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HORS
SERIE
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Excellent premier pilote (la série en compte deux).
Amené sur un étonnant générique
jazzy à la Mannix, encore bien
ancré dans la culture télévisuelle
américaine des années 60, les tonalités
pleines de percussion font ensuite penser à
la BO de Goldsmith pour La Planète
des singes tandis que les hullulements électroniques
donnent une teinte bizarrement sciene-fiction.
Autant dire que l'accompagnement musical fait
montre d'errements pour le moins perturbants parfois.
C'est bien là le seul point un tant soit
peu négatif du téléfilm.
Et encore, certains y trouveront un certain charme.
Le scénario
remplit le cahier des charges qui sera la marque
de la série : le duel acharné entre
l'inspecteur roublard, néanmoins sous-estimé,
et l'égo surdimensionné du meurtrier
à l'arrogance aveuglante.
La lente toile que tisse Columbo et qui finit
par exaspérer l'assassin est si judicieusement
agencée que c'est un plaisir considérable
de suivre cette confrontation complexe, avec en
point d'orgue un dénouement spectaculaire.
La réalisation,
très marquée par son époque
– dans la photographie (lumières,
couleurs) mais aussi dans l'aspect général
(décors, maquillage et costumes) –,
ne manque pas de style cependant. J'ai apprécié
également la justesse des comédiens.
Gene Barry n'atteint pas des sommets mais joue
de manière assez juste la fatuité
de son personnage.
C'est la performance de Falk et la tonalité
particulièrement agressive de ce Columbo
qui frappent surtout. Non pas du point de vue
de l'acharnement qu'on lui connait tout le long
de la série, mais plutôt cette abnégation
virant à la violence (la scène où
il tente de faire avouer la complice), le harcèlement
policier qui sera moins évident dans les
téléfilms suivants.
Quoiqu'il en soit, c'est une entrée en matière punchy à souhait et déjà maîtrisant les subtilités du personnage et de la confrontation intellectuelle, psychologique et morale avec le meurtrier.
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PILOTE 2 – COLUMBO
: RANÇON POUR UN HOMME MORT
(RANSOM FOR A DEAD MAN)

  
Pour ce second pilote, les créateurs
ont privilégié un tout autre type
de confrontation entre le criminel et l'enquêteur.
Il y a entre Columbo et les femmes criminelles
une sorte de relation de séduction. Le
scénario permet aux femmes de bien décrypter
le jeu de dupes, parfaitement huilé,
que met en branle le lieutenant, à savoir
sa fausse gaucherie, ses questions à
côté de la plaque, etc. Passer
pour un imbécile afin de mieux percer
le secret de son enquête en somme. Et
sur ce pilote c'est bien de dévoiler,
d'entrée de jeu, la mécanique
Columbo qu'il s'agit de mettre en lumière
grâce à la relation privilégiée
encore, dans un jeu du chat et de la souris,
entre un Peter Falk, bien plus porté
à la comédie que dans le premier
épisode, et une Lee Grant tout en finauderie.
Ce qui me déplaît
un peu plus c'est la relation conflictuelle,
annexe, entre la criminelle et la fille de la
victime, qui me paraît moins importante
et quelque peu mal dégrossie, surtout
avec le jeu problématique de Patricia
Mattick (ado écervelée).
Si l'on se contente de la relation Falk/Grant, le téléfilm est assez satisfaisant.
Sur le plan cinématographique, si l'on puit dire pour un téléfilm, la mise en scène et en image est assez conventionnelle mais plus alerte. Elle prend plus de risques pourtant que celle du premier pilote. Il y a des zooms, des travellings, un peu plus d'audace, mais c'est très loin d'être bluffant et innovateur comme dans d'autres morceaux de bravoure columbiens.
Et toujours cette base musicale étrange, très seventies, qui fleure bon les séries et téléfilms de cette époque-là.
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1.
