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HORS
SERIE
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1. VIVRE ET LAISSER MOURIR
(LIVE AND LET DIE)

 
–
James, what are you doing ?
–
Just testing an old adage : « Unlucky
at cards... »
C’est avec une attente toute particulière que, le 6 juillet 1973, le public londonien assiste à la huitième aventure de James Bond. En effet, après une période intermédiaire marquée par le four de l’opération Lazenby et le retour sans lendemain de Sean Connery, 007 trouve son nouvel interprète en la personne de Roger Moore.

Envisagé dès 1962 par Ian Fleming, mais alors repoussé par le succès rencontré par Le Saint, l’évidence de ce choix ne s’impose pas de prime abord. Au préalable les producteurs s’acharnèrent à considérer d’autres alternatives, telles un nouveau retour de Sean Connery (refusé par l’intéressé), voire le recours à Jeremy Brett, qui allait ultérieurement incarner avec superbe un autre héros britannique, Sherlock Holmes. Finalement le non renouvellement d’Amicalement Vôtre rendit sa liberté à Roger Moore, au bon moment.
Toutes ces hésitations s’oublient instantanément, tant Roger Moore s’impose d’emblée, avec un éclat et une malice uniques. Cela lui vaudra de demeurer le titulaire du personnage durant sept films, un record encore invaincu aujourd’hui. Il faut dire que, outre son talent, il n’éprouve guère de difficulté à intégrer le rôle, tant la version qu’il en donne s’apparente à un Simon Templar ayant la permission de tuer. L’aventure au long cours du Saint (1962-1969) lui permet d’instaurer aisément une connivence entre le public et lui. Il perpétuera ainsi jusqu’au milieu des années 80 le miracle constitué par l’explosion des séries anglaises des années 60, ce qui constituera toujours l’un des intérêts majeurs de son épopée bondienne.

Avec discernement les producteurs vont renforcer l’efficience du procédé en recalibrant le personnage de James Bond. Durant des aventures bien davantage orientées vers l’humour et la fantaisie que durant l’ère Connery, 007 manifestera désormais la légère touche de distanciation très britannique, propre au charme et à la personnalité de Roger Moore. De plus, si le machisme du personnage demeure bien réel, il se manifestera tout de même moins massivement. Le héros et son interprète se situeront désormais bien plus en phase que ce que Sean Connery a pu connaître dans Les Diamants sont éternels.

Dans un parallèle assez amusant avec ce qui se déroule actuellement autour de Daniel Craig, la production va également tenter de marquer le coup en apportant de substantielles modifications aux rituels de la saga. Bond change ainsi de champagne préféré, tandis que le cigare supplante la cigarette. Sacrilège plus considérable, mais heureusement temporaire comme le sont souvent ces manipulations, le bourbon whisky remplace la vodka Martini.
Plus
dommageable, le film choisit de se passer
des services de Desmond Llewelyn, en omettant
Q. Cette très mauvaise idée
(qui demeurera heureusement sans lendemain
jusqu’à la triste période
actuelle) nous prive d’un passage toujours
savoureux, particulièrement apprécié.
Elle ne se justifie pas par la faible importance
accordée ici aux gadgets car les apparitions
de Q développent une valeur intrinsèque,
dont la présentation des bijoux technologiques
ne constitue qu’un élément.

Ces
changements se manifestent clairement durant
la première partie du film, avec un
bonheur inégal. La traditionnelle scène
d’introduction se montre particulièrement
faible : 007 en ressort totalement absent
et l’ensemble se fractionne en trois
segments totalement distincts, renonçant
à l’unité de temps, d’action
et de lieu lui valant son intensité
coutumière. La partie de l’Onu
résulte insipide, tandis que celle
du vaudou distille déjà cet
aspect de nanar qui se confirmera par la suite.
Seul l’enterrement jazzy de la Nouvelle-Orléans
sort du lot, par son côté décalé
et spectaculaire. Elle représenterait
d’ailleurs un fort bon lancement pour
un épisode des Avengers, mais
ne compense pas l’insigne faiblesse
de cette introduction.
Fort heureusement le générique vient durablement compenser la mauvaise impression laissée, la mise en retrait de John Barry au profit de Paul McCartney et George Martin se révèle payante. La chanson s’écoute comme une authentique merveille et se verra justement nommée à l’Oscar (le spectateur français reconnaîtra l’indicatif de L’heure de vérité, de l’inénarrable François-Henri de Virieu). L’accompagnement par des images chocs, parfois morbides, fonctionne également parfaitement.

Enfin un ultime bouleversement nous est asséné avec la surprenante visite de l’appartement de 007, bien plus développée que dans Dr. No. Les amateurs des Avengers connaissent certes très bien l’exercice de style, mais ici la rupture s’avère aussi forte que bien agencée, les face-à-face certes succulents dans le bureau de M menaçant de devenir routiniers. La scène paraît fort vive et plaisante, apportant un plaisant vaudeville sans amoindrir le duel à fleurets mouchetés avec M, ni la complicité avec Monneypenny. Une vraie réussite, tandis que la vision de Bond en train de préparer un café indique déjà la désacralisation qui va s’amorcer.

Malheureusement la suite du film ne se traduit que par un long désenchantement, ponctué par quelques rares scènes réussies.
Tout
d’abord, si l’on revient en Amérique,
décidément terre d’élection
de 007 (et marché primordial pour ses
producteurs), cette visite va non plus se
traduire par le souffle créatif d’un
Goldfinger, mais au contraire manifester
un opportunisme des plus navrants. En effet,
la plus grande partie du récit va se
caractériser par un suivisme total
de la mode du moment (on en reparlera dans
L’Homme au pistolet d’or
et dans Moonraker), en l’occurrence
la Blaxploitation, à son zénith
en cette année 1973. L’ensemble
des codes de ce type de productions se voit
repris avec une unanimité attenante
au besogneux.

Tout
l’abécédaire y passe :
poncifs vestimentaires ou de langage (restitué
en VF par un argot parisien ridicule, on se
croirait dans le passage équivalent
d’Airplane !), véhicules
et décors de Harlem à l’avenant…
L’identité de 007 se noie dans
cette surabondance de lieux communs, même
si la bande-son funk à la Shaft se
révèle de fort belle facture.
On atteint un nouveau palier de grotesque
avec le versant vaudou de l’histoire,
entre serpent en plastique manipulé
par un acteur aux poses grotesques, décors
de carton-pâte ou clichés jusqu’au-boutistes.
Tout ceci dévie le film vers les confins
du Nanarland, sinon du Tarzan de Johnny Weissmuller
par une représentation des indigènes
installant comme un malaise.
Au-delà de la volonté malheureuse de suivre la mode au lieu de la susciter, le film pèche également par le manque absolu de consistance de son intrigue. En effet, il se résume pour l’essentiel à une succession de péripéties, souvent peu relevées, uniquement reliées par le vague prétexte d’une conspiration à peine entraperçue.
Aucune
progression dramatique ne se bâtit,
l’histoire se limitant à des
allées et venues passablement stériles
et artificielles, un défaut déjà
noté dans Opération Tonnerre.
Plusieurs scènes d’action demeurent
certes très toniques, comme l’épique
leçon de pilotage ou surtout celle
des crocodiles, de loin le passage le plus
relevé du film, et qui ne sera pas
sans évoquer Pitfall aux spectateurs
ayant connu l’époque héroïque
de l’Atari 2600.
Pour
le reste, de nombreuses actions avortées
et de poursuites assez vaines, comme l’interminable
course de bateaux qui, malgré quelques
sauts impressionnants, s’étire
beaucoup trop pour ne pas y perdre en intensité.
Accumuler les hauts faits, d’un intérêt
d’ailleurs variable, sur une trame très
légère ne constitue pas un film.

On est d’autant plus sensible à ce relâchement dans l’écriture que la caméra de Guy Hamilton se fait assez plate. Elle réussit quelques jolis panoramas des divers paysages traversés mais n’apporte pas réellement de tonus à l’action, ni à plusieurs scènes parfois bavardes et statiques (on pourrait élaguer sans peine le film de vingt minutes). On éprouve parfois l’impression que le metteur en scène de cette gigantesque machinerie agit plus en régisseur qu’en créateur inspiré.
Le
film souffre également de l’absence
des magnifiques créations de Ken Adam,
dont le design élégant
et visionnaire apportait un véritable
cachet à de nombreux passages. Ce manque
se voit parfaitement symbolisé par
la base secrète de Kananga, à
l’étonnante indigence, mais dont
la rusticité convient finalement aux
pauvres péripéties s’y
déroulant. On se situe très
loin des superbes batailles finales d’antan,
spectaculaires et nerveuses. Même
Au service secret de sa majesté fait
mieux en la matière, c’est dire.

L’autre grand défaut de Vivre et laisser mourir, indissociable du précédent, réside dans l’insigne faiblesse de l’opposition du jour. Les auteurs reconduisent le proverbial binôme génie du mal/tueur hors normes, mais avec une médiocrité divergeant profondément du modèle constitué par Goldfinger. Au-delà de son numéro de double personnalité à la Fantômas flirtant avec le grotesque (avec de plus un masque évident), Kananga développe en effet fort peu d’aura. Sa nature ne va guère plus loin que celle d’un vulgaire trafiquant de drogue à grande échelle, tandis que son plan de saturation du marché reste schématique et fumeux (on demande Tubbs et Crockett sur la passerelle).
Cette
légèreté achève
de donner corps à l’impression
persistante d’un argumentaire se bornant
à un vague prétexte autorisant
l’accumulation de scènes d’action
en extérieur. En dehors de vaines postures,
l’ennemi se cantonne à une dangerosité
banale, guère plus relevée que
ce que l’on peut découvrir dans
les séries policières et les
films de Blaxploitation de l’époque,
sans démontrer les qualités
de génie aux confins de la folie que
tout adversaire de 007 se doit de manifester.
L’excellent Yaphet Kotto (Alien)
n’y peut, hélas ! rien, même
s’il interprète sa partition
avec justesse.

Son second, Tee Hee (on n’ose dire son bras droit), paraît certes plus relevé et on lui doit les scènes les plus frémissantes du film. On apprécie sa jovialité dissimulant une authentique sauvagerie, mais il lui manque la petite touche de délire demeurant l’apanage des plus grands. Une erreur décisive survient lors du duel final, bien trop recopié sur celui opposant Bond à Red Grant. Or, si le combat du jour est filmé avec une efficacité certaine, il ne peut en aucun cas rivaliser avec l’intensité à nulle autre pareille de son homologue de Bons baisers de Russie et l’inévitable comparaison s’avère désastreuse. Murmure et le chauffeur de taxi hilare se montrent non dénués d’intérêt mais relèvent tout de même de l’anecdotique.
Quant au crispant Baron Samedi et à ses poses grandguignolesques, au-delà de toute notion de cabotinage, il synthétise à lui seul la dimension de vaudou frelaté d’un film tendant à plusieurs occasions vers le cinéma dit déviant.

Il
n’en va guère mieux du côté
des alliés américains de James
Bond. Le Félix Leiter de l’étape
paraît certes amusant par son flegme
maintenu contre vents et marées, mais
son rôle de factotum le prive d’une
véritable dimension. On retrouvera
le solide David Hedison dans Permis de
tuer. Leiter demeure tout de même
plus présent que son collègue
noir qui n’a d’autre utilité
que d’élever un pare-feu face
au malaise racial que risque fort de développer
le film.
Dans
une approche symétrique, le navrant
shérif Pepper s’emploie à
déminer le terrain en montrant un policier
blanc raciste, à la vulgarité
crasse. Il a aussi pour mission de meubler
durant l’interminable poursuite dans
les mangroves, mais le personnage développe
une figure redneck si outrée,
un humour si pachydermique qu’il apporte
en fait essentiellement un surcroît
d’irritation au spectateur. Quand on
se retrouve devant un épisode de Shérif,
Fais-Moi Peur au beau milieu d’un
Bond, c’est que quelque chose ne fonctionne
pas. Le retour du personnage dans L’Homme
au pistolet d’or fera de lui l’équivalent
du Brodny des Avengers, autre cas
d’humour pour le moins contesté.
On remarquera ici qu’à la caricature
d’un soviétique répond
celle d’un américain, dans une
croustillante symétrie finalement très
britannique.

