3 Equalizer - Bonus: Hommage à Edward Woodward + Interview de Coleman Luck

CHAPEAU MELON & BOTTES DE CUIR - The Avengers

Chapeau Melon et Bottes de Cuir
HORS SÉRIE

 
1. HOMMAGE À EDWARD WOODWARD





 

Voici la traduction de l’hommage que Coleman Luck, producteur et scénariste d’EQUALIZER, écrivit sur son blog le 16 novembre 2009 au décès d’Edward Woodward alias Robert McCall. Lors de l’échange de mails que j’ai eu avec Coleman Luck, celui-ci m’a autorisé à traduire ses écrits pour notre site.

Ce matin, la nouvelle est tombée que mon vieil ami et collègue Edward Woodward était décédé. Il avait 79 ans. Nos contacts se limitaient ces dernières années à des échanges de cartes pour Noël. Celle de l’année dernière précisait qu’il travaillait toujours à 79 ans et n’était-ce pas un miracle ?  

Je n’ai pas inventé la série culte américaine dans laquelle Edward était la vedette. Elle fut créée par Michael Sloan et Richard Lindheim. Michael était un scénariste et producteur très occupé et Dick était un ponte d’Universal Television. Après que le pilote ait été écrit et produit, aucun des deux, à cause de leur engagement respectif, n’a pu se joindre à l’équipe arrivante sur la série. Cela fut transmis à d’autres.

J’ai intégré l’équipe, en étant le plus jeune scénariste/producteur, durant l’automne 1985. On en était au onzième épisode. Je n’avais travaillé jusqu’alors que sur une autre série qui n’avait duré que huit épisodes. A son terme, on me proposa un contrat à Universal TV.  J’étais impressionné d’être là mais il n’y eut pas grand-chose à faire pour moi pendant des mois. Puis vint un coup de téléphone. Serais-je intéressé d’intégrer l’équipe d’une nouvelle série en production, The Equalizer ? Le concept semblait intéressant et je répondis par l’affirmative.

Presque immédiatement, je fus confronté à une mauvaise perception qui fit du tort à la série, de ses débuts à son terme. Lorsque j’annonçai à une amie scénariste que j’allais travailler sur The Equalizer, elle fut dégoutée. Pourquoi écrire pour une série sur un justicier ? Jusqu’à ce jour, c’est comme cela que beaucoup de gens perçoivent The Equalizer. Pour ceux qui ont travaillé sur la série, ce n’était pas du tout la même chose.

Lorsque j’ai rejoint l’équipe, j’ai découvert que c’était le chaos. La plupart des nouvelles séries passent par une première année pénible mais c’était ici particulièrement inquiétant. L’équipe de scénaristes et le ‘showrunner’ étaient à Los Angeles alors que toute l’équipe de production se trouvait à Manhattan. Et il y avait la guerre entre les deux côtes. L’équipe de New York détestait les scripts qu’elle recevait alors que celle de LA avait l’impression d’écrire des scénarii pointus qui amenaient la série à un nouveau palier. Je décidai d’aider comme je pouvais et ne pas me faire d’ennemis sur aucune des deux côtes. C’était un vrai défi.

L’équipe de scénaristes essayait de travailler à partir de scripts qui avaient été conçus par des ‘freelancers’. Ils avaient tous besoin de modifications importantes avant qu’ils ne soient prêts pour être envoyés à la production et aucune date n’était fixée. Avec ma tendance suicidaire habituelle, j’allai dans le bureau du showrunner et lui demanda le script le plus difficile en sa possession. Il me le donna. C’était une histoire qui traitait d’un gang de rue et il avait besoin de ce qu’on appelle une révision ‘page un’, c'est-à-dire un nouveau script. Il n’y avait pas beaucoup de temps pour le faire.

Dans l’histoire, l’Equalizer doit stopper un gang qui terrorise tout un voisinage. J’eus l’idée de faire un script qui rende hommage au film classique ‘The Warriors’ (quand je vois l’épisode maintenant, j’ai envie de me faire tout petit). Quelque chose d’étrange survint pendant l’écriture. Voici ce qui arriva.

Comme toujours, avant de passer à l’action, Robert McCall analyse la situation qu’il doit résoudre. Dans l’épisode, ses investigations l’amènent dans le quartier de Spanish Harlem. Par hasard, il passe devant la devanture d’un barbier. En jetant un coup d’œil par la fenêtre, il reste figé. Son regard croise celui du barbier. Surpris, il rentre. Le barbier et McCall s’observent. Ils étaient ennemis au temps où McCall était un agent de la CIA. L’homme lui fait signe de passer dans la pièce de derrière pour qu’ils puissent parler.

