CHAPEAU MELON & BOTTES DE CUIR - The Avengers

Chapeau Melon et Bottes de Cuir
Foire Aux Questions

 

GUIDES

Comme pour toutes les séries TV, de nombreux guides sont parus à propos de la série. Quels sont les plus exhaustifs ? Les plus pertinents ? Suivez notre guide : Denis Chauvet !

1. Chapeau Melon et Bottes de Cuir : Irrespectueusement vôtre
2. The Avengers (Toby Miller)
3. Chapeau Melon et Bottes de Cuir (Carrazé/Putheaud)
4. Mrs. Peel Wir Werden Gebraucht
5. The Avengers Files
6.The Avengers Programme Guide & The Avengers Dossier
7. Das Konzept Emma Peel
8. Chapeau Melon et Bottes de Cuir : Au royaume de l'imaginaire
9. The Avengers on Location
10. Reading between Designs
11. Saints & Avengers
12. Investigating couples

Auteurs : Eric Cazalot et Philippe Paygnard.

Publié par DLM en juillet 1996 dans la collection "Le guide du téléfan" (No14).

Format ‘grande télécommande’ (21X11), 155 pages, photos en noir et blanc.

Le livre est épuisé, mais on peut le trouver facilement sur divers sites d’occasion.

"Le guide du téléfan" était une collection de livres destinés à tous ceux qui voulaient en savoir plus sur leur série préférée. Dans la collection, il y a, entre autres, de Francis Valéry : ‘Le Prisonnier’ retour au village, 1994 ; The Invaders : Les Envahisseurs, 1992 ; The X Files, aux frontières du réel : une mythologie moderne (en trois volumes), 1995, 1996 ; Le Saint, 1995 – de Didier Liardet : Mission Impossible : opérations intelligence, 1996 ; Les Mystères de l’Ouest : les nuits de l’imaginaire, 1995 – de Philippe Lombard : Amicalement Vôtre, l’oisiveté au service du bien, 1995. Cette collection fut publiée jusqu’en 1995 chez ‘Car rien n’a d’importance’ puis DLM a repris des titres publiés chez cet éditeur. Ces livres au format poche imprimés sur papier économique sont moins fournis iconographiquement, mais ils se rattrapent avec des textes documentés.

Contenu : L'historique de la série, les résumés et anecdotes des épisodes de la première à la sixième saison et les fiches sur les acteurs Avengers sont les différents aspects évoqués. La série est connue mais son histoire échappe souvent au grand public. Outre un guide des 161 épisodes des Avengers, parsemé d'anecdotes, Éric Cazalot et Philippe Paygnard se sont attachés à raconter en détails chaque étape de ce programme à travers l'histoire, souvent houleuse, de la production. Après une rapide introduction, une chronique de la série est évoquée en quatre chapitres sur vingt-cinq pages : Chapeau melon... sans bottes de cuir, Chapeau melon... et féminisme, Chapeau melon... et série culte !, Chapeau melon... et Tara King. L’essentiel du livre est consacré au guide des épisodes (de ‘Hot snow’ à ‘Bizarre’). Chaque saison est définie en quelques lignes qui précèdent la liste des épisodes (avec résumés succincts et anecdotes parfois inédites). On y trouve des informations intéressantes sur les dates des diffusions des saisons quatre à six à la télévision française. Une biographie des comédiens Patrick Macnee, Honor Blackman, Diana Rigg et Linda Thorson clôt l’ouvrage.

Conclusion : Ce petit livre est essentiel à tout fan et il complète parfaitement le livre beaucoup plus luxueux de Didier Liardet (Chapeau Melon et Bottes de Cuir, au royaume de l’imaginaire). Simple et précis, il permet une approche détaillée pour tous les néophytes. Cet ouvrage fait partie d’une collection de qualité, ne ratez pas l’occasion de vous le procurer si elle se présente. Le seul point négatif à ce livre, mais il est de taille, est l’absence totale des New Avengers. À aucun moment, cette suite n'est évoquée. On peut se demander si un volume n’avait pas été prévu pour cette ‘sequel’.

Lire l'interview d' Eric Cazalot

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Auteur : Toby Miller.

Publié par British Film Institute, 1997.

192 pages, photos noir et blanc.

Contenu : Il est divisé en sept chapitres : History, Pop, Fashion, Sex, Genre, The post-modern et Following. Il est terriblement ennuyeux : pas d'humour, un ton pédant (qui n'a pas sa place dans le monde des Avengers) et il est écrit par une personne qui a une connaissance limitée de la série. Il est, en effet, bourré d'inexactitudes, certaines assez cocasses... surtout lorsqu'on sait que soixante-dix personnes y ont contribué ! La liste fournie par le site de David Smith est éloquente ! Une perle : Toby Miller parle de relation intime entre le docteur Keel et Steed dans un épisode... de la troisième saison (Les charmeurs) !

Conclusion: Tous les spécialistes sont unanimes : son intérêt est très limité. Les rares personnes qui défendent ce livre ne connaissent pas la série ou veulent lui donner des dimensions pseudo-intellectuelles jamais voulues par les créateurs. Collectionneur de tout ouvrage sur la série, ce livre est, néanmoins, un des deux que j’ai revendu ! Écrit par un professeur d’université australien (travaillant aux USA), il est exclusivement destiné à ceux qui désirent une analyse intellectuelle, tirant souvent vers le ridicule, de leur série préférée. Il est essentiellement basé sur les saisons Cathy Gale et Emma Peel. Dave Matthews, le webmaster du site consacré aux New Avengers, souligne même que certains mots ne sont pas dans le dictionnaire ! En bref, il faut l'acheter si on veut 'tout' avoir car ce livre n'est ni divertissant ni instructif, mais un recueil de blabla philosophique incohérent et truffé d’erreurs sur la série. Chacun doit rester à sa place !

Lire l'interview de Toby Miller

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Auteurs : Alain Carrazé et Jean-Luc Putheaud.

Publié par Huitième Art en 1990 et réédité en 1995.

Il fut le premier livre en français uniquement sur la série à être publié.

Beau livre, grand format, 250 photos couleur et noir&blanc, 200 pages.

Les 1 827 premiers exemplaires sont numérotés et comprenaient une page avec une photographie numérotée. Il existe également 100 exemplaires hors commerce marqués HC 1 à 100.

Ce livre, épuisé, était très coûteux à sa sortie surtout, mais il peut se trouver dorénavant à un prix très abordable sur des sites d’occasion. Je me suis procuré le mien à 12€ et à ce prix là, faut pas s’en priver !

Ce livre a été traduit en anglais et publié par Titan Books en Angleterre en septembre 1997 et par Bay Books aux États-Unis en 1998 sous le titre : The Avengers Companion (couvertures différentes). Alex J. Geairns a participé à l’édition anglo-saxonne. Cette édition est à éviter absolument, vu sa traduction approximative.

Couverture anglaise :

Couverture américaine :

Contenu : La première partie est consacrée à des entretiens (Regards et témoignages) avec Patrick Macnee, Diana Rigg, Linda Thorson, Grant Morrison, Dave Rogers, David Fakrikian, Christophe Casa-Zza et François Rivière. La seconde partie est un guide des épisodes de toutes les saisons, y compris les New Avengers ; à noter que certains titres de la saison quatre sont en VO car ils étaient encore inédits lors de l’élaboration du livre. Treize épisodes sont résumés en détails et cela constitue la partie fastidieuse de l’ouvrage ! Les épisodes choisis sont : The House That Jack Built, Remontons le temps, Le vengeur volant, Caméra meurtre, Rien ne va plus dans la nursery, Le joker, Meurtres à épisodes, Le village de la mort, Jeux, Clowneries et la saga des cybernautes (Les cybernautes, Le retour des cybernautes et Le dernier des cybernautes ?). 70 pages (presque la moitié du livre) sont consacrées à ces résumés et ils sont superflus à l’époque actuelle des DVD. La dernière partie, Créateurs et créatures, a plusieurs thèmes : ‘Les vengeurs’ par Brian Clemens, quatre pages intéressantes – Huit heures de travail et de plaisir par jour, quatre pages de belles photographies généralement de tournage et parfois inédites (page 176, Miroirs en haut à gauche) et le livre se termine par les habituelles rubriques : les acteurs vedettes – les véhicules stars – les grandes lignes de la mode Avengers – liste des principaux réalisateurs et acteurs invités.

Conclusion : L’intérêt du livre réside essentiellement dans ses nombreuses photographies sur papier glacé et se doit de figurer sur les étagères des fans de la série malgré ses défauts.

Lire l'interview d'Alain Carrazé et Jean Luc Putheaud

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Auteur : Franziska Fischer.

Publié par Bertz en 1996 (120 pages).

La troisième édition, publiée par Bertz+Fischer est sortie en juin 2006.

Livre à couverture souple, 224 pages, 325 photos noir&blanc.

Contenu :

L’auteur Franziska Fischer a découvert la série à l’âge de cinq ans avec l’épisode Rien ne va plus dans la nursery ( Eins, Zwei, Drei- Wer hat den Ball ? en allemand).

Mrs Peel est le personnage central de l’ouvrage. La première partie, Die Avengers-Story comporte 34 pages, dont 15 sur la période Emma Peel. Cet historique est très souvent inspiré des bouquins de Dave Rogers (The Avengers de 1983 mais surtout The complete Avengers de 1988) et également du livre de Kathleen Tracy, Diana Rigg: The Biography (2004). Dans ce dernier, cette citation de D. Rigg, concernant le casting, m’était inconnue : ‘Le studio fourmillait de jeunes femmes. Nous devions toutes porter pantalon et pull-over noirs, ce qui nous faisait ressembler à une armée de néo-nazis’ (page 24). Nous apprenons également que c’était la première cascade et apparition TV de Cyd Child. Dans Stay Tuned, elle déclare qu’elle n’aurait pour rien au monde échangé son travail sur les Avengers. Surprenant de lire que Ian Hendry a quitté la série, mécontent car les producteurs faisaient la part belle à Steed.

En 1966, la chaîne ZDF diffuse la série un mardi soir sur deux à 21h15 avec 55% d’audience (premier épisode, Les cybernautes le 18 octobre 66). Après treize épisodes, elle est remplacée par Des Agents Très Spéciaux, mais elle revient après une grosse protestation des téléspectateurs. Chapeau Melon est la seconde série britannique à être diffusée en Allemagne après Simon Templar (Le Saint) en 1963. Diana Rigg a la voix allemande de Brigitte Bardot et Marilyn Monroe tandis que Steed a celle de James Bond ! Quand on pense que la série n’est toujours pas sortie en DVD en Allemagne alors que les fans ont dû être retenus par la police tandis que Patrick Macnee et Diana Rigg dînaient dans un restaurant de Düsseldorf !

On peut lire également que Patrick Macnee comparait Purdey à la porcelaine de Dresde et que Nelson Mandela aurait déclaré de sa prison sud-africaine : ‘Si Purdey peut se sortir de là, nous le pouvons aussi.’

La seconde partie, Die Stars, se résume à environ vingt pages sur deux acteurs : Diana Rigg et Patrick Macnee (dans cet ordre significatif.) Le Wiener Kurier de janvier 73 rapportait la tenue de Diana lors de son mariage (robe rouge cerise et un chapeau de paille blanc et rouge). L’actrice a déclaré au Berliner Morgenpost en juin 88 : ‘Je n’aurais jamais pensé que la série serait encore diffusée vingt ans après. Une preuve de sa qualité. De temps à autre, je regarde un épisode avec ma fille, Rachel, ma meilleure production.’ La vie de Patrick Macnee est très fortement inspirée du livre Blind in one ear. On y apprend néanmoins que l’acteur a déclaré à Télé 7 jours en 1992 qu’’avec l’argent dépensé pour mes cures de désintoxication, j’aurais pu agrandir ma maison de quelques pièces.’ En septembre 85, il sauve une femme de la noyade et BZ (Berliner Zeitung) titre : ‘Sans parapluie mais avec du charme.’ .

