs pour
révéler ces troubles manipulations
au peuple américain, à travers leur
journal, enfin leur publication, "The Lone
Gunman". Deux alliés viennent se joindre
à leur croisade : l’enthousiaste
Jimmy Bond et la troublante Yves Adèle
Harlow.
En 2001, Chris
Carter lance ce spin off des X-Files
en mobilisant la fine fleur des auteurs des productions
Ten-Thirteen (Frank Spotnitz, Vince Gilligan,
John Shiban). Les Bandits Solitaires deviennent
cette fois les héros à part entière
d’aventures à leur image, plus légères
et fantaisistes que celles des Affaires non Classées,
où ils vont mettre en œuvre à
la fois leur génie pour le renseignement
et leur inaptitude chronique à l’action.
La série développe beaucoup d’humour,
avec une avalanche de gags désopilants
liés à la personnalité des
Bandits Solitaires ou à d’excellentes
parodies. Le personnage crédule et bon
enfant de Jimmy Bond, entre absurde et naïveté
touchante, apporte aussi sa pierre à cet
édifice humoristique. On a parfois l’impression
que le spin off sert de défouloir
aux auteurs des sombres X-Files (sans
même parler de MillenniuM) tant
ils laissent libre cours à un comique débridé
et savoureux. Mais la série n’oublie
pas de développer de véritables
enquêtes, astucieuses et développant
souvent derrière la plaisanterie les prises
de positions politiques déjà observées
dans les X-Files. Yves vient souvent
y mettre son irrésistible grain de sel,
dans un antagonisme absolu très adroit
avec les personnages masculins. Pendant ce temps
le Trio brille toujours par sa complicité
et l’on retrouve avec un vif plaisir les
paysages de Vancouver, bien après la migration
au sud des X-Files.
Malgré
tout l’audience se révèle
bien inférieure aux attentes de la FOX
et la série s’arrête à
l’issue d’une unique saison de 13
épisodes, avec de plus un cliffhanger ouvert. Fort heureusement Au Cœur du
Complot trouve une véritable conclusion,
certes tragique, dans l’épisode des X-Files : N’abandonnez jamais.
Les causes de l’insuccès apparaissent
de divers ordres. Hormis pour le pilote et la
conclusion, les budgets deviennent bien plus faibles
que pour les X-Files, et la comparaison
donne parfois un côté un peu bon
marché à la série. De plus
la série mère n’apporta
que peu de soutien à sa dérivée,
avec de bien rares apparitions de personnages
emblématiques. Skinner joue un rôle
important dans Jeux de menteurs, Fletcher
intervient en fin de parcours, et Mulder apparaît
brièvement quand les deux séries
commencent à converger, mais c’est
à peu près tout. De plus Au
cœur du complot ne relève du
fantastique que marginalement comparé aux X-Files, ce qui a pu décourager
le noyau dur des fans de ces derniers. Surtout
le public américain semble avoir eu du
mal à admettre qu’un trio de seconds
couteaux, certes sympathiques mais anti–héros
au possible, puisse soutenir toute une série.
Et le regard finalement très dérangeant
que jette la série sur l’Amérique
ne facilita sans doute pas les choses !
Quelques années
plus tard Au Cœur du Complot ne
s’en redécouvre pas moins comme une
petite merveille d’humour pétillant
et audacieux, avec des enquêtes finement
décalées par rapport aux X-Files mais néanmoins toujours captivantes.
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Byers apprend la mort de son
père, mais l’enquête conduite
par le Trio sur ce qui ressemble beaucoup à
un assassinat révèle que, non
seulement ce dernier est vivant, mais qu’un
complot particulièrement épouvantable
se noue dans les hautes sphères du complexe
militaro industriel américain. Un Boeing
télécommandé va s’écraser,
avec ses innocents passagers, sur le World Trade
Center, laissant croire à un effroyable
attentat. Cela relancera la production d’armements,
en déclin depuis la fin de la Guerre
Froide. Byers et son père montent à
bord de l’avion mais le seul moyen d’en
reprendre le contrôle réside dans
un processeur révolutionnaire détenu
par la mystérieuse Yves Adèle
Harlow…
Diffusé le 4 mars 2001 (nous en sommes aux deux tiers de la saison 8 des X-Files), ce pilote demeure particulièrement remémoré pour la troublante similitude existant entre la conspiration décrite et l’attentat survenu le 11 septembre de la même année. Cette coïncidence a bien entendu stimulé l’imagination des conspirationnistes de toutes obédiences, forçant Carter à s’expliquer encore et encore sur le caractère fortuit de l’évènement ! Hélas, cette controverse finit par dissimuler les grandes qualités intrinsèques de l’épisode.
Les Bandits Solitaires et leur environnement sont bien connus, notamment depuis l’épisode Les Bandits Solitaires de la saison cinq des X-Files (Frohike fait d’ailleurs une allusion à Suzanne). Ceci permet au pilote de se dispenser des lourdeurs inhérentes aux épisodes de présentation et d’entrer directement dans le sujet, même si l’on redécouvre avec un vif plaisir leur QG-forteresse lugubre, leur journal, leur van crasseux…
L’histoire démarre
d’emblée avec un spectaculaire
et divertissant pastiche du fameux fric-frac
suspendu du Mission Impossible de Tom
Cruise, plaçant dès l’origine
la série sous l’emblème
de la comédie et de l’auto-dérision.
Cet humour pétillant va imprégner
le récit par les dialogues savoureux
entre les Lone Gunmen et plusieurs scènes
absolument désopilantes, comme le raid
sur le cimetière de voitures, les unes
improbables du Lone Gunman, ou une
description joyeusement satirique des FPS de
l’époque, rappelant Maitreya.
La tendance au pastiche s’y retrouve car,
tandis qu’Yves y ressemble beaucoup à
Lara Croft, on y aperçoit brièvement
un sosie de Duke Nukem, deux figures légendaires
de ce type de jeu.
Cette fantaisie apporte à
la série sa spécificité
vis-à-vis des X-Files, il en
va pareillement avec la musique de Mark Snow,
ici très Rock à l’image
de ces Ramones et de leur album Mondo Bizarro que Langly exhibe sur son tee shirt. Si la puce
miracle tient de la très légère
anticipation, le contexte ne se situe plus guère
dans le paranormal, à l’image de
l’ensemble d’Au Cœur du
Complot. Mais l’épisode nous
narre cependant une enquête consistante
et présentant son lot de rebondissements,
avec une tonalité la situant malgré
tout dans l’univers de Chris Carter :
source aux motivations troubles, complot au
cœur de Washington, dénonciation
des travers de la société contemporaine
(poids du lobby militaire dans le gouvernement,
intrusion dans notre vie privée par les
géants de l’informatique via l’Internet).
Comme souvent dans les X-Files les relations entre père et fils s’avèrent compliquées et expliquent en grande partie le présent. La relation entre Bertram et John Fitzgerald Byers n’est ainsi pas sans évoquer celle des Mulder. La mise en scène de Rob Bowman se montre très efficace, disposant de moyens atteignant les standards des X-Files, notamment lors de l’introduction et de l’haletante approche aérienne du World Trade Center.
Si ce pilote (joli jeu de mots
dans le titre français) réserve
des scènes fort plaisantes aux gagmen que sont Langly le Geek et Frohike l’homme
d’action, l’intrigue se centre néanmoins
sur la figure plus complexe de Byers, l’idéologue
du groupe. Comme porte-parole de Chris Carter,
Byers exprime sa touchante fascination envers
Kennedy et son rêve perdu, déjà
évoquée dans Les Bandits Solitaires et Brelan d’As. Sous son aspect
plus réservé, Byers se montre
astucieusement plus "jusqu'au boutiste"
et passionné encore que ses collègues
extravertis. Ce beau portrait, dont la gravité
rend bien compte de la double nature, héroïque
et comique, des Bandits Solitaires, bénéficie
de la composition éloquente de Bruce
Harwood. Celui-ci s’identifie véritablement
au personnage qu’il incarne déjà
depuis des années et supporte aisément
le passage au premier plan.