McCall ne pouvait pas croire que son vieil ennemi était là, à New York dans un salon de coiffure. La dernière fois qu’ils s’étaient rencontrés, il était un des généraux les plus influents dans le Cuba de Castro. Comment diable était-il passé de ça à là? Le ‘barbier’ lui raconta.

Dans un nouvel excès de paranoïa, Castro avait ordonné une nouvelle purge pour nettoyer la population de ses ennemis. Il y avait un petit fermier parmi les milliers impliqués, juste un homme ordinaire. Très rapidement, il devint évident que les meilleurs interrogateurs étaient impuissants. Il leur brisait le moral. De dépit, le général s’occupa de lui personnellement. Il tortura l’homme sans pitié, le tuant finalement. Mais ce petit fermier détruisit sa vie. Comment avait-il fait ? « Parce que tout au long des séances de torture, quoique je lui faisais, l’homme me pardonnait. Ce que j’ai ressenti est la pire chose qui puisse arriver à un bon communiste. J’ai commencé à croire en l’Amour de Dieu’. Ceci et d’autres éléments de l’histoire conduisirent Robert McCall à faire quelque chose qu’il n’avait jamais fait jusqu’alors. Pour vaincre le gang, il dut poser son arme et faire face aux voyous seul et sans défense. 

Après avoir écrit tout cela, je ne savais pas comment cela serait accepté. Ce n’était indiscutablement pas votre histoire de justicier modèle standard. J’étais certain d’une seule chose. On n’avait jamais écrit dans l’histoire de la télévision américaine une telle scène pour une série d’action à heure de grande écoute. J’étais à Los Angeles avec aucune notion de ce qui se passait à New York. Je ne le savais pas mais, plus tard, j’appris qu’Edward voulait quitter la série car il était mécontent de la façon que son personnage était présenté. Quand il lut le script que j’avais écrit, il dit :’Voilà, c’est ça !’

Ce fut le début d’une grande aventure pour moi. L’histoire par laquelle nous sommes tous passés pour produire The Equalizer pourrait remplir un livre. Au début de la seconde année, l’équipe de scénaristes se mit au diapason. Un grand nombre de merveilleux scénaristes est passé par la série y ajoutant chacun leur touche. Nous sommes restés, pour beaucoup, amis. Pendant deux des quatre saisons, le ‘showrunner’ était un ami proche qui me donna une incroyable liberté pour écrire tout ce que je ressentais. Il s’appelait Ed Waters et il est décédé il y a plusieurs années. Puis il y eut Jim McAdams, le producteur exécutif, qui devint un ami cher pendant des décennies (ndlr : producteur également de Kojak). Jim est mort il y a un peu plus de deux ans. Les dirigeants d’Universal TV, avec à leur tête Dick Lindheim, nous encourageaient. Sans leur support, rien de ce que j’ai écrit n’aurait été produit. Je leur suis tous très reconnaissant.

Plus le temps passait, plus il me semblait que j’avais une sorte de compréhension symbiotique pour le personnage si particulier créé par Michael et Dick et interprété si brillamment par Edward. En conséquence, la plupart des épisodes qui traitaient du passé obscur et des relations de McCall m’était réservé. Vu que je suis resté plus longtemps sur la série que les autres scénaristes, j’écrivis plus d’histoires que quiconque.  Et ce fut une merveilleuse opportunité. Plus jamais, même sur des séries que j’ai créées, on ne m’accordera autant de liberté.

Qu’est-ce qui fait qu’une série a du succès ? Bien entendu, vous devez avoir de bonnes histoires et une bonne production. Mais surtout les téléspectateurs doivent aimer les principaux personnages. Ils doivent vouloir les voir revenir dans leur foyer toutes les semaines. C’est pourquoi répartir les rôles est tout un art. Donner le rôle de l’Equalizer à Edward Woodward fut brillantissime et imprévisible. Imaginez un acteur britannique, pratiquement inconnu aux USA, jouer un agent de la CIA dans une série d’une chaine importante. Le monde peut remercier Michael et Dick pour un tel choix.

