
HORS
SERIE
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PRÉSENTATION DE LA SAISON 2
Le 11 mai 1960, CBS révèle que l’anthologie est reconduite pour une nouvelle année, (avec pour sponsors General Foods et Colgate-Palmolive !). La Quatrième Dimension franchit ainsi avec succès le cap toujours délicat de la première saison et s’inscrit dans le paysage audiovisuel américain.
La
série doit cependant
faire face à un changement
de dirigeants à la tête
de CBS. Le nouveau président
de la chaîne, James Aubrey,
s’irrite de coûts de production
jugés bien trop élevés
pour des épisodes ne dépassant
pas la demi-heure. La série
ne s’insère pas non plus
idéalement dans son projet
de programmations familiales et grand
public, qui connaîtra de fait
une immense réussite durant
les années 60. À côté
de sévères restrictions
budgétaires, avec lesquelles
Rod Serling devra jongler jusqu’au
terme de l’anthologie, il est
décidé par mesure d’économie
que seuls 29 épisodes seront
tournés (contre 36 pour la
saison précédente),
et que certains d’entre eux
seront réalisés en vidéo
et non plus sur film. Soit l’inverse
de l’évolution que connaîtront
les Avengers ! L’idée
d’en allonger la durée
à une heure est déjà
évoquée, pour l’instant
sans succès.
Cette
deuxième saison, diffusée
à partir du 30 septembre 1960,
va néanmoins être celle
de la consécration pour la
série : acclamée
par les critiques, elle remporte de
nombreuses distinctions, dont une
nouvelle fois l’Emmy Award du
scénario pour Serling et le
prix Hugo pour l’ensemble de
la saison. L’audience s’accroît,
mais toujours sans devenir massive.
Des clubs de fans très motivés
se créent à travers
tout le pays et les différents
produits dérivés connaissent
un réel succès (novélisations,
bandes dessinées, bande-son,
jeux de plateau…). Attirées
par le prestige et l’intérêt
de la série, les vedettes de
l’époque se recrutent
désormais beaucoup plus facilement,
et pour des cachets bien inférieurs
à la normale.
La
qualité des épisodes,
selon de nombreux critiques, atteint
ici son sommet, après une première
saison déjà enthousiasmante.
À l’issue d’une
saison 2 comportant nombre de ses
classiques, The Twilight Zone se situe à son apogée.
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1. KING NEUF SANS RETOUR
(KING NINE WILL NOT RETURN)

  
Date de diffusion : 30 septembre 1960
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Buzz Kulik
Durant dans la Seconde Guerre Mondiale un bombardier américain s’écrase dans le Sahara. Le commandant reprend conscience, dépourvu de tout souvenir de l’impact. Le reste de l’équipage a inexplicablement disparu, sans laisser la moindre trace. Les évènements les plus étranges ne tardent pas à se succéder…
D’une
manière un peu dommageable, la saison
2 débute avec un épisode au
thème passablement proche du premier
de la saison précédente. On
y retrouve en effet la solitude mystérieuse
et oppressante du héros, l’hostilité
du désert diffusant une angoisse
supplémentaire par rapport au décor
urbain précédent. Si le scénario
subtilement agencé et l’efficace
mise en scène distillent un stress
à la savante progression, on préfèrera
la profonde étrangeté de la
première histoire à la profusion
d’effets de celle-ci.
Pour
sa première participation à
l’anthologie Buzz Kulik (Have
gun, Will travel), qui en réalisera
neuf épisodes, développe cependant
avec réussite les diverses péripéties,
insolites (les avions contemporains) ou
effrayantes (les apparitions spectrales).
Surtout il parvient à éviter
l’écueil de l’immobilisme,
traditionnel danger pour les huis clos,
en tirant le meilleur du décor de
l’avion. Les passionnés se
réjouiront ainsi d’une véritable
visite d’un des aéronefs de
la guerre de 39 -45, un bombardier B-25 !
L’histoire s’inspire d’ailleurs du crash authentique d’un B-24 en plein désert, demeuré inexpliqué : disparu en 1943 il n’est retrouvé en Libye qu’en 1959… L’équipage s’était volatilisé, sans avoir touché aux réserves d’eau ni aux armes personnelles. En 2010 l’Air Force considère toujours cet évènement comme l’une des plus grandes énigmes de l’histoire de l’aviation…
Néanmoins
la grande force de l’épisode
réside dans l’excellente prestation
proposée par l’acteur vétéran,
Robert Cummings. Le comédien, très
proche des milieux de l’aviation,
demanda à interpréter ce rôle,
acceptant un cachet des plus réduits.
Par une voix off étonnante
de conviction et ses attitudes éloquentes
il communique parfaitement au spectateur
l’angoisse montante du personnage,
jusqu’à l’effondrement
de celui-ci. Nous partageons avec intensité
son affolement, tandis que son esprit enfiévré
analyse des hypothèses successives
tâchant d’expliquer la situation
présente, avant d’avoir à
toutes les repousser implacablement.
Cette dimension de piège inexorable fait le prix de l’épisode, lui valant d’apparaître comme une digne entrée en matière de la nouvelle saison. La Quatrième Dimension renoue avec bonheur avec l’un de ses thèmes récurrents, l’avion ayant connu un étrange détour dans les inaccessibles mystères du ciel. On regrettera toutefois une conclusion pour une fois assez conventionnelle et démonstrative, à contresens de l’effet suscité jusque-là.
King
Neuf sans retour se caractérise
également par la toute première
présentation en personne de Rod Serling,
suite au succès de son apparition
dans Un monde à soi, mais
aussi par l’entrée en scène
de Marius Constant. Ce compositeur français
(1925-2004), l’un des fondateurs et
premiers directeurs de la radio France Musique,
collaborateur au long cours de Maurice Béjart,
est l’auteur du nouvel indicatif de
la série, repris ultérieurement
par La Cinquième Dimension.
Robert
Cummings (1908-1990) fut un acteur principalement
spécialisé dans les comédies.
Révélé dans les revues
du Broadway des années 30, notamment
les Ziegfeld Folies, il devint une vedette
du Hollywood d’après-guerre,
à travers de nombreuses comédies,
mais aussi en collaboration avec Hitchcock
(Le Crime était presque parfait,
1954). Il semble logiquement convaincant
ici, car il était un pilote accompli,
domaine dans lequel il fut instructeur et
commandant de bombardier décoré
durant la guerre. Son rôle le plus
célèbre à la télévision
fut d’ailleurs celui d’un ancien
pilote de chasse dans The Bob Cummings
Show (1955-1959).
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2. L’HOMME DANS LA BOUTEILLE
(THE MAN IN THE BOTTLE)

  
Date de diffusion :7 octobre 1960
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Don Medford
Arthur et Edna, un couple de brocanteurs d’âge mûr, connaissent une vie difficile, les affaires n’étant guère florissantes. Arthur libère par hasard un Génie de sa lampe et celui-ci lui accorde quatre vœux. Arthur va s’ingénier à trouver le souhait le plus favorable, mais tout va aller de mal en pis.
Les histoires comiques demeurent minoritaires dans l’anthologie, au point de presque apparaître comme des épisodes décalés. Leur réussite demeure inégale mais L’Homme dans la bouteille constitue l’une des perles de ce sous-genre. L’humour, tour à tour bon enfant puis davantage sardonique, joue de plusieurs cordes. Le couple d’antiquaires apparaît pittoresque et attendrissant, tandis que ses revers de fortune, suite aux réalisations vicieuses de ses vœux par un Génie des plus sournois, nous valent des gags aussi réussis que cruels. L’entrée en scène du contrôleur des impôts, voire d’Adolphe Hitler, témoigne même d’une écriture véritablement iconoclaste. L’épisode doit aussi beaucoup au jeu des comédiens : Luther Adler donne une humanité et un enthousiasme touchants à son personnage enivré par ce prétendu cadeau du destin, mais la palme revient à Joseph Ruskin qui nous régale d’un Génie matois et cynique, dont la personnalité maléfique se dissimule sous une onctueuse mais pressante courtoisie.
La
réalisation se montre très
réussie, avec une éloquente
mise en valeur des personnages, un grand
soin apporté à l’étonnant
décor du capharnaüm de la boutique
d’antiquités mais aussi quelques
savoureux effets spéciaux. Comme
toujours dans La Quatrième Dimension,
ils restent peu importants, n’écrasant
pas l’action mais lui apportant un
joli grain de fantaisie bienvenue, telles
la fumée s’échappant
de la bouteille ou la glace brisée
réparée. Ils contribuent efficacement
à l’aspect de fable revêtu
par l’histoire. En effet, au-delà
de l’amusement, l’épisode
développe une vraie morale, où
les promesses fallacieuses ne supplantent
pas la valeur de l’acquisition par
le travail et où les mirages de réussite
sociale s’effacent devant la primauté
de l’amour et de la solidité
d’un couple. À travers le happy
end finalement connu par les sympathiques
Arthur et Edna, le récit appelle
à profiter des joies simples de l’existence,
en évitant l’amertume tout
comme les frustrations suscitées
par l’excès d’avidité.
L’épisode
utilise avec brio la figure traditionnelle
du génie de la lampe, celui-ci apparaîtra
d’ailleurs par la suite à plusieurs
reprises dans les séries ultérieures,
y compris dans les X-Files où
l’excellent Je souhaite se lit comme un quasi remake de L’Homme dans la bouteille.
Au cinéma l’hilarant Endiablé d’Harold Ramis ou le cycle d’épouvante
du Wishmaster exploiteront une
veine similaire. Les amateurs de curiosités
liront avec profit La patte de singe (1902), une nouvelle particulièrement
macabre du spécialiste anglais W.W.
Jacobs, (traitant d’une version hindoue
du mythe).
Luther
Adler (1903-1984) fut une figure de Broadway,
à la fois comme acteur et comme metteur
en scène. Le cinéma (Mort
à l’arrivée, 1950)
et la télévision demeurèrent
périphériques dans sa carrière,
mais il participa néanmoins à
plusieurs séries importantes : Les Incorruptibles, Mission Impossible,
Hawaï Police d’État, Les
Rues de San Francisco…
Joseph
Ruskin (1924) est une figure récurrente
de Star Trek, où il apparaît,
sous des visages différents, dans
la série d’origine puis ses
différentes dérivées,
à la grande joie des fans. Il participe
à de nombreuses autres productions,
tout au long d’une prolifique carrière.
Toujours actif il participe à Bones en 2006 !
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3.
L’HOMME ET SON DOUBLE
(NERVOUS MAN IN A FOUR DOLLAR ROOM)

  
Date de diffusion :14 octobre 1960
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Douglas Heyes
Jackie Rhoades est un petit gangster sans envergure. Pour la première fois son patron vient de lui ordonner de commettre un assassinat. La veille du meurtre, il passe une nuit blanche très nerveuse dans un hôtel minable. Soudain une autre version de lui-même s’adresse à lui depuis un miroir.
L’intrigue
de Rod Serling mêle fort habilement
deux atmosphères différentes,
celle des films noirs et celle des
fantastiques. L’histoire paraît
tout d’abord archétypale du
film de gangsters : hôtel minable,
petit malfrat subissant la loi d’un
vrai dur, préparation d’un
forfait, dialogues bien calibrés.
Quand soudain surgit le surnaturel par le
biais du miroir magique, thème très
populaire chez les Anglo-Saxons, du Blanche-Neige de Walt Disney à Terry Pratchett
(Mécomptes de fées),
en passant par Lewis Carroll. Le tour de
force de l’épisode réside
dans l’habile combinaison de deux
genres : le focus du récit passe
successivement de l’un à l’autre
avec naturel et fluidité, dynamisant
l’ensemble. L’Homme et son
double (titre français médiocre)
ne se limite toutefois pas à un exercice
de style parfaitement agencé, et
évoque avec âpreté le
duel opposant la conscience à la
facilité au moment de chaque grande
décision. Ce récit, à
l’atmosphère très sombre,
débouche sur une conclusion, certes
quelque peu prévisible, mais finalement
volontariste, ce qui ne signifie pas exactement
un happy end !
La
mise en scène de Douglas Heyes, l’un
des meilleurs réalisateurs de l’anthologie,
témoigne du sens du détail
et de l’inventivité manifestés
lors de The After Hours la saison
précédente. Les excellentes
idées se comptent à foison,
comme la vue du haut illustrant avec éloquence
l’enfermement mental du personnage
(et permettant une vertigineuse présentation
par Serling), le placement subtil du personnage
vis-à-vis de son double, optimisant
les effets, l'utilisation inspirée
de la projection arrière sur le miroir,
les mouvements de caméra apportant
de la vie au huis clos ou le trucage final,
une nouvelle fois astucieux et percutant.
Parallèlement Joe Mantell campe avec
réussite son double personnage. Avec
intelligence aucun des deux ne ressort d’ailleurs
totalement positif, ressemblant davantage
à un duo dominant dominé qu’à
une vraie possibilité de rédemption.
On évite ainsi le piège de
la morale lénifiante au profit d’une
conclusion plus narquoise.
Cet
épisode particulièrement intense
bénéficia de plus d’une
postérité unique, car Robert
de Niro, dans un superbe hommage, reprendra
une phrase clé de son texte devant
le célèbre miroir de Taxi
Driver (1976) : You talkin' to
me ? You
talkin' to me ?.
Joe
Mantell (1920) est un habitué des polars
au cinéma (Storm Center 1956, Chinatown 1974). Au petit
écran il apparaît dans Le
Virginien, Mission Impossible,
Mannix (personnage semi récurrent
d’Albie Luce), Lou Grant, L’Amour
du Risque…
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4.
ALLEZ-VOUS-EN FINCHLEY !
(A THING ABOUT MACHINES)