Fort
heureusement, le film conserve un atout maître
en la personne de Solitaire. Outre une beauté
à couper le souffle, Jane Seymour installe
une dimension fantastique bienvenue, notamment
dans la très belle scène en
surexposé sur l’avion de Bond.
La belle manifeste également une désarmante
sensualité, inédite depuis Tatiana
Romanova ! Surtout, le duo formé
avec 007 fonctionne à la perfection,
dès leur duel initial, électrique
et divertissant (Roger Moore dans ses œuvres).
L’alchimie
des deux acteurs fonctionne instantanément
et ce couple glamour et tonique demeure
bien le seul domaine où le film remplit
totalement son contrat. Hélas !
La carrière de Jane Seymour, après
des presque débuts aussi prometteurs,
finira encalminée dans Dr Quinn,
Femme Médecin, production accomplissant
le rare exploit de réunir les aspects
les plus gratinés de la série
hospitalière et de La Petite Maison
dans la Prairie. Les aléas d’un
parcours.

Malheureusement,
Solitaire porte bien son nom, car fort peu
d’autres rôles féminins
s’en viennent enrichir le film. Hormis
de fugitives apparitions, seules deux autres
figures sont à retenir. En composant
la première Bond Girl noire (mais pas
encore le rôle principal…), Rosie
Carver vient compléter le dispositif
du film visant à contrecarrer les accusations
de racisme. À défaut d’un
jeu des plus subtils, Gloria Hendry, vedette
régulière de la Blaxploitation,
lui confère une belle vitalité
et une naïveté finalement touchante,
annonçant la très divertissante
Miss Goodnight. Sa triste fin nous vaut d’ailleurs
l’une des rares excellentes idées
de mise en scène du film, avec
ces spectaculaires totems/caméras/fusils.
On remarque que ces engins ont dû tous
tomber simultanément en panne de par
la totale impunité avec laquelle Bond
s’en va déposer ses bombes, comme
d’autres s’en vont planter des
choux.
On éprouvera également un vrai coup de cœur pour Miss Caruso, beauté italienne des plus généreuses. Son interprète, Madeline Smith, fut désignée par un Roger Moore ayant apprécié sa jolie participation à Amicalement Vôtre (Formule à vendre, réalisé par lui-même). On la connaît cependant davantage en tant qu’Hammer Girl, sa plastique idéalement proportionnée lui valant de fréquentes apparitions dans les films de cette digne institution britannique.

Au total, Vivre et laisser mourir vaut surtout par l’entrée en lice concluante de Roger Moore, ainsi que pour le couple entraînant formé avec Jane Seymour. Hélas, la dramatique faiblesse du scénario, soulignée par le manque de dimension de l’adversaire du jour et une mise en scène peu relevée, ne peut que cantonner le film dans une relative médiocrité.

Le film rencontre un réel succès, validant l’emploi de Moore. Pour un budget initial de 7 millions de dollars, il en rapporta 126,4 millions, soit 10 de plus que Les Diamants sont éternels, pour une mise initiale équivalente. Moore rapporte également à peu près le double que Lazenby (64,6 millions), ce qui indique clairement la différence de statut.
En France, Vivre et laisser mourir réalisa 3 053 913 entrées, soit peu ou prou 550 000 de plus que Les Diamants sont éternels et un million de plus qu'Au service secret de sa majesté. Son public adoubait bel et bien le nouveau 007.
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2.
L’HOMME AU PISTOLET D’OR
(THE MAN WITH THE GOLDEN GUN)

  
–
Who'd want to put a contract on me ?
–
Jealous
husbands ! Outraged chefs ! Humiliated tailors
! The list is endless !
À
l’affiche londonienne le 19 décembre
1974, L’Homme au pistolet d’or
apparaît comme un redoutable rendez-vous
pour Roger Moore. Une fois dissipé l’effet
de surprise, va-t-il confirmer les bons résultats
de Vivre et laisser mourir et pérenniser
son interprétation de James Bond ?

De fait, l’acteur continue à creuser son sillon et à imprimer avec panache sa marque au personnage. Son 007 paraît décidément incliner vers la comédie, mais avec un humour sarcastique particulièrement jouissif et en phase avec son côté meurtrier. Par son talent, Moore maintient la saveur et la nature de 007, tout en lui insufflant une vraie spécificité. Du bel ouvrage. La contrepartie en demeure une moindre présence dans les scènes d’action ou de combat, où son prédécesseur manifestait une puissance naturelle plus convaincante.
Néanmoins ce renouvellement empêche une certaine monotonie de s’installer. Gage de pérennité, cette différence perdure alors même que l’on observe un retour au classicisme dans les rituels, après les innovations de Vivre et laisser mourir : entrevue dans le bureau de M et retour de Q alors qu’aucun gadget n’est réellement à présenter, ce qui illustre à quel point les auteurs se sont rendus compte de l’ampleur du vide laissé. Mais les cigares perdurent…

Plus
encore que lors de l’opus précédent,
le scénario s’inscrit dans la nouvelle
optique, multipliant les scènes amusantes,
parfois à la limite du pastiche. Mais
cette fois le récit ne s’en tient
pas là, refusant la vacuité au
profit d’une double intrigue astucieusement
enchevêtrée, dont l’un des
fils (le duel Scaramanga/Bond, prétendument
à l’initiative du premier) introduit
un schéma novateur, tandis que le second
(la maîtrise de l’énergie
solaire) retrouve les fondamentaux de l’époque
Connery.
Cette dualité épouse parfaitement celle introduite par Roger Moore, dans un ensemble à l’écriture parfaitement coordonnée et réellement ambitieuse. Par ailleurs le récit, fort nerveux, sait maintenir un intérêt constant, parvenant à entremêler avec une vraie dynamique les scènes d’action et de dialogue.

Dans
la même veine que Vivre et laisser
mourir, on pourrait certes reprocher à
la production un certain suivisme, la mode des
films de Kung Fu succédant à celle
de la Blaxploitation. Et, de fait, plusieurs
éléments y font clairement référence,
comme l’environnement asiatique, les scènes
de combat du Dojo ou la structure narrative
conduisant à un spectaculaire affrontement
du type Chuck Norris/Bruce Lee dans La Fureur
du Dragon, qui vient de triompher en 1972.
Néanmoins
le film dose beaucoup plus habilement ces insertions
que son prédécesseur. Au lieu
d’un déferlement massif et sans
nuance aucune, jusqu’à une caricature
oblitérant la spécificité
de la saga, on assiste à un recours à
ces éléments en nombre limité,
et profilés pour 007. Au total, Bond
n’en sort pas dénaturé mais
opte pour une aventure à la plaisante
tonalité extrême-orientale, rappelant
la grande réussite de On ne vit que
deux fois. Par ailleurs l’allusion
au choc pétrolier et à la crise
énergétique subséquente
situe agréablement le récit dans
son actualité, tandis que l’évocation
des périls écologiques lui vaut
une vraie modernité, bien avant Quantum
of Solace.

Cette
intrigue fluide et tonique, mâtinée
d’un humour incisif du meilleur goût,
se voit magnifiée par un Guy Hamilton
qui, pour son ultime participation à
la série, semble fort heureusement s’extirper
de la léthargie manifestée tout
au long de Vivre et laisser mourir.
Ce regain de créativité se dénote
dès la séquence d’introduction,
renouant fort heureusement avec l’unité
d’action, de temps et de lieu lors d’un
affrontement d’anthologie.
À
travers d’étonnants décors
et un suspense omniprésent, on voit l’un
des gangsters aperçus dans Les Diamants
sont éternels (ou son équivalent !)
se faire trucider fort joliment par Scaramanga.
007 intervient via une apparition détournée
ouvrant idéalement le récit. Le
générique semble, lui, moins performant,
avec des chatoiements dorés moins suggestifs
que pour Goldfinger et une chanson
peu mélodieuse trop violemment assénée
par la chanteuse Lulu.

Hamilton
compose avec une impressionnante efficacité
les nombreuses scènes d’action
émaillant le film, tandis qu’il
s’entend à mettre en valeur les
magnifiques paysages naturels, dont la Baie
d’Ha Long, sans doute l’extérieur
le plus spectaculaire de la saga. Les inévitables
éléments exotiques (boxe et danses
thaïs, jardins typés…) s’insèrent
sans pesanteur ni abus de kitch, ce qui ne sera
pas toujours le cas dans d’autres films
de Moore. Ils ne viennent pas entacher les moments
forts, toujours nerveux et spectaculaires :
affrontement final renouant avec les succès
d’antan, poursuite en bateau bien plus
épique et condensée que dans Vivre
et laisser mourir, exécutions perpétrées
par Scaramanga…

Deux authentiques morceaux de bravoure viennent encore rehausser le spectacle. Le film nous régale de l’une des cascades automobiles les plus ahurissantes de l’histoire du cinéma, avec l’improbable looping de l’AMC Javelin permettant à 007 de poursuivre son ennemi. L’exploit s’impose d’autant plus comme remarquable que, outre l’absence de tout trucage, il n’aura nécessité qu’une seule prise, des calculs particulièrement complexes ayant conçu la forme en apparence banale de la « piste de décollage ».
Le
passage le plus stupéfiant du film demeure
tout de même celui de l’AMC Matador
volante de Scaramanga, que l’on croirait
issue de Fantômas. Sa révélation,
superbement agencée par Hamilton, constitue
un moment d’autant plus insolite que,
pour une fois, le gadget le plus étourdissant
du film n’est pas l’apanage de Bond
mais de son opposant. Décidément,
L’Homme au pistolet d’or
sait judicieusement innover.

Le film bénéficie de nombreux décors marqués par un design élégant et grandiose, notamment dans la citadelle raffinée de Scaramanga, mais également dans la demeure de Hai Fat. Peter Murton développe une vision artistique proche de celle de Ken Adam, mais n’hésite cependant pas à entremêler avec succès classicisme et innovation, avec le quartier général tout de guingois de M au sein de l’épave du légendaire Queen Elizabeth. Un authentique coup de maître ! On note toutefois un brusque trou d’air dans cette profusion ininterrompue de superbes décors, avec le poste d’observation des militaires chinois. Le dépouillement de ce morne local évoque davantage une série Z qu’un James Bond. Contrainte budgétaire ou volonté délibérée ?

Malgré
ces nombreux points positifs, la véritable
attraction du film réside bien entendu
dans la présence de Christopher Lee et
dans la superbe création qu’il
nous offre. Immense acteur de genre, dont la
carrière se poursuit encore aujourd’hui
à travers des rôles prestigieux
(Comte Doku, Saroumane le Blanc, la Mort du
Disque Monde…) Lee, de plus cousin de
Ian Fleming, est bien celui que le film nécessitait
pour incarner le flamboyant et baroque Scaramanga
et le hisser au niveau de compétiteur
crédible de Bond, condition sine
qua non du succès.
Tour à tour ténébreux et dominateur dans sa relation avec Andréa, prédateur impitoyable et inexorable pour ses victimes, assassin dont l’esprit inventif et ambitieux l’élève au statut de génie du mal, joyeux et quasi puéril face à 007, sa personnalité multiple, aux excès très Sixties, se voit magnifiée par son interprète. Elle apporte une dimension supplémentaire au récit, avec un cachet véritablement littéraire, dans la veine des Sax Rohmer et autre Gaston Leroux. Les auteurs ont la suprême habileté, après la promesse de la séquence initiale, de retarder la confrontation des deux champions. La brièveté de leur double face-à-face en maintient la force d’impact. Leurs affrontements verbaux apparaissent ainsi comme de pures merveilles, mordantes et virtuoses, aussi admirablement filmées que dialoguées. Et puis vient enfin l’heure du combat à mort, et là, un drame atroce se noue.