J’ai souvent pensé à ce qu’Edward a apporté au rôle. A mon avis, c’était une grande force, de la résolution et de l’énergie, alliées avec une tristesse sous-jacente. Il y avait une énorme honnêteté dans son interprétation. Le personnage qu’il jouait était un homme brave et brillant qui avait fait des choses terribles pour lesquelles il portait dorénavant un poids de culpabilisation. La série avait pour thème le coût de la rédemption. Robert McCall apportait la rédemption aux autres mais cela lui coûtait toujours de faire cela. Alors qu’il apportait cette rédemption, il ne pouvait jamais la trouver complètement pour lui.

Je ne pense pas que vous verrez une autre série comme The Equalizer. Il y a des raisons spécifiques à cela. Premièrement, Robert McCall était la dernière figure paternelle. Il pouvait vous botter les fesses s’il le fallait mais être là pour vous sauver la vie le cas échéant. Lorsqu’il venait, vous saviez qu’il était prêt à donner sa vie pour sauver la votre si nécessaire. Hollywood ne raffole pas de ce genre de pères. Des bouffons adorables et hésitants sont beaucoup plus populaires. Mais il y a une autre raison qui explique que vous ne verrez plus une série comme cela.
 
Depuis des années, il y a eu de nombreuses tentatives pour copier The Equalizer. Elles ont toutes échoué car Hollywood ne comprend pas le sens de la rédemption. On trouve la définition de rédemption pour Hollywood dans le superbe film The Shawshank Redemption. Aussi excellent qu’il soit, le thème n’est pas du tout la rédemption.  C’est de la vengeance. Vous racheter en faisant payer quelqu’un d’autre. Et là, reside le défaut impardonnable. Avec une véritable rédemption, quelqu’un est prêt à payer le prix pour vous sauver la vie même si vous ne le méritez pas. Si The Equalizer avait transposé la vision d’Hollywood de la rédemption, cela aurait été simplement une série sur un justicier.

Pourquoi avais-je de la compréhension pour le personnage mystérieux de Robert McCall ? Etait-ce mon expérience de la guerre? Peut-être en partie. Mais il y a une raison plus profonde. Je suis aussi un homme qui a fait des choses terribles dans sa vie. Mais contrairement à McCall, j’ai trouvé le pardon car Quelqu’un d’autre a payé le prix pour moi. Grâce à Jésus Christ, je sais ce qu’est le pardon et le poids de la culpabilité s’est envolé.

Les gens veulent toujours connaitre la part de l’acteur dans l’interprétation du personnage. Ils veulent croire que la véritable personne est comme le personnage qu’ils aiment à l’écran. Edward était et n’était pas l’Equalizer. Déjà, il était beaucoup plus drôle que Robert McCall. Et il savait chanter. Il y a quelques années, Carel et moi avions rendu visite à Edward et Michele dans leur maison près de Portsmouth en Angleterre. C’était un moment merveilleux. Nous avions pris de bons repas et fait le tour des antiquaires. Nos charmants hôtes nous avaient fait découvrir la région et son histoire fascinante. Edward n’était pas seulement un acteur accompli mais aussi un des plus grands conteurs de sa génération.

Edward était tout à fait comme Robert McCall pour au moins une chose. Il était attentionné avec les gens. La vedette d’une série contrôle le ton sur le plateau. Trop de séries sont tributaires de vedettes qui sont des gamins gâtés narcissiques et certains sont vraiment infectes. C’est un vrai supplice pour tous ceux qui les approchent. Ce n’était pas le cas d’Edward Woodward. Toute l’équipe de production, qui travaillait avec lui jour et nuit, l’adorait. Il était un vrai gentleman. Bien que nous n’en ayons jamais parlé, je suis certain qu’Edward comprenait Robert McCall aussi bien que moi. Sinon, il n’aurait jamais accepté les scripts que j’écrivais pour lui.

J’étais adulte lorsque mon père décéda mais pourtant un étrange sentiment de vulnérabilité m’envahit à son décès. Quelqu’un pour qui j’avais une totale confiance n’était plus là et le monde était un endroit désert. Je pense qu’Edward représente très bien un père. Nos prières vont à Michelle et aux enfants.

Repose en paix, mon ami.

http://colemanluck.blogspot.com/2009/11/in-memory-of-edward-woodward-equalizer.html

Retour à l'index


2. ENTRETIEN AVEC COLEMAN LUCK

 


Coleman Luck a accepté de répondre à mes vingt questions sur la série The Equalizer pour laquelle il fut scénariste et producteur.