L’épisode permet
également d’introduire deux nouveaux
personnages. Kimmy apparaît comme une
caricature encore plus extrême du hacker
que Langly. Ayant autant de conscience politique
qu’une huître, il donnera à
l’occasion des coups de main au Trio pour
le plaisir de se mesurer à son rival
et camarade, lors d’interventions très
Cyber. Surtout nous découvrons, porté
par la beauté ténébreuse
et sculpturale, ainsi que par le grand talent
de Zuleikha Robinson (Rome, Lost…),
le personnage très post Emma Peel d’Yves
Adèle Harlow, anagramme de Lee Harvey
Oswald. Encore brièvement dessinée,
suivre son épanouissement au cours de
la série, de rivale vénale à
alliée souvent exaspérée
des Bandits Solitaires, va constituer un fil
rouge des plus agréables pour la série…
Ce pilote s’avère
des plus aboutis, donnant son ton à la
série, entre énigme captivante
et humour acidulé. La coïncidence
historique tant commentée apparaît
finalement bien secondaire face à cette
tonitruante réussite.
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2.
AGENT TRIPLE ZÉRO
(BOND, JIMMY BOND)

  
Alors que les Bandits Solitaires
connaissent les pires difficultés financières,
mettant en cause la survie du journal, Yves
les oriente vers une affaire potentiellement
vendeuse : l’assassinat d’un
hacker très réputé. Durant
l’enquête ils font la connaissance
d’un jeune homme idéaliste, James
Bond (dit Jimmy). À son insu celui-ci
sert de paravent à des agents d’une
puissance étrangère levant des
fonds en vue d’acheter des armes biologiques.
Le hacker travaillait pour eux mais s’est
révolté quand il a découvert
le pot aux roses. Langly est enlevé par
les espions pour le remplacer mais fort heureusement
Yves vient à la rescousse des héros
qui lancent un raid sur l’ambassade ennemie.
Le complot est éventé mais Yves
disparaît avec l’argent prévu
pour l’achat des armes… Les Bandits
Solitaires entament leur collaboration avec
Jimmy, qui leur apporte un soutien financier.
Une jolie audace caractérise cet épisode constituant, comme l’indique son titre, un pastiche des aventures de James Bond. Outre plusieurs réparties liées au patronyme de Jimmy, la structure narrative épouse en effet celle des aventures de 007, en évitant le piège de paraître par trop caricatural.
Ainsi l’épisode
s’offre un prologue somptueux et riche
en péripéties, sans rapport direct
avec l’histoire se déroulant ensuite,
dans la grande tradition du genre. Alliage japonisant
hautement improbable entre Mission Impossible et Matrix, cet hilarant passage permet
à Frohike (comme à Tom Braidwood)
d’inscrire une nouvelle victoire sur la
liste de ses hauts faits (trois bons mètres
cette fois-ci). Les amateurs des X-Files reconnaîtront Hiro Kanagawa, un acteur
régulier de Ten-Thirteen apparu dans
deux épisodes des X-Files (Synchrony et Firewalker), mais aussi dans quatre
de MillenniuM.
Par la suite Yves (prononcer
Ève) prend le rôle d’un "M"
des plus décalés, démontrant
au passage une nouvelle fois que le noir lui
va à ravir. Tandis que des gadgets high
tech surgissent de-ci de-là, Alexander
Kalugin apparaît comme un tueur sophistiqué
et agréablement typé, une figure
bien connue du genre. La voiture joue également
un grand rôle dans le récit, le
van peu reluisant et régulièrement
en panne d’essence (mais nanti de nombreux
gadgets électroniques !) remplaçant
la fastueuse Aston Martin. L’histoire
se conclut bien évidemment par l’affrontement
de rigueur dans la base du grand méchant,
même si nos héros parachèvent
davantage leur entreprise par une fuite éperdue
que par des exploits guerriers… Toutefois,
à la place de la célébration
rituelle avec la séduisante Bond Girl
du jour, le Trio tombe sur Jimmy qui les attend,
prêt pour une nouvelle aventure. On comprend
leur léger manque d’enthousiasme.
Parallèlement à
ce pastiche des plus distrayants, le Trio continue
à développer son humour bien à
lui, les catastrophes diverses se succédant
à un rythme élevé. À
côté des déglingues diverses
de Langly et Frohike, la palme revient cette
fois-ci à Byers pour qui, égal
à lui-même, il est plus éthique
de prélever un litre d’essence
dans 10 voitures différentes, plutôt
que dix dans une seule (surtout quand c’est
Langly qui s’y colle).
La découverte drolatique
du jour demeure bien cependant Jimmy Bond, que
nous rencontrons à l’entraînement
d’une équipe de football américain
composée d’aveugles. Ce passage
riche en gags visuels (pauvre Melvin) évoque
furieusement un autre symbole britannique, non
plus 007 mais les Monty Pythons, tant il s’assimile
à leurs fameuses Olympiades des handicapés
à l’humour si grinçant.
Outre son idéalisme, qui le rapprochera
de Byers, Jimmy apporte une nouveauté
tranchant totalement dans l’univers de
Chris Carter, par sa naïveté proche
de l’absolu et ses élans très
juvéniles qui seront source de nombreux
effets comiques. Le personnage permettra également
d’expliciter nombre de techniques usitées
par les Bandits Solitaires en leur servant de
public. Ce disciple perpétuellement enthousiaste
leur apportera un répit financier et
une force de frappe renouvelée, mais
également de fréquents maux de
tête…
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3.
L’EMPOISONNEUSE D’ALSACE
(EINE KLEINE FROHIKE)

 
Une Alsacienne travaillant pour
les Nazis durant la Guerre a empoisonné
de nombreux Résistants. Elle s’enfuit
devant l’avance des Alliés, tandis
que son bébé est envoyé
à Berlin. Les Bandits Solitaires reçoivent
la visite d’un homme se présentant
comme le fils d’une des victimes de l’Empoisonneuse,
ayant repéré que celle-ci passe
des petites annonces pour retrouver son fils
disparu. Or le père de cet enfant, un
officier SS, est le sosie de Frohike. Il demande
donc à celui-ci de se faire passer pour
l’enfant, afin de découvrir les
preuves de l’identité de la tueuse.
Mais alors que Frohike s’est ainsi introduit
auprès de la supposée Empoisonneuse,
Yves révèle une toute autre vérité…
Comme souvent la série soigne particulièrement
sa séquence d’introduction, avec
un étonnant pastiche des actualités
cinématographiques de jadis, couronné
par l’apparition du sosie de Frohike en
officier nazi furieux d’être capturé !
Effet garanti. De fait cette étrange
histoire chevauchant les décennies et
se déroulant dans le milieu original
de vieilles dames alsaciennes installées
en Amérique, apporte sa pierre à
la vision de la France pour le moins particulière
manifestée par les séries de Chris
Carter. Après les essais nucléaires
de Mururoa, Jenny le Génie et les chansons
de Karl Zéro, l’Hexagone est gâté.
Le coup de périscope s’étend
à nos amis Belges puisque Plastic Bertrand
a les honneurs de la bande-son, avec son tube Ça plane pour moi.
Si l’épisode nous
vaut un réjouissant numéro de
Frohike entre paranoïa exacerbée
par la menace des gâteaux empoisonnés
et son embarras devant la forte personnalité
de la prétendue enpoisonneuse, l’humour
de l’épisode se voit entaché
par certains gags assez lourds, comme cette
succession de plaisanteries appuyées
et d’exhibitions répétées
concernant cette tache de naissance située
sur le popotin. Si l’idée originale
séduit, le développement alambiqué
des motivations du duo mère-fils tient
tout de même du prétexte mal maîtrisé.
