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Critiques
Steed3003
14 mai 2005
   
Une nouvelle fois après Caméra meurtre,
Brian Clemens centre l'épisode autour d'Emma Peel
dans une formule qui n'est pas sans rappeler celle
de L'héritage diabolique.
En
effet, Le joker, contrairement à Caméra
meurtre, tranche avec la légèreté des épisodes
précédents. On retrouve l'ambiance lourde des premières
saisons (pas étonnant, puisque cet épisode est un
remake avoué, à moitié pardonné, de l'excellent
Ne vous retournez pas, juste adapté au
personnage d'Emma Peel). Cet épisode est l'un des
plus angoissants et effrayants de la série, l'un
des moins bavards aussi. En effet, les dialogues,
malgré quelques incontournables pointes d'humour
(on retiendra notamment le panneau indiquant à un
Steed perdu dans le brouillard qu'il a une vue imprenable
sur quatre régions !), vont au plus efficace. Pour
une fois, Brian Clemens rompt avec son plaisir du
bon mot et épure totalement la forme, le résultat
à l'écran n'en est que plus réussi. En effet, on
dit souvent que c'est le format même de la série
qui lui permettait de toucher tous les genres (suspense,
horreur, humour, western, absurde…), c'est totalement
faux. À chaque fois, la série a su s'adapter pour
aborder ce nouveau genre, en reprenant ses codes
inhérents, tout en essayant de le renouveler et
de l'accommoder à l'esprit du show (un
des exemples les plus pertinents à cet égard est
la parodie des détective stories de la
saison 6 : Trop d'indices). Ainsi, beaucoup
de clichés s'enchaînent : entre les personnages
classiques de films d'horreur (la demi-folle, l'inconnu
qui débarque, l'hôte absent…), le schéma classique
de l'héroïne prisonnière d'un manoir perdu au milieu
du brouillard, les bruits étranges… Néanmoins, encore
une fois après Caméra meurtre, la série
sait se moquer d'elle-même et c'est par là, bizarrement,
qu'elle établit une sorte de connivence avec le
spectateur et qu'elle devient séduisante et crédible.
Dans une scène mémorable, le "mystérieux inconnu"
énumère avec ironie l'étrangeté de la situation
de Mrs Peel, pour lui avouer qu'il ne manquerait
plus que les fils téléphoniques soient coupés, avant
de s'apercevoir qu'ils le sont bel et bien ! Brian
Clemens se révèle être un inattendu maître du suspense,
tous les éléments s'enchaînent avec une logique
implacable, tandis que le piège se referme progressivement
sur Mrs Peel. Cette dernière est d'ailleurs sublime
en héroïne (forte, 30 ans avant Buffy contre
les vampires) de film d'horreur. Avec cet épisode,
la série perd en (joyeux, il faut bien l'avouer)
infantilisme, pour gagner en profondeur, jouant
sur une palette d'émotions plus adultes, inexplorées
jusqu'alors (voyeurisme, amour trahi…). D'ailleurs,
une nouvelle fois, contrairement à Caméra meurtre
où Z.Z. Von Schnerk marquait plus le spectateur
par son outrance sans vraiment l'effrayer, le méchant
de cet épisode, Prendergast, prend une dimension
humaine inédite : autrefois trahi par Emma Peel,
il est un des méchants les plus "compréhensibles"
et les plus terriblement humains de la série (seul
celui de Méfiez-vous des morts, dans les
New Avengers, réussira à l'égaler à ce
niveau). Brian Clemens innove aussi dans ses choix
narratifs : jouer sur le contraste entre le faux
standard Mein Liebe, Mein Rose et ce qui
se passe à l'écran (X-Files pillera d'ailleurs
joyeusement cette idée, notamment dans des épisodes
comme La meute), englober l'histoire sur
un fond romantique (les roses coupées, l'œil envieux
et voyeur scrutant Emma Peel)… Toutes d'excellentes
idées ! En bref, Brian Clemens surprend une nouvelle
fois le spectateur en allant là où on ne l'attendait
pas, voire plus, dans un épisode entre suspense
et horreur particulièrement réussi.
Sidney Hayers nous avait déjà convaincu de son sens
du suspense et du hors champ dans Le dernier
des sept, il se montre ici largement à la hauteur
de nos attentes. Tout d'abord, il tranche avec le
certain conformisme dans lequel s'étaient installés
jusqu'alors les réalisateurs de la saison 5, en
cherchant, lui aussi, à surprendre le spectateur.
Il joue astucieusement sur les miroirs, les bruits…
Tout en laissant une grande part d'imagination au
spectateur, en en montrant le moins, tel un M. Night
Shyamalan, pour suggérer le plus. Un choix de mise
en scène qui se révèle ici particulièrement efficace.