LE LIVRE TÉMOIN
(MURDER BY THE BOOK)

 
Un des tous premiers Columbo. Signé par un Steven Spielberg qui commet la même année son premier grand film, Duel.
Et difficile de retrouver la patte Spielberg,
il est bien jeune encore et n'a pas trouvé
son style. Si ce n'est sur quelques bouts de
pellicules : le tout début du film avec
le claquement de la machine à écrire
couplé à l'arrivée de la
voiture de l'assassin ; quelques plans encadrant
les personnages dans les intérieurs ou
bien les plans qui les insèrent dans
de grandioses décors extérieurs
(LA. ou lacs près de San Diego) ; l'usage
de contre-plongées montrant l'arrogance
du personnage joué par Jack Cassidy,
etc.
Je ne sais si c'est à
force de le regarder, mais le scénario
de ce téléfilm semble perdre un
peu de son éclat. Jack Cassidy est par
moments un peu trop présomptueux pour
être vrai. Son charisme et la portée
de son meurtre (par conséquent de son
élucidation par Columbo) s'en voient
amoindris. D'une certaine façon, le téléfilm
perd de son charme. Et Columbo reste un peu
trop en dedans, ne s'affirmant et ne montrant
les dents que sur les toutes dernières
minutes. Le duel... n'a pas eu lieu. Ou alors
de manière beaucoup trop subtile pour
atteindre son objectif, celui de pimenter la
résolution de l'énigme.
Pour cette raison, je m'abstiendrais de le mettre
parmi les grands Columbo. Malgré
le nom du réalisateur.
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Un très bon Columbo, très riche, juteux, rassasiant.
Cet épisode n'est pas loin d'être parfait dans son genre. Je ne vois guère de grain de poussière dans la belle machinerie qu'on nous présente là.
L'histoire est très bien
menée. Elle fait la part belle à
une superbe confrontation. L'adversaire de Columbo
est de belle stature. Sur le canevas habituel,
il commence à éprouver un profond
mépris pour la naïveté apparente
de Columbo. Progressivement la condescendance
laisse place à la colère, l'irritation,
pour finalement tenter la flagornerie, en vain.
D'ailleurs à ce propos, c'est, me semble-t-il,
un des rares épisodes où le criminel
essaie de corrompre le lieutenant. D'habitude,
c'est plutôt à une entreprise de
séduction (souvent avec les femmes) ou
bien à un duel continu que l'on a droit.
Robert Culp, en héritant
d'un personnage aussi fourbe et calculateur,
entre dans la série (il y reviendra le
bougre !) avec gourmandise et offre une performance
somptueuse. On note également la première
apparition de Ray Milland (lui aussi reviendra
dans Dites-le avec des fleurs !) en
mari de la victime. Décidément
un épispode qui plaît à
tout le monde.
La réalisation s'essaie
à quelques effets qui donnent une sorte
de plus-value au téléfilm. Ça
commence d'ailleurs tout de suite avec une entrée
en matière superbe : des coups de feux
dans le noir, avec un montage très vif,
entre la cible, le revolver, les coups de feu
et un personnage dans le noir. Ensuite, l'épisode
demeurera très souvent dans une sorte
de pénombre, que ce soit les entrevues
de Falk et Culp dans son bureau, ou de Falk
et le golfeur (Brett Halsey) ou bien encore
le dénouement dans le garage. Ce parti
pris ténébreux ajoute une esthétique
"film noir" à l'intrigue. Et
puis, dans les innovations, on pense aussi bien
évidemment au meurtre lui-même,
avec des ralentis et des inserts intéressants.
Bien vu, bien fichu.
Bon scénario, bonne mise
en scène, bons comédiens : que
demande le peuple ?
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3.
POIDS MORT
(DEAD WEIGHT)

 
Un Columbo
acceptable pour la prestation d'Eddie Albert.
La jolie Suzanne Pleshette a eu droit (et je me
demande bien pourquoi) à des plans flous
sur la majeure partie du film. Bien étrange.