On s’amuse beaucoup, d’autant que
l’histoire dresse un portrait aussi affectueux
que caustique de ces vieilles dames, mais l’intrigue
se réduit vite comme peau de chagrin.
L’épisode vaut également
pour l’apparition surprise de l’excellent
Alan Dale (Lost, 24h Chrono, Ugly Betty…),
jouant par ailleurs le Toothpick Man, le Super
Soldat introduit dans les hautes sphères
du FBI.
Mais L’empoisonneuse
d’Alsace jette surtout les jalons
d’une nouvelle relation dans l’univers
sombre, mais finalement si romantique, de Chris
Carter, Jimmy ressentant de premiers émois
envers la ténébreuse et glaciale
Yves, qui lui décoche en retour les moqueries
les plus cinglantes. La série développera
progressivement cette histoire, mais n’aura
pas le temps d’aller très loin
en la matière. L’épisode
terminal Jump The Shark montre cependant
un Jimmy passionnément amoureux et une
Yves considérablement plus attendrie
mais encore distante…
L’altière et chaloupée
jeune femme commence par ailleurs à se
rapprocher des Bandits Solitaires, éprouvant
à son corps défendant une sympathie
agacée envers le Trio et s’impliquant
dans leur combat avec une âme plus généreuse
qu’il n’y paraît au premier
abord. Conduisant nerveusement une élégante
voiture de sport, vêtue de noir et de
cuir, manifestant de multiples talents et connaissances
ainsi qu’une personnalité des plus
affirmées, ayant souvent un tour d’avance
sur ses partenaires masculins, Yves évoque
plus que jamais une Emma Peel contemporaine,
plus dure et matérialiste. L’épisode
se conclut d’ailleurs joliment sur sa
voiture s’éloignant dans la nuit,
Yves et ses mystères s’affirmant
décidément comme des atouts essentiels
de la série.
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Un document militaire tombe miraculeusement dans les mains des Bandits Solitaires. Il les oriente vers l’inventeur du moteur à eau, aujourd’hui décédé mais dont la voiture existe toujours quelque part. Une chasse au trésor s’engage entre le Trio et l’homme de main des compagnies pétrolières. Ce dernier a engagé Yves pour l’assister et ne recule pas devant le meurtre pour parvenir à ses fins. Mais la jeune femme a son propre agenda…
L’épisode débute
par un vertigineux retour dans le passé,
nous décrivant les enfances des futurs
Bandits Solitaires. La scène est hilarante
tant les enfants sont bien choisis et jouent totalement
le jeu. Mention spéciale pour le jeune
Langly (dit Ringo) doté d’une coupe
brosse permettant de mieux appréhender
ses futures errances capillaires ! Le tout
se voit narré avec emphase par le toujours
aussi enthousiaste Jimmy, apportant une savoureuse
autodérision à l’ensemble.
Le passage introduit également finement
l’épisode car la plupart des personnages
vont s’y retrouver à l’heure
du choix face aux idéaux de la jeunesse.
L’histoire reste ainsi une formidable évocation
de cette période pleine d’allant
et un vibrant appel à en conserver la flamme
malgré les vicissitudes de la vie.
À travers
cette reprise maligne de la légende urbaine
de voiture à eau, les auteurs exploitent
avec succès le filon toujours fécond
de la chasse au trésor : rebondissements,
énigmes, rush final, rien ne manque
à l’appel pour faire de Like
Water for Octane un récit d’aventures
trépidant et au vif suspense maintenu jusqu’au
terme du voyage. Le tout se voit agrémenté
par l’humour inhérent aux Bandits
Solitaires (Jimmy est en grande forme) d’une
plaisante saveur country, soulignée
par la musique de Kathy Mathea. L’altruisme
du Trio demeure décidément communicatif
car, pour la première fois, Yves renonce
à agir autrement que pour la noble cause.
L’histoire s’enrichit également de deux personnages secondaires attachants et fort bien dessinés en quelques dialogues : Shelley Mizer (Shareen Mitchell, la Billie Lapierre de Sein und Zeit) et Jason Guthrie (Timothy Webber, intervenant lui trois fois dans les X-Files) finissant la main dans la main dans un final marqué par une allégresse particulièrement communicative ! La chute finale se montre d’ailleurs particulièrement astucieuse car inversant les perspectives observées jusqu’alors (le fameux moteur constitue en fait un fléau) et donnant à méditer sur la complexité des problèmes écologiques. Enfin, bien avant de jouer les fantômes récurrents dans Fringe, Mark Valley donne une impressionnante présence à son personnage de méchant sarcastique et glacé, le lobby pétrolier ne ressortant pas grandi du récit…
Épisode
aussi divertissant que subtil dans son écriture, Like water for Octane bénéficie
également d’une mise en scène
très alerte de Richard Compton, et apparaît
comme l’une des très grandes réussites
de cette unique saison.
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5.
TROIS HOMMES ET UN BAMBIN
(THREE MEN AND A SMOKING DIAPER)


La secrétaire d'un
sénateur en pleine campagne pour sa réélection
décède dans un accident de voiture.
Les Bandits Solitaires soupçonnent un
scandale sexuel que le Sénateur aurait
voulu étouffer. Tandis que Jimmy, assisté
par Byers, intègre l'équipe de
campagne, Langly et Frohike mènent l'enquête,
tuyautés par une source mystérieuse.
Ils découvrent que la secrétaire
et le sénateur avaient bien une relation
de longue date, et même qu'un bébé
en est né ! Néanmoins ces apparences
vont s'avérer trompeuses...
Cet épisode mineur développe un
message sympathique, explicitant que les affaires
de mœurs ne doivent pas prendre le pas
sur la qualité des hommes politiques,
et qu'elles se réduisent souvent à
peu de choses. Chris Carter, ici à l'écriture,
se positionne ainsi en opposition aux rituelles
campagnes de déstabilisation menées
aux États-Unis, tandis qu'il jette un
regard incisif sur le fonctionnement du système
électoral américain et ses campagnes
proches du Barnum. Le sénateur Jefferson,
par ses attitudes et son apparence physique,
évoque ainsi très clairement Bill
Clinton.
Malheureusement cette approche
se voit sapée par un humour souvent pesant
(Frohike rénovant la tradition française
du Pétomane) ou tombant à côté.
L'histoire tente de faire rire avec des Bandits
Solitaires ayant à gérer un bébé,
mais les divers effets paraissent tout de même
bien appuyés. Yves, qui semble désormais
avoir porte ouverte à la rédaction
du Lone Gunman, revêt une dimension
plus limitée que de coutume en maman
providentielle, tandis que Jimmy en rajoute
dans la maladresse, sur un registre proche de
Pierre Richard. Le manque de moyens se fait
criant lors d'une reconstitution de meeting
manquant d'ampleur. La scène d'ouverture
demeure tout de même très rythmée,
avec un fiasco du Trio qui s'avère, lui,
spectaculaire !
Le coup de grâce est asséné
à la conclusion du récit, quand
le sénateur décide que son fils
se prénommera William : décidément
il existe bien des prénoms maudits...
Les Bandits Solitaires sont
contactés par Adam, un homme se plaignant
que sa vie lui ait été dérobée.
Sa maison est occupée par un couple inconnu,
tandis que son épouse a disparu. Personne
ne le reconnaît et aucune trace de son
existence n'apparaît nulle part. Il pense
venir d'un univers parallèle mais le
Trio, assisté d'Yves, découvre
une fiche électronique insérée
dans sa nuque, menant à un réseau
de câbles minuscules enserrant son cortex.
Les Bandits Solitaires estiment qu'une fausse
personnalité lui a été
insérée, mais reste alors à
savoir pourquoi et surtout qui est vraiment
Adam...