 
Date de diffusion : 28 octobre 1960
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : David Orrick McDearmon
Critique gastronomique réputé, Bartlett Finchley est un homme snob et colérique, détestant son époque. Il a pris en grippe les appareils domestiques modernes, les insultant et les maltraitant perpétuellement. Ceux-ci en ont assez…
« Objets
inanimés, avez-vous donc une âme ? »
La Science-fiction et le Fantastique ont
depuis toujours cherché des réponses
à la célèbre interrogation
de Lamartine. Si certaines s’avèrent
délicieuses d’étrangeté
(Je vois un homme assis dans un fauteuil,
et le fauteuil lui mord la jambe, Sheckley/Ellison,
1968), il nous faut bien admettre que celle
évoquée par l’anthologie
ne compte pas parmi les plus abouties. En
effet plusieurs contresens viennent amoindrir
la réussite de l’épisode.
Cette évocation d’un homme aux prises avec un environnement domestique se transformant en cauchemar aurait dû se caractériser par une montée progressive de l’angoisse, jusqu’à l’insoutenable. Mais le récit, sans doute du fait de la personnalité de l’interprète principal, hésite continuellement entre cette voie et celle de la fantaisie humoristique. Cette digression perpétuelle se traduit par des mots d’esprits incisifs certes amusants, un numéro (parfois) réjouissant de Richard Haydn et quelques situations bien amenées, comme le gamin horripilant avec sa glace, mais tout ceci écartèle le discours au lieu de l’enrichir. De plus le dégradé de l’atmosphère ne se développe pas assez subtilement, on passe quasi immédiatement d’un calme à peine interrompu par quelques étrangetés au pandémonium final. De fait l’histoire demeure réellement minimaliste.
Les
réserves apportées à
la conduite du récit trouvent un
écho dans la mise en scène
de David
Orrick McDearmon. Certains trucages ressortent
pareillement d’une facétie
hors de propos, similaires à ce que Ma Sorcière Bien-Aimée illustrera avec un succès inégalé
dans un cadre tout différent (McDearmon
dirigera effectivement plusieurs épisodes
de cette série). C’est le cas
de ce rasoir transformé en cobra
ou de cette voiture censée paraître
terrifiante mais dont la poursuite du pauvre
Finchley résulte plus proche du cartoon que de Christine. En dehors
de ces moments particuliers la réalisation
se montre pertinente mais sans imagination
particulière. On se situe ici bien
loin de The After Hours, un épisode
au déroulement finalement assez comparable
mais assurément supérieur
en tous points.
Des
éléments positifs subsistent
cependant dont une accentuation de cette
agréable tonalité rétro
participant aujourd’hui au charme
de la série. En effet ces différents
objets présentés comme des
symboles de modernité apparaissent
aujourd’hui antédiluviens !
Surtout l’un d’entre eux va
valoir à l’épisode ses
meilleurs moments : la télévision.
Que cela soit par l’apparition maligne
de Rod Serling pour sa désormais
rituelle présentation, la diffusion
d’un flamenco endiablé étrangement
interrompu (seul moment vraiment déstabilisant
du récit) ou le prisme aux multiples
voix si évocateur du trouble panique
s’emparant du héros, l’étrange
lucarne s’impose comme le média
et le symbole principal du monde nouveau.
Preuve que, si La Quatrième Dimension se montre parfois inégale, elle a
parfaitement intégré les potentialités
ambivalentes de son support.
Richard Haydn (1905-1985) était un populaire comédien humoristique britannique, spécialisé dans les rôles d’excentriques. Il ne tourna pourtant jamais dans les Avengers ! S’il demeure remémoré pour de nombreuses productions radios à succès, il réalisa également de savoureuses créations à l’écran, comme celle du majordome Rogers dans la célèbre adaptation des Dix petits nègres par René Clair (1945). Il apparut également dans Ma Sorcière Bien-Aimée, Laredo, Des Agents Très Spéciaux… Il fut également la voix du Chapelier Fou dans Alice au Pays des Merveilles (1951).
Barney
Phillips (1913-1982) connut une grande popularité
dans les séries policières
des années 50 et 60 (Les Incorruptibles, Johnny Midnight, The Brothers Brannagan...).
Il apparaît également
dans trois autres épisodes : Le
Lâche, Y a-t-il un Martien dans la
salle ? et Miniature.
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Date de diffusion : 4 novembre 1960
Auteur : Charles Beaumont
Réalisateur : Douglas Heyes
Un Américain, égaré dans une zone reculée d’Europe centrale, est accueilli dans un monastère. Il se rend compte que les moines gardent un prisonnier ne cessant de hurler et de supplier qu’on le délivre. Le père supérieur affirme qu’il s’agit du Diable en personne…
Par
cet épisode aussi abouti que décalé
au sein d’une anthologie se voulant
tout à fait contemporaine, l’écrivain
Charles Beaumont continue à suivre
sa voie spécifique. Celle-ci se compose
de sa traditionnelle attraction morbide pour
l’horreur et d’une relecture avisée
des grands classiques de Poe ou Lovecraft,
dans la droite ligne de celle qu’il
mettra bientôt en œuvre au cinéma
avec Roger Corman et Vincent Price lors de
films admirables (Le Masque de la Mort
Rouge, La Malédiction d’Arkham). L’homme qui hurle en constitue
un saisissant et prometteur prologue. Dans
sa nouvelle initiale, et son adaptation ultérieure
pour l’anthologie, il dépoussière
et rend moins pesants les passages obligés
de cette école, tout en en conservant
le meilleur : narration à la première
personne intensifiant le récit, une
certaine inclination à la grandiloquence
sauvée par la beauté de la langue,
fascination épouvantée pour
le Mal, ainsi que certains éléments
incontournables du décor (orage, bâtisse
gothique…).
Au-delà
de cette atmosphère parfaitement installée,
le récit se construit avec grande efficacité,
avec un suspense maintenu jusqu’à
son terme. Un étonnant twist révèle que ce n’est pas
au spectateur que s’adresse le narrateur
et conduit à une chute des plus glaçantes.
On y distingue un élargissement moral
bien amené sur l’impossibilité
consubstantielle pour l’homme de mettre
fin au mal, y compris avec la meilleure volonté
du monde.
L’Homme
qui hurle apparaît également comme une
nouvelle démonstration du talent et
de l’ingéniosité du chevronné
Douglas Heyes, décidément l’un
des meilleurs metteurs en scène de
l’anthologie. Cette histoire aux imposants
dialogues aurait pu sembler statique, il n’en
est rien, tant Heyes apporte de la vie et
de l’impact à sa réalisation, via de suggestifs mouvements de caméra,
le choix toujours judicieux de plans effrayants
ou écrasants ou un magnifique travail
sur la lumière (on se situe assez près
de l’expressionnisme allemand). Comme
toujours chez lui, on retrouve des idées
originales et pertinentes pour tirer parti
au mieux du décor, notamment lors de
la révélation du Démon,
scandée par le passage derrière
des piliers successifs. Heyes utilise également
avec sagesse et parcimonie les effets spéciaux,
visuels ou sonores, ceux-ci ne venant qu’à
peine interférer avec le récit.
L’intrigue se voit de plus soutenue par une distribution étonnante de qualité. Wynant, qui tient sans doute ici le plus grand rôle de sa carrière, paraît comme habité par celui-ci, lui apportant une exceptionnelle intensité. Mais le plus enthousiasmant demeure la composition sublimement théâtrale du charismatique John Carradine, spécialiste du genre. Par sa stature, son phrasé et son indéniable ascendance, il confère une dimension inoubliable au Père Jérôme, décidément une figure à part au sein d’une anthologie privilégiant les personnalités ordinaires subissant leur destin.
Cette
allégorie particulièrement déstabilisante
autour de l’éternel Mythe de
Pandore reste un épisode dont l’intensité
ne s’oublie pas, l’un de ceux
participant à la renommée toujours
inaltérée de The Twilight
Zone.
H.M.
Wynant (1927) est une figure régulière
des séries américaines. Il participe
à Gunsmoke, Les Mystères
de l’Ouest, Max la Menace, Hawaï
Police d’État, Mission Impossible,
Dallas…
John
Carradine (1906-1988) fut un célèbre chef
de troupe de Broadway, montant notamment des
pièces shakespeariennes connaissant
un grand retentissement. Au cinéma
il fut également un acteur à
succès, spécialisé dans
les Westerns (L’Homme qui tua Liberty
Valence, 1962) et les films d’épouvante
(House of Dracula, 1945). Il fut
également Aaron dans Les Dix Commandements (1956). Sa voix profonde et sonore contribue
beaucoup à sa popularité. John
Carradine était ainsi surnommé
« Bard of The Boulevard »
pour son habitude de déclamer du Shakespeare
durant ses promenades. Il est le père
de quatre acteurs, dont David, popularisé
par la série Kung Fu (1972-1975).
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Date de diffusion : 11 novembre 1960
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Douglas Heyes
Dans une société futuriste, où l’on cantonne les personnes au physique ingrat dans des ghettos, une jeune fille au visage hideux doit absolument subir avec succès une opération lourde de chirurgie esthétique pour espérer rester dans la norme.
Aux
antipodes des productions hospitalières
frelatées flétrissant nos
écrans, La Quatrième Dimension réussit un authentique coup de maître
à l’occasion d’un de
ses épisodes les plus célèbres
et objet de nombreuses reprises. L’Œil
de l’admirateur constitue une
éblouissante variation autour de
la célèbre phrase d’Oscar
Wilde « La beauté est
dans l’œil de celui qui regarde »
(évoquée au cours de l’histoire),
doublée d’un exercice de style
totalement original et audacieux :
filmer la quasi totalité d’un
épisode en dissimulant le visage
des personnages.
Pour
réussir un pari aussi risqué,
c’est fort logiquement que Rod Serling
va s’adresser à son metteur
en scène le plus imaginatif, Douglas
Heyes. Usant de toute une gamme d’artifices
(ombres et lumières, vues de loin,
plans biscornus, mouvements des interprètes…)
celui-ci va parvenir à tenir la gageure,
sans trop sacrifier le naturel de l’action
et en développant une atmosphère
aussi étrange qu’oppressante.
Regarder les bandages tomber via les yeux de la patiente s’avère
également une grande idée.
Les maquillages, d’un terrible impact,
feront également date.
On
applaudit par ailleurs à la
performance de Maxine Stuart, qui restitue
avec force les tourments endurés
par son personnage, sans avoir recours aux
expressions du visage. Ses mouvements corporels
et sa voix se montrent d’une rare
éloquence, même s’il
lui faut s’appuyer sur une certaine
théâtralité. Les autres
comédiens se montrent également
parfaitement convaincants.
Mais
Rod Serling ne se borne pas à la
virtuosité, son récit demeurant
également dans les mémoires
pour ses différents niveaux de lecture.
Au-delà du tragique drame humain
et d’une vibrante dénonciation
de l’autoritarisme des canons de la
beauté (avec plus de force encore
que Nip/Tuck ultérieurement),
l’auteur élargit son propos
aux doctrines unificatrices des dictatures,
dans une satire cinglante des discours des
différents fascismes ayant endeuillé
le siècle, jusqu’à évoquer
la solution finale. Enfin, via l’un des retournements de situation
les plus fameux de l’histoire des
séries télé, il déstabilise
totalement le spectateur, l’invitant
à s’interroger sur la notion
même de normalité et d’aberration.
The
Eye of the Beholder (titre qui évoquera de grands souvenirs
à ceux ayant pratiqué jadis
le Jeu de Rôle), qui n’a en
rien perdu de son actualité aujourd’hui,
bien au contraire, se verra repris dans La Treizième Dimension (2003).
Il fait partie des épisodes de La
Quatrième Dimension les plus
souvent évoqués ou parodiés
dans d’autres productions télévisées,
notamment par Les Simpson, Futurama et Family Guy, coutumiers du genre,
mais aussi dans Night Gallery (1970-1973),
par Serling lui-même. Le satirique Saturday Night Live n’hésita
pas à en produire un pastiche déjanté
où la laideron éplorée
nétait interprétée
par nulle autre que Pamela Anderson !
Donna Douglas (1933), ancienne Miss New Orleans, fut très populaire durant les années 60 pour sa participation récurrente et centrale à la sitcom humoristique au long cours The Beverly Hillbillies (1962-1971). Celle-ci, extrêmement connue aux États-Unis, créa un sous genre, marqué par l’opposition culturelle et sociale des personnages (Le Prince de Bel-Air, The Nanny…). Donna Douglas tint quelques autres rôles, avant de se reconvertir dans l’immobilier.
Maxine Stuart (1918) joue la jeune héroïne encore dissimulée par les bandages, Donna Douglas intervenant après la révélation. Elle participa également à Les Rues de San Francisco, Le Fugitif, NYPD Blues, Chicago Hope…
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Date de diffusion : 18 novembre 1960
Auteur : Richard Matheson
Réalisateur : Richard
L. Bare
Au
cours de leur lune de miel, Don et Pat Carter,
de jeunes mariés, font une halte
dans la cafétéria d’une
tranquille petite bourgade. Une machine
à sous amusante leur propose des
prédictions de fantaisie contre de
petites pièces. Or ces prophéties,
innocentes en apparence, vont se révéler
d’une redoutable précision.
Cet épisode brillantissime représente la quintessence du style de Richard Matheson. En effet il y exploite avec un talent unique son idée d’une immixtion d’un étrange original et déroutant au sein d’une normalité tout à fait contemporaine. Cette réalité consensuelle se fissure ainsi devant les yeux de quidams totalement dépassés, se découvrant les héros d’une histoire les écrasant. Il reste très éloquent de comparer cet épisode avec le précédent, tout aussi abouti, mais cette fois emblématique des conceptions absolument opposées de Beaumont. Aux grandes orgues majestueuses de ce dernier succède la petite musique de Matheson, subtilement discordante et troublante, d’une inaltérable modernité.
Le Fantastique, au lieu de s’imposer d’emblée par une brusque révélation, comme lors de cet autre chef-d’œuvre que constitue Un monde différent, vient ici s’installer par un subtil dégradé. D’une divertissante anecdote le spectateur glisse en compagnie du jeune couple jusqu’au cœur d’un effroyable cauchemar, dont l’horreur semble d’autant plus indicible qu’elle demeure impalpable. Jusqu’au bout l’auteur entretient une savante ambiguïté sur la nature du phénomène : évènement surnaturel ou simple projection des hantises d’un héros dépressif, se conformant à des prophéties ainsi justifiées ultérieurement. Sans trémolo ni pathos, Matheson dresse de plus un percutant plaidoyer pour la liberté, y compris avec ses inconnues et ses périls, si préférable à la soumission à l’obscurantisme ou à toute autre forme de tyrannie.
La mise en scène de Richard L. Bare se montre astucieuse. Elle instaure une atmosphère ensoleillée de paix et de joie de vivre (encore plus sensible de nos jours avec l’aspect désormais rétro de l’épisode), ce qui, par contraste, rend d’autant plus déstabilisant l’irruption d’un absurde diabolique au sein d’une aimable cafétéria. En fluidifiant l’action et en multipliant les rencontres annexes, Bare empêche toute impression de sur-place. Il évite également le contresens absolu qu’aurait représenté, au sein de la vision de Matheson, le moindre trucage pétaradant.
L’interprétation
couronne le flamboyant succès de
l’épisode. La très sensible
Patricia Breslin défend admirablement
son personnage de frêle épouse
finalement plus solide que son mari et fait
regretter qu’elle n’ait pas
connu une plus grande carrière. Mais,
avouons-le, la grande attraction demeure
la présence de Bill Shatner, encore
bien vert quelques années avant de
s’embarquer à la tête
de la Patrouille du Cosmos. Outre la curiosité
immédiate, on s’amuse beaucoup
à voir le Shat camper un homme fragile,
en proie à la panique et à
la superstition avant de devoir son
salut à son épouse. Un exercice
de style (repris en partie dans Cauchemar
à 20 000 pieds) qu’il
n’aura plus guère l’occasion
de réitérer après son
passage dans La Quatrième Dimension !
Il s’en sort avec les honneurs, même
si un certain manque de métier se
perçoit encore.
Nick of Time, nouveau classique dû à la plume ensorcelée de Richard Matheson, reste l’un des épisodes les plus remémorés de l’anthologie et se verra d’ailleurs repris dans La Treizième Dimension, avec une version malheureusement sensiblement plus médiocre. De nombreux fans en considèrent Nightmare at 20,000 Feet comme une suite, avec d’ailleurs un certain soutien de la part de Matheson, mais ceci est une autre histoire !
Patricia Breslin (1931) connut son heure de gloire au cours des années 50 et 60, après lesquelles elle mit un terme à sa carrière. Tout en apparaissant régulièrement à Broadway, elle participa à plusieurs séries : Peyton Place, General Hospital, Maverick, Perry Mason…
William
Shatner (1931) reste bien entendu l’inoubliable
Capitane Kirk de Star Trek Classic (1966-1969, sept films), un univers pour
lequel il écrivit également
plusieurs romans et ouvrages. Mais la carrière
de ce flamboyant extraverti, souvent surnommé
« Bill » ou « The
Shat » par ses nombreux fans,
ne se limita pas à l’Enterprise.
Outre qu’il s’essaya à
la chanson comme à bien d’autres
activités (dont les romans de Science-fiction
à succès Tekwar),
il tint également une place centrale
dans Hooker (1982-1986)
et dans Boston Legal (2004 à
2008). Il joue également dans The
Outer Limits, Des Agents Très Spéciaux,
Mission Impossible, Kung Fu, Columbo, The
Practice…) et dans un autre
épisode de l’anthologie, Cauchemar
à 20 000 pieds. Shatner, très
présent sur Internet, a également
fait paraître son autobiographie en
2008, Up Till Now.
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8.
LES ROBOTS DU DR. LAUREN
(THE LATENESS OF THE HOUR)