En effet, alors que ce duel, censé couronner l’intrigue par une action suprêmement trépidante, débute sous les meilleures auspices, il se voit brusquement résolu par un artifice confondant de facilité. En un instant ridiculement bref, 007 prend la place du mannequin dont il revêt les habits, sans qu’il nous soit donné un seul instant d’apercevoir comment s’opère la transition avec sa situation précédente et le moyen dont il s’affranchit des caméras de Trick-Track. Il reste pour le moins paradoxal que le grand affrontement promis se résume à une redite inférieure à ce que nous a proposé la séquence initiale.
Le film, après avoir longtemps flirté avec le chef-d’œuvre, y échoue à cette occasion. Cette séquence s’achève certes par des effets pyrotechniques parfaitement réussis, mais sans que cela atténue la cuisante déception ressentie.

Scaramanga trustant de manière très convaincante les rôles traditionnels de Diabolical Mastermind et de tueur hors normes, il paraissait fort malaisé de développer ici un partenaire conforme à l’orthodoxie duale de la saga. L’idée géniale consistant à se baser sur l’humour à tout crin comme porte de sortie nous vaut le personnage effectivement hautement improbable de Trick-Track. On lui doit de nombreuses scènes hilarantes, sans qu’il se départît pour autant d’une cruauté avérée.
Le savoureux comédien français Hervé Villechaize, au funeste destin, nous offre une fort délectable composition, agrémentée en version originale par son accent et de nombreux mots français (on croirait entendre David Suchet dans Poirot !). Le majordome très particulier de Scaramanga annonce bien évidemment le rôle fétiche de Villechaize, celui de Tattoo, assistant du mystérieux M. Roarke, le maître de L’Île Fantastique (1978-1984). Le duo antinomique fonctionne à merveille, renforçant agréablement la spécificité de L’Homme au pistolet d’or.

À
côté de cette association exceptionnelle,
les autres personnages masculins paraissent
bien ternes, comme Hip, le transparent acolyte
asiatique de James Bond, interprété
par Soon-Tek Oh, figure régulière
des séries américaines (et voix
du père de Mulan !), le
schématique Hai Fat ou bien le triste
shérif Pepper, égal à lui-même
et à ce qu’il avait démontré
dans Vivre et laisser mourir.
Cependant
ce dixième opus de la série
achève sa conquête du spectateur
par des rôles féminins aussi opposés
que pareillement attachants. La beauté
aristocratique et la personnalité raffinée
de Maud Adams lui permettent de donner corps
et crédibilité à son personnage
d’Andréa. Cette figure étonnamment
tragique parvient à s’imposer à
rebours d’un film pétillant et
volontiers humoristique, tandis qu’elle
y joue un rôle clé. Les films de
007 regorgent de sémillantes jeunes femmes
œuvrant pour le bien ou pour le mal, mais
bien peu manifesteront une souffrance morale
aussi absolue et prégnante que celle-ci,
ayant déjà chuté dans l’abîme
avant même que ne débute l’histoire.
Fait unique dans la série, ce bel exploit
vaudra à Maud Adams de revenir dans Octopussy,
puis pour un caméo dans Dangereusement
vôtre.

Aux
antipodes les plus extrêmes que l’on
puisse imaginer de la désespérée
et machiavélique Andréa Anders,
nous découvrons la pétulante et
gaffeuse au dernier degré Miss Goodnight.
Elle n’a pas toujours rencontré
un bon accueil, le public rétif à
l’évolution des 007 vers plus de
glamour et de fantaisie centrant sur
elle ses critiques, tant elle synthétise
ce glissement. Or, celle qui, dans les romans,
est la secrétaire attitrée de
Bond n’apparaît pas tant sotte que
malchanceuse et d’un désarmant
enthousiasme juvénile. On demeure très
sensible au charme acidulé de Britt
Ekland et au naturel enjoué transparaissant
à l’évidence dans son interprétation.
Le jeu du chat et de la souris, entrecoupé
de bouffées de jalousie des plus pimentées,
nous vaut des moments parfaitement divertissants,
tandis que son bikini produit un effet réellement
explosif !
L’actrice (un temps mariée à Peter Sellers, quitté pour un Rod Stewart précédant d’autres figures du show business) ne connut par la suite qu’un parcours limité mais poursuivit une carrière à la télévision suédoise, son pays d’origine tout comme Maud Adams.

On
se gardera d’omettre la folklorique danseuse
du ventre libanaise, qui nous charme par son
délicieux accent français (les
fastes du Protectorat). Elle est interprétée
par Carmen Sautoy, grande comédienne
du théâtre anglais et membre émérite
de la Royal Shakespeare Company ! Entre
nageuse en tenue d’Ève et accortes
serveuses de bar, L’Homme au pistolet
d’or s’avère propice
au beau sexe, y compris avec son duo de redoutables
lycéennes karatékas, annonçant
l’incroyable Gogo Yubari de Kill Bill.

En
dernier lieu, L’Homme au pistolet
d’or, film à l’âme
en définitive intensément Sixties,
séduit également par son aspect
ultra référencé, volontaire
ou fortuit. Les amateurs des Avengers
se trouveront ainsi en pays connu, grâce
au chapeau melon de Trick-Track, au QG si particulier
d’un M rarement aussi similaire à
Mother (où apparaît un parapluie !),
à une Miss Goodnight évoquant
par bien des aspects une Tara King (sinon une
Vénus Smith) tout de même sensiblement
plus délurée que son modèle
(007 reste 007), aux décors des amusements
de Scaramanga rappelant Jeux et jusqu’à
la participation de Lee lui-même.
Ceux de Simon Templar s’amuseront à constater que, grâce à un providentiel néon de la salle de bains d’Andréa, James Bond se trouve doté d’une auréole furieusement similaire à celle du Saint. Enfin, gisant comme mort dans des draps fuligineux où ensuite il subjugue Andréa, Christopher Lee retrouve des postures à la Dracula absolument irrésistibles pour le fan des riches heures de la Hammer.

L’Homme
au pistolet d’or,
à la sensibilité sans doute quelque
peu en décalage avec sa décennie,
marque une décrue du box office.
Il réalise 97,6 millions de dollars de
recettes, contre 126,4 pour l’opus
précédent, au budget équivalent
de sept millions. En France, il enregistre
2 873 898 entrées, contre 3 053 913
pour Vivre et laisser mourir. Outre
le moindre effet de surprise suscité
par Roger Moore, le public a sans douté
été troublé par l’inclination
humoristique très marquée du film,
où de nombreuses innovations viennent
se mêler aux recettes éprouvées.
James Bond revient prochainement, avec des producteurs
enclins au recentrage et disposés à
casser leur tirelire afin de relancer la saga.
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–
But James, I need you !
–
So does England !
Quelques mois avant le lancement de la seconde saison des New Avengers (le 17 novembre), c'est à la date aussi symbolique qu’incontournable du 07.07.77 que le public londonien découvre les nouvelles aventures de James Bond, en présence de la Princesse Anne. Après les résultats mitigés de L'Homme au pistolet d'or, L'Espion qui m'aimait va constituer l'occasion de relancer la franchise, en capitalisant sur des recettes éprouvées, tout en démultipliant la dimension spectaculaire de ses diverses péripéties.

La
production, échaudée après
les innovations de l'opus précédent,
va en effet en revenir aux canons du genre
remontant à l'époque Connery.
Dans ce revival réside
la force du film, mais aussi ses limites.
Un repli, aussi abouti soit-il, ne saurait
équivaloir à une création,
même si les nostalgiques se sentiront
ici véritablement choyés.
L'impression
de se retrouver en terrain connu se ressent
d'autant plus fortement que le scénario
ressemble trait pour trait à celui
de On ne vit que deux fois. Cela
vaut pour la progression générale
mais aussi pour les détails : collaboratrice
jetée aux requins, prisonniers conservés
en vie – l’on se demande bien
pourquoi –, final hautement pyrotechnique...
Le metteur en scène, Lewis Gilbert,
est également le même, tandis
que Stromberg se substitue en dernier ressort
à un Blofeld initialement prévu
pour un prequel mais rejeté
pour des raisons de droits.

Toutefois,
malgré cette impression de redite,
c'est bien l'aspect spectaculaire du film
qui prédomine et laisse un impact durable
sur le spectateur, alors que l'on double quasiment
le budget par rapport à l'opus
précédent.
Cela
transparaît en premier lieu dans la
profusion de somptueux paysages dont nous
régale le film : montagnes enneigées,
Sardaigne ensoleillée et davantage
encore l'Égypte éternelle.
Que ce soit la Vallée des Rois, les
rivages du Nil ou les impressionnants temples,
la traversée du royaume des Pharaons
autorise de superbes panoramas. On apprécie
que le film prenne le temps d'approfondir
la découverte de ces sites et de leur
ambiance, à l'opposé du zapping
insensé du Quantum of Solace.

Ces
endroits ne figurent pas que pour la carte
postale mais bien pour servir d'écrin
à de nombreuses scènes d'action
à couper le souffle. Que cela soit
pour la trépidante poursuite à
skis, l'affrontement contre Requin dans le
temple antique ou les assauts motorisés
successifs, Gilbert manifeste une authentique
maestria, tant dans la mise en scène
que le montage. Grâce à un tempo
idoine le spectateur s'immerge totalement
dans ces péripéties hautes en
couleur, se succédant sans désemparer.

Ce spectacle de haute tenue débute idéalement par une introduction à la chute hilarante (avec un Union Jack évoquant bien des souvenirs aux amateurs des Avengers !) et un générique grandiose, dont l'envoûtante mélodie interprétée par Carly Simon rencontra un succès mondial des plus mérités.
Mais
L'Espion qui m'aimait atteint toute
sa dimension grâce aux incroyables décors
de Ken Adam, aussi variés que les paysages
ou les scènes d'action. Le film devient
un enchantement visuel grâce à
l'élégance raffinée de
la salle de commande de Stromberg, alliant
l'esthétique du Grand Siècle
à de sublimes vues sous-marines, accompagnées
d'une mélodieuse musique classique,
mais aussi aux formes élégantes
et épurées d'Atlantis ou au
gigantisme impressionnant de réalisme
du Liparus.
Une
extension des studios de Pinewood dut être
construite pour permettre l'élaboration
d'un ensemble aussi colossal et c'est presque
un crève-cœur que de voir démoli
un tel chef-d'œuvre. Il n'y a pas jusqu'au
design de la Lotus de 007 auquel
Adam n'ait apporté sa contribution,
on peut d'ailleurs la considérer comme
la plus belle des voitures de Bond, hormis
la mythique DB5. L'Espion qui m'aimait,
spectacle total, demeure l'une de ces trop
rares circonstances voyant un authentique
génie créatif disposer de moyens
à la hauteur de ses conceptions.

Un autre attrait du film réside dans le fait que, même dans le cadre d'un retour général à des valeurs éprouvées, Roger Moore ne cherche pas à singer Sean Connery. Il poursuit sa petite musique composée d'humour, de distanciation élégante et de glamour. On rit parfois franchement, comme devant sa mine paniquée face à Requin lors de l'affrontement ferroviaire. Finalement la spécificité du personnage ressort et, par contraste, s'apprécie davantage dans un cadre conventionnel, que dans une ambiance trop ouvertement orientée vers la comédie.

On reste nettement plus réticent devant sa partenaire du jour, l'agent "Triple X", censée représenter le summum des services soviétiques et vantée dans la promotion du film comme un bouleversement : une partenaire féminine de la stature de Bond. Car enfin, hormis le gadget de la cigarette, qu'accomplit au juste le Major Amasova ? Elle apporte certes du piment à la première partie de l'histoire, où la compétition avec 007 et le ping-pong verbal se suivent avec un vrai plaisir, mais même là l'action repose avant tout sur Bond. Ensuite, rideau. On nous promettait l’élite, on a juste le lit.
À
part prendre une douche ou appuyer sur un
bouton de la Lotus, elle ne réalise
alors plus rien, car cette histoire de vengeance,
à laquelle personne ne croit, débouche
bien entendu sur le néant. Son suivisme
total et la manière dont Bond la sauve
de la noyade nous ramène à Honey
Rider, un autre coup d'œil dans le rétroviseur,
pas forcément le plus heureux. On termine
le film en se frottant les yeux et en se demandant
ce que ce Triple X pouvait bien représenter
de si redoutable.