La troisième partie (Die Erfolgsformeln, mot à mot : Les recettes du succès) décortique les particularités qui ont fait le succès de la série en 80 pages et sept chapitres (plus du tiers du livre) : l’intemporalité de la série, les personnages, le schéma narratif des scénarios des saisons Emma Peel, les techniques de tournage, l’humour et les jeux de mots, les thèmes abordés et les références culturelles. C’est assez inégal, alternant l’intérêt, l’évidence et l’ennui. Dans le Wiener Kurier de juillet 67, sous le titre ‘ Emma Peel – für uns gezähmt’ [Emma Peel, pour nous apprivoiser], nous avons une petite idée de l’accueil réservé par l’Autriche aux Avengers : ‘ La télévision allemande nous a envoyé une sélection d’épisodes ; l’héroïne a en effet quelques particularités : elle est la reine des péchés, boit de l’alcool dans un cercueil, est presque écrasée dans une presse à vin et pratique la danse du ventre. L’Autriche ne verra pas cela !’. Néanmoins, le journal Christ und Welt écrivait en juin 67 après la diffusion de quelques épisodes : ‘Les Britanniques, champions d’Europe de la légèreté et du vrai divertissement.’

Le film est évoqué sur quatre pages et il est décrit comme prometteur mais ennuyeux. Le melon est trop large pour Fienes et le film n’a pas de classe, de rythme, d’humour et de bons dialogues. Sans commentaire.

Le guide des épisodes qui suit (72 pages) s’appuie sur les bouquins de Dave Rogers, The Avengers dossier, le site de David Smith et le site allemand. Il est surprenant de constater que de nombreux épisodes de la saison 4 ne furent pas diffusés avant 1998 (Dans sept jours le déluge, L’heure perdue, Le club de l’enfer, L’héritage diabolique) ou 1999 (La mangeuse d’hommes du Surrey, Faîtes de beaux rêves, Maille à partir avec les taties, Comment réussir un assassinat). Cœur à cœur, Das Mörderinstitut pas avant le 5 janvier…2003 sur Kabel 1 ! La saison couleur a été diffusée en 1967 (neuf épisodes) ou 1969 (10 épisodes) à l’exception de cinq épisodes qui sont restés inédits jusqu’en 1993. Quant à Tara King, 22 épisodes ont été diffusés pour la première outre-Rhin en 1999 sur SAT 1 ! Les New Avengers n’ont pas été diffusés dans leur intégralité avant 1997 sur TM3.

Dans le court chapitre (deux pages) intitulé : ‘Mrs Peel, Sie werden immer noch gebraucht’ [Mme Peel, on a encore besoin de vous], nous apprenons que les légendes ne meurent jamais : Christie’s a vendu aux enchère un chapeau melon porté par Patrick Macnee pour £1 440 en 1992 ; Linda Thorson a ouvert un café Avengers en Australie, le pantalon cuir de Mrs Peel et le melon de Steed sont sur le site de la…CIA !

Certaines erreurs sur les légendes des photos :

– p 106 : photos de "Clowneries" au lieu de "Jeux"

– p 183 : une photo de Steed prise dans l’appartement de Tara pour l’épisode "Remontons le temps". P 191 Scène du "Club de l’enfer" dans la saison couleur

– p 193 : photo de tournage de "L’heure perdue" dans la saison couleur

– p 196 : une photo de "Clowneries" au lieu de "Jeux"

– p 204 : une photo de "Fog" au lieu de "Requiem".

Conclusion : Le meilleur livre sur la série en langue allemande et l’intérêt pour les non germanophones réside dans la qualité exceptionnelle des photos noir&blanc. Certaines scènes sont découpées en images (générique saison 4, Mrs Peel en reine des péchés, la danse du ventre par exemple) et ces photos constituent un véritable attrait, de nombreuses étant inédites.

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Auteur : Andrew Pixley.

Publié par Reynolds & Hearn, 2004.


350 pages et 16 pages photos (huit en n&b, huit en couleurs).

Andrew Pixley est un écrivain freelance ; il s’intéresse à la TV, à la radio et au cinéma. Il a écrit pour TV Times, Doctor Who magazine entre autres.

Contenu :

Dès la préface écrite par Brian Clemens, il y a une volonté, presque une obsession, de ‘persuader’ le lecteur que les Avengers sont des personnages réels.

À partir de ‘documents officiels’ et de ‘films de surveillance’ (les épisodes), Andrew Pixley raconte chronologiquement l’histoire des personnages de la série en les faisant passer pour des êtres en chair et en os. Ce qui peut paraître novateur par moments, déconcerte et tourne au ridicule dans de nombreux passages. Lors de l’introduction, l’auteur tire un parallèle entre Steed, espion bien vivant, et un personnage de fiction renommé, Sherlock Holmes ! Dans tout l’ouvrage, les épisodes sont référencés par codes de quatre lettres ou chiffres (à la manière des nouvelles de Conan Doyle justement).

15 chapitres et 175 pages sont consacrés à l ‘agent au chapeau melon. Les six premiers chapitres sont essentiellement basés sur le livre de Tim Heald, John Steed : an authorised biography ; volume 1 : Jealous in Honour publié en 1977 chez Weidenfeld & Nicolson. La vie de John Steed, son enfance, ses ancêtres sont évoqués ; quelques informations (les tantes de Steed…) font référence à certains épisodes. Ces chapitres sont assez rébarbatifs et lassants et, de plus, ils ne sont pas indispensables à la compréhension de la suite. On apprend dans ces pages que Steed a épousé une française et qu’il aurait rencontré James Bond et un certain Patrick Macnee !! Par conséquent, Andrew Pixley enfonce le clou et ridiculise son œuvre par ce "jusqu’au-boutisme". En fait, le lecteur peut directement passer au chapitre sept, le plus intéressant des quinze consacrés à Steed.

Ce chapitre intitulé John Steed : The man – professional and personal est le plus épais (52 pages) et il est, de loin le plus captivant. Il a fallu à l’auteur noter chaque détail de chaque épisode, que cela soit les répliques ou les noms des protagonistes, pour dresser ce tableau. Tout concernant l’espion au chapeau melon est répertorié (sous forme, toujours, de vécu) : connaissances dans différents domaines (littérature, histoire, science, musique), goûts (culinaires, boissons)… Chaque fait et geste est classé et la provenance codée de l’épisode indiquée. Cela est parfois fastidieux (huit pages sur les tenues vestimentaires) parfois plaisant (quatre pages sur ses relations avec ‘l’opposite sex’, p. 77 à 80) mais toujours intriguant. Les armes utilisées, la lecture, les sports et jeux (les échecs p. 102) sont des exemples d’autres thèmes évoqués. Cette approche détaillée est novatrice mais il est important de souligner qu’il est essentiel de connaître les épisodes ‘par cœur’ pour apprécier ces passages (amusez-vous à deviner l’épisode évoqué avant de voir le code… pas toujours facile !).

Les chapitres 8 à 14 consacrés à John Steed sont plus banals et résument chronologiquement les 187 épisodes de la série (chaque chapitre correspondant à une période). Les descriptions des appartements sont également à trouver dans ces pages. Le quinzième chapitre sert d’épilogue.

Les chapitres 16 à 24 (128 pages) dressent le portait des autres personnages de la série (à la façon de Steed du chapitre 7). Successivement : Dr David Keel, Dr Martin King, Mrs Catherine Gale, Miss Venus Smith, Mrs Emma Peel, Miss Tara King, Mike Gambit, Purdey et The Department (Mother y a une part conséquente, mais sont évoqués également brièvement : S, One-Six, One-Seven, One-Ten, One-Twelve, One-Fifteen, Charles, Colonel Robertson et Father).

Deux appendices et une biographie clôturent le livre :
– L’appendice A est la liste des 187 épisodes classés par ordre alphabétique. L’ordre est le code à quatre lettres ou chiffres.
– L’appendice B retrace chronologiquement, par des résumés succincts, les romans et autres écrits publiés entre 1962 et 1977. Certaines histoires auraient faits d’excellents épisodes (TV Crimebusters, TV Comic, John Garforth (Anthony Hussey de son véritable nom), Diana, The Avengers Annuals, les bouquins de Keith Laumer, The New Avengers Annuals

Le livre vu par son auteur (sur la base d'un entretien avec Andrew Pixley) :

Au début 2003, Marcus Hearn, des éditions Reynolds & Hearn, contacte Andrew Pixley pour écrire un livre sur les Avengers car ils possèdent une licence Canal +.  Après avoir évalué le contenu de différentes archives, Andrew Pixley se  rend rapidement  compte qu’il n’était pas possible d’améliorer beaucoup les livres fascinants de Dave Rogers sur les à-côtés de la série. Il décide alors d’orienter ses écrits vers quelque chose d’inédit et de risqué. Reynolds and Hearn donna carte blanche et Pixley se lança dans des recherches «amusantes »... mais cela le fut beaucoup moins lorsqu’on lui a demandé que le texte soit  assemblé en seulement six semaines, un autre auteur ayant laissé tomber la maison d’édition ! Canal + a donné l’accès à tous les documents écrits et images qu’ils possédaient sur la série, ce qui fut utile pour combler certains choses comme l’orthographe des noms et lieux, ainsi que les nombreux morceaux de musique entendus dans la série. Brian Clemens écrivit la préface et fut content de participer à cette vaste plaisanterie.

Avec la longévité de Steed, Pixley axe ses recherches sur les détails de continuité... Certains étaient cohérents alors que d’autres étaient contradictoires. Il a cette notion de A à Z en tête qui avait été faite pour d’autres séries mais pas pour les Avengers. Chaque épisode est revu et les détails scrupuleusement notés – personnages, noms, endroits, dates, ce que les gens mangeaient, ce qu’ils buvaient, ce qu’ils conduisaient etc. Il était évident qu’il y avait énormément d’informations sur Steed et Mrs Gale et la partie Steed serait particulièrement importante. Non seulement les épisodes mais tous les écrits, les romans, annuals, bandes dessinées, fanzines, sont ainsi examinés.

La biographie des personnages prend forme et l’ordre de production est retenu comme échelle de temps. Le livre déroge à cette règle uniquement lorsqu’il y a des preuves à l’écran, comme un calendrier, un agenda, un journal etc. Un exemple fut l’épisode Interférences où l’agenda du professeur Frank N. Stone a posé problème. D’autres preuves à l’écran de datation pouvaient être des petites choses comme une vignette sur une voiture, Steed qui emploie des phrases cultes d’autres programmes (Rowan and Martin’s Laugh-In), un commentaire qu’un match se jouait, quelqu’un précisant à quelle heure étaient l’aube ou le crépuscule...

Ce livre répertoire de la série de A à Z (accompagné de listes de détails et d’informations complémentaires) reçut un accueil contrasté. Certaines personnes ont compris la plaisanterie. D’autres pas. Le livre a choqué de nombreuses personnes qui avaient payé cher parce qu’elles étaient convaincues qu’elles auraient entre les mains un guide sur la série et pas un ramassis de faits tirés d’épisodes mais aussi de bandes dessinées trouvées dans des programmes télévisés régionaux. Pixley pense même que toutes les personnes contrariées se sont débarrassées rapidement de leur exemplaire sur e-bay…

Conclusion : Livre très particulier et parfois rébarbatif, The Avengers Files se consulte plus qu’il ne se lit. Ce n’est pas un roman et le fan a la possibilité de s’y référer pour trouver moult détails sur sa période préférée. Le lecteur doit connaître, en effet, les épisodes pour suivre ! D’autre part, le côté réel donné aux personnages (dont les six premiers chapitres empruntés au livre de Tim Heald) gâche et ridiculise le livre qui aurait pu être abordé autrement.