Date de diffusion : 2 décembre 1960
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Jack Smight
Le Dr Lauren, grand spécialiste des robots, vit reclus et entouré de ses créations. Sa fille Jana ne le supporte plus et désire ardemment une vie plus normale. Elle impose à son père de se débarrasser de tous ces serviteurs mécaniques à l'apparence humaine.
Les Robots du Dr. Lauren marque le premier véritable échec de cette saison 2. L’histoire détonne par sa linéarité et son manque d’intensité, soulignés par une chute des plus prévisibles. Le ton des dialogues se fait volontiers guindé pour les parents, harassant à force d’exclamations véhémentes chez Jana. On voit bien que Serling a tenté d’écrire une parabole de la rébellion de la jeunesse frémissante du début des années 60, dont la soif de liberté aventureuse vient se heurter au conformisme et à la quiétude matérielle de ses aînés. Si quelques échanges paraissent, dans cette optique, fort bien trouvés, ils se noient dans un déluge de lieux communs sentencieux assez pénible.
De
plus le récit n’installe aucun
temps fort ou crispation. Au contraire il
s’endort dans une répétitivité
consternante. À plusieurs reprises,
l’on voit le ton monter, Jana sortir
du salon, piquer une crise avec les robots,
puis revenir à la confrontation,
et ainsi de suite. On regrette également
que la révélation finale survienne
aussi soudainement ! La Quatrième
Dimension parvient quasi toujours à
nous offrir des récits palpitants
pour porter ses sous-entendus, ici on en
est hélas loin.
Les
robots se montrent quasi dépourvus
de toute menace ou ambiguïté
(à de trop rares exceptions près),
d’où une atmosphère
plus digne d’une sitcom familiale
versant progressivement dans la démesure
que d’une anthologie de Science-fiction.
L’intrigue souffre également
d’une redoutable confrontation avec
les célèbres histoires de
Robots d’Isaac Asimov (certaines déjà
publiées au début des années
50), avec lesquelles elle partage une ressemblance
illusoire. Ici l’on ne trouve point
de détournement ludique des Trois
lois de la robotique, mais essentiellement
des situations à la vaine grandiloquence.
La mise en scène totalement amorphe de Jack Smight vient accentuer le marasme de l’histoire, avec de plus une involontaire circonstance aggravante. Les Robots du Dr. Lauren constitue en effet le premier des six épisodes tournés en kinescope, et le contraste avec la qualité d’image habituelle se montre des plus criants. On se situe réellement au pire niveau connu par la première période des Avengers ! L’expérience ne sera d’ailleurs pas renouvelée. Si John Hoyt manifeste un métier certain et une solide présence, il faut bien avouer que la charmante Inger Stevens ne réitère pas son éblouissante prestation de L’auto-stoppeur. La dimension caricaturale et outrée de son personnage la pousse à surjouer, un écueil qu’elle ne parvient pas à éviter.
Inger
Stevens (1934-1970), actrice américaine d’origine
suédoise, débuta à
16 ans dans des revues, avant de devenir
élève de l’Actor’s
Studio en 1955. Après plusieurs fugaces
apparitions au cinéma et de nombreuses
publicités, le début des années
60 la voit accéder à la célébrité
par la télévision (Alfred
Hitchcock Présente, Bonanza,
rôle récurrent dans The
Farmer’s Daughter, 1963-1966…).
Par la suite, malgré une santé
très fragile, elle passa avec succès
au cinéma (Pendez-les
haut et court, 1967 ; Madigan, 1968…), tout en faisant
les délices des échotiers
par ses nombreuses liaisons : Anthony
Quinn, Harry Belafonte, Dean Martin, Burt
Reynolds… Après une première
tentative en 1959 (suite à une rupture
avec Bing Crosby), elle se suicide le 30
avril 1970 par l’absorption d’un
mélange de médicaments et
d’alcool. Elle participe également
à l’épisode L'auto-stoppeur.
John
Hoyt (1905-1191) apparut dans de nombreuses séries
télé : Papa Schultz, Star
Trek, The Monkees, Max la Menace, Kolchak,
Battlestar Galactica... Il participe
également à l'épisode Y a-t-il
un Martien dans la salle ?.
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9.
RETOUR VERS LE PASSÉ
(THE TROUBLE WITH TEMPLETON)

  
Date de diffusion : 9 décembre 1960
Auteur : E. Jack Neuman
Réalisateur : Buzz Kulik
Templeton, comédien vétéran de Broadway, vit dans la nostalgie de ses vertes années. Son second mariage n'est guère enthousiasmant, de même que l'état de sa carrière. Après un accrochage avec un metteur en scène autoritaire, il s'enfuit et se retrouve soudain transporté à l'époque de sa jeunesse.
L’épisode
reprend un thème très similaire
à celui de Souvenir d’enfance (saison 1) : le voyage dans le temps
à la rencontre de sa jeunesse. Toutefois
il se montre bien supérieur dans le
traitement de cette idée. Ainsi, au
lieu d’un profil finalement très
standard, le héros se voit finement
décrit, et doté d’une
riche personnalité. Templeton manifeste
beaucoup d’élégance et
de finesse d’esprit dans ses lucides
récriminations contre l’âge
mûr et les misères de l’existence,
magnifiées par la personnalité
et le métier de Brian Aherne. De plus
l’intrigue se montre plus sombre et
audacieuse. La jeunesse était présentée
précédemment comme un âge
d’or révolu. Ici il apparaît
que cette Atlantide doit immensément
aux mirages de la nostalgie et qu’une
redécouverte entraînerait bien
des désillusions…
Quand
soudain, annoncée par un admirable
jeu d’ombres et lumières de la
part de l’imaginatif Buzz Kulik, surgit
une étonnante révélation
! Celle-ci permet à la subtile intrigue
de Neuman d’acquérir une nouvelle
dimension et de se conclure par une évocation
éloquente et sans emphase de la magie
du théâtre, sublimant la réalité
tout en lui tendant un miroir des plus convaincants.
Les comédiens, provenant pour la plupart
de Broadway, apportent beaucoup de conviction
et de sincérité à cet
hommage de la télévision à
son prestigieux et inaltéré
ancêtre. L’ultime scène
de la répétition se montre d’ailleurs
d’une émotion réellement
communicative.
Neuman ne se limite d’ailleurs pas à célébrer la statue du Commandeur et évoque avec une pertinente ironie ce petit monde, entre ego des comédiens et du metteur en scène (épatant Sydney Pollack dans un rôle ironique parfaitement choisi !) et vulgarité des financiers. On apprécie d’ailleurs de voir les deux premiers se réconcilier au détriment du dernier ! De plus les folles années 20 et la Prohibition se trouvent évoquées avec une grande efficacité compte tenu des moyens limités de la mise en scène ; on ne serait qu’à moitié étonné de voir soudain débouler Eliot Ness et ses Incorruptibles !
Le
texte très brillant de E. Jack Neuman
vient confirmer qu’une variété
d’auteurs n’entame pas la cohérence
de l’anthologie, tout en pouvant lui
apporter un sang neuf extrêmement vivifiant !
Brian Aherne (1902-1986), comédien britannique, vint à Broadway au début des années 30. Il y connut un immense succès jusqu'à la fin des années 60, en se spécialisant dans les rôles de gentlemen de la haute société. Il mena également une belle carrière au cinéma, qui lui valut une nomination à l'Oscar pour son interprétation de l'empereur Maximilien (Juarez, 1939). Il fut l'époux de Joan Fontaine.
Sydney Pollack (1934-2008) fut un réalisateur majeur du cinéma américain. Il débuta sa carrière avec des mises en scènes remarquées de séries télé (Le Fugitif, Alfred Hitchcock Présente...) avant d'accumuler les succès au cinéma : On achève bien les chevaux (1969), Les Trois Jours du Condor (1975), Tootsie (1982), Out of Africa (1985), La Firme (1993)... Il mena également une carrière d'acteur, apparaissant dans plusieurs films et séries (Frasier, Dingue de toi, Will & Grace, Les Soprano, Entourage...).
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10.
FUTUROGRAPHE
(A MOST UNUSUAL CAMERA)