L’épisode Cyber d'Au Cœur
du Complot renoue avec le succès
de Clic mortel et surtout de Maitreya, dont il paraît très proche par
l’humour et la thématique de l’univers
virtuel (on oubliera l’intermède
limité que constitue Un fantôme
dans l’ordinateur). Même s’il
ne bénéficie pas de signatures
aussi prestigieuses que celles de Gibson et
Maddox, il n’en développe pas moins
une réflexion pertinente, et finalement
plus nuancée qu’il n’y paraît,
sur l’influence que peut exercer ce monde
artificiel dans lequel nous nous immergeons
chaque jour davantage. Au-delà de l’idée
très Cyberpunk d’un implant de
personnalité ou de talents via l’informatique
(exploitée récemment dans Dollhouse),
l’histoire constitue en effet une parabole
très parlante sur les dangers de perte
du soi véritable contenus dans les abus
du réseau et de ses tentations virtuelles.
L’épisode, prophétique,
s’est vu rattrapé par l’évolution
récente de plates-formes de jeu et systèmes
équivalents, particulièrement
néfastes quand leur abus entraîne
un détachement du réel. La quintessence
de l’aspect Cyber du récit survient
lors de l’élégante et astucieuse
jonction des deux univers, un joli tour de force
de la part de Bryn Spicer prouvant que l’on
peut faire bonne chère avec peu d’argent.
Le fait que nous découvrions progressivement
les troublants contours du simulacre permet
d’établir un joli pont avec les
univers truqués de Philip K. Dick. Au
total l’épisode nous offre un récit
de Science-Fiction à plusieurs facettes,
ambitieux et de qualité.
Fort heureusement, encore une
fois plus à l’image de Maitreya (où le Trio jouait déjà
un grand rôle) que de Clic mortel, Adam contre Charlie évite l’un
des principaux travers des Cyberpunks : le manque
total d’humour. L’épisode
nous régale d’un véritable
festival comique, avec des gags aussi excellents
que variés dans leur style. Il commence
par jouer avec les codes de la série,
l’intrigue très Science-Fiction
le situant bien davantage à hauteur des X-Files que d'Au Cœur du Complot.
Le spectateur a ainsi la surprise amusée
de voir un Byers refuser de croire à
cette histoire d’univers parallèle
qu’il juge trop folle (on se souvient
de lui déclarant à Mulder qu’il
l’adore pour ses théories encore
plus démentielles que celles du Trio,
dans Entité Biologique Extraterrestre).
Même Frohike, sceptique, se déclare
pas encore prêt à appeler Mulder !
Découvrir les Lone Gunmen dépassés
en matière de dinguerie reste un plaisir
rare…
On retrouve également
de nombreux gags plus insérés
dans l’esprit de la série, comme
cet IRM bricolé par Frohike et Langly,
l’un des nombreux gadgets étranges
aperçus au fil des épisodes, ou
le jouissif humour de répétition
résidant dans les crises de nerfs successives
d’Adam, se traduisant toujours par un
tabassage de Langly. La recherche d’indices
concrets, entre gamin insupportable et maison
effondrée, se révèle encore
plus calamiteuse que de coutume ; pas de doute,
les Bandits Solitaires sont en grande forme.
Suprême habileté du récit,
la récupération de la vraie personnalité
de Charlie ne se traduit pas par un retour à
la normale mais nous fait pénétrer
dans un univers encore plus coloré, celui
des catcheurs nains (on retrouve quelques échos
de Fight Club), avec les figures pittoresques
du très excité Marvin et de l’attendrissante
Sadie. Un épisode totalement timbré,
de A à Z.
Adam contre Charlie bénéficie enfin de deux superbes guests, particulièrement convaincants.
Marie Stillin (X-Files et MillenniuM mais aussi SG1, Andromeda, Highlander…)
sait conférer une vraie émotion
à son personnage se démarquant
habilement de l’adversaire standard. Lois
se montre convaincue de son bon droit et persuadée
d’apporter une réconfortante solution
aux soucis de Charlie. L’enfer est pavé
de bonnes intentions et l’aimable Lois
glace finalement plus le sang en apprenti sorcier
qu’un méchant classique. Mais le
héros du jour demeure incontestablement
le toujours excellent Stephen Tobolowsky (Buffy,
Deadwood, Heroes, Nightstalker…)
parvenant admirablement à jouer sur plusieurs
palettes, de la comédie au romanesque.
Le courant passe à l’évidence
parfaitement bien avec les interprètes
du Trio et l’humanité que dégage
Adam/Charlie évite à l’épisode
de tomber dans le piège de l’expérimental
désincarné, même si virtuose.
Adam contre Charlie reste comme un exemple des plus relevés
du ton si particulier d’Au Cœur
du Complot : un regard critique sur
la société américaine,
à travers un humour pétillant
et la rencontre de personnages parfaitement
excentriques. Un cocktail qui ne déplaira
pas aux amateurs des Avengers !
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Les Bandits Solitaires reçoivent un mail mystérieux d'un individu se plaignant d'être retenu contre son gré dans un hôpital militaire, afin d'y subir des expériences secrètes. Après avoir soupçonné une nouvelle manipulation d’Yves, ils découvrent, effarés, que leur correspondant n'est autre qu'un chimpanzé nommé Peanuts, à qui des manipulations génétiques ont conféré une intelligence humaine. Ils le font s'évader avant de prendre la fuite, mais Peanuts leur complique la tâche avec ses propres projets et, un à un, les Bandits Solitaires et leurs alliés tombent aux mains des militaires...
Après le déjà fort réussi Adam contre Charlie, La planète
des Frohikes représente le second
épisode d’Au Cœur du
Complot versant totalement dans le paranormal.
Mais la Science-Fiction est un vaste océan
constellé d’une myriade d’archipels
et, laissant derrière nous les mirages
du Cyberespace, nous abordons ici les rivages
de l’œuvre au combien particulière
de Pierre Boulle, bien plus riche et dérangeante
que ses adaptations à l’écran.
De fait Vince Gilligan n’écrit
pas seulement l’épisode comme
un joyeux pastiche de La Planète
de Singes mais, en sollicitant à
peine l’imagination du spectateur, se
positionne habilement comme un prologue explicitant
la montée au pouvoir des Singes !
Sur la tonalité propre à la
série, tout en humour et fantaisie,
il interpelle également sur la triste
condition des animaux de laboratoire. Subtilement
il évite tout effet mélodramatique
en soulignant le caractère fondamentalement
détestable de cette situation même
en cas de chercheurs relativement sympathiques.
Assez logiquement dans cette
configuration, les Bandits Solitaires, malgré
de nombreuses scènes amusantes, se
voient voler la vedette par les étonnants
chimpanzés. Ceux-ci causèrent
un travail de romain à l’équipe
technique, mais le résultat en vaut
largement la chandelle. Peanuts réalise
une performance proprement époustouflante
de persuasion et de crédibilité,
au point d’apparaître comme un
acteur à part entière. On se
prend véritablement d’affection
pour cette petite boule de poils au visage
expressif et finalement bien plus rusée
que les humains. On aurait pu à bon
droit rebaptiser l’épisode La
Belle et la Bête, car Yves reste
le second personnages à tirer son épingle
du jeu. Définitivement irrésistible
en robe de soirée noire comme la nuit
ou en tenue de cuir, Zuleikha Robinson accroche
l’œil comme jamais dans cette
histoire où Yves surclasse ses partenaires
en tous points, hormis la psychologie simiesque
où la palme revient sans surprise à
Jimmy.
Le dynamisme de la mise en
scène pallie presque à la modestie
des moyens mais l’on reprochera à
l’intrigue de trop tirer sur la corde
des substitutions en dernière partie,
jusqu’à devenir confuse et virer
au vaudeville, même s’il fallait
bien trouver une porte de sortie. Néanmoins,
ce vibrant hommage au génie visionnaire
de Boulle, au-delà de donner son
nom au centre de recherches militaires (Boulle
Behavioral Institute), nous vaut l’ultime
bonne surprise d’une tonalité
française très réjouissante.