Personnellement, je privilégie les chapitres 7 (l’analyse de Steed), 20 (Mrs Emma Peel), 23 (Purdey) et l’appendice B. On peut saluer le travail de précision et de recoupement d’Andrew Pixley jamais effectué auparavant, mais le résultat est quelquefois lourd et lassant. Certains détails relatés sur la saison cinq, pourtant archi connue, ne sautent pas forcément aux yeux, c’est dire… Si vous n’appréciez pas ou ne connaissez pas les saisons antérieures à Mrs Peel, vous pouvez carrément sauter les chapitres 16 à 19 au risque de vous ennuyer ferme… The Avengers Files est un livre original, parfois intéressant mais pas indispensable.

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6. The Avengers Programme Guide & The Avengers Dossier


The Avengers Programme Guide

Auteurs : Paul Cornell, Martin Day et Keith Topping.

Publié par Virgin Publishing Ltd, 1994.

358 pages, photos n&b, couverture souple. En anglais.

Contenu :

Une rareté ! Ce livre ne fut pas publié en Grande-Bretagne car certains passages faisaient référence, paraît-il, à une liaison entre John Bryce, le producteur, et Linda Thorson qui aurait permis à cette dernière d'obtenir le rôle de Tara King. Virgin préféra détruire le stock plutôt que d’être attaqué en diffamation par l’actrice, mais certains exemplaires se sont vendus en Nouvelle Zélande et en Australie. Les exemplaires encore en circulation sont évidemment très coûteux et très difficiles à trouver.

L’ouvrage est le premier livre sur la série qui ne soit pas écrit par Dave Rogers. Il contient des sujets "inédits" expliquant pourquoi la saison 4 est meilleure que la 5, le racisme dans la série et des écrits sur différents aspects des Avengers, le tout sur un ton humoristique. On y trouve également un guide complet des saisons, y compris The New Avengers.

The Avengers Dossier

Auteurs : Paul Cornell, Martin Day et Keith Topping.

Publié par Virgin Publishing Ltd, 1998.

374 pages avec un encart de huit pages de photos n&b, format livre de poche. En anglais.

Ce livre n’a pas été traduit en français.

Contenu :

The Avengers Dossier est la version édulcorée de The Avengers Programme Guide. Il comprend la présentation des 187 épisodes et trois écrits sur la série. Les auteurs font référence à la version supprimée en qualifiant l’ouvrage de The Avengers Unpulped dès la première page !

Après une rapide introduction et des conseils d’utilisation du manuel, les épisodes des Avengers et New Avengers sont passés en revue avec une introduction de quatre, cinq pages pour chaque saison y incluant un Top Five (pages 12 à 344). Cela constitue, bien entendu, l’ossature du livre. Ce guide sort des sentiers battus avec une approche humoristique très inédite. À peu près deux pages sont consacrées à chaque épisode ; la distribution, un résumé succinct et des critères d’analyses plutôt singuliers comme ‘wit’ (humour), ‘kinkiness factor’ (aspects coquins), ‘fights’ (combats), ‘champagne’, ‘eccentrics’ et bien d’autres… Sans oublier : des informations supplémentaires très intéressantes car souvent inédites : ‘notes’. Mêmes critères pour les New Avengers avec, en prime, ‘Violence’ et... ‘Porno funk music factor’ !

Le livre est plutôt original et il présente des points de vue intéressant. À noter, néanmoins, que les titres des épisodes en français sont bourrés de fautes (voir la liste en bas de la critique). D'après le livre, les titres français et allemands de la série privilégient la vision esthétique à la vision subtile de Sydney Newman (titres originaux et espagnols) ! Pour la petite histoire, les auteurs précisent que cela aurait pu être pire car les français ont traduit Man in a Suitcase par Un homme dans une valeise (sic) ! (Faux, c'est L'homme à la valise).

On y apprend qu'une certaine Eleanor Bron a refusé le rôle d'Emma Peel avant qu'Elizabeth Shepherd soit engagée et que Maira Richmond avait le rôle avant le bout d'essai de Diana Rigg.

Le livre insiste surtout sur les deux saisons distinctes de la saison Emma Peel couleur. The Avengers Dossier fait des huit derniers épisodes Emma Peel une saison à part. Le tournage fut interrompu six semaines entre Qui suis je ? et Le retour des cybernautes. Les 16 premiers épisodes formeraient donc la saison cinq et les huit derniers la saison six. Ces derniers épisodes sont reconnaissables car ils n'ont plus la scène d'introduction We're needed. 10 épisodes étaient prévus mais huit furent achevés. Le neuvième fut interrompu et repris par Brian Clemens dès son retour (Ne m'oubliez pas) et le dixième a disparu (nb : peut-être Double personnalité, un des premiers tourné par Linda Thorson et prévu pour Diana Rigg). D'après le livre, les débuts de la saison sept (Tara King) se situeraient au 30 octobre 67 quand The Times annonçait le début du tournage d'Invitation to a Killing. C'est à ce moment que Linda Thorson fut envoyée dans une ferme de remise en forme (si on peut dire !). Clemens et Fennell sont revenus en décembre 67 (après le tournage de deux épisodes et demi sous John Bryce) et la fameuse scène de l'escalier de Ne m'oubliez pas fut tournée le 19 janvier 68. En mars 68, les américains découvrent 15 nouveaux épisodes ; les huit derniers Diana Rigg et les sept premiers Linda Thorson dont Ne m'oubliez pas qui fut diffusé au Royaume-Uni six mois plus tard. Patrick Newell, alias Mother, est remarqué aux États-Unis et son rôle devient récurrent à partir d'avril (À vos souhaits). À noter que le générique de fin de Ne m'oubliez pas, utilisé uniquement pour cet épisode dans les versions britannique et française, est le générique allemand pour tous les épisodes de cette saison.

En ce qui concerne les New Avengers, Brian Clemens aurait déclaré : 'The French didn't come up with all the promised money. Never work with French companies. They are all crooks and vagabonds.' C'est pour cela que la série émigra au Canada au grand dam de Brian Clemens qui considère que c'est 'the worst place to shoot anything' ! Il aurait préféré Los Angeles par exemple ! Nielsen-Ferns Inc of Toronto finança ! Contrairement à Fennell, Brian Clemens n'a pas fait le voyage au Canada. D'ailleurs, Emily est le seul épisode qui ne fut pas produit par le duo mais par Hugh Harlow et Jim Hanley et la série était devenue canadienne !

Chacun des trois auteurs du livre écrit ensuite une petite contribution personnelle (pages 345 à 362) ; Paul Cornell dans S and Em (l’écrit le plus intéressant) retrace le changement de perception de la femme avec les rôles de Cathy Gale et d’Emma Peel. Elle devient l’égale de l’homme et elle lui est même, parfois, supérieure. Le passage à Tara fut un retour en arrière, mais Purdey allait redonner du glamour à l’héroïne dans les New Avengers. Paul Cornell évoque aussi l’apartheid dans l’Angleterre des Avengers : les gens de couleur étaient considérés ‘lower class’ dans les années 60 en Grande-Bretagne et il ne pouvait rien avoir de ‘lower class’ dans le monde des Avengers.

Keith Topping – The medium is the message – replace The Avengers dans son époque télévisuelle et politique… allant jusqu’à supposer que la série pouvait être une tentative du MI5 pour déstabiliser le gouvernement travailliste au pouvoir à l’époque ! Keith Topping souligne que la société de consommation est présente dans plusieurs épisodes et on peut y trouver un manque de confiance en la modernité. Il conclut en regrettant le départ de Clemens et Fennell et il précise que la série n’a pas retrouvé sa splendeur malgré leur retour.

Martin Day – Turn ! Turn ! Turn ! – souligne que la particularité de la série à ses débuts résidait dans le personnage de Cathy Gale, mais pas dans les histoires qui ne tranchaient pas avec les séries de l’époque. L’auteur trouve que le film a apporté quelque chose de nouveau tout en rendant hommage à la série.

Le livre se termine par deux pages sur le film où des anecdotes de tournage sont données (Uma Thurman avait une combinaison si serrée qu’elle devait mettre du talc pour rentrer dedans) et un index des 187 épisodes classés par ordre alphabétique de A comme All Done with Mirrors jusqu’à Y comme You’ll Catch Your Death.

Conclusion : Le livre, très intéressant, complète et contredit parfois même les dires de Dave Rogers sur l’histoire de la série. Le style particulier est très humoristique et il colle bien à l’essence de la série. Il ne faut pas hésiter à se le procurer si l’occasion se présente, car il est beaucoup plus rare sur e-bay que les livres de Dave Rogers. Le mauvais côté est le nombre incroyable d’erreurs de citations, d’orthographes des noms ; beaucoup sont répertoriées sur le site de David Smith. Un exemple parmi d’autres : ce n’est pas Emma qui déclare à la fin des Espions font le service : "The butler did it." mais Steed !

Lire l'interview des auteurs du livre.

Erreurs sur les titres français (à droite) :

Voyage sans retour --> Voyage sans return
Meurtre par téléphone --> Meutre par telephone
Faîtes de beaux rêves –-> Faites de beaux reres
Le jeu s’arrête au 13 –-> Le jeu S’Arrele au 13
Les espions font le service –-> Les espians font le service
Caméra meurtre –-> Camera meutre
Meurtres à épisodes –-> Meutres à episodes
Double personnalité –-> Double personalité
Je vous tuerai à midi –-> Je vous tuerci à midi
Meurtre au programme –-> Meutre au programme
Le monstre des égouts –-> Le monstre des egonts
Méfiez- vous des morts ! –-> Mefiez-vous des mortes !

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7. Das Konzept Emma Peel

Auteur : Lars Baumgart.

Publié par Ludwig, 2002. Réédité en 2005.

184 pages – Livre à couverture souple (20 X13, 5 cm) ne présentant que quatre pages d'illustrations (179 à 182).

Ce livre n'existe qu'en allemand.

Contenu :

Tout sur le personnage et son importance dans l'émancipation de la femme à travers les séries télévisées. L'introduction compare Emma Peel à Dana Scully (X Files) comme étant des Ikonen der Emanzipation (pas besoin de traduire !). L'auteur, Lars Baumgart, explique le succès d'un tel personnage (Emma Peel) pour la télévision et le public conservateur de l'époque. La vision de la femme dans les programmes fut alors complètement bouleversée. Le sous-titre du livre résume parfaitement le contenu : Der unerwartete Charme der Emanzipation: The Avengers und ihr Publikum [Le charme inattendu de l'émancipation : The Avengers et son public].

Le livre a deux parties importantes. Zwischen Exzentrik und Emanzipation (pages 10 à 87) retrace brièvement l'historique de la série et son apparition chaotique à la télévision allemande (nombreux épisodes furent coupés). L’auteur analyse ensuite scrupuleusement les deux héros et le programme sous différents aspects. Au milieu de quelques lignes intéressantes mais surtout de passages rébarbatifs (certains sont même à zapper tant l'auteur se complaît à disséquer des banalités ou à se lancer dans des explications psychiques), le chapitre intitulé Sex und Kinkiness (pages 46 à 62) est plutôt original. L'auteur recense les connotations sexuelles de la période Emma Peel. Elles sont beaucoup plus nombreuses, comme on pouvait s'y attendre, pour la quatrième saison. Prenons au hasard les personnages d'Arkadi (Du miel pour le prince), Hooter et son appendice nasal (Comment réussir un assassinat) et Piedi, fétichiste des pieds (La danse macabre).