   
Date de diffusion : 16 décembre 1960
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : John Rich
Un couple de voleurs de bas étage dérobe un appareil photo instantané dans un magasin d'antiquités. Ils lui découvrent une étrange propriété : les photographies prises montrent des évènements appartenant à un proche avenir. Nos héros vont tenter d'exploiter cette merveille...
Reprise
sous un angle nettement plus angoissant
par Stephen King dans Le Molosse
surgi du Soleil, cette géniale
idée d’un appareil photo
révélant l’avenir
nous vaut ici une farce absolument hilarante.
Le brillant texte de Serling sait varier
ses effets car l’on se situe dans
un premier temps dans une joyeuse fantaisie,
où le Fantastique permet une
satire bien croquée des films
de gangsters de l’époque.
Puis la mécanique de l’histoire
devient totalement folle, nous faisant
basculer dans un humour noir très
revigorant où les personnages
tombent les uns après les autres
dans une sarabande macabre mais finalement
logique à sa manière.
La vive imagination de l’auteur
exploite au mieux le postulat de départ,
tout en tissant une habile parabole
de la prédisposition humaine
à se condamner à la catastrophe
par excès d’avidité,
malgré les avertissements les
plus explicites. Un constat toujours
d’actualité, hélas
!
Les
personnages se voient joliment croqués,
entre un frère et une sœur
à la bêtise désespérante,
dignes des frères Strokes des X-Files (Je souhaite),
mais aussi un mari plus intelligent
et imaginatif. Sa grandiloquente volonté
de rédemption, vite oubliée
devant le pactole promis, attouche à
la grande comédie italienne.
L’accent de l’onctueux et
aigrefin employé d’hôtel,
ainsi que l’inscription ornant
le fatidique appareil ("Dix photos
à la propriétaire")
apportent une connotation française
des plus plaisantes à un épisode
déjà parfaitement réjouissant.
En VO, car en VF le personnage présente
un solide accent allemand, et se prénomme
Peter au lieu de Pierre ! Tous
les interprètes se montrent épatants,
apportant beaucoup de verve à
ces pieds nickelés totalement
dépassés par les évènements.
La mise en scène de John Rich
s’ingénie avec succès
à vivifier une action quasiment
délimitée dans une chambre
d’hôtel mais souffre quelque
peu des contraintes budgétaires,
avec notamment des inserts particulièrement
évidents.
Fred Clark (1914-1968) occupa de nombreux seconds rôles au cinéma (Le Crime était presque parfait, 1947) et fut une figure régulière des séries américaines : Les Incorruptibles, Addams Family, Laredo, Jeannie de mes Rêves, The Beverly Hillbillies...
Marcel
Hillaire (1908-1998),
d'origine franco-allemande, tint tout
au long de sa carrière des rôles
de Français. Relevant le plus
souvent de la comédie, ces personnages
se définissaient par des patronymes
des plus caractéristiques et
un accent joyeusement typé !
Il participa à : Des Agents
Très Spéciaux, The Girl
from UNCLE, The Rogues, The Time Tunnel,
I Spy, Max la Menace, Mission Impossible...
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11.
LA NUIT DE NOËL
(NIGHT OF THE MEEK)

 
Date
de diffusion : 23 décembre 1960
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Jack Smight
Un
clochard, Henry Corwin, est engagé
la veille de Noël pour jouer le Père
Noël dans un grand magasin. Hélas,
il est renvoyé du fait de son penchant
très marqué pour l’alcool.
Dans la rue il trouve alors un sac rempli
de cadeaux. Les miracles ne font que commencer !
Le calendrier impose cet épisode à Serling, où l’on ne reconnaît absolument pas l’esprit de l’anthologie. Évidement le récit exprime avec efficacité certaines réalités à propos de l’esprit mercantile de Noël, de la dureté de la vie et de l’espoir que représentent malgré tout les enfants et leur enthousiasme. Le tout évite de plus le piège de la dialectique sentencieuse en développant les personnages finalement humains et guère antipathiques du commerçant et plus encore du policier. Un certain courage s’observe également avec la présence d’un enfant noir à une époque où cela n’entrait guère dans les mœurs de la télévision.
Mais
tout de même, le récit s’engouffre
dans un tunnel de mièvrerie édulcorée
digne des contes pour enfants, et totalement
étranger à l’esprit
sombre et dérangeant animant les
plus grands moments de La Quatrième
Dimension. On se croirait dans les
séries édifiantes peuplant
les programmes de l’époque,
sinon sur le Disney Channel. La
chute se montre particulièrement
puérile et de premier degré
: on doit se pincer pour y croire !
Le jeu des comédiens, lui aussi trop
sucré, participe à cette déception,
d’autant que la mise en scène
de Jack Smight ne relève guère
le niveau. Fort heureusement pour ce second
épisode tourné en kinescope,
la qualité de l’image s’avère
meilleure que lors des Robots du Dr
Lauren.
Malgré
quelques bonnes idées La Nuit
de Noël marque un certain abandon
de la série face aux contraintes
du temps. Un remake en sera cependant
réalisé en 1985 pour La
Cinquième Dimension. Durant
la troisième saison, The Twilight
Zone saura créer un épisode
de Noël digne d’elle, avec l’étonnant Cinq personnages en quête d’une
sortie.
Art
Carney (1918-2003) eut de nombreuses cordes à
son arc : chanteur de jazz à
succès, partenaire de Walter Matthau
à Broadway, acteur de radio... À
l’écran il apparut dans Lassie,
Batman, Le Virginien, The
Honeymooners...
Il devait reprendre le rôle du Père
Noël à plusieurs reprises au
cours de sa carrière, notamment dans The night they saved Christmas,
en compagnie de Jaclyn Smith (1984).
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Date de diffusion : 6 janvier 1961
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Douglas Heyes
Au Far-West un jeune mexicain va être pendu car, ivre, il a provoqué un accident tuant un enfant. Désespéré, son père achète à prix d’or une poudre magique censée sauver son fils par miracle. Mais le charlatan qui la lui vend est aussi celui qui a fourni la corde destinée à la pendaison…
Nouvelle
incursion dans le Weird West pour La Quatrième
Dimension, un style auquel l’Européen
restera sans doute plus insensible que l’Américain,
mais qu’elle a souvent su exploiter
avec succès. Cet épisode étonne
par la quasi absence de Fantastique qu’il
véhicule. En effet l’intrigue
raconte bien davantage une étonnante
facétie du destin, l’enchaînement
des causes et des effets se comprenant sans
aucune intervention du surnaturel. Et pourtant
l’étrange surgit dans ce village
agonisant, grâce à la mise en
scène une nouvelle fois remarquable
de Douglas Heyes. Par ses angles finement
alambiqués, sa maîtrise raffinée
de l’éclairage, ses plans distordus
des visages, sa manière empreinte d’onirisme
de filmer la potence, il apporte une dimension
supplémentaire magnifiant le récit.
Il
se voit soutenu par le merveilleux travail
des comédiens, n’hésitant
pas à jouer cette fable tragi-comique
sur un tempo théâtral
tout à fait discordant avec ce que
l’ont observe habituellement à
cette époque dans les Westerns. Tout
à son affaire l’imposant Thomas
Gomez nous régale d’une prestation
hors normes en marchand ambulant picaresque
et truculent, non sans rapport avec
la version de Lucifer en maquignon avisé
qu’il offrit dans Immortel, moi,
jamais ! Cet entrecroisement fructueux
de talents très divers est mis au service
d’une fable où la cruauté
et la soif de vengeance se voient contrecarrées
par la destinée, mais davantage encore
par l’humanité et l’aptitude
au pardon démontrées par les
personnages. Sans emphase l’épisode
constitue un éloquent plaidoyer en
défaveur de la justice dépourvue
de pitié, nettement en avance sur son
temps.
Pour
l'anecdote : cet épisode fut diffusé
la veille du lancement de Chapeau Melon
et Bottes de Cuir en Grande-Bretagne
!
Thomas
Gomez (1905-1971) demeura très lié
à Broadway, où il avait débuté
dans les années 20. Spécialisé
dans les rôles inquiétants, il
apparut néanmoins au cinéma
(Le Secret de la planète des singes,
1970) et à la télévision
(Le Virginien, Ma Sorcière Bien-Aimée,
Gunsmoke…). Il joua un grand rôle
dans le développement du syndicalisme
des acteurs. Il participe également
à l’épisode Immortel,
moi, jamais !.
John
Larch (1914-2005) connut une prolifique carrière
de second rôle, principalement dans
les films de genre (Westerns, policiers ou
films de guerre), où il s’était
spécialisé dans les rôles
d’autorité, shérif ou
officier. Il participe à plusieurs
films de, ou avec, son ami Clint Eastwood : Un frisson dans la nuit (1971), L’Inspecteur
Harry (1971, comme chef de la police)… À
la télévision il apparaît
dans Le Fugitif, Les Envahisseurs, Bonanza, Police Woman, Cannon,
Les Rues de San-Francisco, Dallas,
Dynastie... Jon Larch joue dans deux
autres épisode de La Quatrième
Dimension : La poursuite du
rêve et C’est une belle
vie.
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13.
LE RETOUR
(BACK THERE)

 
Date
de diffusion : 13 janvier 1961
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : David Orrick McDearmon
Un homme voyage dans le temps et va tenter d’empêcher l’assassinat d’Abraham Lincoln, le 14 avril 1865. Mais rien ne va se passer comme prévu.
D’une
manière amusante, le précédent
épisode de Russel Johnson (Exécution)
gravitait déjà autour du voyage
temporel. On le voyait en ramener un assassin
condamné à mort, mais ici il
est lui-même le voyageur, soit une posture
beaucoup plus traditionnelle. C’est
d’ailleurs ce très grand classicisme
qui vient priver Le Retour de l’essentiel
de son impact. Cette situation d’une
expédition dans le passé visant
à contrecarrer le fil du temps, mais
aux conséquences inattendues, reste
l’un des fondements les plus exploités
de ce vaste thème de la science-fiction.
Déjà Barjavel, dans Le Voyageur
imprudent (1944), accomplissait la somme
du sujet, d’une manière bien
plus troublante, tandis que l’épisode
des X-Files, Aux frontières
du jamais, échouera pareillement
à aller au-delà du cliché.
En effet l’intrigue ne distille que
quelques péripéties convenues
à partir du postulat initial, jusqu’à
une chute finalement assez prévisible
et anecdotique.
Si
cette idée de paradoxe temporel ne
se voit pas exploitée avec l’audace
magistrale de Ray Bradbury dans Un coup
de tonnerre (1952), l’épisode
retrouve tout de même quelque intérêt
dans ses aspects périphériques :
la musique est excellente, la reconstitution
historique paraît de bonne facture,
et l’interprétation des divers
comédiens, en premier lieu de Russel
Johnson, demeure convaincante. Surtout on
apprécie la dimension culturelle très
américaine du récit, avec la
primauté toujours maintenue d’Abraham
Lincoln dans l’esprit collectif de la
nation, son assassinat, même après
avoir accompli l’essentiel de son œuvre,
demeurant ici la pierre d’achoppement
majeure de l’Histoire. Rappelons que Le Retour a été réalisé
avant l’attentat contre Kennedy !
Le portrait des patriciens WASP de la Côte
Est vaut aussi le coup d’œil,
maintenant les mœurs de la mère
patrie via un club dans la meilleure
tradition londonienne, tout en affirmant leur
particularisme par les portraits de Washington,
Lincoln ou Roosevelt, et jusqu’à
une réplique réduite du Washington
Monument !
Russel
Johnson (1924) fut médaillé pour ses
exploits aériens durant la Guerre du
Pacifique. Il débuta sa carrière
durant les années 50, en accumulant
les seconds rôles dans les Westerns
et les films de Science-Fiction (It came
from Outer Space, 1953 ; Les Survivants
de l'Infini, 1955...). Durant les années
60 et 70, il intervient dans un nombre important
de séries télé (Au-Delà
du Réel, Les Envahisseurs, Lassie...)
mais reste surtout connu pour son rôle
du Professeur dans L'Île aux Naufragés (1964-1967). Il participe également
à l’épisode Exécution.
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14.
RIEN QUE LA VÉRITÉ
(THE WHOLE TRUTH)