Yves se découvre une maîtrise
des langues étrangères évoquant
une nouvelle fois Emma Peel, le français
venant s’ajouter à l’allemand.
Avant de se voir interrompue par les Bandits
Solitaires, elle tentait de séduire
un gangster français aux manières
exquises et très romantique (forcément
romantique). Parallèlement Peanuts
se choisit un invraisemblable nom français
à rallonge, revêt la fatuité
maniérée qui sied et n’a
finalement d’autre objectif que de pouvoir
tranquillement compter fleurette à
sa dulcinée. Les Français de
tout poils sont tous décidément
de fougueux amoureux au pays des séries
anglo-saxonnes…
Relecture amusante mais finalement
très respectueuse de Boulle, La
planète des Frohikes rejoint son
questionnement à propos de la nature
de l’humanité, par le regard
incisif que jettent sur elle les singes, et
constitue un nouveau récit de science-fiction
étonnant de pertinence sous le couvert
d’un humour bon enfant et tonique. On
ne peut décidément qu’amèrement
regretter la fin précipitée
d’une série nous offrant des
épisodes aussi marqués par l’audace
la plus vive et malicieuse qui soit, en un
mot irrésistibles.
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8.
PEINE CAPITALE
(MAXIMUM BYERS)

  
Une fidèle lectrice
du Lone Gunman vient solliciter l’aide
des Bandits Solitaires : son fils, condamné
pour meurtre, va bientôt être
exécuté et il semble avoir perdu
toute envie d’obtenir sa grâce.
Persuadée de son innocence, elle leur
demande d’intervenir. Byers et Jimmy
pénètrent dans la prison en
se faisant passer pour des prisonniers mais
découvrent que le fils est bien coupable,
agissant sur les ordres de son propre avocat.
Un autre condamné à mort dans
la même affaire s’avère
par contre innocent. Une course contre la
montre s’engage pour sauver ce dernier,
tandis qu'Yves vole à la rescousse
de ses amis en difficulté.
Au Cœur du Complot illustre
une nouvelle fois sa verve satirique en nous
offrant un fort amusant pastiche des films
et séries de prison. L’idée
retenue évoque d’ailleurs fort
clairement Prison Break, même
si la magie informatique de Langly facilite
bien les choses ! La parodie apparaît
d’autant plus pétillante que
pour concevoir leur plan, Byers et Jimmy s’inspirent
explicitement de ces productions, ce qui autorise
quelques clins d’œil à divers
clichés. Par la suite, les éléments
essentiels du genre se succèdent effectivement
(gardiens cassants, brutes épaisses,
dérives psychologiques, scènes
de parloir ou d’infirmerie…).
Mais, si l’ensemble
ne se dépare pas d’un humour
réjouissant, on aurait aimé
découvrir plus de férocité
et de mordant dans une caricature demeurant
bon enfant. Le récit sait cependant
trouver une vraie intensité dans une
évocation critique de la peine de mort,
dont il évoque avec éloquence
l’inhumanité, combien même
l’accusé serait coupable. À
cet égard le personnage de Pfeiffer,
déjà comme retiré de
ce monde, dote l’épisode d’une
gravité ayant d’autant plus d’impact
qu’elle tranche avec l’atmosphère
de la série.
Fort heureusement la mise
en scène de Vincent Misiano se montre
alerte et servant efficacement l’alternance
de moments humoristiques ou dramatiques que
propose l’intrigue de Spotnit et Gilligan.
La qualité de l’interprétation
s’impose comme un autre atout de l’épisode,
avec notamment deux spécialistes de
ce genre d’histoires : Robert Lasardo
(X-Files, Nip/Tuck) et Kevin McNulty
(City Hall, Robson Arms), chacun
se situant dans son meilleur registre. Les
personnages principaux continuent à
évoluer, avec un tandem idéaliste
de plus en plus développé entre
Byers et son padawan Jimmy. Yves
fait désormais quasiment partie
du groupe et se montre prête à
des prises de risques autrefois inimaginables,
ce qui permet à Zuleikha Robinson de
faire étalage de ses dons pour la comédie.
Langly et Frohike restent au second plan mais
nous valent d’hilarants moments grâce
à leur proverbiale maladresse.
La série persévère
à développer une bande-son aussi
éclectique qu’irrésistible,
avec cette fois l’entrée en scène
du King et de son formidable Hound Dog,
annoncés par une introduction, elle,
parfaitement décapante sur le thème
si populaire de la survie de la star.
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9.
CHIRURGIE MORTELLE
(DIAGNOSIS JIMMY)

  
À la
bordure du Canada, les Bandits Solitaires
enquêtent sur un braconnier massacrant
des grizzlis en vue d’exportation
vers la Chine. Jimmy tente de photographier
un échange entre le suspect et les
Triades mais est alors victime d’un
accident de ski. À l’hôpital,
en regardant la télévision
(John Walsh dans son propre rôle),
il apprend qu’un chirurgien assassin
est en fuite et aurait revêtu une
nouvelle identité. Plusieurs indices
lui font soupçonner son propre médecin…
Yves vient lui rendre visite, mais est-ce
vraiment par souci de sa santé ?
Le récit de John Shiban prend le
parti de se diviser en deux tronçons
totalement distincts, ce qui induit toujours
une prise de risques car Qui trop embrasse
mal étreint. De fait les deux
histoires que nous raconte l’épisode
se résument chacune à peu
de choses, mais retiennent néanmoins
l’attention par leur humour débridé.
Les Bandits Solitaires se montrent particulièrement
déchaînés et accumulent
les catastrophes sans faiblir, avec un comique
visuel des plus efficaces (trognes désopilantes
des acteurs, Frohike et Langly pris dans
les pièges du trappeur, panique généralisée…).
La passion écologiste d’un
Byers, si idéaliste qu’il en
vire à la parodie, s’insère
à merveille dans les magnifiques
paysages des forêts et montagnes de
la région de Vancouver, qui évoqueront
de grands souvenirs aux amateurs des X-Files.
En braconnier misanthrope et solitaire l’impressionnant
Richard Fitzpatrick (Kingdom Hospital,
Re-genesis) fait preuve d’une
belle sauvagerie.
Le tronçon le plus
relevé demeure cependant celui de
Jimmy car développant un pastiche
enjoué des séries hospitalières.
Les différents clichés afférents
au genre s’y retrouvent joyeusement
déviés. Le staff médical, d’habitude si compétent
et humainement formidable, se retrouve ainsi
représentés par un serial
killer parfaitement cinglé et
une infirmière délurée
et nymphomane se prenant pour Marilyn Monroe.
Robin Mossley (déjà apparu trois fois comme docteur dans les X-Files !) et la charmante Shawn Batten (Spyder Games) réalisent d’épatants numéros, n’hésitant pas à jouer pleinement la carte de la comédie. Bien entendu le pathos n’est pas oublié, avec un médecin atteint d’une maladie chronique mais néanmoins volontaire bénévole en Afrique ou un patient acariâtre mais se révélant comme de bien entendu pétri d’humanité. Malade avant tout de solitude il se réconcilie finalement avec son fils, et la petite famille nous quitte radieuse de bonheur. N’en jetez plus, le panier est plein.
La relation encore faiblement
esquissée entre Jimmy et Yves participe
à l’humour ambiant, la brune
incendiaire s’exaspérant que
tout le monde la prenne pour la petite amie
de l’ahuri. Seule réserve,
Stephen Snedden en fait perpétuellement
trop sur le registre de la bêtise
infantile et extravertie. Si Jimmy s’avère
très amusant comme personnage secondaire
source de gags, il devient quelque peu lassant
en tant que héros principal de l’intrigue.