Fort
heureusement Barbara Bach se révèle,
elle, irremplaçable, illuminant le
film par sa grâce et sa beauté,
tandis que son accent slave se montre irrésistible.
Sa robe de soirée s’avère
particulièrement incendiaire et son
jeu, non dénué d'attrait, s'accorde
joliment à celui de Roger Moore. On
ne peut que regretter que la Détente
s'en vienne désamorcer leur rivalité,
privant l'intrigue d'un ressort primordial.

Un autre regret provient de Stromberg, non pas pour le personnage, mégalomane et effroyable à souhait, mais pour son interprète. Curd Jürgens a bien entendu connu une carrière marquante (Et Dieu créa la femme, La Dernière Valse…), apportant souvent une vraie présence à ses rôles, mais il semble ici totalement figé et engoncé, presque fossilisé. Cette déception se renforce par une mort totalement grotesque, où les balles de 007 occasionnent des mimiques véritablement outrées. De plus le parallélisme avec On ne vit que deux fois force à comparer sa prestation à celle du génial Donald Pleasence, ce dont il pâtit douloureusement.

De
plus, le duo emblématique adversaire
de Bond/tueur invincible s'avère ici
particulièrement déséquilibré,
tant s'impose Requin, joué par le formidable
Richard Kiel. Requin, c'est l'alliage réussi
de Terminator et de Tex Avery : sa manière
de toujours revenir, jointe aux gags burlesques
que constituent les catastrophes s'abattant
sur lui, provoque un irrésistible effet
comique, sans même parler de sa célèbre
dentition. "Saws" indique également
le maintien du suivisme caractéristique
de l'époque Moore car son nom correspond
au titre original des Dents de la mer,
chef-d'œuvre de Spielberg venant de
stupéfier le public en 1975 (Spieberg
fut lui-même pressenti pour réaliser
L'Espion qui m'aimait).
Qu'importe, Requin s'impose bien comme l'adversaire idéal de 007 version Roger Moore, suffisamment impressionnant pour demeurer crédible et d'une drôlerie irrésistible, ne reculant pas devant le pastiche. En ce sens, contrairement à Vivre et laisser mourir, sa "scène de train" ne souffre pas de la comparaison avec celle de Red Grant car contournant l'obstacle sur son versant humoristique.

Troisième
larronne de l'opposition, la sublime Caroline
Munro ne laisse qu'un regret : la brièveté
de son rôle. La plus belle des Anges
de la Mort des Avengers, reine des
nanars de Science-fiction, crève littéralement
l'écran par sa sensualité. Il
suffit à Naomi de quelques furtives
apparitions pour se graver indélébilement
dans la mémoire du spectateur. Pour
une fois on va en vouloir à Q !

L'on remarque également la présence de Valérie Leon comme réceptionniste de l'hôtel. Tout comme Caroline Munro, elle fut un membre émérite de la cohorte de jeunes femmes particulièrement accortes apparaissant régulièrement dans les productions de la Hammer, mais elle reste surtout remémorée pour ses publicités et son rôle de dominatrice toute de cuir vêtue qui en faisait voir de toutes les couleurs au pauvre Inspecteur Clouseau dans La Malédiction de la Panthère Rose (1978).

Pour les autres seconds rôles agrémentant le film, on apprécie la découverte du général Gogol (l'excellent Walter Gotell, également apparu dans Bons Baisers de Russie) et de la Monneypenny russe, Roublevitch (Eva Ruber-Staier, Miss Monde 1969). Leurs interventions récurrentes vont par la suite astucieusement renforcer l'impression d'univers cohérent développé par la saga. On se plaira à comparer l'austérité monacale du Bureau de Gogol au confort très anglais de celui de M ! On a également le plaisir de retrouver en Kalba l’acteur français Vernon Dobtcheff, qui participa à trois reprises aux Avengers. On reconnaîtra également dans le rôle du malheureux fiancé de Triple X Michael Billington, connu pour son rôle du Colonel Paul Foster dans UFO.

Au final, L'Espion qui m'aimait apparaît comme un récit d'aventures absolument trépidant, doublé d’un ambitieux spectacle visuel parfaitement abouti, justement récompensé par une nomination à trois Oscars artistiques. Entre suivisme de la mode et recyclage des reliques du passé, on souhaiterait tout de même que les 007 de l'époque Moore se montrent plus créatifs.

Avec un budget parfaitement imposant pour l'époque de 13 millions de dollars (près de deux fois plus important que le précédent) L'Espion qui m'aimait représentait un enjeu crucial pour ‘Cubby’ Broccoli, désormais seul maître à bord. Les résultats se montrèrent à la hauteur des espérances, avec 185,4 millions de dollars de recette contre 97,6 pour L'Homme au pistolet d'or. En France le box office s'éleva à 3 500 993 entrées, contre 2 873 898 précédemment.

Le
film constitue donc également la belle
histoire d'un pari aussi osé que couronné
de succès, encourageant son auteur
à aller encore plus loin lors de l'opus
suivant, Moonraker.
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–
You have arrived at a propitious moment, considered
to be your country's one indisputable contribution
to Western Civilization : afternoon tea. May
I press you to a cucumber sandwich ?
Le
26 juin 1979 Londres découvre les nouvelles
aventures de James Bond, intitulées
Moonraker. Et non pas Rien que
pour vos yeux, comme l’annonçait
pourtant en 1977 L’Espion qui m’aimait,
dans le traditionnel message du générique
de fin. Mais comment s’expliquait un
tel bouleversement, inédit jusque là ?

Tout
simplement la période Roger Moore renouait
avec l’un de ses vieux démons
: le suivisme forcené de la mode. Or,
les années 70 viennent d’enregistrer
plusieurs grands succès au cinéma
dans le domaine de la Science-fiction, en
particulier Rencontre du troisième
type et La Guerre des étoiles,
tous deux sortis précisément
en 1977.
Avec
un opportunisme passablement vénal
les producteurs vont tenter de prendre en
marche le train du succès. L’opération
est menée avec fracas (envol du budget,
tentative avortée de faire coïncider
le lancement du film avec le décollage
de la première navette) mais aussi
manque de discernement. En effet, l’esprit
des James Bond va se voir dénaturé
par une incorporation massive d’éléments
exogènes, lui faisant perdre sa précieuse
spécificité au profit d’un
récit peu relevé et inférieur
à ses modèles. La leçon
de Vivre et laisser mourir a été
oubliée : une science-fiction
caricaturale et sans génie va
polluer le film, tout comme jadis l’accumulation
des clichés les plus éculés
de Blaxploitation. On ne gagne rien à
se renier, surtout pour s’élancer
dans des voies sans issues.

L’aventure
achève de basculer dans le ridicule
du fait de nombreuses maladresses pour le
moins confondantes. Le thème de l’apocalypse
programmée par un malade mégalomane
désirant se bâtir son propre
Jardin d’Eden évoque à
l’identique celui de l’opus
précédent, suscitant une redite
trahissant un manque d’ambition et d’imagination
pour le moins contrariant.
Le
film ne recule pas devant certains « hommages
» (emprunts) manifestes, comme
la reprise du légendaire indicatif
de Rencontre du troisième type
accompagnant un digicode, voire le "Ainsi
parlait Zarathoustra" de Richard Strauss,
déjà employé avec un
éclat unique dans la première
partie de 2001 : L'Odyssée de l’espace,
lors du lancement de la chasse dans la résidence
de Drax.

Le
pire demeure néanmoins le ridicule
achevé de la pseudo bataille spatiale
réalisée à grands coups
de rayons lasers et de tenues en papier aluminium,
dans un ensemble très disco. Sarah
Brightman et les Hot Gossip en restitueront
d’ailleurs très fidèlement
l’ambiance l’année suivante
dans le clip kitchissime de I Lost
My Heart to a Starship Trooper. Avec
de nouveau Strauss en ouverture…
La
volonté acharnée de vouloir
ainsi adapter à marche forcée
tous les ingrédients de 007 (base du
méchant, bataille finale, girls…)
au moule de la science-fiction basique finit
tout simplement par provoquer le rire. Les
amateurs de la « littérature
spéculative », comme on
a longtemps dit en France, éprouveront,
eux, quelques réels agacements
devant la vision réductrice et idiote
qu’en offre ce film.

Les
faiblesses du film ne se limitent malheureusement
pas à cette sortie de route. En effet,
Moonraker apparaît comme un
Bond particulièrement statique et verbeux,
où les scènes de dialogues guère
percutants se multiplient, tandis que les
scènes d’action réellement
au-dessus du lot brillent par leur rareté.
En dehors de la séquence d’ouverture,
tout juste distingue-t-on quelques saillants :
la centrifugeuse emballée ou la bataille
des téléphériques. Les
chiens lâchés aux trousses de
la malheureuse Corinne Dufour nous valent
une scène certes à la féroce
cruauté, hélas en partie éventée
par le fait que la belle ait eu le temps de
mettre des chaussures de sport particulièrement
voyantes… De même, M, Q et Moneypenny
n’ont guère de dialogues croustillants
à défendre... Lewis Gilbert
semble moins énergique et audacieux
que lors de L’Espion qui m’aimait,
rejoignant le faible ouvrage réalisé
par Hamilton pour Vivre et laisser mourir.

Il
faut dire que les deux films se rejoignent
par la trame très mince du scénario,
dans les deux cas un simple prétexte
pour justifier les déplacements de
007. Précisons que l’histoire
n’a pratiquement plus rien à
voir avec le roman de Fleming. Il s’agit
de la reprise d’un film méconnu
de 1966, Ramdam à Rio (avec
Mike Connors), au thème très
proche et lui-même pastiche de 007.
Tout cela, avec une accentuation concomitante
de l’aspect comique du 007 de Roger
Moore, produit un récit déséquilibré
par une place trop important accordée
à un humour d’ailleurs souvent
assez sot et enfantin (on commence à
viser la cible jeune, devenue essentielle
pour un succès au cinéma).
Les
gags démonstratifs se succèdent
(lutte dans la verrerie, passage de l’ambulance,
ineptie de la gondole motorisée…)
et il faut bien dire que l’on pense
à une version au premier degré
total du Magnifique quand Bond abat
un lointain sniper dissimulé
dans un arbre, tout comme Bob Saint-Clar depuis
la voiture de Tatiana. Trop de pastiche tue
le pastiche mais aussi l’intensité
dramatique du film.

Un
dernier élément vient saper
la crédibilité du film : la
surabondance du placement de produits, jusqu’à
l’indigeste. Ce phénomène
s’observait bien entendu dès
l’époque Connery, mais l’on
passe ici véritablement de l’artisanal
à l’industriel ! Alors que
la société Film Media Consultant
devient en coulisse le bras armé d’EON
en ce domaine, on assiste non seulement à
la multiplication de messages peu subtilement
placés (un summum à peine croyable
est atteint avec les divers panneaux publicitaires
devant lesquels passe l’ambulance) mais
aussi à un changement de nature des
produits.
Auparavant l’on se cantonnait au luxe (Champagnes, montres...) désormais l’on ne rechigne plus à musarder du côté de la consommation de masse, avec notamment le soda Seven Up ayant visiblement investi beaucoup dans l’affaire. Cette tendance ne fera que se confirmer par la suite, conférant à certains 007 le profil de vrais catalogues publicitaires.

Et
pourtant tout n’est pas uniformément
mauvais dans Moonraker. La mélodieuse
chanson de John Barry nous permet de retrouver
Shirley Bassey, à laquelle les génériques
de James Bond réussissent toujours
admirablement. Hormis une double absurdité
initiale (un 747 de ligne capable de transporter
une navette et celle-ci voyageant avec le
plein de carburant…), la séquence
d’ouverture reste un chef-d’œuvre
du genre, sans doute l’une des plus
spectaculaires et justement célèbres
de cet exercice de style.