Date de diffusion : 20 janvier 1961
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : James Sheldon
Harvey
Hunnicutt, un vendeur de voitures d’occasion,
hâbleur et menteur comme un arracheur
de dents, fait l’acquisition d’un
véhicule pour une bouchée de
pain. Mais celui-ci est ensorcelé :
son propriétaire se voit forcé
de toujours dire la vérité,
jusqu’à ce qu’il parvienne
à s’en débarrasser !
Avouons
que le propos de l’épisode semble
des plus limités. À travers
une aimable fantaisie Serling utilise la figure
rituelle du vendeur de douteuses voitures
d’occasion, un personnage aperçu
dans de multiples productions américaines
de toutes époques. L’idée
de la véracité obligée
ressort certes amusante – elle sera
d’ailleurs reprise par Jim Carrey dans Menteur, menteur (1997) –,
mais l’intrigue demeure tout de même
minimaliste et dépourvue du second
degré identitaire de l’anthologie.
De fait l’auteur laisse quartier libre
à Jack Carson, dont la présence
et l’abattage rendent effectivement
amusant cet escroc attachant, plus stimulé
par la passion de la vente que réellement
crapuleux.
La
chute traditionnelle relève ici davantage
de la pirouette, certes surprenante et apportant
une originalité au récit en
le situant pleinement dans son actualité.
L’épisode fut en effet diffusé
le jour même où Kennedy prononçait
son discours d’investiture ! La
mise en scène s’avère
pareillement paresseuse, se contentant de
s’attacher aux pas de Carson, tout en
filmant le stand up dynamique de
ce dernier. Un numéro d’acteur
sympathique pour un épisode manquant
cruellement de consistance, de plus pénalisé
par le tournage en kinescope et dont la bande-son
française n’a été
que partiellement retrouvée.
Jack
Carson (1910-1963) fut un robuste acteur canadien,
très populaire dans le cinéma
des années 40 et 50 pour ses créations
comiques. Il se spécialisa dans les
personnages de fanfarons sûrs d’eux,
régulièrement tournés
en ridicule par les évènements
(The male Animal, 1942 ; La Brune
brûlante, 1952). Il tint cependant
plusieurs rôles dramatiques remarqués
(Le Roman de Mildred Pierce, 1945).
Carson décéda prématurément
d’un cancer de l’estomac qui choqua
le public du fait de la forte vitalité
qu’il manifesta toujours à l’écran.
George Chandler (1898-1985) se rendit célèbre pour le rôle d’Oncle Pétrie, aux commencements de la série Lassie (1954-1973). Il fut également un acteur apparaissant fréquemment dans les sérials de Western des années 50.
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Date de diffusion : 27 janvier 1961
Auteur : Richard Matheson
Réalisateur : Douglas Heyes
Une
femme âgée, vivant seule dans
une ferme isolée, subit l’intrusion
de visiteurs venus de l’espace. Ceux-ci
sont minuscules mais néanmoins redoutables,
car bénéficiant d’une
technologie extrêmement avancée.
La confrontation ne tarde pas à dégénérer
en un duel à mort…
Ce
chef-d’œuvre impressionne par
la force de son propos et l’originalité
de sa forme. Il s’agit en effet d’un
épisode totalement muet, hormis le
message final des Envahisseurs, d’ailleurs
récité par Douglas Heyes en
personne. Mais, bien loin de se résumer
à un simple exercice de style, il s’agit
sans doute de l’un des épisodes
les plus marquants de l’anthologie,
aux confluents de la Science-fiction et de
l’Épouvante.
La raison d’un tel succès réside dans l’association féconde de grands talents qui, comme galvanisés par la splendeur de leur projet commun, vont apparaître à leur meilleur niveau. En premier lieu, Richard Matheson, dont le talent a déjà amplement été démontré par l’anthologie, concocte ici un récit parfaitement anxiogène, dont l’effroi et la paranoïa ne cessent de croître continuellement. Les effets s’avèrent parfaitement dosés et l’intrigue se suit sans temps mort aucun. Quant à la chute que nous réserve ce spécialiste du genre, elle représente l’une des plus renversantes de l’ensemble de la série ! Grâce à son don unique de conteur il nous fait vivre comme un cauchemar éveillé, admirablement soutenu par un Douglas Heyes dont l’épisode constitue le chant du cygne au sein de La Quatrième Dimension.
Malgré l’habileté du scénario, rendre palpitante une histoire muette, enserrée dans un huis clos parfaitement circonscris, où les adversaires ressemblent à de minuscules poupées, relevait de la gageure la plus absolue. Le talentueux réalisateur va y parvenir haut la main, malgré l’évidente faiblesse des moyens matériels dont il dispose. Si les effets spéciaux paraissent certes archaïques, la mobilité de la caméra, le choix toujours idéalement suggestif des angles de vues et la maîtrise consommée de l’éclairage vont élever le spectacle au rang de joyau du suspense horrifique. L’on ne dira jamais assez à quel point The Twilight Zone constitue une apothéose du Noir et blanc au moment où cette technique en arrive à son terme, Les Envahisseurs apportant une démonstration magistrale de cette maîtrise de la photographie. La musique et les effets sonores de Jerry Goldsmith apportent également une très efficace contribution à l’intensité sans égale du récit.
Mais
en dernier ressort c’est bien sur les
épaules de la vétérane
et talentueuse Agnes Moorehead que repose
le succès de l’épisode.
Elle se joint ici à l’ensemble
des futurs comédiens de Bewitched apparaissant dans La Quatrième
Dimension, mais dans un rôle n’évoquant
en rien la célèbre Endora. Nous
sommes face à une forte femme qui,
malgré sa terreur initiale, sa souffrance
physique et son absence de tout pouvoir particulier,
va s’ingénier à survivre
puis à annihiler la menace. L’actrice,
dans une composition d’une rare force,
incarne à merveille les sentiments
de l’héroïne, l’âpreté
de son combat à mort et la rage terminale
qui la saisit quand survient l’heure
de la vengeance. Son jeu magistral et son
expérience parviennent à sublimer
le handicap de l’absence de parole en
un expressionnisme du visage et du corps absolument
admirable.
On
note la présence d’une réplique
miniature de la soucoupe de Planète
interdite, un joli clin d’œil !
Cette célèbre nef réapparaîtra
dans l’épisode Le vaisseau
de la mort, et poursuit les liaisons
existant entre l’anthologie et ce classique
de la Science-fiction au cinéma (éléments
de décor, armes utilisées par
les Aliens, présence réitérée
de Robby le robot).
Agnes
Moorehead (1900-1974) reste bien entendu dans les mémoires
pour la terrible Endora de Ma Sorcière
Bien-Aimée (1964-1972). Précédemment
elle connut une très belle carrière
à Broadway et Hollywood. À l’écran
comme sur les planches, elle travailla souvent
avec Orson Welles (Citizen Kane, La Splendeur
des Anderson…). Elle fut sélectionnée
quatre fois à l’Oscar du second
rôle féminin mais ne parvint
jamais à le remporter. Elle accomplit
également une mémorable apparition
dans Les Mystères de l’Ouest en tant qu’Emma Valentine, une arrangeuse
de mariages mortels pour époux fortunés,
un rôle très proche du Mr Lovejoy
des Avengers ! (The Night
of The Vicious Valentine, 1967)
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16.
UN SOU POUR VOS PENSÉES
(A PENNY FOR YOUR THOUGHTS)

  
Date de diffusion : 3 février 1961
Auteur : George Clayton Johnson
Réalisateur : James Sheldon
En achetant un journal, Hector Poole, modeste employé de banque, laisse tomber une pièce de monnaie. Celle-ci s’immobilise sur sa tranche et ce miracle semble en occasionner un autre : Poole devient instantanément télépathe !
Difficile
de ne pas songer à Ma Sorcière
Bien-Aimée lorsque l’on
regarde cet épisode drôle et
malicieux, tant Poole subit une situation
déstabilisante similaire à celles
qu’aura plus tard à affronter
Jean-Pierre. Dick York, qui succède
d’ailleurs à Agnes Moorehead,
semble idéalement taillé pour
ce rôle de personnage bien plus solide
qu’il n’y paraît au premier
abord, très différent de l’officier
fataliste d'Infanterie Platon.
Nous
le suivons au cours de mésaventures
aux nombreux gags savoureux, multipliant les
situations astucieuses par une intrigue bien
plus développée que ce que démontrait Rien que la vérité,
sur un thème finalement assez proche.
L’idée de la télépathie
providentielle (ou non) se verra d’ailleurs,
elle aussi, reprise au cinéma dans Ce que veulent les femmes (2000),
avec cette fois Mel Gibson dans le rôle
du miraculé.
La
mise en scène de l’inventif James
Sheldon se montre légère et
sans exagération inutile des effets,
trouvant toujours le ton juste pour mettre
en valeur un humour parfois acide. En effet
cette fable iconoclaste, tout à fait
dans le style de cet écrivain très
pince-sans-rire qu’est George Clayton
Johnson, va assez loin dans la satire de l’ordre
social. Elle n'hésite pas à
très fortement suggérer que,
du fait de la bassesse de l’âme
humaine et de ses penchants, l’hypocrisie
et la dissimulation s’imposent comme
une condition absolument nécessaire
à la vie en société.
Le soulagement démontré par
notre héros quand disparaît son
éphémère pouvoir, malgré
tous les succès qu’il lui a occasionnés,
reste à cet égard parfaitement
éloquent !
Dick
York (1928-1992) reste bien entendu le premier
interprète de Darrin Stephens (Jean-Pierre),
le mari de Ma Sorcière Bien-Aimée,
de 1964 à 1969. Il sera d'ailleurs
rejoint dans La Quatrième Dimension par les autres futurs interprètes de
cette série (Elizabeth Montgomery,
Agnes Moorehead, David White). Outre quelques
petits rôles au cinéma, il apparaît
également dans les autres anthologies
de l'époque (Alfred Hichcock Présente,
The Dupont Show...). Après l'avoir
forcé à abandonner Bewitched,
ses problèmes récurrents
de santé (douleurs au dos, puis emphysème)
pénalisèrent gravement sa carrière.
Il se limita par la suite à de rares
apparitions (Simon et Simon, L'Île
Fantastique). Il participe également
à l’épisode Infanterie
Platon.
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17.
SANS ESCALE DE VIE À TRÉPAS
(TWENTY-TWO)

 
Date de diffusion : 10 février 1961
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Jack Smight
Louise Powell, une séduisante danseuse de revue, est hospitalisée pour fatigue nerveuse. Chaque nuit elle refait le même cauchemar : elle arrive à la morgue de l’établissement, où une inquiétante infirmière lui déclare que son emplacement est déjà réservé. Il porte le numéro vingt-deux…
L’histoire
de Rod Serling entremêle joliment
l’éveil et l’onirisme,
suscitant quelques frissons réussis,
par exemple quand le docteur discerne quelques
troublants indices de réalité
dans le récit de sa patiente. L’énigme
représentée par le rêve
maintient jusqu’au terme du récit
un suspense quasi psychanalytique, au ton
très hitchcockien (on songe souvent
à La Maison du Dr Edwards).
Cette réussite se voit cependant
en partie entachée par une
chute plus prévisible qu’à
l’ordinaire dans l’anthologie,
évoquant d’ailleurs avec une
étonnante similitude l’excellent Destination finale (2000) !
La
vraie force de l’épisode réside
dans la mise en scène intense et
angoissante à souhait du cauchemar.
L’expérimenté Jack Smight
met toutes les chances de son côté
en usant de l’ensemble de la palette
à sa disposition : recherche
d’angles distordus, éléments
de décors bien choisis (tableaux
étranges, vision en trompe-l’œil
de la morgue…), superbe musique…
Le résultat s’apprécie
d’autant plus lors de la première
scène de l’épisode,
avec une immersion dans cet univers terrifiant
sans aucun prologue annonciateur. Hélas,
le recours une nouvelle fois exécrable
à la vidéo porte préjudice
à la performance du réalisateur.
Il
en va de même pour l’interprétation
de la spectaculaire Barbara Nichols, visiblement
utilisée à contre-emploi,
et qui ne peut se départir d’une
certaine gaucherie dans son jeu. Elle apparaît
plus à son aise dans ses rapports
aigres-doux avec son impresario, une partition
plus familière pour elle. Les seconds
rôles se montrent bien plus efficaces,
Jonathan Harris en médecin vaguement
libidineux et surtout la très belle
Arlene Martel, menaçante et mystérieuse,
composent éloquemment leur personnage.
Au total Sans escale de vie à trépas se laisse regarder sans déplaisir mais se montre inégal, bien loin du chef-d’œuvre représenté sur un thème similaire par La poursuite du rêve.
Barbara Nichols (1929-1976) connut une grande popularité durant les années 50 et 60. Elle tint principalement des seconds rôles comiques, très opposés à celui qu’elle tient ici (Ces folles de filles d’Ève, 1960). Cette ancienne mannequin apparut également dans Les Incorruptibles, Batman, The Girl from UNCLE, Hawaii Police d’État…
Jonathan
Harris (1914-2002) fut un acteur réputé
de Broadway. À l’écran
il reste remémoré pour le
rôle du Dr Zachary, le méchant
récurrent de Lost in Space (1965-1968). Il participe également
à Zorro, Bonanza, Max la Menace,
Battlestar Galactica, Ma Sorcière
Bien-Aimée, L’Île Fantastique…
Arlene Martel (1936) joua dans de très nombreuses séries. Elle participe ainsi à Star Trek, dans le rôle demeuré fameux de T’Pring, la compagne vulcaine de Spock. On l’aperçoit également dans Des Agents Très Spéciaux, The Outer Limits, Les Mystères de l’Ouest, Les Incorruptibles, Le Fugitif, Banacek, Mission Impossible, Columbo, Ma Sorcière Bien-Aimée, Papa Schultz etc.
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18.
L’ODYSSÉE DU VOL 33
(THE ODISSEY OF FLIGHT 22)

  
Date de diffusion : 24 février 1961
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Justus Addiss
Un avion de ligne reliant Londres à New York voyage soudain dans le temps en plein ciel, se retrouvant à l’époque des grands dinosaures. Le commandant va s’efforcer de retrouver le chemin menant à leur époque de départ.
L’épisode
renoue avec le thème des mystères
induits par les voyages aériens,
un vrai fil rouge de l’anthologie.
Cette idée du passage à travers
une faille temporelle (reprise ultérieurement
avec plus de souffle par Stephen King dans Les Langoliers, 1990) reflète
avec une force particulière l’émerveillement
encore suscité par l’aviation
en ce début des années 60.
Les liaisons transatlantiques régulières
demeurent toujours une nouveauté,
tandis qu’elles doivent encore faire
face à la concurrence des paquebots
de ligne (comme illustré par l’épisode Mission à Montréal des Avengers en 1962), dont l’inexorable
déclin s’accélère
cependant.
L’Odyssée du vol 33 constitue un passionnant témoignage de cette épopée, d’autant que le récit s’enrichit d’une véritable technicité, avec une étude précise du rôle de chaque membre de l’équipage. Les connaissances du frère de Rod Serling, journaliste spécialisé dans l’aviation, furent mises à profit à cette occasion ! D’une manière amusante on remarque également que l’aéroport JFK se nomme encore le Idlewild Airport, achevant de situer l’épisode dans son contexte.
Cette dimension quasi documentaire n’entache pas l’intérêt de l’histoire proprement dite, celle-ci nous offrant un voyage aussi excitant qu’effrayant à travers le temps, avec au passage de nombreux rebondissements et une fin ouverte des plus astucieuses. Chaque personnage se voit finement dessiné, bénéficiant d’une vraie personnalité. Les comédiens manifestent un authentique savoir-faire, rendant parfaitement crédible la réaction de chacun à l’heure du péril.
La
réalisation de Justus Aldiss s’efforce
de multiplier les angles de vues pour donner
de la vie à une action forcément
confinée dans un espace réduit.
Elle bénéficie également
d’inserts très réussis,
dont une reconstitution en stop motion de la Préhistoire tellement obsolète
dans ses effets spéciaux qu’elle
revêt aujourd’hui une certaine
poésie, à l’image des
films de Méliès. L’épisode
récupéra à cette fin
des éléments du film Dinosaurus ! (1960). Ce passage coûta néanmoins
2 500 $, faisant de lui le plus onéreux
de toute La Quatrième Dimension !
John Anderson (1922-1992) fut un prolifique acteur de séries de Western, jouant dans la plupart des productions du genre. Il réalisa quelques apparitions dans d’autres domaines (Hawaii Police d’État, Aux Frontières du Réel, Star Trek…) et incarna le grand-père de MacGyver (1985-1992). Il participe à trois autres épisodes (Coup de trompette, Je me souviens de Cliffordville et Le vieil homme dans la caverne).
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19.
M. DINGLE
(MR DINGLE, THE STRONG)