Tandis que les héros
masculins connaissent une totale déroute,
Yves parvient à résoudre simultanément
les deux affaires. Ses capacités
déjà brillantes quittent l’ordre
du vraisemblable pour évoquer de
manière très divertissante
la surenchère perpétuelle
existant autour d’Emma Peel et de
Cathy Gale. Les rigueurs du climat lui font
abandonner ses noires tenues de cuir pour
des pulls colorés des plus seyants…
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10.
LE DERNIER TANGO À MIAMI
(TANGO DE LAS PISTOLEROS)
   
Au grand
dam de Jimmy, les Bandits Solitaires et
Yves se retrouvent en concurrence pour faire
tomber l’un des grands parrains du
trafic de cocaïne, qui se lance désormais
dans l’espionnage. Originaire d’Argentine,
ce criminel basé à Miami est
également un danseur passionné
et émérite de tango. Il doit
communiquer des renseignements top secrets
à un terroriste lors d’un concours
de danse. Yves parvient à s’infiltrer
auprès du caïd comme sa partenaire
de danse, mais se révèle très
sensible à son charme hispanique.
Byers, Langly et Jimmy échouent lamentablement
aux éliminatoires et c’est
alors que Melvin Frohike révèle
un passé de danseur à succès,
où il était connu comme El
Lobo (Le Loup). Il tente de retrouver
sa partenaire d’alors, à laquelle
l’unissait une brûlante passion…
L’argument de
l’épisode demeure certes des
plus classiques ; après tout, attraper
des trafiquants de cocaïne à
Miami lors de deals, Sonny Crockett
et Rico Tubbs pratiquaient déjà
cela en 1984… Cependant l’intrigue
apporte de savoureuses variations à
cette trame usée aux mites.
Le récit
nous régale ainsi par des Bandits
Solitaires particulièrement toniques,
comme électrisés par le retour
à la compétition de jadis
face à Yves. Langly, surnommé
Courtney Love, est régulièrement
pris pour une femme blonde au cours de l’épisode
et accumule les pires catastrophes. Les
tentatives des bandits Solitaires pour démontrer
leur talent pour leur tango sont hilarantes,
d’autant qu’ils essaient à
peu près tous les styles, hormis
celui-ci ! De la valse au disco en
passant par le classique ou le contemporain,
tous les genres se voient pareillement massacrés…
Kimmuy le Geek, toujours aussi fanfaron
et vénal, fait également un
retour remarqué, mais la vedette
revient incontestablement à un Frohike
impérial en tombeur latino sur le
retour ! Les retrouvailles, pour le
moins explosives, avec celle qu’il
abandonna jadis, nous valent un joli pastiche
des nombreuses scènes similaires
peuplant les Telenovelas sud-américaines.
La singularité
de l’épisode comme son intérêt
reposent néanmoins avant tout sur
l’évocation réussie
de la farouche beauté et de la sensualité
exacerbée du tango. D’excellents
et variés morceaux de cette musique
sublime entre toutes irriguent l’ensemble
de l’épisode, lui apportant
un cachet unique. On observe également
de jolis moments de danse, que l’on
aurait aimés plus nombreux, dans
une introduction à la poésie
funèbre originale, mais aussi dans
l’admirable scène finale du
concours. Toujours dans une optique très
Emma Peel, nous découvrons la nouvelle
compétence du jour d’Yves,
la maîtrise de cette danse nécessitant
à la fois virtuosité technique
et flamme authentique qu’est le tango.
L’épisode se conclut avec émotion
lors d’un ultime pas de danse entre
Jimmy et une Yves à laquelle il offre
le réconfort de sa présence.
Leur relation semble décidément
s’enraciner alors que la série
se précipite déjà vers
sa conclusion.
Zuleikha
Robinson se montre convaincante dans cet
exercice malaisé (davantage que Tom
Braidwood….) et démontre également
ses solides qualités d’actrice
en exprimant avec éloquence le tiraillement
que connaît Yves entre sa mission
et les sentiments que lui inspire le sincèrement
amoureux Santavos ; pour le coup on pense
à Cathy Gale dans Six mains sur
la table. En criminel latino raffiné
et romantique, John Vargas manifeste beaucoup
de classe et d’élégance.
Le décès de son personnage
s’avère l’occasion d’un
joli pastiche du Cha Cha Cha mortel d'Opération
Tonnerre car c’est cette fois
volontairement qu’il s’expose
pour recevoir le mortel lancer de
couteau visant Yves ! En tueur sanguinaire
mais non dénué d’astuce,
l’imposant David Palffy (Anubis dans SG1 !) compose également
un numéro aussi pittoresque que réussi.
Certes la
mise en scène de Bryan Spicer manque
cruellement de moyens pour évoquer
Miami, et on y croit encore moins que pour Miami Vice, tourné comme
on le sait à Hollywood, hormis quelques
inserts. Mais qu’importe, il sait
admirablement mettre en valeur les numéros
de danse, tout en donnant à l’occasion
une vraie saveur hispanique au récit.
Pour peu que l’on soit sensible à
la sombre magie (embrujo) du Tango,
Dernier tango à Miami demeure
bien un exercice de style aussi séduisant
qu’original.
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11.
JEUX DE MENTEURS
(THE LYING GAME)

  
La prétendue sœur
d’un ancien camarade d’université
de Byers contacte ce dernier, pour lui demander
d’enquêter sur l’assassinat
de son frère. Les Bandits Solitaires
découvrent que l’individu avait
développé une activité
de maître chanteur. Un document vidéo
montre que la dernière victime qu’il
avait abordée, très peu de temps
avant sa mort, n’est autre que Walter
Skinner ! Appelée à
la rescousse, Yves découvre également
une connexion avec une figure importante de
la mafia russe, présente sur les lieux
du meurtre. Dès lors l’équipe
du Lone Gunman va tout tenter pour
démontrer l’implication du Directeur
Adjoint du FBI dans cette ténébreuse
affaire. Mais elle va au devant de considérables
surprises !
Comme l’indique son titre, et comme le
souligne Jimmy au cours d’une narration
à la Woody Allen, l’épisode
se développe autour du thème du
secret, chaque personnage de l’histoire
occultant un élément important
aux autres : difficultés financières
pour Jimmy, identité sexuelle pour Carol,
connaissance de ce fait pour Byers, enquête
en cours pour Skinner et son agent etc. Cette
accumulation de cachotteries plus ou moins graves
conduit à une succession de révélations
donnant un caractère rythmé au
récit, même si parfois quelque
peu artificiel. Hormis quelques pitreries de
Langly ou Jimmy, on quitte le domaine de la
comédie, pour se rapprocher du policier
plus traditionnel, avec comme conséquence
une moindre fantaisie que dans de nombreux autres
épisodes.
Mais ce travers relatif ne présente
en définitive que peu de conséquences
car le grand attrait de Jeux de menteurs réside dans la visite concomitante de
Walter Skinner dans l’univers azimuté
des Bandits Solitaires. Cette irruption vient
pallier avec bonheur au manque de connexion
entre les deux séries, de plus en plus
pesant au fil des épisodes. L’effet
apparaît d’autant plus réussi
que l’histoire se déroule sous
la pluie et dans les paysages de Vancouver,
ce qui accentue encore davantage une savoureuse
nostalgie. Les relations crispées, voire
exaspérées entre Skinner et le
Trio nous valent des scènes très
pétillantes, ainsi qu’une allusion
aux « deux amis » que
les Bandits Solitaires ont au FBI. Le cross
over ne transparaît pas artificiel,
car après tout les Affaires non Classées
ne représentent qu’une fraction
du portefeuille d’activités de
Skinner, que l’on a d’ailleurs vu
à plusieurs reprises confronté
au grand banditisme et au terrorisme dans les X-Files (Le pré où
je suis mort, Les nouveaux Spartiates, Nicotine…).