Filmer
une cascade aussi insensée que ce vertigineux
duel en chute libre nécessita 88 sauts
à 3 000 mètres d’altitude
et une logistique insensée. Le résultat
se voit à l’écran, avec
des images d’un réalisme criant.
Il est donc dit que Moonraker peut
dépenser avec efficience son considérable
budget ! Les décors toujours admirables
de Ken Adam en constituent une autre illustration
avec une base de lancement finalement plus
impressionnante que la station spatiale. Les
superbes paysages de rigueur répondant
à l’appel, avec Venise
et Rio justement mises à l’honneur.

Le
public hexagonal éprouvera également
un vrai plaisir devant la touche française
très marquée du film, inédite
depuis Opération Tonnerre.
Une importante partie du tournage se déroula
en effet en France (notamment pour des raisons
fiscales), les immenses décors de Moonraker
mobilisant notamment les studios de Billancourt,
Boulogne et Épinay. Beaubourg et son
modernisme contribuèrent également
aux industries Drax. Vaux-le-Vicomte et ses
jardins apportent leur magnificence d’un
goût parfait, de même que le château
de Guermantes.

Cette dimension française nous permet également de découvrir nombre de comédiens français bien connus, dispersés tout au long du film dans des apparitions parfois improbables. Découvrir un Jean-Pierre Castaldi ou un Georges Beller (entre autres) dans un 007 reste plaisant. On avouera un coup de cœur particulier pour Guy Delorme, second rôle émérite du cinéma et de la télévision des années 60, voué aux rôles de félons et de spadassins, que l’on retrouve ici parfaitement dans son emploi mais trop brièvement.

Mais
l’apport principal de notre beau pays
à Moonraker demeure ce grand
comédien français qu’est
Michael Lonsdale, au timbre si particulier.
Il se montre impérial dans sa composition
d’un Drax à l’ironie acérée,
homme du monde dont le raffinement dissimule
une folie mégalomaniaque d’une
noirceur rarement atteinte par les autres
adversaires de Bond.
Le
ténébreux Lonsdale (à
l’anglais parfait) intériorise
éloquemment cette déviance morbide
et flirtant avec le nazisme : Drax sera
un adversaire dont la déviance s’exprime
par un sadisme glacé et un délire
débité sur un ton faussement
paisible, particulièrement déstabilisant.
Sa brusque explosion de colère contre
Requin n’en prend que plus d’impact,
stupéfiant le spectateur. La prestation
de Lonsdale s’impose comme le sauf-conduit
d’un film qu’elle sauve de la
déroute. On notera cependant une impossibilité
supplémentaire quand les hurlements
de Drax se poursuivront dans le vide :
il est bien connu que, dans l’espace,
personne ne vous entend crier.

On
craint un moment que le tandem proverbial
génie du mal/tueur inexorable ne puisse
marcher que sur une seule jambe, tant le sbire
ninja de Drax manque de personnalité,
même si performant au combat. Heureusement
il a la bonne idée de prestement quitter
la scène, au profit du toujours imposant
Requin. Celui-ci apporte un vrai coup de fouet
à l’opposition mais l’on
regrette que la prédisposition marquée
du film pour un humour peu subtil s’étende
jusqu’à lui. L’Espion
qui m’aimait lui avait apporté
un équilibre parfait entre menace et
drôlerie, mais cette dernière
prédomine bien trop ici, le personnage
devenant totalement cartoonesque. On a franchement
l’impression de voir Vil Coyote traquer
Bip Bip !
On
atteint un paroxysme avec le final voyant
Requin et sa blonde dulcinée saluer
avec le sourire 007 tandis que la station
part en morceaux… C’est d’une
crétinerie stupéfiante, même
si l’amateur des Avengers s’amusera
à comparer le destin de Jaws à
celui de Tara King, tous deux en orbite aux
dernières nouvelles connues…

Roger
Moore, qui commence doucement à prendre
de l’âge, défend toujours
excellemment sa version de Bond. Il conserve
son panache et son brio au personnage, y compris
au milieu des situations les plus déconcertantes.
Il a fort à faire car sa compagne
du jour ne vient que médiocrement à
la rescousse. Lois Chiles (Dallas)
est une fort jolie femme, mais la fadeur de
son jeu rejoint le peu d’éclat
de Holly Goodhead. Après le Major Amasova,
les auteurs s’amusent à susciter
une nouvelle pseudo rivale à 007, cette
fois issue de l’Ouest. Bien entendu
cela tourne encore plus court que précédemment,
avec une comédienne de plus dépourvue
de la flamme dégagée par Barbara
Bach. Sa manière d’annoncer « C’est
notre dernière chance, James !»
au moment de détruire la dernière
capsule nous vaut un grand moment d’humour
involontaire. On se croirait vraiment dans
une caricature narquoise de Star Trek.

Au-delà
de cette personnalité peu relevée,
reconnaissons à Moonraker
de se montrer peu chiche en figures féminines
(étrangement silencieuses la plupart
du temps). Il s’agit là d’un
domaine où la France se devait de se
montrer à la hauteur de sa réputation
et le gant se voit relevé. Blanche
Ravalec (Dolly, reconvertie dans le doublage),
Anne Lonnberg (la guide), Catherine Serre
(Comtesse Lubintski, Le Gendarme et les
Gendarmettes) ou bien encore la rousse
Françoise Gayat (Lady Victoria Devon)
mettent fort bien en valeur leurs personnages.
Corinne
Cléry, révélée
en 1976 par le sulfureux Histoire d’O,
domine cependant ce charmant aréopage
par sa grâce et le joli brin d’authentique
talent qu’elle manifeste. On ne peut
que regretter que sa carrière se soit
essentiellement limitée par la suite
à des productions cantonnées
au marché italien. Notons qu’en
1979 elle retrouvera Richard Kiel et Barbara
Bach dans L’Humanoïde
(1979), nanar SF gratiné au dernier
degré (vraiment), que l’on ne
peut que vigoureusement recommander.
La
très sensuelle Manuela clôt ce
défilé de charme. Elle ne doit
probablement son salut face à Requin
que du fait de la mort de Corinne Dufour.
Deux de ses collaboratrices assassinées
dans le même film, cela aurait pu porter
préjudice au prestige du Monsieur.
Two is a crowd…

Moonraker, apprécié avec modération par une grande partie des fans de 007, constitue la preuve par l’exemple des ravages que le manque d’ambition narrative et le suivisme à tout crin peuvent susciter. C’est d’autant plus rageant que les talents artistiques et d’interprétation n’y font pas défaut, bien au contraire, mais asservis à une histoire totalement hors sujet dans le cadre d’un James Bond.

Moonraker,
le plus cher des 007 de Roger Moore, marque
un véritable big bang budgétaire,
avec 34 millions de dollars, pour seulement
13 consacrés à L’Espion
qui m’aimait. Le public suivit,
avec des recettes perçant pour la première
fois le plafond des 200 millions de dollars
(202,7), un exploit qui devra attendre Goldeneye
pour être renouvelé. Par la suite
le box office de Moore ne cessera de décroître.
En France (sortie le 10 octobre), il réalisa
3 971 274 entrées.
La décrue ultérieure allait
s’avérer également inexorable
dans l’Hexagone.
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5.
RIEN QUE POUR VOS YEUX
(FOR YOUR EYES ONLY)

  
–
I don't expect you to understand, you're English,
but I'm half Greek and Greek women like Elektra
always avenge their loved ones !
James
Bond entame une nouvelle décennie d’aventures
le 24 juin 1981, lors d’un douzième
opus marquant un retour sur Terre
bienvenu après ce braconnage sur les
domaines de la mauvaise Science-fiction que
représenta Moonraker.

Cette volonté de retour aux sources s’exprime avec éloquence dès la séquence d’introduction. Celle-ci nous propose en effet un véritable voyage dans le passé, avec la référence émouvante à Tracy et la surprenante résurgence de Blofeld. De par les problèmes de droit déjà rencontrés lors de L’Espion qui m’aimait, son nom n’est certes pas prononcé, mais aucun détail ne manque à la reconstitution historique, du chat au costume, en passant par la minerve évoquant elle aussi Au service secret de sa majesté. La séquence se montre virevoltante à souhait, tandis que son rythme effréné s’accompagne d’un montage parfaitement minuté. L’on se régale, d’autant qu’une splendide vue aérienne du centre de Londres vient encore rehausser le spectacle.

Après cette entame très réussie, le générique se montre également très classique dans ses effets visuels et sa mélodie un tantinet sirupeuse, même si l’on observe une innovation avec l’apparition de l’interprète, Sheena Easton (incarnant Caitlin, l’épouse de Sonny Crockett dans Miami Vice !). Par la suite, malgré la référence finale et la présence du peu va-t-en-guerre Général Gogol, le récit va développer une intrigue totalement centrée sur l’espionnite de la Guerre Froide, jusqu’à retrouver des intonations parfois similaires, sur un mode mineur, à Bons baisers de Russie.
Relatif réalisme des péripéties, quasi absence de gadgets, chasse au trésor autour d’un appareil de cryptographie concourent à cette impression de déjà vu. Toutefois la copie, certes de fort bonne tenue, va tout de même se révéler inférieure à son modèle.

En effet, alors que l’intrigue de Bons baisers de Russie constituait un modèle de maîtrise de la progression dramatique et d’unité du récit, celle de Rien que pour vos yeux se fractionne de manière bien trop marquée en trois fragments, uniquement reliés par le vague fil rouge de la traque de Locke.
L’hétérogénéité
de l’histoire, sans douté liée
à la diversité de sources puisées
dans différents écrits de Fleming,
entache son intensité, d’autant
que les trois histoires narrées (deux
apéritives avant la principale), résultent
très différentes dans le ton
et le déroulement.

La
partie espagnole se résume à
une cavalcade tonique et parfaitement distrayante.
On apprécie les superbes paysages ibériques,
tandis que la participation des habitants
insuffle un naturel chaleureux très
communicatif. L’action reste trépidante
et sans temps mort, avec des cascades automobiles
du meilleur cru. La présence de notre
Deux-chevaux nationale apporte un humour bienvenu,
par son contraste vis-à-vis des voitures
de haut standing de 007 (dont la fabuleuse
Lotus tirant ici sa révérence).

On
apprécie que le 007 de Roger Moore
demeure fidèle à lui-même
dans la fantaisie, tout en délaissant
les excès cartoonesques de Moonraker.
La courageuse Deudeuche jaune remplit vaillamment
son contrat (on ne peut s’empêcher
de penser à la bonne sœur du
Gendarme), avec bien entendu à
la clé le placement de produit coutumier
de la série, Citroën développant
parallèlement une série limitée
de « 2CV 007 » très
médiatisée !
On notera également une musique hispanisante pouvant paraître quelque peu caricaturale, mais de fait elle correspond aux standards de la musique populaire des coplas espagnoles de la période (Manolo Escobar et consorts). Un joli clin d’œil !

Après cette corrida mouvementée, c’est un véritable coup de froid qu’occasionne la deuxième partie. La manière qu’a John Glen de nous faire visiter systématiquement toutes les installations de la station de Cortina d’Ampezzo, bâties pour les Jeux Olympiques d’hiver de 1956, devient à la longue réellement besogneuse, jusqu’à s’assimiler à un dépliant publicitaire. Pourquoi s’acharner avec tant d’obstination à tenter de tuer Bond, alors que Kristatos est en train de nouer son intrigue ?
Hormis le budget conséquent, on se retrouve confronté à une structure classique des séries Z, où les péripéties les plus abracadabrantes se succèdent sans réelle justification.