 
Date de diffusion : 3 mars 1961
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : John Bram
Dingle
est un représentant en aspirateurs,
timide et effacé. Souvent la "tête
de Turc" de camarades de café,
il devient la cible d’une expérience
menée par deux extra-terrestres,
qui le dotent d’une force surhumaine.
L’histoire
proposée par cet épisode
n’apparaît certes pas comme
la plus marquante de l’anthologie.
Elle se caractérise par un humour
bon enfant mais un peu simplet, ponctuée
par quelques effets spéciaux des
plus transparents. La morale de l’histoire
(l’humanité gâchant,
par sa veulerie, les dons offerts) a déjà
été illustrée ailleurs
avec davantage de force, et la chute,
quoique astucieuse, ne semble pas non
plus renversante. On apprécie cependant
que la victime résignée
ne se transforme pas d’un coup en
super héros redresseur de torts,
mais en un fanfaron à la moralité
aussi peu reluisante que ses compères
de bistrot.
M. Dingle (également intitulé en français Le Surhomme) ne demeure cependant pas sans attraits. Il vaut en effet par la réjouissante confrontation entre les deux comédiens totalement antagonistes que sont Burguess Meredith (une nouvelle fois excellent après Question de temps) et l’extraverti Don Rickles. Les surprenants extraterrestres se révèlent hilarants dans des costumes caricaturant joyeusement les standards pulp de l’époque. De plus, les nombreuses scènes de la vie quotidienne d’une petite ville américaine du début des années 60 revêtent aujourd’hui une plaisante saveur nostalgique.
Au
total M. Dingle, récit
gentiment désuet, se regarde sans
ennui mais reste bien un épisode
mineur de The Twilight Zone.
Burgess
Meredith (1907-1997) connaît un début
de carrière prometteur au théâtre
et au cinéma (Des souris et
des hommes, 1939), avant d’être
inscrit sur la liste noire du Maccarthysme.
Revenu à la fin de cette triste
période, il apparaît dans
de très nombreux films, dont la
série des Rocky où
il interprète le vieil entraîneur
de Balboa. À la télévision
il incarna le Pingouin, l’un des
pires ennemis de Batman (1966-1968).
Il apparaît également dans Les Mystères de l’Ouest,
Bonanza, Mannix, L’Homme de Fer…
Avec quatre rôles, il détient
le record de participations à La
Quatrième Dimension, à
égalité avec Jack Klugman.
En 1983 il se substitue d’ailleurs
à Rod Serling, décédé,
pour devenir le narrateur du film.
Don Rickles (1926) est un humoriste particulièrement populaire aux États-Unis, notamment pour ses nombreuses apparitions dans des émissions de variété, comme le fameux Rowan & Martin's Laugh-In. Il est également réputé pour ses stands up, où il s’en prend vertement au public, dans la grande tradition de l’Insult Comedy.
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20.
PARASITES
(STATIC)

  
Date de diffusion : 10 mars 1961
Auteur : Charles Beaumont
Réalisateur : Buzz Kulik
Dans une maison de retraite, Ed Lindsay s’enferme dans le passé et mène une vie solitaire, ne se mêlant que peu aux autres pensionnaires. Un jour, il remarque que la radio diffuse des émissions datant de sa jeunesse, mais uniquement quand il est le seul à l’écouter…
Charles
Beaumont nous offre ici un récit
subtil, à l’essence très
littéraire. L’auteur se
garde bien de distribuer les bons et
les mauvais points dans cette confrontation
entre les tenants du modernisme et ceux
s’isolant dans la nostalgie. À
chacun ses bons et ses mauvais moments,
car si Lindsay paraît irascible
et intolérant, la vision de ses
camarades en adoration devant le poste
de télévision semble tout
de même bien glaçante.
On remarque d’ailleurs que, après Allez-vous-en,
Finchley !, l’étrange
lucarne se voit de nouveau affirmée
comme symbole du monde nouveau, et toujours
sous un angle bien ambivalent…
Ce refus d’un schéma réducteur
permet à l’auteur de conférer
à chacun des personnages une
humanité des plus touchantes,
tout en se centrant bien évidemment
sur le héros dont la fragilité
et le désespoir se dissimulent
derrière la colère et
la misanthropie.
Cette chronique douce amère du bilan rarement pleinement satisfaisant auquel chacun se voit confronté au soir de sa vie se double d’un surnaturel s’insérant dans la meilleure tradition de l’anthologie. On assiste ainsi à l’émergence d’un étrange venant troubler un quotidien banal, avec en suspens la question de la nature exacte des émissions captées par Lindsay : manifestation paranormale ou dérèglement de la personnalité ? Beaumont met superbement en exergue cette ambiguïté lors d’une conclusion aussi surprenante qu’ouverte. Si la réalisation de Buzz Kulik, confrontée au funeste Kinescope, demeure efficace à défaut de réellement imaginative, on applaudit à la performance des comédiens, rendant parfaitement sensibles les émois ressentis par leurs personnages. L’hommage rendu à l’Âge d’or de la radio émeut par sa sincérité et évoque celui de Woody Allen dans le formidable Radio Days (1987).
Un épisode mélancolique et finalement particulièrement troublant, relevant du Fantastique toujours raffiné de Charles Beaumont, dont on regrette de n’avoir pas lu une nouvelle qui correspondrait à ce magnifique script.
Dean
Jagger (1903-1991) tint de très nombreux
seconds rôles au cinéma
(White Christmas, 1954). À
la télévision il apparut
dans Mr Novak, Bonanza, Kung Fu,
Hill Street Blues… En 1957,
il incarna le principal personnage d’un
film de Science-fiction britannique, X : The Unknown, où
l’on retrouve différents
comédiens des Avengers (dont Edwin Richfield) et le réalisateur
Peter Hammond, dans un petit rôle.
Dean Jagger fit alors scandale en obtenant
le renvoi du metteur en scène
Joseph Losey, sous prétexte que
ce dernier était inscrit sur
la fameuse liste noire du sénateur
Mccarthy.
Alice
Pearce (1917-1966) fut découverte par
Gene Kelly parmi les jeunes talents
des revues de Broadway. Il la fit venir
à Hollywood, où elle tint
de nombreux rôles dans les comédies
musicales de l’époque (On
the Town, 1949). Elle connut la
consécration en 1964, en incarnant
Mme Kravitz, la voisine curieuse de Ma Sorcière Bien-Aimée.
Hélas, elle dut quitter la série
durant la deuxième saison, suite
à la découverte d’un
cancer des ovaires dont elle décéda
prématurément en 1966.
Elle sera remplacée par Sandra
Gould.
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21.
LE MANIPULATEUR
(THE PRIME MOVER)

 
Date de diffusion : 24 mars 1961
Auteur : Charles Beaumont d’après une histoire de George Clayton Johnson
Réalisateur : Richard L. Bare
Deux amis, Ace et Jimbo, tiennent une modeste cafétéria. Outre un amour inavoué pour la serveuse, Ace est un passionné des jeux d’argent. Suite à un accident, il découvre que Jimbo possède le pouvoir de télékinésie : il va aussitôt décider d’employer ce don à Las Vegas…
L’entrecroisement
des talents de Beaumont et Johnson
se révèle malheureusement
peu fécond. L’intrigue
se montre passablement prévisible,
lestée d’un humour souvent
bien inoffensif et anodin. La moralité
de l’histoire (l’avidité
doit s’effacer devant l’amour,
l’on se détruit en s’abandonnant
à ses basses passions) paraît
assez limitée, bien inférieure
à la force d’évocation
montrée par de nombreux autres
épisodes. La Quatrième
Dimension semble atténuer
son impact quand elle cède
à une certaine facilité
de la comédie. Le drame, effrayant
ou vertigineux, lui apporte un tout
autre souffle. Cette constatation
se voit confirmée par la chute
du récit, un happy end beaucoup trop classique, navrant par
sa manière de flirter avec
le sirupeux. Tout ceci reste beaucoup
trop lisse.
Le
Manipulateur doit heureusement son salut à
la fantaisie et à l’abattage
de ses comédiens, ceux-ci l’empêchant
de sombrer irréversiblement
dans l’ennui. On apprécie
également le regard ironique
porté sur la faune de Las Vegas,
entre cocotte vénale et savoureuse
caricature de gangsters italo-américains.
On pourra comparer avec la Abondance
de La Queue de Les Diamants sont
éternels et les Messieurs
l’ayant défenestrée !
La mise en scène de Bare joue
avec professionnalisme des différents
trucages, mais ne manifeste guère
d’inspiration par ailleurs.
Tout se récupère dans
cette série tristement dépourvue
de moyens que demeure The Twilight
Zone, et c’est ainsi que
l’on retrouve pour la troisième
fois la machine à sous initialement
découverte dans La fièvre
du jeu !
Buddy
Ebsen (1908-2003) débute comme danseur
à succès dans les revues
de Broadway. Cela lui valut d'interpréter
l'homme de fer blanc dans le classique Magicien d'Oz de 1939, avant
de devoir se retirer suite à
une intoxication due à des
inhalations de l'aluminium de son
armure. Par la suite il réalisa
une belle carrière au cinéma
(Diamants sur canapé,
1961). À la télévision
il tint le rôle principal dans The Beverly Hillbillies (1962-1971)
et dans Barnaby Jones (1973-1980).
Il apparut également dans Maverick,
Hawaï Police d'État, Bonanza,
Cannon...
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22.
CONVERSATION AVEC L’AU-DELÀ
(LONG DISTANCE CALL)

   
Date de diffusion : 31 mars 1961
Auteur : Charles Beaumont et William Idelson
Réalisateur : James Sheldon
Billy,
un petit garçon, affirme
pouvoir parler avec sa grand-mère
récemment décédée, via un téléphone jouet
que celle-ci lui avait offert. Le
père de Billy se rend compte
que la morte désire que l’enfant
la rejoigne…
Bill Idelson, jeune écrivain appartenant à la mouvance groupée autour de Matheson et Beaumont, rejoint ici ce dernier dans sa fascination pour la mort, mystère dont ils ne cessent d'explorer les différents aspects. La douloureuse question du deuil et des relations unissant les vivants et les disparus se voit ici abordée avec sensibilité, mais aussi avec un vrai sens de l’épouvante.
Cette
dualité assure le succès
de l’épisode, avec
une peinture psychologique très
fine des personnages (l’innocence
et l’amour inconditionnel
de l’enfant, le désarroi
puis la panique de la mère,
le sens du devoir et de la protection
du père) mais aussi un dégradé
écrit avec grande habileté,
conduisant d’une aimable sitcom
familiale à un climat digne
des meilleurs films d’horreur.
Au début simplement étranges,
ces conversations téléphoniques
atteignent leur paroxysme lorsque
le père se confronte à
la grand-mère, lui expliquant
la cruelle nécessité
de la séparation. La présence
impalpable de la morte tout au long
du récit s’avère
absolument extraordinaire.
L’ensemble
de la distribution apparaît
parfaitement convaincant, comptant
pour beaucoup dans la rare intensité
de l’épisode. Bill
Mumy accroche déjà
l’œil par l’expressivité
de ses attitudes, bien avant C’est
une belle vie.
La
réalisation de James Sheldon
se montre pertinente, refusant tout
effet facile et servant admirablement
le jeu des comédiens. La
Quatrième Dimension reste sans doute l’unique
série décrivant l’étrange
avec autant d’efficacité,
se refusant à tout effet
spécial et parvenant à
distiller un malaise prégnant
autour d’un simple jouet de
plastique. Conversation avec
l’au-delà constitue
également l’ultime
épisode de l’anthologie
a être tourné en kinescope,
les considérables économies
réalisées (5 000 dollars
par unité) ne compensant
pas à l’évidence
le désastre occasionné
vis-à-vis de la qualité
de l’image. Les Avengers (qui viennent alors tout juste de
débuter leur aventure) devront,
eux, attendre 1965…
Bill
Mumy (1954) a réalisé de
nombreuses apparitions à
la télévision, principalement
dans le domaine de la Science-fiction.
Il incarne ainsi Will Robinson dans Lost in Space (1965-1968)
et Lennier dans Babylon 5 (1993-1999). Il est également
apparu dans Ma Sorcière
Bien-Aimée, Le Fugitif, Ultraman,
Superboy, Star Trek Deep Space Nine...
Il participe à deux autres
épisodes de l'anthologie, Amour paternel et C'est
une belle vie. Il jouera dans
la suite de ce dernier, C'est
toujours une belle vie (La
Treizième Dimension,
2003), ainsi que dans son adaptation
dans le film de 1983 ! Bill Mumy,
musicien, mène également
une carrière de doubleur.
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23.
AU BORD DU GOUFFRE
(A HUNDRED YARDS OVER THE RIM)

