Au secourrrrrrrs, ouaaaaaah, je meurrrrrrrrrrs !
Ce film est trop nuuuuuuuuul !
On ne ressort pas indemme du visionnage du film Buffy, suceuse de cerveaux, euh, je veux dire de Buffy, tueuse de vampires. En effet, tout comme de nombreux nanars de série B ou Z (ou dans le cas présent ZZZZZ), on émerge de cette expérience unique avec le sentiment d’accomplir un devoir de citoyen en réclamant le remboursement (avec dommages et intérêts) du DVD et celui d’avoir croqué un fruit défendu qui avait l’air pourri et qui en fait… était bel et bien pourri ! Mais un fruit euphorique, un bon gros navet divertissant et amusant par son ridicule affligeant. Tellement consternant qu’il en devient comique. Energisant de crétinerie, c’est un film qui donne la pêche, à mettre en cas de déprime pour penser que finalement, il existe des gens bien plus déprimants que nous…
On reste pantois devant le travail de l'équipe à massacrer aussi joyeusement le script original de Joss Whedon. Cependant, le film hésite trop entre sérieux et 123e degré et c'est là sa faiblesse : Ou bien, on voulait faire un film "normal" et c'est un ratage total à cause de scènes du dernier ridicule. Ou bien, on voulait faire un bon nanar bien débile et justement, quelques éléments "réussis" du film l'empêchent d'atteindre ce niveau de lecture.
Alors, commençons par tirer sur l'ambulance : d'abord, mis à part le trio principal (Swanson-Sutherland-Perry), on assiste à un véritable concours d'outrance à faire passer Aldo Maccione pour l'égal de James Stewart. La palme revient de très loin à Paul Reubens qui est époustouflant quand il s'agit de jouer mal : mimiques excessives, maquillage horrible, bouche toujours grande ouverte, yeux qui roulent... il a droit à mon admiration éternelle pour cette splendide anti-performance où chacune de ses apparitions déchaîne le rire (sa voix française, qui s’est apparemment trompé de studio de doublage, devrait vous achever définitivement). La scène où il agonise pendant des heures est un grand moment de rigolade, digne des pires scènes des pires nanars ! Quand on sait que cette scène fut improvisée par le comédien, notre vénération est quadruplée pour une telle trouvaille !

Buenos dias amigo ! Tu sais qui je suis ? Je suis Paul Reubens, et je suis le plus mauvais acteur de la decennie, mon bras à couper que j'te mens pas !
Mais dans le genre, Rutger Hauer, apparemment sous dose massive d'ecstasy, n'est pas mal non plus : son apparition, tout dentier dehors, le fait davantage ressembler à un clône raté de Dracula trépané qu’à un véritable génie du mal. Son comportement dans la scène finale vaut son pesant d‘or : il est si grotesque, avec ses répliques à s’étrangler, ses sourires "terrifiants" et ses gestes de pantin hystérique qu’il brise toute résistance du spectateur qui n’a plus qu’à prier qu’il se fasse dézinguer au plus vite. Le reste du casting avec greluches sans cervelle et beaux mâles d'un vide intellectuel sidérant ne dépare pas non plus. L’apothéose du film est bien entendu l'arrivée des vampires à l'entrée de la salle de fête : on va tellement loin dans le débilissime que ça en devient génial, tous les records de cabotinage sont pulvérisés !

Quoi, nos gueules, qu'est-ce qu'elles ont nos gueules !!! Quelque chose qui ne va pas, Elles ne te reviennent pas...
Mais là, où on atteint les sommets, c'est bien sûr dans la mise en scène (ou plutôt l'absence de mise en scène) de Fran Rubel Kuzui. C'est bien simple : le film volait déjà pas haut mais alors là, avec la "réalisation", on vole plus, on rampe sous terre à la vitesse d'une taupe gavée au viagra cafeiné tellement toutes les scènes foirent avec une constance hallucinante : l'attaque de Benoît est atrocement mal filmée avec en plus Merrick qui arrive quelques secondes plus tard comme un cheveu sur la soupe ! Erreur de montage ? Et je ne parle ni de la poursuite en voiture complètement foutrarque, de la scène de la mort de Merrick avec des angles de caméra impressionnants d'inutilité ni le duel final transformé en kermesse clownesque par une caméra qui a l'air de se demander ce qu'elle fiche dans cette Berezina !
Quant aux scènes de combat, elles peuvent rassurer Chuck Norris : aucune concurrence à craindre tellement les coups (de poing, de sabre, de pieux...) sonnent tous faux. Bonus offert gracieusement par la directrice d'acteurs : des expressions d'horreur caricaturales de la part des victimes qui font davantage s'esclaffer qu'horrifier. Et comme pour bien nous rassurer que la "réalisatrice" tient consciencieusement son pari de faire saboter le film jusqu'au bout, elle nous colle un générique de fin tellement pitoyable (les sentiments des différents protagonistes du film après cette catastrophe) qu'on regrette déjà tout ce qui vient de précéder ! Ce qui est quand même un superbe exploit en la matière.
Alors, l’auteur de ces lignes s’appuie sur la VF du film et le fait d'avoir dans un teenage movie un duo central qui s'appelle Bichette et Marcel (Tu chauffes...) sans oublier le sieur Benoît suffit à faire exploser de rire ! Si la VF est correcte encore une fois pour le trio central, elle sombre dans un abîme vertigineux quand il s'agit des autres rôles : les voix vont tellement mauvaises qu'on se demande comment une telle abomination est possible ! Bon, on est certes pas au niveau de Jaguar force mais c'est déjà pas mal. Mais déjà que les nunucheries débitées avec une constance éloquente en VO relevaient déjà des clichés propres aux adolescentes de cet âge qui sont évidemment toutes des tartes ne révant que d'Adonis (si possible richards et cerveau non obligatoire), de fringues, de pom pom girls, de maquillage, etc. Autant la plus-value qu'apporte la VF fait voguer au-delà de la parodie cette chose dont on peut douter qu'elle mérite de porter le titre de film.