 

Est-ce que la ‘guerre’ au début de la première saison, que vous avez décrite entre l’équipe de scénaristes basée à Los Angeles et la production à New-York, aurait pu mettre en danger la continuité de la série ?  

 

            La guerre en elle-même n’a pas mis en péril la série. Le danger fut les basses audiences de la première saison. Beaucoup de séries passent par des batailles lors de leur saison initiale. C’est une chose de trouver le concept d’une série ou même un bon pilote mais c’en est une autre d’exécuter ce concept sur plusieurs épisodes.  Et tous les problèmes sont exacerbés si l’audience n’est pas au rendez-vous. Tous les protagonistes ont leur projet pour la série mais au-delà des questions de création, des gens ne peuvent tout simplement pas bien travailler ensemble. L’équipe d’une série est comme dans une cocotte-minute et tout le monde a une forte personnalité.

 

Vous avez écrit dans votre hommage à Edward Woodward que beaucoup de gens percevaient The Equalizer comme une série sur un justicier. Peut-on dire que la série est ‘politiquement incorrecte’ de nos jours ?

 

          Pas à cause de la notion de justicier. Certains ont essayé de refaire la série sous d’autres noms avec le thème d’auto-défense un grand nombre de fois et cela n’a pas fonctionné. Hollywood n’a aucune perception de la notion à double tranchant et du véritable coût du vrai pardon et de la rédemption. Un bon exemple est The Shawshank Redemption (ndlr : littéralement Le pardon de Shawshank, en français Les évadés, adapté de Stephen King) qui aurait dû plutôt s’appeler ‘La vengeance de Shawshank’ car il n’y a pas de véritable rédemption dans le film. Mais c’est plutôt une question ésotérique. The Equalizer est une série politiquement incorrecte car elle présente une figure paternelle forte et sage qui est également dure (même pourvoyeur de violence contrôlée) tout en étant attentive et complètement impliquée aussi bien dans la justice que dans la miséricorde. La plupart des pères créés par Hollywood sont des bouffons faibles et mous avec un semblant de force pitoyable. Pourquoi, cela est une tout autre question.

 

Est-ce la raison pour laquelle certaines histoires ont une fin complètement différente de celle attendue ? C’était pour les différencier de films de justiciers comme, par exemple, le célèbre Un justicier dans la ville avec Charles Bronson, afin de souligner le rachat et pas la vengeance ?

 

             Après la première saison, tous les scénaristes de la série ont consciemment choisi d’aller à l’encontre du stéréotype du justicier. Lorsque cela transparait, nous avons essayé de présenter la chose comme une nécessité douloureuse et horrible avec des circonstances terribles.

 

Avez-vous souvent rencontré Edward Woodward et les acteurs lors du tournage des épisodes ? Vous avez écrit qu’il était mécontent de son personnage et prêt à partir. Est-ce que votre arrivée sur la série fut un tournant ?

 

            Pendant les trois premières saisons, je pense que j'ai été sur le plateau pour presque tous les épisodes que j'ai écrit. Ce fut une expérience merveilleuse. Bien sûr, j'ai passé du temps avec Edward et les acteurs. Cependant, je n’avais pas beaucoup de temps personnel. Nous étions tous très occupés. Durant la quatrième saison j'ai été le showrunner. Nous avons commencé la production deux semaines après la fin d'une grève de cinq mois des scénaristes. Ce fut une saison infernale sans retard de script. Je n’ai pas pu me rendre à New York avant la fin de la saison, pour la fête d’adieu.

 

Quand on regarde The Equalizer, on peut percevoir qu’Edward Woodward était un acteur sympathique. L’acteur ‘sonne’ juste : à son âge, il avait besoin de lunettes pour lire et il n’avait pas la prétention de paraître plus jeune à l’écran. Edward Woodward a-t-il demandé à modifier les scripts ou ajouter des touches personnelles ?

 

             Non, il ne changeait pas les scripts lui-même. S’il avait des idées, il nous les transmettait et nous essayions d’y répondre. Cela n’est vraiment pas arrivé souvent. Pendant la première saison, il était très malheureux et il l’a fait savoir mais c’était une amertume globale qui concernait le développement du personnage de Robert McCall. Dans les dernières saisons, il aimait beaucoup nous taquiner. Quand il en sentait le besoin, il prononçait certains mots avec un tel accent britannique que nous ne comprenions rien.