On
s’ennuie rapidement, d’autant
que tout cela a été déjà
vu ailleurs, notamment dans Au service
secret de sa majesté. L’utilité
de cet encart totalement artificiel
reste des plus floues, d’autant qu’il
aurait pu s’insérer harmonieusement
dans le tronçon grec de l’histoire,
en lui apportant davantage de substance. Le
comble demeure sans doute l’affrontement
contre les hockeyeurs, versant totalement
dans la parodie. Le spectateur adepte du slasher
movie éprouvera cependant la fugitive
impression que 007 affronte JasonVoorhees,
ce qui pourra divertir certains. Devant un
manque total d’intérêt,
il faut bien chercher celui-ci là où
il n’est pas.

À
l’issue des ces deux préludes,
on finit enfin par pénétrer
dans le segment principal, ce dernier s’avérant
fort heureusement une vraie réussite.
Les scènes d’action se montrent
bien plus riches et efficacement insérées
dans le récit que précédemment,
avec à la clé des passages réellement
spectaculaires. On apprécie particulièrement
la séquence sous-marine, plus variée
et concise que les mêlées confuses
et trop étirées d’Opération
Tonnerre. John Glen, qui deviendra le
réalisateur attitré de 007 durant
l’ensemble des années 80, démontre
un réel savoir-faire et un sens aigu
du minutage lors de l’attaque impeccablement
réalisée de l’entrepôt
de Kristatos, mais aussi durant cet éprouvant
moment de suspense que représente la
périlleuse escalade du monastère
par Bond.
Sans
atteindre des cimes (paradoxalement), le spectacle
reste constamment de qualité, renouant
avec une ambiance 007 de bon aloi, notamment
durant la scène du casino. Dans l’impressionnant
décor des météores ou
l’azur de l’onde, les paysages
grecs distillent un enchantement permanent,
la Méditerranée s’imposant
toujours comme un parfait écrin pour
les exploits de Bond. Les amateurs des Avengers
apprécieront le recours à
un perroquet détenteur d’un renseignement
crucial, comme pour ce cher Captain Crusoé !

Ils
sont cependant bien davantage encore à
la fête grâce à la présence
de Julian Glover (L’Empire contre-attaque,
Indiana Jones et la Dernière Croisade…),
une figure régulière de la série
avec à son actif pas moins de
quatre participations particulièrement
relevées. Il apporte une dimension
supplémentaire à Aris Kristatos,
sa retenue très britannique contrastant
avec une cruauté parfois baroque. Il
reste certes moins flamboyant et dans la démesure
que nombre d’adversaires de 007 mais
ceci correspond avec justesse au moderato
cantabile retenu pour ce film. Sa trouble
relation avec sa protégée et
la cruauté manifestée lors de
la tentative d’exécution nautique
de Bond et de Melina font tout de même
de lui un criminel hors normes.

Malheureusement Kristatos se retrouve bien seul face à 007. Les autres opposants du jour se résument à une masse indifférenciée de tueurs, maladroits comme aux plus beaux jours du SPECTRE, tandis que les quelques figures s’en extirpant manquent cruellement de substance. Locke ne dégage que bien peu d’aura, joué par un Michael Gothard singulièrement inexpressif, dont les apparitions silencieuses et trop répétitives en Italie affleurent au ridicule. En tueur blond, forcément blond, du KGB, Kriegler ne va guère au-delà du statut de l’armoire à glace bas du front. La volonté minimaliste de Rien que pour vos yeux devient ici quelque peu exagérée, un peu de panache seyant bien aux adversaires de Bond. Une bonne surprise demeure cependant : la trop brève participation de cet excellent acteur qu’est Charles Dance. Cette brillante personnalité du théâtre britannique nous a régalé de méchants classieux et hautement jouissifs dans Golden Child (1986) et dans Last Action Hero (1993), mais aussi d’un superbe Ian Fleming pour la télévision britannique en 1989. Le casting de Rien que pour vos yeux aurait été bien inspiré de lui confier le rôle de Locke, tout en dynamisant celui-ci. Dommage !

Roger
Moore continue à convaincre dans son
incarnation de Bond. Il insuffle toujours
la même classe et un humour aussi pétillant
au personnage, tout en se montrant plus convaincant
que de coutume dans les scènes d’action.
Le duo antinomique formé avec le pittoresque
Milos Columbo (et le cabotinage divertissant
de Chaim Topol) fonctionne à merveille.
L’élégance du comédien
fait que le refus de 007 de passer à
l’acte avec la très jeune Bibi
demeure plausible. La différence d’âge
entre Moore et ses partenaires féminines
(trente ans ici !) commence cependant à
poser problème. Certains remplaçants
éventuels sont d’ailleurs envisagés,
tels Ian Ogilvy, qui lui avait succédé
dans le rôle de Simon Templar, mais
Moore demeure bien incontournable.

Après les scènes équivalentes assez ternes de Moonraker, les dialogues avec Q et Monneypenny retrouvent leur pétillement et leur amicale aspérité. Mention spéciale à l’apparition de Q en prêtre orthodoxe, on apprécie vivement que le film lui réserve une vraie place, y compris en l’absence de gadgets.

Hélas, M ne répond pas cette fois à l’appel, le formidable Bernard Lee, qui aura tant apporté à la série depuis ses débuts, nous ayant quitté au début de cette année 1981, des suites d’un cancer l’ayant déjà tenu éloigné du tournage. On approuve le tact de ne pas lui avoir désigné de successeur, mais les auteurs auraient tout de même pu trouver une explication plus plausible à son absence que des vacances… Comme si M n’était pas homme à interrompre un congé quand le péril menace l’Angleterre ! Inévitablement le tandem formé par le ministre de la défense et Bill Tanner fonctionne avec moins de succès, leur relation avec Bond ne pouvant qu’être dépourvue de la sympathie bougonne et des duels verbaux si plaisants caractérisant la collaboration au long cours entre Bond et son supérieur si British. On retrouve ici une faiblesse des premières saisons des Avengers, où le savoureux One-Ten, ayant des rapports finalement très similaires avec Steed, se verra supplanté par une succession de dirigeants bien moins intéressants. M nous manquera.

Quels
que soient sa beauté, son talent et
la grande carrière qui fut la sienne
ultérieurement, il nous faut bien convenir
que Carole Bouquet constitue l’autre
vraie faiblesse de ce film émietté.
Son jeu encore peu subtil, tout en poses affectées,
se voit de plus crucifié par un phrasé
français vraiment emprunté et
sonnant faux : cette manière de
débiter « Rien que pour
vos yeux »... L’ensemble
de la VF du film paraît d’ailleurs
d’une mauvaise qualité étonnante.

Carole
Bouquet fait ses classes mais, alors que la
dimension tragique et guerrière de
Melina constituait un pari intéressant,
elle dépouille son personnage de l’essentiel
de sa force. Une certaine froideur mystérieuse
propre à l’actrice convenait
beaucoup mieux à son rôle de
l’alors récent Buffet froid
(1979) qu’à Melina Mavelock.
Demeurent néanmoins une élégance
finalement très française et
des yeux magnifiques justifiant à eux
seuls le titre du film !

Entre
la jeunesse de Bibi et le deuil de Melina,
Rien que pour vos yeux demeure sans
doute le 007 le plus austère qui soit.
Malgré un physique avenant, la protégée
de Kristatos se montre d’ailleurs particulièrement
crispante à force de vulgarité
crasse et d’idiotie rayonnante. Son
interprète, Lynn-Stolly Johnson, était
alors une authentique patineuse professionnelle
se reconvertissant avec un succès mitigé
au cinéma. On pardonnera beaucoup à
Kristatos pour l’avoir supportée
aussi longtemps. Malgré la piscine
espagnole aux nombreuses naïades (dont
un transsexuel), la seule figure féminine
d’importance demeure la Comtesse Lisl.
Le personnage reste assez limité, même
si interprété avec brio par
Cassandra Harris, épouse de Pierce
Brosnan, avec qui elle tourna à plusieurs
reprises dans Remington Steele. Elle
devait disparaître des suites d’un
cancer en 1991, à 39 ans, peu de temps
avant que son mari ne prenne la relève
de Dalton.

Malgré sa construction fragmentée et une Carole Bouquet passant à côté de son sujet, Rien que pour vos yeux présente le grand mérite de nous offrir un spectacle solide et de qualité, au grand soleil de Grèce. Son classicisme prononcé véhicule un réalisme bienvenu, après les frasques spatiales de l’opus précédent. Avec le recul il apparaît comme un salutaire intermède, alors que s’annonce cet autre monument du kitch le plus extrême que constituera Octopussy.
D’un
budget plus modeste que Moonraker
(28 millions de dollars contre 34), Rien
que pour vos yeux marque également
un relatif affaissement de recettes demeurant
absolument considérables (194,9 millions
contre 202,7). En France, sorti le 10 octobre
1981, il connaît également une
baisse des entrées, passant de 3 971 274
à 3 181 840.
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6.
OCTOPUSSY
(OCTOPUSSY)


–
Oh, James. James !
Le 6 juin 1983, le Prince Charles et Lady Diana présidaient la première londonienne des nouvelles aventures de James Bond, mystérieusement intitulées Octopussy.
Espérons que le couple princier ait ressenti quelque amusement face à l'humour ridicule ou involontaire déversé à grands seaux par le film, tant ce dernier se montre unanimement désolant par ailleurs.

En plombant définitivement la production, le tout premier élément à doucher l'enthousiasme du spectateur demeure l'argument général du récit, d'une rare ineptie. Cette histoire d'un officier soviétique planifiant un attentat atomique en le dissimulant à sa hiérarchie, mais en se servant pour le financer des objets d'art précisément les plus surveillés du pays, tout en mêlant à la conspiration des éléments étrangers interlopes et une structure aussi folklorique que celle d'Octopussy, tient de la bouffonnerie la plus extravagante.
La
crédibilité résiduelle
que ce fatras pouvait encore éventuellement
préserver se voit balayée par
des ficelles scénaristiques de la taille
d'un baobab (le père d'Octopussy) ou
quelques failles abyssales. Pourquoi est-il
si crucial pour Kamal Khan et Orlov de récupérer
l'Œuf de Fabergé, alors qu'une
multitude d'autres joyaux du Kremlin sont
également des faux ? Le contrôle
prévu va donc fatalement révéler
la supercherie, que l'œuf soit récupéré
ou non. Le tout à l'avenant.

L'histoire
aurait pu simplement stagner dans une stupidité
béate, mais elle parvient à
verser dans le ridicule le plus absolu grâce
au tsunami de kitch praliné déferlant
lors de la romance entre 007 et Octopussy,
baignée dans une esthétique
de roman-photo de gare. Le rire perce rapidement
sous la consternation, tant tout ceci paraît
outré. Si les éditions Arlequin
(ou Casanova pour les amateurs des Avengers…)
lançaient une série 007, on
sait désormais à quoi elle ressemblerait.
Les
auteurs achèvent de clouer le cercueil
d'Octopussy par l'humour pesant,
et d'un goût franchement douteux, dont
ils saturent le film : dialogues navrants
des différents protagonistes, thème
de 007 entonné pour charmer un cobra,
Bond se lançant dans une imitation
de Tarzan ou se déguisant en singe
(007 est peut-être le King, mais ici
il a l'air Kong), pitrerie clownesque, surabondance
de gags sapant la poursuite dans la foule
hindoue etc. Entre les plaisanteries énormes,
les travestissements divers et les filles
court vêtues d'Octopussy, on se croirait
franchement à plusieurs reprises devant
un pastiche écrit par Benny Hill.

Glen conserve son métier et son sens aigu du minutage lors de quelques scènes d'action réussies, comme cette ouverture performante à défaut d'être exceptionnelle, l'affrontement sur l'avion ou le suspense lié à la bombe (on oubliera miséricordieusement l'assaut carnavalesque sur le Palais de la Mousson).
Néanmoins,
son film marque un contresens absolu. On peut
adhérer à son idée d'un
Bond plus réaliste (espionnite de la
Guerre Froide mâtinée de Détente,
moindre présence des gadgets...) mais
à condition que cela donne lieu à
des films d'espionnage ad hoc, relativement
sérieux même si non austères
(Bond restant Bond). Sans remonter jusqu'au
chef-d'œuvre absolu de Bons Baisers
de Russie, Glen lui-même a réussi
cet exercice de style de manière cohérente
dans Rien que pour vos yeux. Mais
ici le choc entre cette vision et sa concrétisation
par un scénario imbécile, un
ton sirupeux et des gags plombés ne
pouvait que résulter désastreux.