Il parvient ainsi à instaurer une ambiance d'angoisse
que nous n'avions quasiment jamais vue jusqu'ici
dans la série (seul L'héritage diabolique
avait aussi bien réussi). On est loin de l'ambiance
plutôt légère de la saison. L'épisode se déroulant
quasiment en huis clos aurait vite pu lasser le
spectateur. Néanmoins, Sidney Hayers réussit à filmer
ce décor unique sous tous ses angles avec inventivité
et intelligence, on ne s'ennuie finalement pas un
seul instant. Si le choix de la vue subjective pour
symboliser le méchant commençait à devenir redondant
lors des derniers épisodes, elle se révèle ici parfaitement
adéquate pour caractériser l'aspect voyeuriste du
méchant (comme ces effrayants gros plans sur les
yeux de Prendergast d'ailleurs). Au niveau de l'interprétation,
Diana Rigg est remarquable, dans un registre plus
difficile qu'à l'accoutumée. Peter Jeffrey, même
s'il apparaît finalement très peu dans le rôle de
Prendergast, livre lui aussi ici sa meilleure composition
de méchant pour la série. Seule l'interprétation
de Sally Nesbitt, excessive jusqu'à agacer dans
le rôle d'Ola, déçoit un peu. En bref, une réalisation
largement à la hauteur de l'excellent scénario.
Cette
semaine, Mrs Peel est une spécialiste du bridge
! La semaine prochaine, apprendrons-nous qu'elle
est aussi une championne d'haltérophilie ? On découvre,
au détour d'une réplique, que Steed danse le tango
! Nous n'aurons malheureusement jamais l'occasion
de jauger son talent par la suite… Comme vous pourrez
le constater, Steed est définitivement le fameux
"joker" du titre pour Emma Peel, comme il le prouve
dans une fin émouvante.
Le
décor de Ne vous retournez pas était l'un
des plus réussis et impressionnants de la 3e saison.
Celui de cet épisode, tout aussi fastueux et soigné,
ne démérite pas, même s'il lorgne plus vers l'ambiance
films Hammer avec chandeliers, portes qui
grincent, longs couteaux pendant dans la cuisine…
À noter que le brouillard est superbement rendu
tout au long l'épisode.
Mrs
Peel est toujours aussi bien habillée, notamment dans
sa robe violette, qu'elle porte quasiment tout au
long de l'épisode. Le spectateur n'en est que plus
ravi !
Le
thème musical de l'épisode, qui fait directement
penser aux meilleurs thèmes hitchcockiens, est inoubliable
et inusable. Même s'il est utilisé à de nombreuses
reprises, on ne se lasse pas de l'entendre, tant
il convient parfaitement à l'épisode. Un de mes
thèmes préférés de la saison, après celui de
Chasse au trésor.
EN
BREF : Encore
un excellent épisode pour la saison 5. La série sait
se renouveler et nous livre un petit film d'angoisse
parfaitement maîtrisé.
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Acteurs
– Actrices
o
Peter Jeffrey (1929-1999) a participé à trois
autres épisodes de la série : Avec vue imprenable
(saison 4), Jeux (saison 6) et Le château
de cartes (TNA). Il était un acteur
talentueux et reconnu. Un grand comédien britannique.
L'un des plus grands méchants des Avengers
: les personnages de Prendergast du Joker
et Bristow de Jeux sont mémorables. Diplômé
de Cambridge, son répertoire allait du théâtre classique
aux comédies télévisées. Il travailla avec les plus
grandes compagnies théâtrales dont la Royal
Shakespeare Company. Il est décédé le jour
de Noël 1999 d'un cancer de la prostate.
o
Ronald Lacey (1935-1991) débuta sa carrière
en 1961. Il est célèbre pour son rôle de nazi dans
Les Aventuriers de l'arche perdue
(1981). Il a également tourné dans Firefox
(1982) avec Clint Eastwood. Il a deux autres participations
remarquables dans la série : Le legs (saison
6) et le personnage de Hong Kong Harry dans l'épisode
des TNA, Le baiser de Midas. Également
à la TV dans Département S, Jason King, Poigne
de Fer et Séduction, Colditz, Regan, Le Retour de
Sherlock Holmes, Bergerac…
o
Sally Nesbitt a très peu tourné à part son autre
apparition remarquée dans la série au début de l'épisode
Bizarre, saison 6. Présente également au
cinéma dans l'excellent Le Clan des Siciliens
(1969).
o John Stone (1924) est un acteur gallois.
Il a participé à deux autres épisodes de la série
: Le marchand de secrets (saison 3) et
Du bois vermoulu (saison 6). Vu également
à la télévision dans Le Saint, Les Champions,
Amicalement Vôtre…
À
noter que……
o Commentaire
de Patrick Macnee pour cet épisode : "Les Avengers
n'était pas une série à gros budget. Cet épisode,
remake de Ne vous retournez pas avec Honor
Blackman (saison 1963/1964) fut donc entièrement
tourné en studio, les quelques extérieurs étant
rajoutés par la suite. Cela arrivait souvent, mais
n'affectait pas la qualité des scénarios." (Source
: bonus DVD)
o Dans la version allemande, Max Prendergast est
autrichien et non allemand ; il a rencontré Emma
à Vienne et non à Berlin ! Ce procédé était courant
paraît-il en Allemagne dans les années 60 lorsque
le "méchant" était allemand !
o
Erreur DVD : au tout début du générique d'ouverture,
si vous avez activé le bonus Suivez le chapeau
de votre DVD, vous trouverez l'information suivante
: "En Espagne, la série est intitulée Los Avengerdores".
Aficionado de la série et visiteur régulier de notre
site, vous aurez corrigé par vous-même l'erreur
: en Espagne, la série s'intitule bien Los Vengadores.
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