Il n’y hésitait jamais à
recourir à sa paire d’As pour le
sortir d’embarras, sous des prétextes
plus ou moins fallacieux de paranormal, mais
semble ici bien réticent à faire
intervenir les Bandits Solitaires. Walter Skinner
a toujours eu un sens aigu des réalités…
L’ensemble de la distribution se voit bien entendu dominé par la prestation une nouvelle fois époustouflante de Mitch Pileggi, d’autant que celui-ci a l’occasion de s’essayer au registre nouveau de la loufoquerie quand Jimmy revêt l’apparence de « Walt ». L’acteur s’amuse visiblement beaucoup, et nous aussi ! Peter J. Lucas, acteur et chanteur à succès polonais, et Anthony John Denison (Prison Break, The Closer…) réussissent des prestations convaincantes, respectivement en mafieux russe méthodique et en solide agent secret quelque peu déboussolé par les méthodes d’investigation pour le moins particulières des Bandits Solitaires. Catherine Dent (The Shield, Sarah Connor Chronicles…), la mère de Trévor dans les X-Files, apporte une belle émotion en sœur éplorée, otage sans défense des tueurs. La réalisation de Richard Compton demeure fonctionnelle mais sans cachet particulier. On remarque que, après le 11 septembre, la série reste étonnamment prophétique avec cette histoire de Russes empoisonnant leur victime avec des éléments radioactifs, comme cela a été évoqué dans l’affaire Litvinenko.
On regrettera que l’arrêt
prématuré de la série ait
empêché d’autres visites
du même ordre, on aurait tant adoré
voir les Lone Gunmen croiser le fer avec Alex
Krycek (bon courage !). Une confrontation
Marita Covarrubias/Yves Adèle Harlow
aurait valu également le coup d’œil.
Hélas…
— Even in this bold
new century, kids need a friend who's always
looking out for them. Someone who'll help
them grow up strong and true. And who will
never make fun of their hair. . . That last
one is important.
Les Bandits Solitaires
enquêtent sur le suspect double assassinat
de deux techniciens travaillant sur le plateau
d’une émission de télévision
pour enfants. Ses héros, le Capitaine
Toby et son fidèle crabe, étaient
les héros des jeunes années
de Langly. Malheureusement l’émission,
redémarrant après des années
d’arrêt, ne ressemble plus à
ses souvenirs. Les évènements
se précipitent quand le Capitaine Toby
est accusé par une redoutable agente
du FBI d’être le coupable ainsi
que d’espionnage au profit de la Chine.
Malgré les preuves Langly refuse de
croire à la culpabilité de son
idole et, aidé par ses amis, va tout
faire pour démêler les fils de
l’intrigue.
Au-delà d’une
intrigue somme toute très conventionnelle,
l’épisode s’avère
une charge féroce sur la télévision
telle qu’elle se pratique aujourd’hui.
En opposition à l’enthousiasme
des enfants, le producteur imbu de lui-même
qu’est John Gillnitz (excellent Ben
Bass, The Eleventh Hour) symbolise
en effet tous les travers que l’on observe
aujourd’hui : omniprésence
de l’audimat, incompréhension
totale de la magie du spectacle, lubies personnelles,
carriérisme annihilant tout courage
artistique, effets spéciaux primant
toutes autres considérations, recherche
effrénée du spectaculaire, dictature
du politiquement correct… Le capitaine
Toby doit ainsi renoncer à sa pipe
à bulles pour ne pas donner l’impression
de propager le tabagisme ! La série
se situe encore une fois dans l’actualité
quand on se souvient de l’affaire Jacques
Tati. Une remarque toutefois : Chris
Carter et ses auteurs ironisant sur cette
émission ayant recours au rap pour
embrasser l’air du temps, les spectateurs
de I Want to believe s’autoriseront
à tiquer quelque peu…
Décidément très
engagé, le récit apparaît
également comme une critique acerbe
des préjugés, notamment xénophobes,
car, au-delà des manipulations de l’agente
félonne, le public accepte avant tout
l’hypothèse de la culpabilité
du Capitaine parce qu’il est marié
à une Chinoise. La scène de
cette épouse filmée en pleurs
par la télévision tandis que
l’on emmène son mari, sous le
regard effondré de Langly, apparaît
à cet égard d’une gravité
inusitée dans la série. La presse
en prend également pour son grade,
meute hurlante recherchant bien plus le scoop
que la vérité. Parmi les reporters,
on reconnaît Norma Jean Wick, authentique
journaliste de la télévision
canadienne. Elle interpréta à
trois reprises ce rôle dans les X-Files,
mais aussi dans de multiples autres séries
! Sous son apparence humoristique, l’épisode
constitue une attaque finalement violente
des mœurs médiatiques américaines,
leur hypocrisie et leur cynisme. Le spectateur
français pourra d’ailleurs s’interroger
s’il en va vraiment différemment
chez nous…
Les gaffes de Jimmy et des
Bandits Solitaires continuent néanmoins
à insuffler un humour décapant
à l’histoire tandis que l’acteur
vétéran Tom Poston compose un
attendrissant Capitaine et que Langly émeut
davantage qu’à l’accoutumée.
Mais cet épisode, réalisé
par une femme (l’habile et audacieuse
Carol Banker, scripte au long cours sur les X-Files, apparue dans All Things),
reste avant tout marqué par ses figures
féminines. Il bénéficie
ainsi d’une étonnante guest
star avec une encore toute petite Jodelle
Ferland, à l’orée de sa
carrière après une apparition
dans Dark Angel. Celle qui s’est
depuis taillée une jolie popularité
dans le domaine du Fantastique (Dead like
me, Le Messager des Ténèbres,
Kingdom Hospital, Supernatural, SG1, Masters
of Horrors, Silent Hill etc.) campe ici
avec éclat une de ces enfants insupportables
dont les séries de Chris Carter ont
le secret, comme s’en rend compte le
malheureux Frohike !
À l’exception
très particulière de l’empoisonneuse
d’Alsace, l’Agent Blythe constitue
l’unique adversaire féminine
des Bandits Solitaires. Au-delà de
cette curiosité elle se montre particulièrement
meurtrière mais aussi intelligente
et calculatrice, d’autant que la blonde
Cyia Batten (par ailleurs danseuse classique
très réputée au Canada)
lui donne un tempérament glacial très
convaincant.
Les auteurs ne ratent pas
l’occasion d’une confrontation
directe avec la ténébreuse Yves,
qui à cette occasion obtient ce qui
lui manquait pour achever de s’imposer
en héritière d’Emma Peel
: une démonstration de maîtrise
des arts martiaux. Alors que, comme son illustre
devancière, elle continue à
acquérir de nouvelles compétences
à chaque épisode, ici la toxicologie
(il lui suffit d’un coup d’œil
à une ampoule quasi vide pour déterminer
la nature du poison utilisé et ses
diverses caractéristiques), elle triomphe
en effet d’un combat féminin
violent et sans merci, bien dans la tradition
des Avengers ! On remarquera
qu’elle s’y montre animée
d’une farouche colère, occasionnée
par une blessure empoisonnée de Jimmy,
les deux faisant de plus en plus souvent équipe.
Elle se précipite d’ailleurs
à son secours, passablement bouleversée.
Si l’on se positionne encore dans le
registre de l’amitié, on se situe
tout de même bien loin de l’ironie
cinglante des débuts…
Pour l’anecdote le nom
"John Gillnitz" est une running
joke de la série car porté
en tout par six personnages différents.
Dans Dreamland, Fletcher révèle
qu’il s’agit du nom de l’acteur
interprétant Sadam Hussein ! Et
d’ailleurs l’ami Fletcher sera
bientôt là, car la fin approche
à grands pas.
13.