  
Date de diffusion : 7 avril 1961
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Buzz Kulik
En 1847, dans le désert du Nouveau Mexique, un groupe de pionniers affronte de graves difficultés. L’eau vient à manquer et un nourrisson souffre d’une forte fièvre. Son père décide de partir à la recherche de secours. Durant son expédition solitaire, il est inexplicablement transporté en 1961.
Cet épisode s’adresse certes avant tout au public américain, par l’évocation vibrante des pionniers de la Frontière (auxquels le nouvellement élu JF. Kennedy en appellera dans un discours resté fameux), un thème figurant toujours au premier rang de la mythologie nationale. Le pont établi entre ces glorieux aînés et les contemporains, davantage encore par la fraternité que par le biais du voyage temporel, parle ainsi avec éloquence aux spectateurs. Même si en 2010 on reste plutôt avec l’impression d’une confrontation entre deux passés, le récit demeure néanmoins fort intéressant pour nous.
L’épisode
bénéficie ainsi
d’une prestation absolument
bouleversante de Cliff Robertson.
Non seulement celui-ci compose
avec une étonnante crédibilité
un rude personnage de cette époque,
mais il rend très émouvants
son effarement, comme sa ténacité,
face à l’énormité
de l’évènement.
La mise en scène de Buzz
Kulik exploite avec un grand sens
visuel la fascinante beauté
du désert californien,
avec de nombreux plans saisissants
à force de splendeur implacable.
On apprécie également
qu’avec intelligence l’histoire
n’use que modérément
du procédé des anachronismes,
pour s’en tenir avant tout
à son enjeu psychologique.
De même la simplicité
et l’immédiateté
du passage créent un étrange
beaucoup plus évocateur
qu’un effet spécial
tapageur.
Au
bord du gouffre (également intitulé
en Français La Piste
de l’Ouest) développe
ainsi une tonalité nettement
plus fine et sensible que la recherche
gaguesque à tout crin de
nos Visiteurs, pourtant
bâti sur un thème
assez similaire par ailleurs.
Cliff
Robertson (1923) connut une longue carrière
au cinéma (Les Trois
Jours du Condor, 1975). Encore
actif, il incarne l'oncle Ben
Parker dans les récents
films de Spiderman. À
la télévision, il
apparaît également
dans The Outer Limits, Les
Incorruptibles, Batman, Falcon
Crest... Il participe à
un autre épisode de l'anthologie, La marionnette.
John Astin (1930) reste célèbre pour son interprétation de Gomez Addams dans La Famille Addams (1964-1966) et du Professeur Wikwire dans Les Aventures de Brisco County Jr (1993-1994). Tout au long de sa carrière il se spécialisa dans les rôles d'excentriques, souvent humoristiques, parfois menaçants. Il joua dans Les Mystères de l'Ouest, Bonanza, Le Virginien, Police Woman, L'Île Fantastique, Love Boat, Arabesques, Killer Tomatoes...
24.
RENDEZ-VOUS DANS UN SIÈCLE
(THE RIP VAN WINKLE CAPER)

  
Date de diffusion : 21 avril 1961
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Justus Addiss
Après
le vol d’une importante quantité
d’or, quatre bandits se dissimulent
dans le désert. Ils vont
hiberner durant un siècle
pour se faire oublier et pouvoir
profiter paisiblement de leur butin.
À leur réveil ils
constatent la mort de l’un
d’entre eux, mais il ne s’agit
que du début de leurs ennuis !
Au-delà
de la très originale idée
initiale de la cryogénisation,
c’est à un très
classique récit de film noir,
genre alors encore très en
vogue, que recourt ici Rod Serling.
Selon un schéma assez classique,
les gangsters vont se déchirer
pour la possession du « grisbi »,
jusqu’à la catastrophe
finale. L’épisode vaut
néanmoins par l’implacable
efficacité de la narration,
la chute morale de ces hommes perdus
les réduisant progressivement
à l’état de
fauves féroces, avec un réalisme
absolument glaçant. La leçon
de cette histoire, pour convenue
qu’elle soit, revêt
dès lors un authentique impact.
Rod Serling prouve ainsi l’étendue
de son talent de conteur, même
lorsqu’il aborde d’autres
styles que la Science-fiction (et
tant pis pour les inévitables
absurdités de détail).
Il pousse l’habileté
jusqu’à rajouter à
la prévisible conclusion
une chute par contre tout à
fait renversante, dont l’humour
noir rejoint, lui, la grande tradition
de The Twilight Zone.
L’épisode
bénéficie également
de deux grands numéros d’acteurs.
Oscar Beragi apparaît absolument
magistral en scientifique présomptueux,
totalement pris de court par la
variable humaine de son équation
et progressivement dépouillé
de sa superbe, jusqu’à
rejoindre la lie qu’il toisait
de haut initialement. En voyou avide
et sadique, Simon Oakland lui offre
une superbe opposition, au cours
de scènes particulièrement
intenses. La mise en scène
de Justus Addiss parvient à
tirer le meilleur des faibles moyens
impartis, même si ces simplistes
caissons en plexiglas et cette fluette
fumée laissent tout de même
apercevoir la misère. Il
souligne judicieusement le jeu des
comédiens et exploite avec
pertinence l’impressionnant
décor naturel aride.
À ce propos il ne s’agit en
rien d’un hasard si le précédent opus se déroulait
également dans le désert
californien : toujours talonné
par l’impérieuse nécessité
de réduire les coûts,
Serling couple dès que possible
les tournages et l’action
se déroule ainsi exactement
dans la même région
de la Vallée de la Mort qu’Au
bord du gouffre ! Toujours
dans cette optique de gestion de
la pénurie, l’anthologie
récupère pour la énième
fois un élément des
plateaux de Planète Interdite (1956), en l’occurrence
la délicieusement datée
voiture futuriste. Le combat continue !
Pour l’anecdote le titre original de l’épisode s’inspire d’une nouvelle de Washington Irving (1782-1859), parue en 1819 : Rip Van Winkle. Elle raconte l’histoire d’un promeneur que des esprits d’une montagne maintiennent endormi durant vingt ans. Il découvre alors que le monde a bien changé. Rip Van Winkle demeure une figure populaire des lointaines origines de la Science-fiction et reste souvent évoqué dès lors qu’il est question d’hibernation ou de sommeil suspendu.
Oscar
Beregi (1918-1976) dut à son accent
et à ses origines hongrois
d’interpréter de nombreux
personnages d’Européens
de l’Est et d’Allemands.
Outre de multiples apparitions au
cinéma, il joua également
dans : Papa Schultz, Des
Agents Très Spéciaux,
Max la Menace, Les Mystères
de l’Ouest, Mission Impossible,
Mannix, Kojak… Dans Les Incorruptibles il tint
également le rôle semi
récurrent du gangster Joe
Kulak. Il apparaîtra dans
un autre épisode de La
Quatrième Dimension : Le musée des morts.
Simon Oakland (1915-1983) se spécialisa dans les personnages détenteurs d’autorité. Il fut ainsi le patron de Carl Kolchak dans The Night Stalker (1972-1975) et le général Moore, supérieur de Pappy Boyington dans Les Têtes Brûlées (1976-1978). Il apparut également dans Les Incorruptibles, Perry Mason, Bonanza, Max la Menace, Hawaï Police d’État… Au cinéma, il participa à Psychose, West Side Story, Bullitt etc. Simon Oakland, violoniste de haut niveau, débuta sa carrière en donnant de nombreux concerts à travers le pays.
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25.
LE SILENCE EST D’ARGENT
(THE SILENCE)