 

Vous avez écrit que les histoires qui mettaient en évidence le passé de McCall vous incombaient. La plupart d’entre elles font parti des meilleures. Les détails de la vie de McCall étaient-ils écrits en avance pour être glissés dans certains scripts ou simplement ajoutés au dernier moment ?

 

             Le passé de McCall a été établi au début mais c’était seulement dans les grandes lignes. Nous n’avions pas de ‘bible’ pour la série. Les détails étaient ‘découverts’  par les scénaristes lorsque nous créions les épisodes. Bien entendu, les détails devaient être acceptés par le showrunner avant qu’ils n’apparaissent à l’écran. Nous avons passé beaucoup d’heures ensemble à discuter du passé de McCall et de centaines d’autres questions. La plupart des séries TV se font vraiment grâce à un travail d’équipe.

 

De nombreux épisodes sont sociaux et dépeignent des problèmes des années 80  mais ils sont toujours d’actualité et ils peuvent être montrés dans les écoles comme leçons de vie. Je pense à l’enfance maltraitée, le sida, les violences faites aux femmes ou la drogue. Comment expliquez- vous que ces épisodes n’aient pas vieilli plus d’un quart de siècle après le tournage ?      

 

                   Parce que les gens n'ont pas changé. Ce que nous appelons les questions sociales sont vraiment des questions morales, c’est la résonance morale que l’on ressent. Les gens continuent de commettre les mêmes péchés et ils ont besoin de la même rédemption, même s’ils refusent d'accepter une telle vision de la vie humaine.

 

The Equalizer fut une des premières séries à avoir autant de personnages qui allaient et venaient. Qui décidait par exemple que Mickey Kostmayer ou Jimmy joueraient dans telle histoire ?  Certains personnages disparaissent soudainement après avoir eu une grande importance dans leur dernier épisode : Pete O’Phelan (The Last Campaign), Jimmy (Past Imperfect), Scott (Time Present, Time Past). Était-ce à dessein? De même la surprenante réapparition de Lettie, la femme de ménage de McCall qui revient dans la saison 4 après trois ans d’absence. Au sujet des policiers, beaucoup d'entre eux vont et viennent et le dernier est le sergent Shephard, jouée par la ravissante Chad Redding. A-t-elle été choisie parce qu'elle était l'épouse de James McAdams?

 

                   Il y a plusieurs raisons pour lesquelles les membres de la distribution allaient et venaient. Souvent, c’était simplement une question de disponibilité. Nous faisions le casting à New York. Beaucoup d’acteurs avaient des carrières au théâtre et nous essayions de travailler en accord et d’avoir les meilleurs disponibles. Les scénaristes avaient aussi beaucoup de liberté sur la série. Si nous aimions un personnage ou un acteur en particulier, nous l’incorporions dans le script et vice versa. Nous avons créé assez souvent des personnages peu importants qui réapparaissaient ; c’était le cas de Sterno. Je l’ai introduit et il a fini par réapparaitre plusieurs fois. Certains acteurs étaient demandés par la chaine. Jim McAdams était en charge du casting et c’était un orfèvre en la matière. J’ai appris beaucoup avec lui sur le casting. Edward était le seul personnage régulier de la série. Les autres acteurs avaient plusieurs épisodes chaque saison dont le nombre était stipulé dans leur contrat. Si je me souviens bien, Chad Redding fut choisie en partie car il y avait un besoin évident  de beauté au milieu de la laideur ambiante.

 

Savez-vous pourquoi seule la première saison est sortie en DVD ? La réponse se trouve-t-elle dans des droits d’auteur comme la musique de Steward Copeland ou des chansons comme celle de Marianne Faithfull, Running for our Lives ?

 

                 Je ne sais pratiquement rien sur le processus de décision à ce sujet. J’ai entendu parler des difficultés de contrat concernant la musique et je sais qu’elle a été remplacée dans un certain nombre d’épisodes (1). Je n'ose pas imaginer ce qu'ils ont fait. Je ne sais pas pourquoi une seule saison a été éditée. J'ai entendu dire qu'ils attendent la sortie du film, mais je n’en suis pas certain.

 

The Equalizer est presque exclusivement tourné en extérieurs à New York ce qui est une des raisons du succès de la série. Etait-ce difficile d’avoir l’autorisation de tourner en plein New York ?  Les scripts étaient-ils écrits en conséquence ? N’était-il pas difficile, par exemple, de tourner des scènes de fusillades dans une église comme dans le final de Blood & Wine ?