On y apprend également que le cuir, réservé dans les années 60 au porno, a servi de prétexte pour des 'dérives', en tout cas en Allemagne. Ainsi, le film Mit Schlitz, Schwanz und Melone (ne comptez pas sur moi pour vous le traduire, on risquerait d'être fermé !), raconte comment Erma Peals et John Steep (!) se lancent aux trousses d'un savant inventeur d'une machine permettant aux femmes de perdre tout complexe et de se livrer à tout ce que vous pouvez imaginer. Le savant a l'intention de l'utiliser sur la Reine lors de son prochain passage à la TV... [ Plus d'informations sur ce film]

Les deux derniers chapitres soulignent la transformation que le personnage Emma Peel a apportée au monde télévisuel et à la société machiste des années 60. Pour étayer son point de vue, l’auteur dissèque les épisodes Le joker, Caméra meurtre et L’héritage diabolique.

La seconde partie, Zwischen gestern und heute [D' hier à aujourd'hui] (pages 88 à 135), retrace l'évolution de la femme dans les séries télévisées, de La Patrouille de l'Espace à X Files, et nous nous éloignons assez souvent des Avengers, d’autres séries étant évoquées : Hawaï, Police d’État ; Mission impossible ; Bonanza… Comme dans la première partie, le pire côtoie ensuite le meilleur et on retiendra seulement quelques passages intéressants sur les références et hommages de la série à d’autres œuvres (pages 120 à 123).

La fin de l’ouvrage est constituée de 16 pages d’annotations pas pratiques à consulter – il faut, à chaque fois, se référer à la fin du livre pour des anecdotes ou des emprunts à de nombreux ouvrages –, d’un guide des épisodes des saisons Emma Peel avec dates de diffusion à la télévision allemande (copié, comme indiqué, sur le livre de Franziska Fischer qui, elle-même, avait pompé le livre de Dave Rogers !) et d’une bibliothèque.

Les quatre dernières pages comportent des photographies de Diana Rigg dans L’héritage diabolique et Voyage sans retour, un petit plan de l’appartement de Mrs Peel et de Steed et deux dessins d’Eric Stanton (1926-1999). Il était un artiste de bondage et fétichisme américain et, contrairement à la plupart des artistes de bondage, Stanton aimait dépeindre les femmes comme des dominatrices… d’où la comparaison avec Emma Peel !

Il y a également, et cela constitue un des pôles d'intérêt de ce livre, la publicité de la marque Mercedes-Benz de 1999. On voit Steed en ombre (générique de la saison couleur) sans Mrs Peel et le titre allemand tronqué Mit Schirm und Melone. Le Charme a été retiré comme Mrs Peel et le slogan de la pub est Das Leben wäre ärmer ohne Partner qu'on peut traduire par : 'la vie serait triste sans partenaire'. Cette pub fait partie d'une série lancée par Mercedes à l'époque. Elle s'appuyait sur des associations de personnages connus du public allemand.

Conclusion : Il est indispensable de bien connaître la langue de Goethe pour se plonger dans cet ouvrage. J'ai dû avoir recours à plusieurs reprises au dictionnaire car le ton utilisé s'apparente parfois à celui de Toby Miller ! Si vous voulez avoir un point de vue allemand sur la série, optez plutôt pour le livre de Franziska Fischer, Mrs Peel, wir werden gebraucht.

Das Konzept Emma Peel
n'a pratiquement pas de photographies et ses seuls intérêts se résument à quelques passages et à une superbe couverture, rendant hommage à la saison 4, qui fait un très bel effet sur l'étagère !


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8. Chapeau melon et bottes de cuir : Au royaume de l’imaginaire.


Auteur : Didier Liardet

Publié par Yris dans la collection Télévision en séries.

Format 16X24 cm, 272 pages, plus de 330 photos n&b avec un encart couleur de 16 pages.

Les éditions Yris sont spécialisées dans la sortie d’ouvrages sur les séries télévisées :
http://www.yris.net/

Didier Liardet est l’auteur de nombreux livres consacrés aux séries Les Mystères de l’Ouest, Amicalement Vôtre, Les Envahisseurs, Au Nom de la Loi, Les Têtes Brûlées

Ce livre a trois éditions : 2000, 2001, 2005. La fiche est basée sur la seconde mais les différentes éditions ont, en fait, très peu de modifications. La troisième édition contient seize pages supplémentaires ainsi qu’une vingtaine de nouvelles photos.

Contenu :

La couverture présente la célèbre image du générique de la saison cinq, Mrs Peel et Steed entrechoquant leur coupe de champagne. Les autres principaux personnages, à l’exception du Dr Keel, apparaissent en beaucoup plus petit sur un échiquier. La présentation n’est pas anodine : les saisons Emma Peel bénéficient d’un traitement de faveur.

La préface d’Honor Blackman, écrite en juillet 2000 et absente de la première édition, est très intéressante car l’actrice évoque des anecdotes de tournage et les coulisses de la production. Elle souligne également l’importance de Leonard White dans le succès de la série.

Le livre est constitué d’un historique détaillé, de la production de la série saison par saison, des coulisses du tournage, d’un guide complet et commenté des 187 épisodes, d’une étude de ses éléments constitutifs et du portrait et filmographie de ses principaux interprètes.

L'auteur propose aussi une approche critique – beaucoup trop partisane – du film Chapeau melon et bottes de cuir , ainsi qu'un vaste tour d'horizon des produits dérivés de la série et des meilleurs sites Internet qui lui sont consacrés.

Les quatre premiers chapitres (pages 9 à 157) évoquent les quatre périodes des Avengers : Ian Hendry (La genèse de la série), Cathy Gale (Les années Cathy Gale), Diana Rigg (Le label Chapeau melon) et Tara King (Un style évolutif).

Chaque chapitre est composé d’un historique d’une demie douzaine à une douzaine de pages suivi d’un guide des épisodes (résumé, fiche technique, dates de diffusion, anecdotes).
Les épisodes sont classés par ordre de diffusion (comme les DVD) et non pas dans l’ordre de production comme sur le site.
L’historique de la série est une version très édulcorée des livres de Dave Rogers mais l’ouvrage reste une référence pour les fans français, surtout pour ceux qui ne maîtrisent pas la langue de Shakespeare et qui ne peuvent pas profiter du travail de Dave Rogers, le spécialiste de la série.
Les fiches épisodes sont, dans l’ensemble, très bien conçues ; les résumés, concis et précis, et la distribution permettent aux fans de situer rapidement l’aventure. La présentation est claire et fait luxueuse.
Bien qu’étant exclusivement en noir et blanc (à l’exception de l’encart de 16 pages), les photos du livre sont nombreuses, surtout pour la saison 4, de grande qualité et bénéficient d’un découpage très artistique. Certaines sont rares comme les photos de tournage à la page 85 (entre autres, Diana Rigg, cigarette aux lèvres sous la presse à vin de Dans sept jours le déluge).

Le livre est, malheureusement, entaché de nombreuses erreurs qui n’échappent pas à l’œil averti d’un fan ; c’est assez dommageable car je m’appuie sur la seconde édition du livre qui aurait dû être corrigée. Des exemples, au hasard, sur les saisons Emma Peel ; à la page 27, John Lucarotti est crédité du scénario de… L’heure perdue (écrit en fait par Roger Marshall). Les noms sont, parfois, mal orthographiés (Dr Storm au lieu de Dr Sturm, Elizabeth Sheperd au lieu de Shepherd, PURR au lieu de PURRR) et les résumés ont quelques inexactitudes (Wadkin réapparaît dans un restaurant chinois, Vénus et son assistant Mansford). C’est dans Caméra meurtre, plutôt que dans Le jeu s’arrête au 13, que Mrs Peel parodie le lion de la MGM. On peut lire aussi « Steed embrassant madame Peel et lui donnant une tape sur les fesses avec la main. » (sinon avec quoi d’autre ?).
Une autre erreur à la page 130 : « Cyd Child doublure de Diana Rigg lors des deux saisons précédentes » : la première doublure de Cyd Child est sur l’épisode Bons baisers de Vénus
Page 136 : « Le visage (où l’on accède en composant un numéro spécial dans une cabine publique attenante) » ; faux, c’est Interrogatoires.

À noter, pour finir, cette phrase qui m’a beaucoup amusé : « Tara compense son manque relatif de charme par un physique généreux et des formes pour le moins pulpeuses. »

Le chapitre 5 (pages 159 à 193) intitulé Un concept unique revient sur les spécificités de la série. En fait, c’est principalement la cinquième saison qui est analysée sous toutes les coutures ; c’est parfois répétitif : on a ainsi la description du générique de cette saison sur une page et demie ! Plusieurs aspects sont ensuite passés en revue : les armes, les véhicules, les vêtements, les décors, les scènes d’introduction (sur trois pages), les épilogues et les personnages (John Steed et Emma Peel uniquement). Tout ce qui représente l’identité de la série est exposé avec justesse.
Les parties suivantes de ce chapitre sont plus ‘spéciales’ et d’un intérêt inégal. ‘Un ensemble filmique emblématique’ est principalement six pages de remplissage très rébarbatives (la construction scalaire, l’analyse de l’espace filmique…), ‘Le jeu des références’, ‘Une thématique éclectique’ et ‘Un concept particulier’ clôturent, avec plus de bonheur, ce chapitre original constitué principalement d’une étude sur la série jamais réalisée jusqu’alors en français.

Le chapitre 6 (pages 195 à 205), Portrait d’un gentleman retrace la vie de Patrick Macnee et le lecteur n’apprend rien de nouveau (surtout s’il a lu Blind in one ear ). Les années les plus récentes sont, néanmoins, un excellent complément aux vidéos de notre site.

Le chapitre 7 (pages 206 à 233) est dédié aux New Avengers. Didier Liardet présente l’historique puis une analyse précise et intéressante des New Avengers ; la seule en français car rappelons que Chapeau Melon et Bottes de Cuir : Irrespectueusement vôtre n’évoque pas cette ‘sequel’. L’auteur conclut en soulignant que ‘The New Avengers ne possède pas le caractère intemporel (de la série initiale) mais mérite néanmoins d’être réhabilité au regard de ses qualités d’ensemble.’ Un guide des épisodes (résumé, fiche technique, dates de diffusion, anecdotes), à l’instar des saisons ‘vintage’, termine le chapitre.

Le dernier et huitième chapitre (pages 234 à 248), consacré au film, est le passage le plus controversé de l’ouvrage. L’auteur retrace successivement la production et l’histoire du film avant de nous livrer une critique toute personnelle sur quatre pages. Ces dernières sont, en fait, une vision idyllique du film. Le début est très significatif : « La vision du film fut donc une agréable surprise que certaines insuffisances et une presse très critique ne parvinrent pas à altérer. » On peut lire également que Ralph Fiennes incarne avec justesse Steed et que le film fait partie des adaptations réussies (comparé à Mission Impossible) ! Bref, à lire ces lignes, on se demande si Liardet évoque la même production que tous les fans connaissent. Il considère le film proche de la série, ce que rejette la plupart des fans de la planète. Le ‘naufrage financier’ évoqué est simplement imputé au public jeune méconnaissant la série et à la date de sortie ! Il y avait matière à creuser les raisons de l’échec de ce film en livrant une critique plus neutre.

Les annexes retracent d’une façon exhaustive, photos à l’appui, tout ce qu’on peut se procurer sur la série entre 1961 et 2001 (pages 250 à 266). Livres, revues, annuals, bandes dessinées, romans, fan-club, discographie, Internet, produits dérivés, DVD, vidéocassettes… C’est clair, précis, instructif.

Conclusion : Chapeau Melon et Bottes de Cuir : Au royaume de l’imaginaire est l’ouvrage à posséder pour tous les fans français malgré quelques désagréments (quelques erreurs, critique subjective du film) ; il démontre, comme le souligne son auteur dans sa préface, la longévité et l’impact de la série qui en font une référence indémodable. L’ouvrage est devenu l’unique livre de référence pour les fans francophones tandis que les anglophones auront toujours la possibilité de faire un parallèle ou de préférer les écrits de Dave Rogers.