ROMÉO 61
(ALL ABOUT YVES)

   
Les Bandits Solitaires font
tomber dans une leurs habituelles arnaques
un certain Fletcher, membre de l'organisation
Majestic. Après quelques démêlés
ils finissent par faire équipe pour
percer le mystère d'un groupe nommé
Roméo 61, qui serait à l'origine
des plus grands attentats commis durant les
dernières décennies, à
commencer par l'assassinat de Kennedy. De
plus Fletcher accuse Yves de travailler pour
ce groupe et de lui avoir dérobé
des documents secrets. Dynamisés par
la découverte de la plus grande des
conspirations, les Bandits Solitaires traquent
Yves et parviennent à pénétrer
dans l'antre de Roméo 61. Hélas
ils y découvrent une toute autre vérité
: Roméo 61 n'était qu'un leurre
tramé par l'astucieux Fletcher afin
de récupérer les documents,
qu'Yves souhaitait remettre à Mulder,
et de mettre la main sur la jeune femme pour
le compte d'un mystérieux commanditaire.
L'épisode, comme la série, s'achève
sur l'image d'un Fletcher triomphant, ayant
capturé Yves et les Bandits Solitaires.
Cet épisode "mythologique"
conclut idéalement cette unique saison
en optimisant les différents personnages,
tout en opérant un habile cross-over avec les X-Files. Le mystère
de la véritable identité d’Yves,
se dissimulant derrière les multiples
anagrammes de Lee Harvey Oswald, habite la
série depuis son commencement et il
était judicieux de le faire figurer
au cœur de cet épisode terminal.
Yves apparaît elle-même plus énigmatique
et ambivalente que jamais, grâce à
des scènes habilement à double
sens. Zuleikha Robinson accomplit de nouveau
une superbe performance, dosant admirablement
les parts d'ombre et de lumière de
son personnage, à la fois dominateur
et violent mais montrant une véritable
sensibilité ainsi qu'une belle solidarité
avec des Bandits Solitaires qui ne l'auront
pas épargnée de leur côté.
Ces mêmes Bandits Solitaires,
qui nous auront tant et tant divertis, cette
fois nous émeuvent véritablement.
Comme l'avait prédit le matois Fletcher,
la perspective du Saint Graal des conspirations
leur fait perdre tout sens critique, tout
comme souvent Mulder dès qu'il s'agissait
de Samantha. On partage leur sincère
trouble devant la victoire qui s'offre
à eux après tant d'années
de combats et de sacrifices et voir le regard
de Byers se brouiller devant la possibilité
de résoudre le mystère du meurtre
de Kennedy s'avère poignant.
Évidemment le spectateur comprend,
lui, aisément qu'il s'agit d'un piège.
C'est avec une certaine détresse que
l'on voit les Bandits Solitaires déployer
courage, astuce et énergie, mais aussi,
obnubilés par leur quête, réserver
coups bas et de défiance envers leur
amie Yves.
Le final de la saison s'avère
très amer pour ces sympathiques personnages,
mais cette crise violente plonge également
Jimmy dans un véritable dilemme. Écoutant
l'élan du cœur il quitte les Bandits
Solitaires pour rallier Yves envers laquelle
ses sentiments ne font plus guère de
doutes. Les auteurs ne négligent décidément
aucune option pour faire de l'épisode
une tornade entraînant tout l'univers
de la série, développant ainsi
une saisissante intensité dramatique
Les invités du jour
en provenance des X-Files ne paraissent
pas en reste face à ces personnages
magnifiquement écrits. Voir Mulder
enfin débouler dans Au Cœur
du Complot satisfait un des rêves
du spectateur, d'autant que la rencontre avec
Jimmy, hilarante, se situe aux frontières
du surréalisme avec deux esprits que
l'on va dire très divers. Malgré
sa brièveté, la scène
demeure tout à fait électrique
! Mais la vedette revient incontestablement
à Fletcher, qui se montre aussi irrésistiblement
drôle et crapuleux que dans Zone
51, entre dragues minables, humour sarcastique,
intense satisfaction de soi et lourdeur de
chaque instant. On est au spectacle devant
ce faisan que l'on adore détester,
d'autant que l'épatant Michael Mckean
se montre totalement en roue libre, surjouant
son personnage avec génie. Comme toujours
les auteurs évitent soigneusement de
trop le noircir (jamais de sang sur les mains),
afin que l'amusement demeure total.
La réalisation de Bryan
Spicer anime avec panache cette intrigue implacable
et au constant suspense, d'autant qu'elle
bénéficie de moyens plus conséquents
que pour les épisodes classiques de
la série. La caméra varie les
angles avec bonheur pour encore accroître
le rythme trépidant du récit
et l'on assiste à de nombreuses bonnes
idées de mise en scène, comme
ce remake improbable des expériences
pratiquées sur Mulder durant son enlèvement,
destiné à piéger Fletcher.
De même, la spectaculaire apparition
de Mulder se voit soulignée par l'indicatif
des X-Files et se déroule
dans un parking désert, décor
archétypal de cette série, on
s'y croirait ! À une échelle
bien moindre que plus tard dans The Truth, une jolie scène entre
Yves et un individu trouble permet de jeter
un agréable coup d'œil dans le
rétroviseur, évoquant les grandes
trouvailles des Bandits Solitaires, comme
la voiture à eau.
Cet épisode dense et
enthousiasmant s'achève sur un de ces cliffhangers dont les X-Files se sont fait la spécialité,
particulièrement réussi ici,
avec un Fletcher ricanant de toutes ses dents
devant Yves et les Bandits Solitaires réduits
à l'impuissance.
L'histoire était évidemment
appelée à se poursuivre dans
une seconde partie, mais la décision
brutale de non renouvellement prise par la
FOX laisse la série s'achever
de cette manière particulièrement
abrupte. Les Bandits Solitaires poursuivront
néanmoins leur trajectoire au cours
des X-Files, avec Langly apparaissant
le visage bleui du fait de cet épisode
dans l’arc Nothing important happened
today puis leur mini-bus (le fameux
« centre mobile de commande »)
connaîtra une brusque fin dans Provenance. Jump the shark verra cependant la
triste conclusion de leur épopée,
avec la faillite du Lone Gunman et
leur propre décès.
Ce bien triste épisode,
marqué par la participation de tous
les personnages récurrents d'Au
Cœur du Complot et d'un Fletcher
toujours aussi sournois, mettra néanmoins
un point d'honneur à résoudre
la question de l'identité d'Yves, de
son vrai nom Lois Runtz, fille rebelle d'un
criminel international qui n'est autre que
le commanditaire de Fletcher.
Grâce à leur
fantaisie et à leur complicité,
mais aussi à leur indomptable courage,
les Bandits Solitaires auront réussi
à devenir des figures majeures de l'univers
de Chris Carter, adorés tout particulièrement
par les fans malgré des apparitions
relativement espacées dans les X-Files.
Leur personnalité si délicieusement
décalée aura aussi durablement
marqué les esprits que les X-Files eux-mêmes. Ils survivent d'ailleurs
à travers ces geeks plus ou
moins allumés et maîtrisant la
haute technologie peuplant diverses séries
où ils sont devenus indispensables
: le Trio hostile de Buffy (également
nanti d’un van bourré de gadgets),
les Ghosftacers de Supernatural ou
le Dave de Invasion, entre autres.
Après X-Files,
ainsi s'achève notre balade à
travers les séries Ten-Thirteen, mais
celles-ci comportent deux autres joyaux :
la très cyber Harsh Realm et surtout MillenniuM, chronique
sombre et esthétiquement somptueuse
d'une autre Apocalypse, que le héros
Frank Black combat inlassablement. Une série
d'un très haut niveau, marquée
par un fantastique parfois horrifique, autant
que les X-Files ont pu l'être
par la Science-Fiction. À découvrir
!
Crédits
photo : FPE.
Images
capturées par Estuaire44.
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