 

                       Ce fut merveilleux de tourner à New York. A l’époque, The Equalizer était la seule série dans la ville et New York nous adoptait. Il y avait tant d'endroits et un tel désir de travailler avec nous que nous n'avions pas de sérieuses difficultés. En ce qui concerne les scripts, il y a des particularités de Manhattan que nous devions garder à l’esprit comme le fait qu’il n’y a que deux ruelles sur toute l’ile. Nous avons dû également comprendre la mentalité new yorkaise pour façonner les différents personnages. Tout fut un immense plaisir.

 

Certains détails sont impressionnants. Dans The Last Campaign (premier épisode de la quatrième saison), Cindy Claussen dit à McCall au téléphone qu’elle est une amie de Susan Foxworth, une femme harcelée par son mari dans Regrets Only, un épisode de la saison précédente ! Les deux scripts ont été écrits par des scénaristes différents. Comment est-ce possible ?

 

                    Parce que tous les scénaristes se concertaient constamment, échangeaient des idées et lisaient les scripts des autres, toujours sous la directive du showrunner.

 

 

Durant la troisième saison, McCall achète un restaurant avec Pete O'Phelan et l’Equalizer rencontre ses «clients» dans ce restaurant. Il n'y a pas de scène dans l’appartement de McCall pendant quelques épisodes. Pourquoi ce changement a-t-il été décidé ?

 

                      O'Phelan était l’idée de Jim McAdams. Pour les scénaristes, l’appartement de McCall était devenu un peu contraignant et nous voulions élargir son horizon. Jim a trouvé un bar complet à l’abandon et tout le mobilier a été acheté par la production. S'il n'avait pas fait cette découverte, je ne pense pas que le personnage O'Phelan aurait été créé. Cela aurait été trop coûteux de créer ce genre de plateau de tournage à partir de rien. Nous avons tous pensé qu’un bar serait l’emplacement idéal pour que McCall fasse ses affaires. Surtout, cela nous a donné un plateau sur l'un de nos studios d'enregistrement. Tourner là-bas était beaucoup plus économique. Pas de déplacement dans la ville, etc. La plupart des séries contemporaines a peu de tournages en extérieurs car cela coute cher. A la place, ils construisent des ensembles où 90 pour cent des scènes se déroulent. Ils dépendent du ‘green screen’(2). Si EQ était produit aujourd’hui, la série serait tournée à Los Angeles ou dans un état équivalent avec la physionomie de New York entièrement reconstituée sur ‘green screens’.

 

 

Combien d'épisodes ont été tournés simultanément? Qui étaient les ‘guest-stars’ les plus impressionnantes?


                    
Nous ne tournions qu'un seul épisode à la fois. Il y avait tant de ‘guest stars’ formidables qu’il m’est impossible d’en citer quelques unes. Quand on regarde la série, on voit beaucoup de stars ainsi que des jeunes acteurs qui ont fait une brillante carrière.

 

La série a-t-elle été censurée à cause de la violence?

 

                    Non, et à l’époque, nous étions considérés comme l'une des séries les plus violentes à l'antenne.

 

Comment les scénaristes se partageaient-ils les épisodes de la saison? Dans certains épisodes, il y a deux histoires: sont-elles du même auteur?


                   Pratiquement tous les épisodes ont été écrits par un rédacteur unique. Nous étions en roulement. Même ceux qui portent le nom d'un auteur hors équipe étaient en fait écrits par un scénariste de l’équipe faisant une réécriture de première page d'un script à la pige. Il y a quelques épisodes qui ont été écrits par des équipes de scénaristes. Cela a été fait uniquement lorsque nous étions sous une pression extrême en raison d'une crise particulière. Un bon exemple est Mission McCall qui a été le premier script tourné après la crise cardiaque d’Edward. Le script a eu de nombreuses versions. Plusieurs scénaristes de l’équipe ont travaillé ensemble sur le projet initial. Puis je l'ai pris à New York et je l’ai réécrit plusieurs fois en fonction de l’évolution changeante de la crise et de l’état de santé d’Edward.

 

Après les problèmes de santé d’Edward Woodward, comment avez-vous réussi pour continuer la série pendant son absence? J'ai lu qu’Edward Woodward et Richard Mitchum ne se sont jamais rencontrés sur le tournage, mais ils sont censés jouer quelques scènes ensemble. Comment était-ce possible?