Elle semble jolie. Mais pourquoi un tel acharnement
à ne pas montrer ses traits de manière
aussi nette que pour Falk et Albert ? Elle avait
une peau si sale ? Elle n'a pas voulu coucher
avec le chef opérateur ? Bon, passons,
mais ce genre de petit trouble dans la manière
de filmer, on le retrouve dans bien des plans.
La mise en images n'est pas du tout affriolante
et le mode "téléfilm"
se fait ici assez souvent sentir. Par moments
dans la série, cela peut avoir son charme.
Ici, ça me perturbe.
En ce qui concerne
le personnage Columbo, le scénario me paraît
un peu plus grossier dans son approche. J'entends
par là que la manière dont le lieutenant
attaque bille en tête son suspect n'est
pas d'une finesse habituelle. Et paradoxalement,
les dialogues sont des plus savoureux. Exemple
type de ce paradoxe déconcertant : la scène
où le criminel revient au port après
avoir foutu son cadavre à la mer. Il tombe
sur Columbo en imperméable, bien entendu,
avec une pauvre canne à pêche à
la main. L'astuce de Columbo est d'une lourdeur
pitoyable, mais elle permet aux deux protagonistes
d'entamer un superbe dialogue sur la pêche,
plein de sous-entendus sur le crime. Mais à
bien y regarder, outre le final, cette scène
constitue sans doute le seul élément
de pur bonheur.
Pas grand-chose
d'autre à se mettre sous la dent. Musique,
image et intrigue ordinaires.
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4.
PLEIN CADRE
(SUITABLE FOR FRAMING)

  
Il y a quelque chose qui me
chiffonne dans ce Columbo. Je crois
avoir une ou deux idées là-dessus.
D'abord Ross Martin, comédien pour qui
j'ai une sorte d'affection que j'ai envie de
croire séculaire, de celles qui naissent
au cœur de l'enfance quand on apprend à
lire et à écrire, mais également
à rêver devant ces images qui bougent,
devant Les Mystères de l'Ouest
par exemple. Ross Martin, pour moi, c'est d'abord
Artemius Gordon, un personnage avec son sourire
et sa malice, personnage gravé dans ma
boîte crânienne aussi bien que dans
mon ventricule gauche (le droit à James
West). Aussi, quand je le vois dans Allo
Brigade spéciale de Blake Edwards
ou ici dans ce Columbo, dans lesquels
il joue des criminels à la machoire serrée,
au visage fermé, il doit se passer une
sorte de rupture qui, inconsciemment, me fait
rejeter le personnage et l'épisode. C'est
totalement injuste car ce téléfilm
a de nombreux éléments positifs
à faire valoir et que Ross Martin est
un très bon comédien, jouant ici
un beau salopard manipulateur.
La production a misé
sur le prestige de son casting. Outre Ross Martin
dans le rôle principal, on retrouve avec
délice Miss Brando dans Un tramway
nommé Désir, ou Zira, Miss
Cornélius dans La Planète
des singes, à savoir, Kim Hunter
en petite écervelée, toute gaie,
pimpante et insouciante. Elle et ses grands
yeux ébaudis apportent une touche de
fraîcheur à un scénario
qui en manque par moments. J'aime beaucoup cette
paire d'yeux (je l'ai d'abord découverte
sous les traits de Zira). J'ai été
enthousiaste lors du générique
de découvrir Don Ameche, le facétieux
et amoureux Henry Van Cleve dans Le Ciel
peut attendre de Lubitsch. Malheureusement,
son rôle est peu développé.
D'ailleurs, le sien et celui de Kim Hunter apparaissent
bien tardivement.
Dans cet épisode, j'ai bien aimé l'immersion un brin railleuse du scénario dans le monde des peintres. La scène où Columbo entre dans l'atelier d'un peintre pendant une séance avec une modèle déshabillée est très drôle. Falk joue parfaitement la gêne du lieutenant en constraste avec le naturel des autres personnages présents.