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9. The Avengers on Location

Auteur : Chris Bentley

Publié par Reynolds & Hearn Ltd, 2007.

296 pages, plus de 600 photos en noir et blanc.

Ce livre est dédié à la mémoire de Gareth Hunt. Il possède une très belle couverture qui met en évidence, une fois de plus, Mrs Peel au détriment des autres Avengers girls concernées, Tara King et Purdey.

Chris Bentley est un écrivain free lance et l’auteur de livres sur les séries UFO et Thunderbirds. Il est également co-organisateur du rallye annuel Dead Man’s Treasure Hunt.

Contenu :

La préface, très intéressante, est de John Hough, réalisateur des épisodes : Le document disparu, Le matin d’après, Brouillard, Homicide et vieilles dentelles, (tous de la saison 6) ainsi que Un chat parmi les pigeons (New Avengers).
Il réalisa également des épisodes d’autres séries : Le Baron, Les Champions, Le Saint, Poigne de Fer et Séduction et Mission Casse-Cou.

L’introduction nous apprend que les rallyes annuels ont donné naissance à cet ouvrage. Les repérages eurent lieu en 1986 et la première Treasure Hunt un an plus tard. La plupart des lieux de tournage se trouvent, en fait, dans un rayon de cinq miles autour des studios Elstree. Le site d’Anthony McKay, Avengerland, fut le prolongement de ces réunions et finalement, ce livre, The Avengers on Location propose plus de 500 lieux de tournage de la série dont 70 inédits. Néanmoins, dû à des disparitions et des démolitions (certaines très récentes) et aussi à d’éventuelles nouvelles découvertes, les futures éditions de cet ouvrage auront très certainement des informations modifiées.

Tous les épisodes, de la saison 4 aux New Avengers, sont classés par ordre alphabétique de All Done with Mirrors jusqu’à You’ll catch your death. Les trois premières saisons, tournées pratiquement exclusivement en studio, ne sont pas évoquées.
Cinq épisodes sur les 109 ne figurent pas non plus dans l’ouvrage. Brouillard, exclusivement tourné en studio ainsi que quatre autres épisodes dont les lieux de tournage n’ont pas été formellement reconnus : Meurtres distingués, Le joker, Le mort vivant et Pandora.

Pour chaque épisode, les dates de tournage sont fournies ; elles sont assez flexibles (contrairement à d’autres séries tournées en même temps comme Les Champions ou Département S) et peuvent s’étendre au delà des dix jours prévus (un mois pour La chasse au trésor). Les épisodes sont présentés avec la distribution, un résumé succinct et le contexte chronologique au moment du tournage (très intéressant). Chaque épisode est traité en fonction de l’importance des lieux, de quelques lignes à dix (Le S 95) ou huit pages (La chasse au trésor, Le matin d’après).
Les lieux de tournage apparaissent en caractères gras ; ils sont détaillés soit pour leur première apparition dans la série soit pour l’importance de leur présence à l’écran.
D’autres séries et films sont mentionnés à chaque lieu de tournage.

Les lieux de tournage sont évoqués avec moult détails tant du point de vue historique que des éventuelles visites possibles (avec liens Internet, numéros de téléphone si disponibles). L’historique, les transformations depuis le tournage et les accès sont décrits avec précision. Ainsi, lors de la rénovation de North Mymms Place (quartier général de PURRR) à la fin des années 80, une fresque murale datant du XVIIe siècle fut découverte par accident. Nous apprenons aussi que Brian Clemens possède toujours Park Farm, lieu de tournage de Je vous tuerai à midi ; la présence de la Post Office Tower de Londres dans Le S 95 aurait dû être interdite car cette tour était classée "top secret" jusqu’au milieu des années 90 et elle ne devait pas être photographiée ni filmée ; la résidence Starveacres eut une double fonction dans Petit gibier pour gros chasseurs, l’avant de la demeure étant la maison du Dr Gibson tandis que l’arrière était celle du colonel Rawlings ; la demeure de Barbara Cartland de 1959 à sa mort en 2000 servit de lieu de tournage à Double personnalité entre autres (elle est enterrée dans le parc) ; la séquence d’ouverture des Marchands de peur fut tournée à Wembley à peu près un mois après la finale de la Coupe du Monde 66 entre l’Allemagne et l’Angleterre ; deux tiers des studios Elstree, délimités par des peupliers visibles dans Dans sept jours le déluge, furent démolis en 1991. Les peupliers sont toujours là mais ils délimitent dorénavant le parking du supermarché, Tesco ! Ce livre, à travers diverses photos et écrits, souligne l’importance et la grandeur de ces studios qui permettaient de donner l’impression que la série était tournée en extérieurs alors que la production filmait souvent les à-côtés des immenses hangars (vue d’avion page 67).

Nous apprenons également tout sur le phare Start Point Lighthouse (Miroirs), le château écossais Eilean Donan (Le repaire de l’aigle), les studios Elstree qui apparaissent dans pas moins de 32 épisodes (sur 83) des Avengers ou le fameux pont à Tykes Water Lake, propriété privée, qui apparaît dans 11 épisodes et le générique de la saison 6. À noter qu’il est très difficile de reconnaître à quel endroit exact se trouve la porte de l’appartement de Steed sur Stable Mews. Les doublures des acteurs tournaient souvent les scènes en extérieur dans des plans plus ou moins éloignés tandis que Patrick Macnee et Diana Rigg restaient en studio.

Plus besoin d’un guide de Londres car tous les hauts lieux de la capitale britannique visibles dans la série bénéficient d’un rappel historique complet. Néanmoins, les lieux de tournages les plus représentés se trouvent autour des studios Elstree. Les lieux français ne sont pas en reste et j’ai signalé une petite erreur à l’auteur qui cite Le Caveau de Palais, Place Vendôme (au lieu de Caveau du Palais). Cette erreur sera corrigée dans la prochaine édition.

De nombreuses photos de tournage, pour la plupart restées inédites bien trop longtemps, agrémentent la lecture de ce livre. Trois exemples au hasard : page 88, Diana Rigg et Patrick Macnee sur le tournage de la scène finale de Ne m’oubliez pas dans les studios Elstree et page 258, Elizabeth Shepherd sur la plage lors du tournage de la première version de Voyage sans retour. La photo page 243 (Mais qui est Steed ?) est caractéristique de la série : on y voit Mère-Grand téléphoner d’une barque ; au premier plan, il y a deux gigantesques projecteurs et une douzaine de techniciens et à l’arrière-plan la tour en bois qui servit à L’oiseau qui en savait trop. Le tout fait, bien évidemment, partie du périmètre des studios ABP Elstree.

Un index recense, à la fin du livre, sur six pages, tous les lieux de tournage par ordre alphabétique.

Conclusion : Ce livre est indispensable aux fans de la série et il peut être lu comme un roman ou consulté comme un dictionnaire. Très précis et détaillé, il permet de faire surtout connaissance avec l’Angleterre des sixties et seventies qui s’est bien modifiée depuis quatre décennies. Certains lieux demeurent inchangés. D’autres, comme malheureusement les studios Elstree, ont subi des modifications préjudiciables. The Avengers on Location est, non seulement un véritable guide touristique de la Grande-Bretagne au temps des Avengers, mais également une source d’informations essentielle sur le tournage de la série agrémentée de photos de tournages inédites saisissantes. Il fait partie, avec The Complete Avengers et The Avengers and me, des livres indispensables que tout fan des Avengers doit posséder.

Lire l'interview de Chris Bentley

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10. Reading between Designs


Auteur : Piers D. Britton et Simon J. Barker

Publié par University of Texas Press en 2003.

Format 23.2 x 15.4, 251 pages, photos en noir et blanc.

Le livre, non épuisé, se trouve facilement sur Internet, mais uniquement en Anglais.


Sous titré Visual Imagery and the Generation of Meaning in The Avengers, The Prisoner and Doctor Who, il s’agit d’une publication universitaire américaine. Ses auteurs sont deux Professeurs d’Université, spécialisés respectivement dans l’histoire de l’Art et l’étude des médias.

La couverture représente cinq photos et dessins illustrant les trois séries traitées : deux pour Dr Who (le costume du Quatrième Docteur et les Daleks), le Village de Portmeirion, décor du Prisonnier, et pour les Avengers deux dessins de Harry Pottle, établissant le décor du salon de Sir Clive dans Les aigles et de la salle d’interrogatoire de La Danse macabre.

Le livre est dédié à Harry Pottle, « un être humain remarquable et un authentique artiste ».

Contenu :

Le livre analyse comment décors et costumes influent puissamment sur l’atmosphère, les personnages et l’image véhiculés par une série. Il représente l’un des rares ouvrages concernant les médias à examiner les tendances de la mode et de la pop culture, et comment celles-ci inspirent les créateurs d’une série. Reading between designs s’intéresse ainsi à l’aspect purement visuel des séries, et non aux techniques d’écriture des scénarios ou de mise en scène, avec l’idée que là réside l’art télévisuel le plus pur.

Après avoir présenté ces concepts dans une première partie générale, évoquant brièvement diverses séries (dont Buffy et l’expression visuelle évolutive de la nature anglaise de Giles) les auteurs s’emploient à les approfondir à travers l’étude de ces trois séries cultes des Sixties anglaises. Ils estiment en effet que cette période a vu le design émerger comme concept à part entière de la pop culture. Sciemment utilisé par des auteurs pionniers, il devient alors un des moteurs essentiels du succès de ces œuvres visuellement spectaculaires, contribuant puissamment au maintien de leur forte popularité encore aujourd’hui. C’est bien la naissance du « look » dans l’univers des sériés télé que les auteurs nous invitent à découvrir. Chacune des séries présentes s’étudie dans un chapitre distinct. Celui consacré à The Avengers occupe d’ailleurs volontairement la première place, les auteurs la jugeant d’un rayonnement sans égal, jusqu’à exprimer la quintessence de cette décade prodigieuse.

Intitulée Agents Extraordinary : Stylishness and the Sense of play in Design for the Avengers, cette section se base notamment sur les travaux et commentaires de designers et d’artistes ayant travaillé sur Chapeau Melon. Concernant les décors, elle se centre principalement sur l’œuvre d’Harry Pottle, créateur de ceux de la saison 4 (mais aussi de la majeure partie de ceux d’Amicalement Vôtre) dont le livre fournit plusieurs croquis originaux. Le livre voit dans son travail un rôle clé pour le passage de l’austérité de l’ère Cathy Gale à l’imagination débridée des saisons ultérieures. La saison 4 constitue ici le point d’inflexion central de la série, où s’observe cette émergence du design. Le texte s’intéresse à la manière dont l’évolution du style des décors (appartements ou autres) accompagne la marche de la série vers toujours plus de fantaisie, en accordant également un espace aux tous derniers de la série, marquant le terme de cette évolution graduelle, en particulier ceux de Bizarre. Toutefois les auteurs énoncent clairement qu’ils discernent une progressive décadence de la série, tant visuelle que narrative, au cours des saisons ultérieures à la période Pottle.

Selon eux, les seuls éléments de style présents durant l’époque Cathy Gale étaient constitués par les costumes des acteurs principaux. L’immense apport de Pottle consiste à avoir introduit un design subtil et original, lisible à plusieurs niveaux, dans les décors, une nouveauté absolue à l’époque. Il apporte ainsi une contribution essentielle à la série, une œuvre dont l’insigne précision ne se retrouvera pas chez ses successeurs. Dans un entretien datant de 1994, Pottle rapporte l’élan d’enthousiasme créatif de cette période où l’esthétisme acquiert une dimension inusitée. Il n’oublie cependant pas d’indiquer les contraintes de tournage et d’écriture des scénarios, faisant qu’il ne disposait souvent que de deux jours pour réaliser ses croquis, sur la base d’indications orales très succinctes de Brian Clemens ! Il admet également que le mode de tournage, sur film et sans les contraintes du direct, autorise une meilleure mise en valeur du décor.