 

                      C’était un des plus grands défis auquel une production de série ait été confrontée. Il y a des séries où des vedettes ont été remplacées mais je n’en connais pas d’autres où une vedette est censée participer alors qu’elle n’est pas là. Cela fut notre défi durant la plupart du temps de la troisième saison. Il est vrai que Mitchum et Edward ne se sont jamais rencontrés. Je me souviens d'au moins une de leur scène qui a été tournée au bar - Mitchum à une extrémité et Woodward à l'autre. Tournée à différents moments, puis coupée et remontée. Ce genre de choses. La troisième saison a été un véritable casse-tête à écrire.

 

Pourquoi la série a été arrêtée après quatre saisons? Pourquoi n'y a-t-il  pas d’aussi bonnes séries aujourd'hui?


                  
La série a été annulée par représailles de la part de CBS envers Universal. CBS venait d’effectuer une renégociation difficile pour obtenir une autre saison d’Arabesque. Cela leur avait coûté une importante somme d'argent et ils étaient furieux. Au fil des années, ils avaient donné à The Equalizer des plages horaires catastrophiques et ils nous avaient déplacés si souvent que nos audiences n’étaient pas aussi bonnes qu'elles auraient été si on nous avait laissé dans notre emplacement d'origine. Néanmoins, les chiffres étaient suffisamment bons pour garantir une cinquième saison. Nous avons été annulés par pure vengeance. Pourquoi n’y a-t-il plus de telles séries aujourd'hui? La Seconde Loi de la Dynamique Créatrice d'Hollywood. Tout le système évolue vers un chaos moral croissant.

 

Quels sont vos épisodes préférés? J’ai lu que Blood & Wine en faisait partie ?

 

                     En fait, Blood & Wine est mon épisode préféré. On ne m’avait jamais donné autant de liberté dans l’écriture. Il y a aussi beaucoup d’autres épisodes, que j’ai écrits, qui ne sont pas loin derrière. Travailler sur la série fut une grande joie. Jamais je n’ai eu de nouveau une telle liberté de création dans ma carrière hollywoodienne. Bien entendu, tout cela fait partie d’un passé lointain pour moi et tout se mélange dans une espèce de sensation dorée.


Vous étiez scénariste et producteur sur la série. Pourquoi n’avez-vous pas écrit un livre sur The Equalizer ?

 

                   Personne ne me l’a jamais demandé et, bien que je pense que j’ai eu une influence importante sur la série, il y avait beaucoup d’autres excellents scénaristes impliqués dans The Equalizer ; la plupart d’entre eux sont restés de bons amis. Je ne pense pas qu’un seul scénariste ‘possède’, d’une façon créative, la franchise. Je ne sais pas si un livre aurait eu du succès car, d’une certaine façon, The Equalizer était une série bizarre. Bien qu’elle ait eu beaucoup de popularité, elle n’a jamais percé dans la stratosphère télévisuelle. Beaucoup de gens ne l’ont pas découverte lors de sa première diffusion, seulement lorsqu’ils ont vu les épisodes formatés. Il en manquait parfois pas mal pour pouvoir diffuser l’épisode dans le créneau horaire voulu. J’espère que la série sera éditée complètement en DVD. Si cela arrive, les spectateurs verront beaucoup de scènes qui ont disparu depuis longtemps. Et pour la musique, que Dieu nous entende !

 

Que pensez-vous du remake prévu en 2013 ? Etes-vous impliqué ?

 

                 Je n’en ai pas entendu parler et je ne suis pas impliqué.

 

(1) Universal Studios Home Entertainment édita aux USA (zone 1) la première saison d’Equalizer le 12 février 2008 avec des changements notables pour la musique et des chansons, à cause des droits d’auteurs évoqués. Par contre, l’édition britannique d’Universal Playback UK, sortie le 21 avril 2008, est intacte avec la musique originale. 

 

(2)Un Green Screen, ou écran chromatique est un fond de couleur vert uni utilisé au cinéma et en photographie pour des fins d’effets spéciaux. Les acteurs, ou sujets, sont photographiés devant cet écran afin qu’on puisse les extraire à l’aide d’outils numériques, pour ensuite les intégrer dans n’importe quel environnement, sans que rien n’y paraisse!

 

Retour à l'index