J'ai longtemps dédaigné
ce téléfilm en raison de son dénouement
que je trouvais tiré par les cheveux
et peu astucieux. Or, la dernière "revoyure"
m'a fait complètement changer d'opinion.
Je l'ai trouvé percutant. Un joli uppercut
à la face du criminel. Imparable. Connaissant
le final, j'ai savouré avec avidité
la méthode Columbo, comment le lieutenant
amène son coup de théâtre.
Hé bien oui, habilement.
Un épisode habile malgré un début, un crime au montage un peu trop grossier je trouve.
5.
ATTENTE
(LADY IN WAITING)

 
Pépère. Sans grande aspérité sur laquelle accrocher son enthousiasme. Sauf peut-être la bonne mine sympathique de Leslie Nielsen qui fait montre là de sérieux et s'en tire élégamment.
Le personnage joué par Susan Clark ne renvoie pas très bien la balle. Elle est immature, fait preuve d'une intempérance qui prête un peu trop le flanc aux coups et à la sagacité de Columbo. Le match n'est pas équitable.
D'autre part le dénouement n'a rien d'extraordinaire. Il est connu dès le départ. Le crime est mal organisé. Peu de classe. Pas très bien écrit somme toute.
Amusants les petits rôles : comme Richard
Anderson en victime, ou bien Jessie Royce Landis
(la maman de Cary Grant dans La Mort aux
trousses) dans son dernier rôle,
elle mourra un an après.
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Très joli final. Bien orchestrée, cette grimpette dans les cîmes a même quelques airs hitchcockiens par instants.
J'ai beaucoup aimé l'accompagnement musical, osé, marqué par son époque, jazzy-pop-disco.
J'ai beaucoup aimé également le cabotinage de Roddy McDowall. Un rôle clé en main qui lui colle parfaitement à la peau.
J'ai aimé les rôles secondaires
des miss Lupino et Francis, en nostalgique
du noir pour l'une, de Forbidden planet
pour l'autre.
Je n'ai pas aimé certains plans techniquement
ridicules. Au début, l'arrivée
de McDowall est d'une laideur ! Mais Abroms
se rattrape lors du meurtre et sur l'ensemble
de l'enquête, fort heureusement.
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Joli bonbon.
Sur un scénario original
pour un Columbo – on ne suit
pas le criminel dans l'intégralité
de son action et, donc, on ne découvre
la solution qu'à la toute fin –
le téléfilm s'approche de la
perfection sur les éléments
fondateurs de la série.
D'abord sa force provient bien souvent de
la confrontation du criminel et du lieutenant.
Ici encore les dialogues, pleins de sous-entendus,
sont d'une ironie mordante. Le duel O'Neal/Falk
est bien souvent savoureux. À fleuret
non moucheté pour le coup, les saillies
sont indirectes mais non moins violentes.
Pour que cet élément soit totalement
efficace, il est évident que le casting
est primordial. Et Patrick O'Neal, l'ersatz
de Jimmy Stewart, donne une face aiguisée,
sous un regard bleu glace dont l'arrogance
réhausse la savante mécanique
d'investigation du chasseur Columbo. À
ce titre le dénouement est prodigieusement
spectaculaire, tellement bien pensé
et tellement bien mis en scène.
Je note encore la très agréable
musique d'Henri Mancini, la belle plastique
d'une actrice peu connue, Pamela Austin. Et
je me demande, à voir ce superbe bureau
d'architecte, l'agencement des décors,
si le succès de cette série
de téléfilms n'est pas dû
en grande partie à la présentation
– propice au fantasme pour le public
– de décors somptueux, d'environnements
riches. Quoiqu'il en soit, je veux ce bureau
!
Pour finir, Falk, à la caméra, donne plus d'ampleur à son personnage en le mettant dans des situations comiques, non dépourvues d'incisives à l'encontre de l'administration par exemple.
Un excellent Columbo.
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Crédits
photo : Universal Pictures.
Images
capturées par Sébastien Raymond.
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