L’essence de l’art de Pottle réside dans la création d’une imagerie véhiculant un véritable discours, au-delà d’une simple apparence. En cette saison 4, les Avengers bénéficient d’une écriture particulièrement relevée (échanges Emma-Steed, parodie de films, satire du mode de vie traditionnel anglais…), à laquelle ces créations apportent une précieuse pierre de touche. Pottle dépasse la classique efficacité du décor, pour stimuler l’intelligence du spectateur. Via des effets subtilement outrés, il introduit en effet une distanciation indiquant son propre artifice, pour susciter un univers aux confins de l’absurde, parfait écrin pour des justiciers très singuliers. Le summum de cette démarche réside dans l’accueillant appartement d’Emma Peel, aux antipodes de celui, très matérialiste et inhospitalier, de Cathy Gale. Le livre compare ainsi la froide caméra de surveillance de Cathy à l’œil cyclopéen de la porte d’Emma, évoquant un temple où résiderait une vraie déesse, d’autant que Mrs Peel se montrera aussi omni compétente que omnisciente ! Le contraste finement élaboré entre la simplicité de l’intérieur et une scène aussi folle que le duel de Voyage sans retour renforce grandement l’impact de la scène.

Au fil des épisodes, le livre étudie de manière concrète et approfondie comment ces décors intérieurs collaborent efficacement aux scénarios : chargés d’hostilité dans Voyage sans retour, d’une froideur impersonnelle dans L’heure perdue, précieusement rococo dans Cœur à cœur etc. Dans son approche, Pottle intègre également la manière dont les personnages utilisent son décor, de même que les techniques de tournage. Il joue habilement des conventions, notamment par des objets emblématiques, pour susciter des effets mémorables, utilisant le kitch pour parvenir à un surréalisme éloquemment parodique. L’épisode La danse macabre se voit de ce point de vue détaillé avec un soin particulier (guichet de banque, salon de danse, porte donnant dans le vide, boutique du tatoueur, salle d’interrogatoires etc.). D’une manière un peu plus technique, mais toujours clairement explicitée, les auteurs abordent les nombreuses écoles d’architecture qu’entremêle savamment Pottle pour créer les appartements de Steed et Emma, au point que ces décors ne soient plus simplement stylés mais constituent bien une brillante évocation des concepts même de stylisation et de design.

La garde-robe de Steed constitue le second sujet principalement abordé. Les auteurs développent que les Avengers représentent la première série à accorder une importance primordiale au « look » de ses personnages, notamment par un recours à la haute couture via Pierre Cardin. Ils distinguent entre la période Noir et Blanc et celle en couleurs. La première avec des costumes d’une élégance anglaise de bon ton (et convenant admirablement au monochrome) correspondant à une diffusion britannique de la série. Lorsque ses promoteurs décident de pénétrer le marché américain, l’évolution du costume de Steed devient un argument marketing aussi en pointe que le passage à la couleur. Il perd sa sobriété pour devenir d’un dandysme plus tapageur et exacerbé, correspondant mieux à la vision américaine du snob. Ainsi Steed cesse d’être un élégant observateur d’Excentriques pour devenir le premier d’entre eux, satisfaisant ainsi aux appétits de spectaculaire de son nouveau public au prix d’une perte de subtilité certaine du personnage.

De multiples idées se voient abordées au cours de cette analyse très fine établie tout au long des évolutions de l'habillement ultra codifié de Steed, dès après la première saison. Ainsi, si l’on évoque souvent les Emmapeelers comme symbole d’une émancipation de la femme s’emparant de certains attributs masculins (liberté de mouvement, participation à l’action), le dandysme de notre héros n’en reste pas moins significatif d’une période où les hommes accordent plus d’importance à leur apparence physique, avec cette fois une appropriation partielle de l’apanage féminin, trouvant des échos dans la période contemporaine. Cette interversion des emblèmes pousse audacieusement les auteurs à s’interroger sur une certaine ambivalence de la sexualité de Steed, s’appuyant notamment sur plusieurs déclarations convergentes de Macnee, Clemens ou Leonard White.

Après la période Cathy Gale, purement anglaise, où le caractère très affirmé d’une héroïne à la garde-robe particulièrement peu féminine semble donner corps à cette assertion, cet échange, certes diffus et limité, des postures, pose problème derechef au public américain lors de l’ère Emma Peel. Et ce même si Mrs Peel accomplit l’exploit de demeurer parfaitement féminine. Les auteurs expliquent ainsi, du moins en partie, l’arrivée de Tara King au moment où le marché d’Outre-Atlantique devient vital. La jeunesse de Tara et sa relation aussi énamourée que dissymétrique avec Steed, accroît la dimension virile de celui-ci. Les auteurs commentent le générique de la saison six comme particulièrement explicite à cet égard (bien plus que le précédent), Steed et Tara se répartissant leur action selon le schéma sexuel le plus traditionnel, ceci dans le cadre de la simplification évoquée plus haut.

Aux détours des pages, le livre aborde également, plus brièvement, de nombreux autres sujets, entre autres : les extravagants repaires de Mother, la tentative avortée de reconstitution de l’univers visuel de la série lors du film de 1998, étudiant les causes de l’échec du point de vue du design (Retrofailure), une comparaison avec les X-Files (monochrome très design et décors employés selon l’approche de Pottle dans Prométhée post-moderne, parallèle entre Caméra meurtre et Hollywood…) etc.

Dans sa section suivante, l’ouvrage étudie comment décors et costumes s’emploient à susciter dans Le Prisonnier une atmosphère étrange et volontairement énigmatique, dans cette série propice comme nulle autre au débat. Puis il se conclut sur un panorama de la multitude d’étranges endroits, de créatures exotiques et de gadgets extraordinaires caractérisant Doctor Who. Il explicite comment ils contribuent à enthousiasmer l’imagination du spectateur dans cet univers particulièrement exubérant et chamarré, mais aussi emprunt d’une vraie volonté de stylisation.

Conclusion : Le livre sait éviter tout jargon technique incompréhensible et s’exprime dans un style clair et accessible, dans un souci visiblement pédagogique. Évidemment l’anglais employé demeure soutenu, et se révèlera d’une lecture plus malaisée que lors d’un article de presse. On ressent néanmoins la véritable passion qui anime les auteurs, même à travers une rigueur d’analyse des plus louables. Aussi enthousiaste que fort bien documenté, leur travail représente un des meilleurs exemples de ces ouvrages universitaires s’employant à trouver du sens au-delà des évidences, sans jamais ici tomber dans l’hyperbole. On se laisse bien volontiers guider tout au long de cette balade aussi explicative que captivante à travers costumes et, plus novateur encore, décors de la série. On remarque néanmoins que Reading between Designs présuppose une certaine connaissance de Chapeau Melon pour pouvoir s’apprécier pleinement, et qu’il s’adresse donc prioritairement à un public d’amateurs relativement avertis.

L’iconographie se constitue uniquement de photos en Noir et Blanc, sans doute du fait de contraintes budgétaires, mais elles s’insèrent parfaitement au sein d’un récit qu’elles explicitent à merveille. Se détachent bien entendu les croquis de Pottle, même si on les aurait souhaité plus nombreux (trois au total). On s’amuse également beaucoup d’un dessin humoristique réalisé pour Les Carnets du Major Thompson, et commentant, en français dans le texte, l’uniforme réglementaire des gentlemen anglais, du brolly au melon ! Le livre bénéficie également d’une bibliographie fort conséquente et très clairement agencée, idéale pour ceux, étudiants ou non, qui souhaiteraient approfondir les diverses questions traitées.

Le seul véritable reproche que l’on pourrait adresser à l’ouvrage consiste dans le trop vaste champ abordé. Il demeure en effet particulièrement frustrant de n'avoir réservé que moins d’un tiers du livre pour chacune de ces séries aussi riches qu’innovantes, qui nécessiteraient toutes au bas mot un volume entier pour voir traiter exhaustivement leur design. De fait, les auteurs eux-mêmes reconnaissent le caractère seulement partiel de leur approche. On regrette ainsi l’attention comparativement bien plus succincte portée à la garde-robe de Mrs Peel ou aux décors des saisons cinq et six. Hormis quelques lignes, l’absence des New Avengers ou de Cathy Gale se fait également cruellement ressentir, d’autant que les auteurs semblent négliger certaines fulgurances déjà observables parmi les décors de la saison trois (appartement du non-voyant Halvarssen dans Seconde vue, bureau particulièrement stylisé de Mark St. John dans Le cinq novembre, etc.). L’oubli des voitures de la série dénote également, alors qu’elles me semblent participer puissamment au design de la série.

La qualité des écrits ne fait bien entendu qu’exacerber ces regrets, même s’il s’agit avant tout de gourmandise ! Si, de par ses limitations, Reading between Designs ne constitue pas l’œuvre définitive sur le design si enthousiasmant des Avengers, il la suggère néanmoins avec brio et ne pourra qu’éveiller un vif intérêt parmi les amateurs de la série !

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11. Saints & Avengers


Auteur : James Chapman

Publié par les éditions I.B. TAURIS, en 2002, réédité en 2006.

Format 23.2 x 15.4, 296 pages, photos en noir et blanc.

Le livre, non épuisé, se trouve facilement sur Internet, mais uniquement en anglais.

Sous titré British Adventure Series of the 1960s, il s’agit d’une revue des principales séries britanniques des années 60, relevant de l’action et de l’espionnage. Son auteur est Professeur de cinéma à l’Université de Leicester, où il dirige le département des études cinématographiques et d’art visuel. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, tous parus aux éditions I.B. TAURIS, dont il dirige la collection Popular Television Genres, dédiée à l’analyse des séries télé de toutes les époques. Parmi les différents livres de James Chapman on peut citer Licence to Thrill : A cultural history of the James Bond films (1999) et Inside The Tardis : A cultural history of Doctor Who (2006).

La couverture représente une photographie d’Emma Peel, issue du générique de la saison 5 des Avengers.

Le livre est dédié à Jeffrey Richards, autre Professeur d’Histoire, spécialisé dans l’évolution des médias et critique de cinéma.

Contenu :

Outre l’introduction décrivant son projet général, l’ouvrage se décompose en 10 chapitres, chacun consacré à une série culte suivant l’ordre chronologique de leur apparition à l’écran. On débute ainsi avec Destination Danger, série inaugurée en 1960 pour en terminer avec Amicalement Vôtre, qui établit le lien avec les années 70 (1971). Entre-temps auront été analysées des séries très connues du public français, ou d’autres surtout populaires Outre-Manche (Chapeau Melon et Bottes de Cuir, Le Saint, Adam Adamant Lives !, L’Homme à la Valise, Les Champions, Department S, Randall and Hopkirk (Deceased), Jason King). Chacune de ces sections se voit accompagnée d’un titre amusant (The English Knight Errant pour Le Saint ou The Special Relationship pour Amicalement Vôtre).

Dans un préambule l’auteur explique que le livre s’insère dans un courant actuel voyant les universitaires britanniques accorder une importance accrue à l’étude des séries télé. Il entend mener son analyse dans une approche d’historien, liant ces séries à leur contexte économique, technique et culturel. Les années 60 correspondent en effet à un moment unique où la pop culture britannique connaît une influence majeure, ce qui ne sera plus le cas au cours des années 70, où les séries insulaires connaîtront un déclin concomitant.