   
Date de diffusion : 28 avril 1961
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Boris Sagal
Par son bavardage incessant, Jamie Teenyson épuise tous les membres de son club huppé. Un jour le très respecté Colonel Taylor lui propose un étrange marché : s’il garde un silence ininterrompu durant un an, une forte somme lui sera versée. Connaissant des revers de fortune, Teenyson accepte.
Rod
Serling nous propose ici l’un
des épisodes les plus étrangers
à la Science-fiction de
toute l’anthologie, mais
néanmoins terriblement
troublant par sa noirceur. D’une
situation confinant initialement
à la comédie, le
récit s’aventure
par la suite de plus en plus profondément
dans les sombres replis de l’âme,
dans une mécanique aussi
glaciale que logique dans sa folie.
Cette étude psychologique
audacieuse se double d’une
satire mondaine acérée
autour du thème de la chute,
dénonçant l’hypocrisie
des représentations et
la dureté sous-jacente
des relations sociales. Les deux
héros de cette aventure,
au ton évoquant souvent
Poe, construisent leur propre
malheur avec une inébranlable
résolution, illustrant
avec un rare tranchant la folie
des hommes. Cette inexorable progression
débouche sur une horrifiante
conclusion, comptant parmi les
plus sardoniques de la série.
The
Silence reste une superbe mécanique,
de plus mise en valeur par le
jeu intelligemment théâtral
de comédiens idéalement
choisis. La mise en scène
parvient par ailleurs à
éviter toute emphase hors
de propos. Boris Sagal, père
de l’actrice Katey Sagal
(Mariés, Deux Enfants
; Sons of Anarchy), manifeste
ici le même talent pour
filmer un antagonisme cruel et
destructeur que bien plus tard
dans Masada (1981), à
l’issue d’une très
riche carrière. Il arrive
également à tirer
le meilleur d’un aléa
du tournage, une blessure au visage
de Franchot Tone, filmant le comédien
de profil en un effet très
menaçant. Pour l’anecdote,
le récit de Serling consiste
en une variation autour d’une
histoire similaire d’Anton
Tchekhov: Le Pari (1899).
La joute s’y effectue sur
l’aptitude à vivre
totalement seul durant 15 ans.
Franchot Tone (1905-1968) fut une grande figure de Broadway et l’un des tous premiers comédiens de théâtre à mener parallèlement une carrière au cinéma, au début des années 30. Spécialisé dans les personnages de la haute société, il apparut régulièrement à l’écran aux côtés de son épouse Joan Crawford, avant leur divorce en 1939 (Dancing Ladies, 1933). Il participa à plusieurs anthologies des années 50, mais aussi à des séries de Western comme Bonanza ou Le Virginien.
Liam Sullivan (1923-1998) joua les méchants dans un nombre impressionnant de séries : Star Trek (le célèbre télépathe Parmen), Cheyenne, Alfred Hitchcock Présente, Perry Mason, Les Incorruptibles, Honey West, The Monroes, Mannix, Magnum, Misfits of Science…
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Date
de diffusion : 5 mai 1961
Auteur : Charles Beaumont
Réalisateur : John Brahm
Adam Grant semble enfermé dans un cauchemar récurrent : sans cesse il se voit condamné à mort, la séquence se poursuivant jusqu’à l’exécution. Il tente d’alerter les personnes croisées sur ce qui se déroule et de trouver une porte de sortie.
À
travers cet épisode l'écrivain
Charles Beaumont exprime avec
une force particulière
son attractivité quasi
maladive pour la mort. Il l'aborde
ici sous un angle particulièrement
brutal et insoutenable, celui
de la peine capitale. Si l'abomination
s'en voit évoquée
sans fard, il ne s'agit pourtant
pas de dénonciation mais
bien de fascination horrifiée.
Cette optique pourra surprendre
le public européen mais
nous vaut un récit particulièrement
fort et troublant.
Outre
un suspense digne de Hitchcock
autour de la concrétisation
de la prédiction
de Grant, cette idée
purement géniale d'un personnage
accomplissant en boucle le même
cauchemar suscite une exploration
vertigineuse du monde onirique
encore plus parachevée
que lors du déjà
excellent La poursuite du
rêve (sans parler du
plus modeste Sans escale de
vie à trépas).
Le récit multiplie ainsi
à plaisir les détails
discordants ainsi que les passages
accélérés
d'une scène à l'autre,
caractéristiques des rêves.
La mise en scène du vétéran John Brahm se révèle particulièrement imaginative, jouant avec un art consommé de la photographie (sublime noir et blanc) et d'angles appuyés pour distiller une atmosphère distordue dans cet univers. Les décors y contribuent puissamment, volontairement schématiques et aux lignes fuyantes. L'audace va jusqu'à insérer l'un des rares effets spéciaux de l'anthologie, l'écran se divisant en deux fenêtres lors de la narration de l'exécution par Grant, avec un efficace travelling avant sur la chaise électrique.
La
réalisation souligne efficacement
le jeu ardent des interprètes,
avec notamment l'impressionnante
prestation de Dennis Weaver, particulièrement
convaincant en homme désespéré
dont les implacables cauchemars
corrodent inexorablement la raison.
Son portrait en unique détenteur
de la vérité –
mais, tel Cassandre, impuissant
à en convaincre les autres
–, entre réalisme
exacerbé et folie, interpelle
le spectateur par sa cruelle ironie.
Bien
avant Un jour sans fin (et le Monday des X-Files), Peine capitale apporte
une vision particulièrement
sinistre du thème toujours
efficace du verrou temporel. Il
se positionne comme l'un des sommets
de cette deuxième saison
deThe Twilight Zone par
sa troublante réflexion
sur la nature même de la
réalité.
Fait
rarissime, cet authentique chef-d'œuvre
se verra parfois supplanté
par son remake de La
Cinquième Dimension (1986), qui constitue sans doute le meilleur
épisode de cette anthologie
inégale. Il ira encore
plus loin dans la distorsion onirique
des événements ainsi
que dans l'emprisonnement du héros
dans ses fantasmes morbides.
Pour l'anecdote, l'espace d'une seconde, on aperçoit parmi les prisonniers Bernie Hamilton, le futur Capitaine Dobey de Starsky et Hutch (1975-1979) !
Dennis
Weaver (1924-2006) a tenu plusieurs rôles
marquants au cinéma, comme
celui du héros de Duel (1971). À la télévision
il a interprété
des personnages récurrents
dans Gunsmoke (1955-1964)
et Un Shérif à
New York (1970-1977). Artiste
complet, il a réalisé
plusieurs albums de Country Music
et souvent interprété
Shakespeare sur scène.
Militant activement pour l’écologie,
il fit sensation à la fin
des années 80 en emménageant
dans une demeure entièrement
bâtie avec des matériaux
de récupération
(pneus et boites de conserve).
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Date de diffusion : 12 mai 1961
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Buzz Kulik
Archibald
Beechcroft est un aigri, imbu
de lui-même et détestant
ses contemporains. À
travers une méthode de
contrôle de la pensée,
il se découvre omnipotent.
Il entreprend diverses expériences
pour résoudre le problème
de cette population si difficile
à supporter…
L’Esprit
et la Matière aborde le thème de la
souffrance sociale véhiculée
par le monde du travail contemporain
de manière bien plus
légère et humoristique
qu'Arrêt à
Willoughby. Archibald Beechcroft
n’est pas un individu
sensible, peu à peu laminé
jusqu’à désirer
désespérément
une porte de sortie, quelle
qu’elle soit. Bien au
contraire il s’agit d’une
boule de colère perpétuelle,
dont le dégoût
envers autrui s’avère
très amusant. L’épisode
doit beaucoup à l’abattage
de Shelly Berman, impeccable
en misanthrope irascible. Il
porte le récit à
lui tout seul, comme lors de
ces stands up dont
il a le secret.
À l’opposé d’un
Fantastique à la tonalité
finalement morbide, cette histoire
instille une joyeuse fantaisie,
en développant une version
modernisée du thème
traditionnel du génie
(que l’on retrouve dans Dream of Genie et The Man in the Bottle).
Le tout puissant Beechcroft
s’adresse à sa
conscience exactement comme
d’autres l’on fait
à la créature
fabuleuse, et avec un insuccès
similaire de ses souhaits de
plus en plus biscornus !
On remarque d’ailleurs
qu’il annihile l’Humanité
(momentanément !)
comme plus tard Mulder dans Je souhaite, brillant
hommage à ce style d’histoire.
On apprécie que le scénario
joue franchement la carte du
délire, sans aucun souci
de vraisemblance, même
si la conclusion se révèle
finalement un peu trop classique.
La
mise en scène se montre
également efficace et
vive, notamment appuyée
par une pétillante musique.
Par contre les « sosies »
du héros, représentés
par des masques grossiers, illustrent
avec éloquence la faiblesse
des moyens de l’anthologie.
Les confrontations du héros
avec lui-même sont réalisées
avec des effets spéciaux
simples mais astucieux, comme
souvent dans La Quatrième
Dimension. L’épisode
revêt une véritable
valeur documentaire sur le quotidien
du début des années
60, avec une jolie reconstitution
du monde des employés
du bureau et surtout du métro
de l’époque. Un
brin résigné,
l’on se rend compte que
rien n’a réellement
progressé depuis…
L’Esprit et la Matière constitue une fable joyeuse et iconoclaste, en définitive optimiste, sur la dimension sociale de l’homme et la nécessaire tolérance. On pourra également s’amuser à y discerner une inversion humoristique de la fameuse sentence de Sartre, selon laquelle « L’Enfer, c’est les autres » !
Shelley Berman (1926) est un humoriste populaire aux États-Unis pour ses participations à de multiples émissions de variété, ainsi que pour ses stands up souvent improvisés. Il apparaît également dans Des Agents Très Spéciaux, Max la Menace, Vegas, Police Woman, K2000, Friends, Dead like Me… Toujours actif, il tient des rôles semi récurrents dans Boston Legal (2004-2008) et Curb your Enthusiasm (à partir de 2000).
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Date de diffusion : 26 mai 1961
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Montgomery Pittman
Suite à une tempête de neige, les passagers d’un bus doivent s’abriter dans une cafétéria. Un vaisseau martien s’écrase à proximité. Deux policiers soupçonnent son pilote de se dissimuler parmi les voyageurs et entreprennent de le découvrir.
Y
a-t-il un martien dans la salle ? constitue une satire parfaitement
divertissante des films de Science-fiction
de l’époque, remplis
à ras bord de créatures
hostiles venues d’outre
espace. Tous les poncifs apparaissent
fidèles au rendez-vous :
atterrissage du vaisseau martien
(on ne dit pas encore « alien »)
dans une zone isolée,
intrus se dissimulant dans la
population, paranoïa ambiante
de la Guerre froide, héros
des forces de l’ordre
etc. Et pourtant, dans un glissement
de scénario très
habile, l’on se retrouve
au sein d’un vrai Whodunit,
pétillant d’humour
corrosif.
En
effet tous les clichés
coutumiers du genre se voient
distordus. La population américaine,
censée supporter l’épreuve
avec héroïsme, se
révèle un groupe
de personnalités médiocres
et égoïstes, ne
pensant qu’à soi
et totalement dépassées
par les circonstances. Les policiers
se montrent d’abord efficaces
et consciencieux, mais tournent
vite en rond, incapables d’esquisser
la moindre stratégie
et se cantonnant à un
suivisme borné du règlement.
Il faut les voir libérer
le groupe dès que possible,
visiblement soulagés
de se débarrasser au
plus vite du fardeau, avant
de lorgner une jolie femme de
l’assistance. Il n’y
a aucun David Vincent dans la
salle…
Comme
Serling a l’habileté
de nous raconter une véritable
histoire, sans se limiter à
la simple caricature, la tension
finit malgré tout par
monter. Mais l’intrigue
accélère alors
brusquement pour se conclure
sur l’une des chutes les
plus retentissantes et ironiques
de l’anthologie, où
tel est pris qui croyait prendre !
Au total l’écriture
parvient à entremêler
suspense et comique sans que
l’un porte préjudice
à l’autre, bien
au contraire. La mise en scène
tonique et enlevée de
Montgomery Pittman réussit
à animer ce huis clos,
aidée par quelques
effets spéciaux aussi
simples que judicieusement insérés.
Les
interprètes jouent avec
une visible délectation
la carte du pastiche, tandis
que se détache un Jack
Elam totalement en roue libre
dans son personnage de joyeux
drille sabotant avec entrain
les scènes chocs censées
distiller de l’angoisse.
On lui doit la superbe répartie
résumant tout l’esprit
de ce joyeux pendant des Monstres
de Maple Street : « On
dirait un film de Science-fiction,
comme une histoire à
la Ray Bradbury ! ».
Le grand auteur allait d’ailleurs
s’aventurer dans La
Quatrième Dimension au cours de la saison suivante,
durant une bien trop brève
incursion.
Barney
Phillips (1913-1982) connut une grande
popularité dans les séries
policières des années
50 et 60 (Les Incorruptibles, Johnny Midnight, The Brothers
Brannagan...). Il
apparaît dans trois épisodes
: Allez-vous-en, Finchley
!, Y a-t-il un Martien dans
la Salle ? et Miniature.
John Hoyt (1905-1191) apparut dans de nombreuses séries télé : Papa Schultz, Star Trek, The Monkees, Max la Menace, Kolchak, Battlestar Galactica... Il participe également à l'épisode Les robots du Dr. Lauren.
Jack
Elam (1920-2003) participa à
de très nombreux Westerns
du petit et du grand écran,
où son physique très
particulier le prédestina
toujours aux rôles de
tueur. C’est lui qui enferme
une mouche dans le canon de
son révolver, lors de
la mythique scène d’ouverture
d'Il était une fois
dans l’Ouest (1968).
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Date de diffusion : 2 juin 1961
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Elliot Silverstein
Dans une société future totalitaire, les livres sont bannis car considérés comme inutiles et pernicieux. Un libraire se voit condamné à mort pour obsolescence. Il demande à ce que l’exécution soit diffusée en direct, en présence du dirigeant ayant mené son procès.
Pour
cet ultime épisode de sa
deuxième saison, La Quatrième
Dimension s’essaie une
nouvelle fois à la dystopie
après The Eye of The
Beholder. L’épisode
n’échappe pas à
une certaine grandiloquence, soit
le danger récurent inhérent
à ce style littéraire
décrivant des futurs cauchemardesques
et opposé à l’utopie.
Dans ce monde proche du Fahrenheit
451 de Ray Bradbury, les dialogues
peuvent sembler parfois trop démonstratifs,
tandis que la multitude de dispositions
légales autorisant la machination
du condamné ressort bien
trop providentielle pour ne pas
résulter artificielle.
Cet
éloge de la liberté
et de la littérature conserve
cependant une réelle force,
grâce à l’éloquence
des interprètes, avec un
lumineux Burgess Merdith idéalement
choisi pour le rôle du bibliothécaire
après Question de temps mais aussi un Fritz Weaver tout
à fait étonnant en
procureur diabolique. On apprécie
également les sinistres décors
du tribunal, parfaitement suggestifs
de la folie de cette société
et la mise en scène tout
en angles de vue distordus d’Elliot
Silverstein, achevant de conférer
à cette vision de l’avenir
son aspect de cauchemar.
On
remarque au passage qu’après Allez-vous-en, Finchley ! ou Parasites, l’anthologie
décoche un nouveau coup de
griffe à l’étrange
lucarne, dans une troublante vision
prophétique de la « télé
réalité »
la plus voyeuriste, puissant outil
de la déculturation d’une
société. Un réalisme
indéniable, donnant plus
de force encore à la vibrante
déclaration finale de Serling
en faveur des Droits de l’Homme
et de la démocratie, indissociables
de la liberté de lire et
d’écrire. Une conclusion
éloquente pour une saison
ayant toujours porté haut
les valeurs de l’humanisme.
Burgess
Meredith (1907-1997) connaît un début
de carrière prometteur au
théâtre et au cinéma
(Des souris et des hommes,
1939), avant d’être
inscrit sur la liste noire du Maccarthysme.
Revenu à la fin de cette
triste période, il apparaît
dans de très nombreux films,
dont la série des Rocky où il interprète le
vieil entraîneur de Balboa.
À la télévision
il incarna le Pingouin, l’un
des pires ennemis de Batman (1966-1968). Il apparaît également
dans Les Mystères de
l’Ouest, Bonanza, Mannix,
L’Homme de Fer…
Avec quatre rôles, il détient
le record de participations à La Quatrième Dimension,
à égalité avec
Jack Klugman. En 1983 il se substitue
d’ailleurs à Rod Serling,
décédé, pour
devenir le narrateur du film.
Fritz
Weaver (1926) a interprété
de multiples seconds rôles
au cinéma et à la
télévision (Des
Agents Très Spéciaux,
Rawhide, Mission Impossible, Gunsmoke,
Mannix, Kung Fu, Hawaï Police
d’État, Magnum, Arabesque,
Matlock, Law & Order, Star Trek
: Deep Space Nine, Holocauste etc.).
Il a de plus assuré le commentaire
de nombreux documentaires. Fritz
Weaver joue également dans
l’épisode La Troisième
à partir du Soleil.
Harold
Innocent (1933-1993), comédien britannique,
a mené carrière des
deux côtés de l’Atlantique,
notamment dans de nombreuses séries
anglaises. Cela lui vaut de figurer
dans deux épisodes des Avengers : Les Sorciers et Du
bois vermoulu.
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TOP 5 DE LA SAISON 2
1) Les Prédictions : L’épisode synthétise à merveille les incongrus dysfonctionnements de notre réalité, constituant l’un des courants les plus féconds de l’anthologie. Richard Matheson y excelle particulièrement et démontre encore une fois la vivacité de son imagination. Et puis découvrir William Shatner en homme influençable sauvé par la solidité de son épouse, cela n’a pas de prix !
2) Peine capitale : Magnifique
variation sur le thème des mondes oniriques
mais aussi sur celui du verrou temporel. Beaumont
y exprime éloquemment sa fascination
pour la mort, à travers une évocation
de la peine capitale qui ne laissera pas intact
le spectateur. L’ardent suspense se
voit porté par une mise en scène
implacable et un Dennis Weaver absolument
magistral
3) L’Œil de l’admirateur : Brillante dénonciation de
toutes les dictatures à travers celle
des canons esthétiques, cet épisode,
aussi décalé qu’abouti,
constitue également un pur chef-d’œuvre
audiovisuel par sa réalisation des
plus audacieuses et imaginatives. L’apparition
des terribles maquillages reste l’une
des images fortes les plus popularisées
de La Quatrième
Dimension. Du grand Serling.
4) Les Envahisseurs : Richard
Matheson ne se résume pas à
une source inépuisable d’idées
originales, il s’avère également
un conteur accompli comme l’illustre
la palpitante narration de cet implacable
duel. La mise en scène parvient à
ménager de superbes effets malgré
la faiblesse des moyens mis à sa disposition,
tandis qu’Agnès Moorehead crève
l’écran en forte femme développant
une étonnante sauvagerie.
5) L’Homme qui hurle : Un
épisode très à part dans
cette anthologie empreinte de modernité
et ouverte aux nouvelles voies du Fantastique.
Charles Beaumont y exprime avec une force
de conviction palpable son inspiration remontant
aux classiques du genre, qu’il s’entend
tout de même à dépoussiérer.
Cette fable moraliste doit également
beaucoup au talent de ses interprètes,
réellement pénétrés
par leur rôle.
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Crédits
photo : Universal.
Images
capturées par Estuaire44.
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