Tant vont les cruches à l'eau qu'à la fin elles nous les cassent !
Je passerai sous silence les horribles tenues estudiantines dont le goût douteux en font de dignes précurseurs de Lady Gaga.
Les décors en carton-pâte auraient fait pâlir de jalousie un Ed Wood en dépôt de bilan, tellement leur artificialité (cimetière, route, repaire du maître) n’a d’égale que leurs couleurs ternes (la scène du bal), révélateurs du fait que les décorateurs étaient payés au pack de bière du kebab d’à côté.
Dernier problème : des longueurs lexomilantes à répétition et des scènes d'action à faire bailler un insomniaque qui s'est enfilé 300 seringues de fortifiant précipitent le film dans un ennui profond. Il faut avoir pris garde de laisser avec soin son cerveau au vestiaire pour apprécier ce film à sa juste valeur.
Curieusement, on peut trouver quelques points forts dans ce film : d'abord, Kristy Swanson s'en sort plutôt bien, surtout quand elle commence à évoluer de la gamine débile et superficielle en adulte plus ou moins responsable. Cela devait faire partie du scénario de Whedon car on pressent la direction qu'aurait pu prendre le film s'il avait pu en garder le contrôle. Ainsi, la scène où elle se dispute avec ses trois amies (dont Hilary Swank dont on se demande bien quelle crime odieux elle a commis pour échouer dans ce truc-là) qui ont l'intelligence d'un autiste lobotomisé, est très bien faite : on se rend compte du chemin qu'elle a parcouru psychologiquement. De même, Luke Perry, en bénêt hors-classe, a très bien compris ce qui lui tient de rôle et ne surjoue pas trop. Donald Sutherland est lui, excellent et très drôle. Surtout quand il se présente à Buffy : il lui dit qu'elle doit tuer des vampires, le suivre dans le cimetière, qu'elle est l'élue, etc. avec un sérieux qui force l'admiration. Le pire, c'est qu'il s'attend à ce que son interlocutrice comprenne tout de suite ce tout petit changement de vie aussi rapidement ! Enfin, même s'il a subi les derniers outrages, le scénario de Joss Whedon n'a pas perdu sa volonté de profondeur et sa complexité, on peut l'entrevoir dans ce film qui offre pas mal de surprises et quelques jolis rebondissements (hélas passés à une moulinette dont la pitié serait comparable à celle du futur Angelus). Enfin, comme le fit remarquer Luke Perry dans une interview, l'amusante inversion des rôles avec Pike/Marcel en "demoiselle en détresse" et Buffy/Bichette en chevalier sans peur est bien rendue. Enfin, les dialogues sont certes anodins mais pas trop mauvais.
La BO n'est pas désagréable mais sans saveur. Quant à Robert Schumann, le fait de voir son quintette en mi bémol majeur op.44 joué par Lothos a certainement dû le transformer en ventilateur dans sa tombe. Le numéro des pom pom girls est pas mal (par contre les crédits de début dans un rose criard introduisent, par un mauvais goût total, à merveille le film qui le suit).

Je m'appelle Lothos, je suis le génie du mal : je massacre du Schumann avec des gants et sur un violon made in Thailandia. Ca fait peur hein ?
Le pire est que ce film se veut sérieux quand il s'agit de traiter la métamorphose de Buffy mais hélas, les "nanaritudes" du film détruisent tout espoir de le voir remonter la pente. Joss Whedon voulait déjà traiter par l'humour fin et par l'intensité dramatique le parcours initiatique et douloureux d'une jeune fille vers l'âge adulte, perdant ses illusions, donc une sorte de comédie dramatique. Mais Kuzui et son équipe font valser le scénario du talentueux créateur de la série future en en faisant une parodie de film d'horreur. Ils ne se sont manifestement pas rendu compte que le film en lui-même est une parodie de parodie lourdingue et souvent mièvre (Ah ! La si kitsch danse finale entre Bichette et Marcel...). On comprend mieux pourquoi Whedon a renié cette chose.
Bref, un carnage redoutable mortellement ennuyeux mais amusant par sa débilité intrinsèque, ses quelques éclairs d'intelligence et son incohérence régulièrement absolue. 1/4 est bien entendu la seule note qui convient mais sous une autre plume, celle d’un fan de nanar de ce genre par exemple, il n’est pas dit qu’une note plus élevée n’aurait pas été envisagée. Maintenant, reconnectez vos méninges, on va passer aux choses sérieuses !

Oh oui, barrons-nous loin d'ici ! Avec un peu de chance, on pourra rattraper les spectateurs.