James Chapman développe ses vues dans l’introduction du livre, qu’il débute par un rappel de l’évolution de l’approche des séries d’espionnage et d’action  des années 60 (qu’il élargit à la période 1959-1974), en y liant d’ailleurs la saga James Bond. Longtemps Universitaires et critiques ne portèrent que peu d’intérêt à ce type de séries. Les seules considérées comme dotées d’un enjeu culturel demeurent traditionnellement les réalistes, décrivant un environnement social, ou celles adaptant les grands noms de la littérature. De plus, les analystes du cinéma se préoccupent principalement des metteurs en scène, alors que ceux de la télévision se centrent sur les auteurs. Or les auteurs dits de « genre » (Brian Clemens, mais aussi Terry Nation, Denis Spooner ou Roger Marshall) subissent la même condescendance qu’en littérature. Enfin, la structure par épisodes fait suspecter un manque d’inventivité et une trop grande prévisibilité. L’auteur explicite comment ce « snobisme intellectuel »  (auquel seul échappa Doctor Who, pour sa popularité au long cours et la richesse de ses thèmes) s’est affaibli depuis quelques années, ouvrant le champ à de nombreuses études.

Parallèlement, Chapman se livre également à un historique de la naissance de la série authentiquement britannique, les années cinquante finissantes voyant un véritable assujettissement au style américain. Les grands thèmes des séries américaines de l’époque (westerns et policier) trouvent un fort écho dans les aventures de Robin des Bois ou autres Ivanhoé ou les adaptations de Conan Doyle et Christie. Cette dépendance se traduit également d’un point de vue technique et économique, de nombreux professionnels américains traversant l’Atlantique pour travailler en Grande-Bretagne. L’auteur narre ensuite comment les Années 60 correspondent à une reprise en main par les Britanniques, sous les angles économiques et artistiques, notamment à l’initiative de la chaîne ITC (avec Destination Danger) et des studios de production. C’est à partir de cette révolution au sein de l’industrie audiovisuelle que les productions britanniques vont développer un ton original. Ce mouvement s’observe comme la conjonction de plusieurs facteurs : technologiques, révolution de la Pop Culture où la Grande-Bretagne brille particulièrement (la fameuse British Invasion : musique, mode, design…), impact des James Bond, politique ambitieuse des chaînes, notamment à l’exportation vers le continent nord-américain, inversant les rôles.

La production des séries devient une industrie à part entière, se développant au point de devenir un élément de l’identité nationale, à cette époque où la télévision remplace le cinéma comme média de masse dominant. Néanmoins, l’intensité de cette essence britannique varie selon les séries (maximale chez les Avengers, plus relative chez Les Champions). Toutes ces séries présentent cependant l’intérêt de développer une véritable originalité, se rapprochant certes du policier, de l’espionnage ou du détective privé, mais en y incorporant en proportions variables d’autres styles comme le fantastique ou la science-fiction, tout en ne cadrant jamais exactement dans l’une de ces familles. Aussi l’auteur choisit-il de les désigner sous le terme d’Adventures series, encore qu’il reconnaît que le terme de Pop Series pourrait également convenir, tant elles s’imbriquent dans ce mouvement tout en s’enracinant profondément dans la culture britannique. Il nous invite à en découvrir l’historique, les codes narratifs et leur représentation de l’identité britannique.

Dès cette introduction les Avengers occupent une place de choix, l’auteur, outre qu’il débute son livre en avouant une inclination personnelle envers Honor Blackman et Diana Rigg, la cite en effet en tout premier, même avant Destination Danger : Two secret agents – one a bowler-hatted, umbrella-wielding Old Etonian, the other a trendy young woman with a penchant for black leather and martial arts – are Britain’s last line of defence againt the nefarious schemes of diabolical criminal masterminds. Chapman lui reconnaît un rôle moteur dans la promotion des séries britanniques à l’étranger et pour développer une identité nationale particulièrement forte. Série la plus longue parmi les étudiées, elle représente le paradigme le plus achevé des évolutions techniques (notamment avec ses différents modes d’enregistrement) et artistiques caractérisant ce mouvement d’ensemble. Elle symbolise également la montée en puissance de l’industrie des séries, le budget par épisode s’élevant initialement à 3 500£ avant de croître progressivement pour culminer à 35 000 ou 40 000£ pour les épisodes en couleurs, soit une multiplication par 10 !

De fait la section consacrée aux Avengers (Is There Honey Still For Tea ?), illustrée par des images de la série en Noir et Blanc, se révèle la plus développée de l’ouvrage, avec 48 pages, la seconde (Destination Danger) se cantonnant à 36.

L’auteur débute son propos par un rappel de quelques notions illustrant l’importance et la spécificité des Avengers. Ils constituent en effet la série la plus étendue de l’époque, mais aussi celle connaissant le plus grand succès, y compris à l’exportation. Au moment de sa plus grande popularité la série est ainsi vue dans plus de 70 pays, par trente millions de spectateurs. Elle représente de plus la quintessence des séries d’aventure abordées dans le livre, notamment par son caractère très britannique. Tandis que John Drake ou Simon Templar parcourent la planète, Steed demeure ainsi dans la mère patrie, dans des histoires très connotées culturellement. Les Avengers se distinguent également clairement de la série d’espionnage classique, ce que démontre l’auteur par une comparaison antagoniste avec Mission : Impossible (technocratie, ordre et tradition américaine contre anarchie, chaos et modernité britannique). James Chapman explique  en quoi les thrillers sophistiqués teintés d’humour, d’action et d’étrangeté constituant les Avengers sont en fait à rapprocher des films d’Hitchcock et des romans de Ian Fleming. Les Avengers se caractérisent également par une grande évolution technique (passage de la vidéo au film, du noir et blanc à la couleur) mais aussi dans l’écriture de scénarios, avec une part toujours plus grande donnée à la fantaisie et au Fantastique. Ces différents éléments rendent passionnante l’étude de la série, l’auteur regrettant d’ailleurs que les commentateurs s’intéressent souvent principalement aux années Emma Peel et Tara King, l’approche historique devant s’aborder globalement pour demeurer pertinente.

Après ce panorama général, le livre déroule la chronologie des évènements majeurs de la réalisation de la série, depuis son lancement en 1961 par Sydney Newman, en remplacement de Police Surgeon. Le récit détaille les connections entre les deux séries d’ABC puis les premiers temps difficiles des Avengers au cours d’une première saison ne rencontrant qu’un succès limité. Les différentes caractéristiques de la série d’alors sont explicitées, ainsi que le rôle des divers intervenants. Encore sous influence américaine (Macnee évoque New York Confidential), elle ne se distingue guère des conventions de la famille des détectives privés, y compris chez ses deux héros nantis d’imperméables archétypaux et vivant des aventures proches des canons du genre. La claustrophobie inhérente à ces thrillers urbains se trouve même renforcée par les contraintes techniques de l’époque et les tournages en studio. Quelques spécificités se dénotent déjà toutefois, comme la profession médicale de Keel ou la spécificité d’un Steed impliqué dans les services secrets via One-Ten et disposant d’une troupe d’informateurs hauts en couleurs.

Puis, à travers l’entrée en scène de Cathy Gale et la transformation progressive de Steed en gentleman, le texte explicite comment les Avengers acquièrent leur identité (comparativement à des séries comme Z Cars ou Destination Danger) et par la suite le succès. Le bond en avant de la série comme phénomène culturel est analysé à travers divers filtres, comme l’importance accordée à la mode, une nouvelle figure féminine, affirmée jusqu’à rivaliser au combat avec les hommes, le design déjà innovant des décors, des metteurs en scène nettement plus innovants que leurs contemporains et sachant tirer parti des contraintes de tournage... Les Avengers quittent le genre « privé » pour s’intégrer clairement à l’espionnage à travers des scénarios typiques que l’auteur énumère et commente en les reliant à l’actualité de l’époque. La série s’affirme toutefois plus audacieuse que la majorité du genre, avec l’émergence d’histoires originales, examinées en ce sens (Mandrake, Les charmeurs, Plaidoirie pour un meurtre…). Les vilains gagnent également en originalité avec l’apparition de tendances appelées à se développer, entre réactionnaires incapables d’intégrer la modernité (d’un point de vue social, économique ou scientifique) ou mégalomanes visant à détruire l’ordre existant, préfigurant les films de James Bond. L’ère Cathy Gale apparaît bien comme une époque où les auteurs s’essaient à la nouveauté, dans les intrigues comme dans le style, avec notamment l’entrée en lice de Brian Clemens. Chapman étudie également les critiques de presse de l’époque, parfois interloquées devant la nouvelle direction prise par la série, assimilée à un manque de réalisme.

Un tournant majeur se déroule lors du passage à la quatrième saison, avec l’adoption du film, le tranfert du tournage de Teddington à Elstree et l’apparition d’Emma Peel. Le texte détaille les évolutions de l’équipe de production et les circonstances du recrutement de Diana Rigg. Emma Peel, alliant haute couture et arts martiaux, introduit un glamour s’accompagnant d’une relation avec Steed nettement plus douce et proche que ce que l’on avait connu avec Cathy Gale. Grâce à cette jeune femme très moderne l’esprit sixties souffle désormais à grand vent sur la série, alors que les critiques sont conquis par son charme. La série conserve néanmoins sa précieuse spécificité britannique, tandis qu’elle dessine une Angleterre délicieusement habitée par les anciennes traditions (y compris l’excentricité) mais soumise au crible de la modernité. Les histoires gagnent en audace et inventivité, tandis que le pays fait face à des adversaires particulièrement redoutables. La série pourrait sembler paranoïaque, mais cet écueil est évité grâce à la décontraction souriante des héros. Au lieu d’un espionnage classique, les Avengers doivent lutter contre la destruction de l’harmonie sociale par l’irruption du chaos, éventuellement réactionnaire. Ces éléments sont analysés par l’étude de nombreux épisodes de la saison, mais aussi en relation avec les courants intellectuels ou artistiques de l’époque. Un parallèle est par exemple établi entre l’ordinateur de L’héritage diabolique et HAL 9000.

La montée en puissance de la science-fiction apparaît comme une évolution notable de cette période, spécifiant encore la série en la plaçant à la lisière d’un nouveau genre. Le phénomène s’accentue encore durant une cinquième saison marquée également par le passage à la couleur. Les Avengers, toujours plus populaires, achèvent de s’affranchir du statut de simple série pour devenir un pur concept de stylisation, avec une inégalable direction artistique (design, vêtements, voitures…), et la définition d’un univers à part, régi par les fameuses règles de Brian Clemens. L’Angleterre décrite comme un lieu où règnent l’art de vivre et un glamour sophistiqué remporte tous les suffrages. L’ensemble n’est pas entièrement gratuit car le placement de produits se développe, à l’image des films de James Bond. La série devient ainsi la première à se doter d’un directeur d’exploitation chargé d’optimiser cette source de revenus. Un important contrat est ainsi signé avec Pierre Cardin, qui fournit une sublime garde-robe pour Steed, en échange d’une belle exposition. L’auteur avance également que la série véhicule un message de classe, la société de consommation ne pouvant être pleinement appréciée que par ceux qui ont l’éducation et le savoir-vivre pour cela. L’idée ressort avec une particulière clarté dans Qui suis-je ???.

Une nouvelle relation est introduite durant la saison 6, avec la jeune et ingénue (en français dans le texte) Tara King, de même qu’avec l’arrivée de Mère-Grand. L’ouvrage détaille également les diverses péripéties survenues derrière le décor. Cette saison pousse au paroxysme une caractéristique majeure des Avengers, la juxtaposition de l’imaginaire au réel, avec une fantaisie plus que jamais omniprésente et symbolisée par les étranges lieux de rencontre avec Mère-Grand. Les rues de Londres sont également filmées avec un art consommé pour y faire naître l’étrange et le merveilleux. Chapman étudie cette croisée de deux mondes à travers plusieurs épisodes caractéristiques : Brouillard, Clowneries... L’épreuve de l’agent secret dans Jeux apparaît comme une métaphore de la manière dont la série a explosé les règles du genre et sonne déjà comme un bilan. Le public demeure enthousiaste, même si certains critiques déplorent les concessions réalisées pour plaire au public américain.