De
plus Roger Moore, qui a su jusqu'ici parfaitement
soutenir son personnage, se voit désormais
atteint par la limite d'âge (56 ans
en 1983). Même si le talent, le panache
et la personnalité répondent
toujours à l'appel, la nécessaire
présence physique ne suit plus vraiment.
Ceci pénalise les moments de séduction,
mais bien davantage encore ceux d'action.
Les spectaculaires cascades du film doivent
immensément à une équipe
de cascadeurs hors du commun, à l'étonnant
courage physique. Malheureusement, malgré
les héroïques efforts des coiffeurs,
les raccords avec Roger Moore deviennent beaucoup
trop voyants, de par la différence
de gabarit et de masse musculaire désormais
patente entre l'acteur et ses doublures.
Ce fait ne peut que restreindre l'efficacité de ces passages (un phénomène bien connu des amateurs des Avengers), d'autant que les tournages en décors demeurent particulièrement évidents. Roger Moore lui-même se montrait réaliste sur cette question, comme il le relate dans ses mémoires, et d'autres options furent effectivement envisagées, dont déjà Timothy Dalton. Mais la concurrence directe de Jamais plus jamais, le 007 "hérétique" de Kevin McGlory, porté par Sean Connery en personne, poussèrent les producteurs à ne pas risquer l'aventure d'un nouvel interprète, moins populaire que Moore.

Le salut d'Octopussy ne viendra pas non plus des adversaires du jour, parce que, là aussi, le film tient du prodige. Caricature totale du militaire mégalomane et enivré par le fumet des batailles, le général Orlov manifeste un premier degré digne d'une propagande du Komintern, d'autant que le cabotinage extrême de Steven Berkoff (Les Fossoyeurs, saison 4) souligne l'aspect schématique du personnage. Concernant la VF on se prend à rêver à un film où les Russes s'exprimeraient sans intonation particulière, et les Anglais avec un accent prononcé jusqu'à la farce. Le général Gogol reste lui toujours aussi malicieux et matois, fort heureusement.

Cependant
Orlov se définit comme un modèle
de justesse et de subtilité d'écriture
comparé au nullissime Kamal Khan de
l'ineffable Louis Jourdan. Ce comédien
français cantonné aux rôles
de bellâtres gominés donne ici
un adversaire idiot, accumulant les phrases
creuses d'un ton gourmé, se montrant
régulièrement peu inspiré
dans ses choix et d'un manque de charisme
assourdissant, resté rigoureusement
sans équivalent jusqu'au Dominic Greene
de Mathieu Amalric (l'homme à la hache,
Quantum of Solace). Ce pauvre Jourdan
et son improbable personnage passent totalement
au travers du film, alors que ce dernier multiplie
de manière trop conséquente
les ennemis de Bond, ne conférant à
chacun qu'un espace limité. C'était
précisément le moment où
un acteur incisif aurait été
absolument nécessaire.

Mais
la crème de la crème reste tout
de même le flamboyant Gobinda occupant
l'essentiel de son temps à prendre
la pose et à écarquiller de
grands yeux méchants, tout cela pour
aboutir à quelques coups d'épée
(dans l'eau), aussi véhéments
qu'inefficaces. Le talent de Kabir Bedi (Sandokan)
ne trouve guère à s’exprimer,
tandis que le couple mythique esprit diabolique/tueur
de grande classe atteint ici son nadir.

On
ne reconnaît tout simplement pas Maud
Adams. La comédienne, qui nous avait
offert une composition dense et sensible dans
L'Homme au pistolet d'or, se montre
ici totalement effacée. Il faut dire
qu'elle a troqué un personnage à
la douloureuse humanité pour une simple
silhouette totalement irréelle. On
ne croit pas un instant à cette absurde
Octopussy digne de la plus mauvaise littérature
à l'eau de rose, tandis qu’Andréa
Anders demeurait d'un tragique fascinant,
y compris dans la mort. Faye Dunaway aurait
été un temps considérée
pour le rôle, on ne perçoit honnêtement
pas ce que même cette grande star aurait
pu en tirer.

Aussi
est-ce sans difficulté aucune qu'Octopussy
se fait voler la vedette durant tout le film
par son bras droit, la féline Magda
à l’opulente crinière
dorée et aux multiples dons, incarnée
par l’incandescente Kristina Wayborn.
On touche ici un autre défaut d’un
film comptant beaucoup trop de personnages.
Magda et Octopussy font à l’évidence
doublon, une fusion (ainsi qu’un solide
sevrage de kitch) aurait constitué
une grande amélioration. Notons que
l’on ne saurait dénier à
Octopussy le mérite de la
générosité en superbes
déesses chaloupées, de la spectaculaire
Bianca, si latina, à la soviétique
Rublevitch que nous ne reverrons plus par
la suite, en passant bien entendu par le bataillon
de charme d’Octopussy et de nombreuses
autres fugaces apparitions…

Et certes tout ne transparaît pas négatif dans Octopussy. Les cascadeurs accomplissent des prouesses, tandis que l'on découvre les splendeurs de l'architecture des grands Moghols, dont bien entendu le Taj Mahal. L'on n'omettra pas non plus le petit monde de 007, qui s'active ici plus que jamais, comme s'il sentait que le grand homme nécessitait singulièrement du renfort. Robert Brown se glisse avec naturel dans le personnage de M (qu’il occupera quatre fois, jusqu’à Permis de tuer), même si l'on ne retrouve pas les duels amicaux qui faisaient le sel de la relation entre Bond et son supérieur.

Les amateurs des Avengers éprouveront le vif plaisir de reconnaître en lui le diabolique Saul de Voyage sans retour ! Nous avons également la surprise de découvrir une assistante à Moneypenny ! Le personnage demeure parfaitement anodin, mais provoque un dialogue particulièrement crépitant entre les deux vieux complices. La sympathie évidente entre Roger Moore et sa camarade Lois Maxwell fait réellement plaisir à voir. Q se montre en pleine forme, et n'hésite pas à se frotter aux dures réalités du terrain, notamment lors d'un épique atterrissage au beau milieu des furies déchaînées d'Octopussy, soudain particulièrement câlines ! Le passage ne résulte pas des plus légers, mais la sympathie ressentie pour Desmond Llewelyn emporte la décision.

Avalanche de kitch, personnages totalement improbables (même à l’échelle d’un Bond), dialogues et situations ineptes, acteur vieillissant… Octopussy, désigné de manière purement incroyable dans sa promotion comme Le meilleur des Bond !, histoire de cibler le concurrent, constitue bien l’opus le plus faible de la saga (hormis Quantum of Solace, définitivement hors catégorie) et certainement le nanar le plus onéreux de l’histoire du cinéma.

Le
film enregistra la considérable recette
de 183, 7 millions de dollars (pour une mise
de 27,5), ce qui le place certes derrière
Rien que pour vos yeux, qui en rapporta
194,9 pour un investissement équivalent
de 28 millions. Mais qu’importe, le
principal objectif des producteurs se voyait,
lui, bel et bien atteint, avec la défaite
sans appel de Jamais, plus jamais (remake
d’Opération Tonnerre),
avec seulement 82,4 millions de dollars au
box office pour un colossal budget de 36 millions.
Sorry, Sean… En France Octopussy
attira 2 944 481 spectateurs, contre
3 181 840 pour Rien que pour
vos yeux et 2 582 054 pour
Jamais, plus jamais.
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7.
DANGEREUSEMENT VÔTRE
(A VIEW TO A KILL)

  
–
Well my dear, I take it you spend quite a lot
of time in the saddle.
–
Yes, I love an early morning ride.
–
Well, I'm an early riser myself.
Le
13 juin 1985 le public londonien découvrait
les ultimes aventures de James Bond sous les
traits de Roger Moore, avec A view to a
kill. Le titre français, Dangereusement
vôtre, apparaît astucieusement
choisi, avec un clin d’œil à
Amicalement Vôtre mais évoquant
également l’épisode de Chapeau
Melon et Bottes de Cuir intitulé
Affectueusement vôtre !

Et
en effet les amateurs des Avengers
vont se trouver ici particulièrement
à la fête, car Dangereusement
vôtre apparaît bien avant tout
comme le 007 de Patrick Macnee. Après
une apparition idéalement sise dans la
quintessence du style anglais qu'est le Derby
d'Ascot (situé à deux pas de Windsor
et associé à la famille royale),
nous découvrons l'acteur en pleine forme,
même s'il a inévitablement pris
de l'âge depuis la fin des New Avengers,
survenue huit années plus tôt.
Fort heureusement toujours doublé par l'excellent Jean Berger, Macnee défend avec conviction ce personnage original dans la saga qu'est Sir Tibett, Bond trouvant finalement beaucoup plus souvent des alliés étrangers (même si correspondants locaux de Universal Exports) qu'anglais. Cette touche britannique convenant idéalement à l'acteur et à son parcours se voit relayée par quelques autres excellentes idées comme la conduite d'une sublime Rolls-Royce ou le fameux passage du parapluie tendu par Roger Moore. On voit également Macnee manifester une véritable connivence avec les chevaux, le rôle demeurant parfaitement ciselé sur ce point tant l'équitation occupe une part importante dans sa vie !

On pourrait certes s'offusquer de voir le gaffeur Tibett en domestique faire-valoir de Bond, mais le personnage montre tout de même de l'initiative et il demeure surtout plaisant de voir le comédien incarner « un partenaire de » après avoir si longtemps occupé la place centrale ! Dangereusement vôtre porte ainsi à son zénith l'aspect toujours irrésistible des 007 de Roger Moore de poursuite du miracle des séries anglaises des années 60, une fastueuse période dominée par les figures de Patrick Macnee et Roger Moore (et du regretté Patrick McGoohan). Macnee signalera d'ailleurs dans ses passionnantes mémoires, écrites très peu de temps après le film (Chapeau Melon), que c'est bien à l'initiative de Roger Moore qu'il fut engagé. Une belle idée à mettre à l'actif de ce grand comédien !
Pour
l'anecdote on précisera que Macnee craignit
longtemps un refus de la part d'Albert Broccoli,
du fait de sa mauvaise humeur manifestée
lors du départ d'Honor Blackman pour
Goldfinger ; fort heureusement, il
n'en fut rien ! Divertissant et si british,
Tibett apporte une authentique valeur ajoutée
à toute la première partie du
film, au-delà même de l'affection
que l'on peut porter à Patrick Macnee,
tout juste pourra-t-on regretter le peu de panache
de sa sortie...

Un
autre élément particulièrement
appréciable du film (évoquant
lui aussi les New Avengers !)
consiste en la trépidante visite de Paris
qu’il nous propose. Cet élément
toujours apprécié (le chauvinisme
gaulois…) ressort ici bien plus développé
que lors d’Opération Tonnerre.
Il nous vaut un panorama très complet
et oh ! combien tonique de plusieurs hauts lieux
parisiens, à commencer par le fameux
et hors de prix restaurant Jules Verne !
Cette poursuite frénétique n’est
pas sans rappeler celle menée par Gambit
dans Le Lion et la Licorne…
Avec l’archétypal Aubergine, hédoniste
et fort content de lui-même, le savoureux
Jean Rougerie nous offre un portrait de Français
dopé aux clichés amusants, comme
seuls les Anglo-Saxons savent nous en offrir
et digne du René Mathis des romans.
Les
châteaux français réussissent
décidément à James Bond,
la splendeur de Chantilly faisant éloquemment
écho à celle de Vaux-le-Vicomte
(Moonraker). Des bateaux Mouches parisiens
aux écuries du Prince de Condé,
Dangereusement vôtre apporte
la touche finale à une certaine inclination
française des années Roger Moore
(lieux de tournages, acteurs, vrombissante 2CV…).
L’intrigue
évite un découpage excessif en
se limitant à deux segments, les États-Unis
succédant à la douce France. Cette
nouvelle virée dans ce pays d’élection
(et principal réservoir de spectateurs)
de 007 boucle joliment la boucle de l’épopée
de Roger Moore, les bayous de Louisiane laissant
la place à San Francisco et à
la Californie. San Francisco, ses dénivelés,
ses édifices prestigieux, ses tramways,
son Golden Gate, son port, ses secousses sismiques,
ses rues… L’on se situe d’entrée
en terrain connu, immortalisé par d’innombrables
films et de célèbres séries
télé, Dangereusement vôtre
prenant agréablement le temps de
nous faire visiter les lieux.
Le
spectacle prend une tournure encore plus franchement
américaine par la proverbiale poursuite
automobile (le pesant shérif Pepper se
voyant remplacé par un homologue nettement
plus sympathique) et par l’amusant pastiche
de Western que constitue l’attaque de
la maison très connotée de Stacey
Sutton. Aucun cliché ne manque à
l’appel : puissant propriétaire
cherchant à dépouiller une héritière
esseulée, hommes de mains, héros
solitaire tombant à pic, coups de carabine,
bagarre spectaculaire, chute fracassant une
balustrade etc.
Moore
retrouve les lointaines sensations de Maverick
et de The Alaskans, le public américain
est flatté dans le sens du poil et les
Européens se divertissent avec des moments
d’action fort bien troussés, pimentés
d’humour malicieux. La référence
à la faille de San Andreas, et à
l’épée de Damoclès
qu’elle représente, frappera de
même efficacement l’imagination
locale, le plan de Zorin évoquant d’ailleurs
celui de Lex Luthor dans le Superman de
1978. À peine quatre ans après
le film, la faille devait d’ailleurs occasionner
un séisme dévastateur près
de San Francisco, causant 63 morts. Au total
le versant américain du film, aussi opportuniste
soit-il, se montre efficace et tout à
fait percutant, couronné par le spectaculaire
affrontement du Golden Gate.

Le
scénario, art du dévoilement,
se montre pertinent car ne révélant
que progressivement le complot de Zorin, jusqu'à
la surprise finale du zeppelin de poche. On
apprécie également la profusion
de dialogues et de situations humoristiques
(avec un faible pour le passage de l'omelette...),
un ensemble nettement plus relevé que
lors d'Octopussy. Si l'histoire, très
proche de celle de Goldfinger, ne se
départit pas d'un certain classicisme,
la mise en scène de Glen se montre alerte,
le réalisateur veillant toujours à
maintenir un rythme élevé de péripéties.
Les scènes épiques, toutes parfaitement
mises en valeur et au montage efficient, se
succèdent durant tout le récit :
poursuite de la tour Eiffel, course hippique
mouvementée, camion de pompiers en folie,
inondation de la mine, duel final vertigineux
etc.

On regrettera cependant une scène d'introduction passablement médiocre, avec une énième scène de ski, évoquant par trop L'Espion qui m'aimait (jusqu'à inclure l'Union Jack) et forçant à comparer avec un Roger Moore alors bien plus jeune et athlétique. Un autre sujet d'agacement, mais qui va devenir propre à l'ensemble de la saga, s'avère une nouvelle fois la surabondance d'insertions de marques. Si l'on retrouve BP, un vieux compagnon de route déjà présent durant l'ère Sean Connery, c'est notre Michelin national qui tient ici le haut du pavé, avec pas moins de trois apparitions. On avoisine l’overdose.

Cette
conformité aux canons de la série
développée par l'intrigue se voit
partiellement battue en brèche par le
personnage de Zorin. Sa nature de sociopathe
issu d'une expérimentation nazie lui
confère une dimension authentiquement
monstrueuse, assez inédite dans le défilé
de cas psychiatriques déjà rencontrés
par 007. Cet aspect déséquilibré
et de totale indifférence aux émotions
se voit éloquemment interprété
par le grand Christopher Walken, une autre excellente
idée du casting particulièrement
haut en couleurs de Dangereusement vôtre.
Spécialisé dans les rôles
hors normes, qu'il interprète toujours
avec un brio particulier (Annie Hall, Dead
Zone, The King of New-York...), Walken
apporte un véritable éclat à
son personnage hautement improbable, tandis
que les confrontations avec Roger Moore crépitent
réellement.
Patrick Bauchau campe joliment le visqueux Scarpine, lui apportant la même élégance mâtinée d'apparente nonchalance qu'il manifestera plus tard dans Le Caméléon et plusieurs autres grandes séries. Par contre le Dr Mortner, avec son accent caricatural et son monocle, semble singulièrement lesté en clichés, jusqu'à parfois laisser entrevoir le fameux Colonel Klink. Pour son ultime apparition le Général Gogol nous offre un nouveau récital divertissant, tandis que l'on reconnaît parmi ses gardes du corps l'ineffable Dolph Lundgren. Celui-ci doit cette première et fugitive apparition à l'écran à sa relation avec Grace Jones, quelques mois avant d'exploser dans Rocky IV, en novembre de la même année.
Il faut bien avouer que Grace Jones représente un vrai talon d'Achille pour le film, tant son personnage, déjà caricatural et sans humour, se voit de plus desservi par sa piètre prestation d'actrice. Son jeu se limite en effet à son impressionnante présence physique et à quelques expressions faciales particulièrement outrées. On finit par se demander si le caractère taciturne de May Day ne représente pas en fait un principe élémentaire de précaution... May Day véhicule également un contresens absolu extrêmement dommageable pour le film. Alors que, s'inscrivant dans la tradition bondienne la plus éprouvée, le récit converge vers un affrontement spectaculaire entre 007 et May Day, la tueuse hors normes du jour, les deux larrons finissent par fraterniser sous nos yeux ébahis !
On comprend que les auteurs aient voulu risquer une transgression permettant de différencier le film de ses prédécesseurs, en opposant Bond à une femme, mais rester ainsi au milieu du gué du fait de conventions encore prégnantes en 1985 constituait la pire des solutions. Au moins Requin avait-il eu l'occasion de croiser quelque peu le fer avec Bond dans Moonraker avant de passer de l'autre côté de la barrière. L'heure d'une Xenia Onatopp n'était pas encore survenue et l'un des pans essentiels de l'intrigue perd toute sa substance, causant une vraie frustration chez le spectateur.

Toutefois le personnage comporte un aspect réellement positif, car il couronne la très jouissive touche 80's du film. La jamaïcaine Grace Jones reste effectivement l'une des icônes de cette décennie passionnante et si sujette aux excès croquignolets. Chanteuse, mannequin et actrice, elle marqua réellement l'esthétisme de l'époque, y compris par des publicités hallucinées au style cher à son compagnon, le créatif Jean-Paul Goude.
Bien
d'autres éléments viennent agréablement
dater Dangereusement vôtre, comme
les vêtements et maquillages ou les débuts
de la micro informatique de masse, symbolisés
justement par la prédominance d'une Silicon
Valley lancée durant la décennie
précédente. On s'amuse ainsi beaucoup
en découvrant l'allure des logiciels
high tech de Zorin, évoquant la joyeuse
aventure des ZX Spectrum et autres Amiga, Commodore,
Amstrad, Goupil etc. Toute une époque.
Le film fut d'ailleurs l'un des premiers à
se voir converti en jeu vidéo, l'année
même de sa sortie. La chanson co-composée
par Barry et interprétée par les
Duran Duran, à ce jour le titre issu
de la saga ayant connu le plus grand succès
commercial, demeure l'un des airs les plus identifiants
et entraînants des années 80. Cette
tonalité Eighties reste l'une
des agréables spécificités
du film !

En
opposition à la sombre May Day, le décidément
étonnant casting de Dangereusement
vôtre a recours, après
Caroline Munro, à une autre reine du
Nanar en la personne de la charmante Tanya Roberts.
Cette authentique américaine, aperçue
dans plusieurs séries télé
(dont Drôles de Dames) et dans
des films du calibre de Dar l’Invincible
ou Sheena, Reine de la jungle, se révèle
un excellent choix. Outre un charme ravageur,
elle montre un entrain juvénile très
communicatif et un courage physique certain
durant les cascades.
Le duo avec Roger Moore fonctionne efficacement compte tenu de la différence d’âge, les auteurs ayant l’intelligence et le tact de nous éviter des trémolos à la Octopussy. Par ailleurs Dangereusement vôtre recèle de nombreuses beautés féminines, dont Mary Slavin, Miss Monde 1977 aux commandes d’un sous-marin très boudoir, Fiona Fulerton incarnant une nouvelle Russe incandescente succédant à l’Agent Triple X et les deux acolytes de May Day, les périlleuses Pan Ho et Jenny Flex, cette dernière gagnant haut la main la palme du nom le plus amusant de la période. La piquante mannequin Alison Doody interprétera d’ailleurs quatre ans plus tard la Elsa Schneider d’Indiana Jones et la Dernière Croisade, ce qui lui permettra de croiser cette fois le fer avec Sean Connery ! On n’oubliera pas les nombreuses beautés de la réception donnée à Chantilly ni la charmeuse parisienne de papillons !

On oppose souvent au film l'âge de Roger Moore qui, à l'approche de la soixantaine, excède effectivement à l'évidence celui imparti pour le rôle. Admettons-le, ce grand acteur et cet homme excellent n'était plus vraiment crédible pour un personnage multipliant faits d'armes et conquêtes sentimentales aux quatre coins de la planète.
Les doublures apparaissent toujours aussi évidentes que dans Octopussy, mais, tout de même, porté par une histoire autrement solide, qui a de plus l'habileté d'éviter jusqu'à la conclusion les scènes de romance où la différence d'âge résulterait par trop criante, Roger Moore défend avec une belle énergie son personnage, jusqu'à lui conserver une relative crédibilité dans les scènes d'action. Le film paraît certes pâtir de cette situation, mais pas jusqu'à en être aussi déséquilibré qu'on a pu l’avancer (y compris Roger Moore lui-même).

C'est d'autant plus vrai que, si les complices de 007 gagnent eux aussi en âge, ils conservent également leur allant et leur humour. Q se montre très divertissant, notamment avec un proto K-9 qui devrait réjouir les fans de Doctor Who, tandis que Robert Brown continue à défendre avec conviction sa version de M. Mais Dangereusement vôtre demeure bien entendu le film où Lois Maxwell (et non Moneypenny) prend congé de son public, en même temps que son camarade Roger Moore.
Elle se montre particulièrement tonique lors de sa rituelle confrontation amicale avec 007, tout en bénéficiant d'une jolie sortie dans le grand monde d'Ascot, en grande tenue s'il vous plaît. Ce film restera bien comme une inflexion majeure par le départ de l'interprète principal mais aussi par celui de ce pilier historique, qui aura tant contribué à l'identité de la saga. Le personnage survit, mais il n'y aura jamais qu'une seule Moneypenny !

En
dépit d'un classicisme achevé,
au-delà de la tentative inaboutie d'innovation
représentée par May Day, et de
l'âge de son interprète, Dangereusement
vôtre reste un Bond de fort bonne
tenue, à défaut de paraître
exceptionnel. Ses nombreuses connotations culturelles
souvent divertissantes, ses dialogues percutants,
son sens de l'action et d'excellents comédiens
concourent efficacement à son succès.

Ainsi nous quitte Roger Moore, après avoir si longtemps incarné le personnage avec le style et le panache qui lui sont propres. Ses aventures furent certes d'un intérêt variable mais il sut jusqu'au bout défendre une certaine idée de James Bond, composée d'élégance et d'humour très britanniques. L’heure de Timothy Dalton était venue.
Avec
des recettes mondiales s’élevant
à 152,4 millions de dollars, pour un
budget de 30 millions, l’ultime opus
de Roger Moore demeure un grand succès
commercial même si moindre que lors d'Octopussy.
Il perd également à peu près
500 000 entrées en France, tout
en conservant le fort honorable total de 2 423 306.
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Crédits
photo : Sony Pictures.
Captures réalisées par Estuaire44
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