Enfin, le livre décrit les causes de l’arrêt de la série, avant de sortir de son cadre Sixties pour aborder brièvement les New Avengers puis le film de 1998. Les New Avengers, considérés comme une production franco-britannique, sont analysés comme très différents des Avengers, dont ils ne reconstituent qu’imparfaitement la magie. Le retour au réalisme et à un espionnage souvent traditionnellement ancré dans la Guerre Froide constituent des points de ruptures très clairs, d’autant que les adversaires manifestent le plus souvent des ambitions très prosaïques et une psychologie réaliste, bien loin des Diabolical Masterminds de naguère. Steed se voit également éloigné de l’action, tandis que l’instauration d’un trio brise la dynamique de couple qui a tant apporté à la série. Les quelques intrusions du Fantastique demeurent soit une répétition du passé (Cybernautes) soit peu convaincantes car traitées de manière secondaire comparativement à l’espionnage. De fait les New Avengers apparaissent presque comme une préfiguration des Professionnels plutôt que comme un prolongement des Avengers.

Le film constitue un exemple parmi tant d’autres de la vogue du cinéma des années 90  de récupérer les séries des Sixties. Un exercice malaisé où Chechik échoue, mais pas totalement. James Chapman lui reconnaît en effet d’avoir réellement tenté de recréer l’esprit Avengers, notamment en conservant la touche britannique, loin de toute américanisation. La seule tentative explicitement faite dans ce sens (le choix d’Uma Thurmann) se révèle d’ailleurs désastreuse. Le scénario se montre absurde au mauvais sens du terme, handicapé par les coupures, mais on y distingue de bonnes idées, comme les nombreux clins d’œil à la série. Ce respect manifesté rend toutefois incompréhensible la rupture du tabou de la relation Steed/Emma, mais le résultat final reste digne, à défaut d’entièrement convaincant. Il faut dire que le défi était particulièrement difficile à relever, même Brian Clemens y ayant échoué avec les New Avengers !


Conclusion : Écrite en un anglais parfaitement accessible, la section Chapeau Melon et Bottes de Cuir offre un panorama complet de la série, mêlant des points de vue très divers : perspective historique, évolution aussi bien économique qu’artistique, comparaison avec d’autres séries majeures de l’époque… Les promesses de l’introduction ont bien été tenues. Les différentes périodes de la série sont bien distinguées, avec une explication circonstanciée de leurs particularités. On apprécie que l’auteur, outre les témoignages coutumiers des membres de l’équipe, ait eu recours aux critiques de télévision contemporaines à la série. On y trouve parfois des surprises, les critiques anglais se montrant féroces et bien moins révérencieux qu’aujourd’hui devant les "Avengers". Le résultat en résulte fort plaisant à lire, d’autant que James Chapman, qui n’hésite pas à prendre partie, fait bien ressentir sa passion et sa fierté légitime d’Anglais devant ce qu’il considère explicitement comme une pièce du patrimoine culturel de son pays.

Cependant cette volonté d’exhaustivité concernant une série aussi vaste et riche que les "Avengers", joint au nombre relativement faible de pages, fait que, si l’ensemble des sujets se voit abordé, ceux-ci ne le sont souvent que brièvement. Le livre s’adresse à des amateurs de la série désireux de parfaire leurs connaissances mais n’apportera guère d’éléments nouveaux aux passionnés ayant déjà consulté d’autres ouvrages sur le sujet. La synthèse ainsi dressée des différentes facettes des "Avengers" présente néanmoins l’intérêt de la clarté, allant droit à l’essentiel. Cette philosophie (proche des "Que sais-je ?") se retrouve dans les autres sections de l’ouvrage, offrant une petite encyclopédie fort bien réalisée sur ces séries si enthousiasmantes, mais ne dispensant pas d’avoir recours à des ouvrages plus pointus sur telle ou telle question que l’on souhaiterait approfondir. L’ouvrage, très didactique, offre d’ailleurs une bibliographie très fournie, ainsi qu’un index facilitant les recherches. On regrettera cependant la pauvreté des illustrations, monocolores et se limitant à des photographies déjà maintes fois vues ailleurs.

Au-delà de leur popularité, on saluera enfin la pertinence du choix des différentes séries proposées, toutes de grande qualité et offrant un judicieux condensé de cette époque à nulle autre pareille. Le public français aura, de plus, l’occasion de découvrir quelques perles méconnues, aux lisières du Fantastique, comme "Adam Adamant Lives !" ou "Randall and Hopkirk (Deceased)". Deux séries majeures manquent cependant à l’appel. : "Doctor Who", qui par sa nature purement de Science-Fiction se situe certes en dehors de l’objet de l’ouvrage, mais aussi "Le Prisonnier", ce qui semble plus discutable.

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12. Investigating Couples


Auteur : Tom Soter

Publié par les éditions McFarland & Company, en Octobre 2001.

Format 22,3 x 15, 239 pages, photos en noir et blanc.

Le livre, non épuisé, se trouve facilement sur Internet, mais uniquement en anglais.

 

Sous titré A critical analysis of The Thin Man, The Avengers and The X-Files, le livre s’attache à analyser l’évolution de la figure du couple de détectives à travers ces trois séries. Tom Soter est un journaliste américain ayant collaboré depuis les années 70 à de nombreuses parutions dans le domaine du cinéma, du théâtre et de la télévision. Il enseigne l’improvisation scénique à Broadway, dans le cadre de représentations à l’affiche depuis 1992. Actuellement rédacteur en chef du magazine Habitat, Tom Soter est également l’auteur d’un autre ouvrage : Bond and Beyond: 007 and Other Special Agents.

La couverture représente le couple vedette du Thin Man, les époux Nick et Nora Charles.

 

Contenu : Dans sa préface Tom Soter remercie les différentes personnes ayant contribué à l’élaboration de l’ouvrage, en premier lieu Honor Blackman et Patrick Macnee. Il les a interviewé pour l’occasion et juge fondamental leur apport au livre. Par la suite l’auteur estime que les années 30, 60 et 90 ont respectivement été marquées par le succès hors normes, tant qualitatif que public, du Thin Man, des Avengers et des X-Files. Au-delà de leurs différences de style et d’univers, ces séries ayant exercé une influence majeure sur leur temps présentent comme point commun de mettre en scène des couples mixtes de détectives confrontés à d’étonnantes énigmes. A travers ses dix chapitres l’ouvrage va s’attacher à discerner une convergence entre les concepts de ces trois séries.

Dans ses trois premiers chapitres, Investigating Couples décrit l’émergence de trois éléments dont la fusion réussie provoquera le succès du Thin Man. Ainsi la figure du Détective s’affranchit de ses origines littéraires (Poe, Conan Doyle) pour connaître de premières apparitions à l’écran au cours des années 20 puis 30. Bien avant Roger Moore, Hollywood adapte déjà le Saint de Leslie Charteris, dans The Saint in New York (1938 !). Le gangster fantasmé devient également une figure du cinéma (Little Caesar, Scarface …) tandis que la comédie romantique passablement loufoque (Screwball comedy) connaît un véritable envol, notamment en réaction aux duretés de la crise économique des années 30. Les plus stylées de ces oeuvres naissent du talent unique de Frank Capra, dont l’influence se fera directement sentir sur The Thin Man (New York-Miami, La grande dame d’un jour, L’extravagant Mr. Deeds…)

Dans les chapitres 4 et 5 l'auteur étudie le couple Nick et Nora Charles, issu de la fertile imagination  de Dashiell Hammett, également auteur du Faucon maltais. Dans le roman original The Thin Man (L'Introuvable, 1933), cet auteur décrit avec beaucoup d'entrain cet ancien détective privé qui, en en compagnie de sa pétillante épouse, se voit confronté malgré lui à la résolution de meurtres survenant dans son entourage. Une adaptation au cinéma connaît un immense succès en 1934, et cinq nouveaux opus se succèderont jusqu'en 1947. Nick et Nora Charles, peu connus en France mais toujours populaires en Amérique, évoquent de fait très clairement Steed et Mrs Peel : fantaisie des enquêtes et humour tranchant avec la littérature policière classique, appartenance à une haute société américaine décrite avec ironie, hédonisme et joie de vivre du couple (qui consomme du champagne mais aussi  moult autres alcools...), sentiment amoureux entre mari et femme, nombreuses personnalités excentriques rencontrées, modernité et volontarisme de Nora, partenaire à part entière de son mari parfois indolent en apparence... Les Charles s'affirment bien comme des prédécesseurs lointains des Avengers, hormis l'absence totale de Fantastique et le caractère explicite de leur relation, parfaitement normée socialement.

L’ouvrage s’intéresse aux Avengers aux chapitres 6 et 7, soit une trentaine de pages. L’auteur retrace brièvement la genèse de la série, ainsi que la biographie de Patrick Macnee. Il analyse les caractéristiques de la saison 1, notamment par une étude de l’épisode The Frighteners dont il conclue que les Avengers ne se distinguent alors guère du policier classique. La  série ne manifeste pas l’originalité et le style que développe déjà à l’époque Destination Danger. L’arrivée d’Honor Blackman, obtenue malgré de grandes réticences parmi les producteurs, marque le véritable lancement des Avengers.  Actrice à la forte personnalité, Honor Blackman convient idéalement à ce personnage de femme assurée, révolutionnant les codes du genre en apparaissant comme un partenaire à part entière de son homologue masculin. De plus elle n’hésite pas à se servir d’une arme à feu, encore une incongruité à l’époque. Parallèlement le personnage de Steed évolue vers le gentleman que nous connaissons, mouvement dans lequel Macnee joue un grand rôle, y compris dans le style vestimentaire. La série qui, comme le rappelle Macnee, précède James Bond à l’écran, n’entend pas suivre une voire similaire, malgré l’immense succès rencontré par 007. L’acteur lui reproche en effet son sadisme et ce qu’il appelle son snobisme froid. Steed sera lui un dandy, développant fantaisie et excentricité tout en se montrant volontiers parodique.

La série se distingue également par l’éclosion d’un certain érotisme, encore une fois avant-gardiste. L‘impact des tenues de cuir se voit néanmoins atténué par l’humour des situations. Le respect mutuel manifesté par les partenaires n’empêche pas une tension sexuelle de demeurer sous-jacente, ce qui tranche encore une fois sur les productions de ce temps. Les dialogues font également l’objet d’un soin particulier, veillant toujours à ne pas laisser Steed prendre l’ascendant sur Cathy Gale. Dès cette époque les Avengers se distinguent également par l’introduction de thèmes étranges, parfois aux confins du Fantastique, venant s’entremêler à des trames classiques. Les épisodes où cette dimension se manifeste particulièrement (Warlock, Les Charmeurs…) rencontrent un vif succès, ce qui influera sur l’évolution prochaine de la série. D’autres éléments achèvent d’élever la série au dessus de ses concurrentes, comme l’art achevé de la mise en scène dans les conditions du direct, l’utilisation optimale de décors ambitieux, la maîtrise de la photographie, et bien entendu les spectaculaires combats où le judo d’Honor Blackman remporte un succès toujours croissant. En définitive les Avengers réalisent l’exploit d’associer le meilleur du Spy Show traditionnel à la modernité des années 60, dont la libération de la femme. L’auteur tisse également quelques comparaisons avec le Thin Man, dont l’inversion des rôles traditionnels entre homme et femme, Cathy Gale, tout comme Nora, manifestant souvent plus de tranchant qu’un partenaire masculin fantaisiste et parfois quelque peu spectateur.

Une nouvelle inflexion survient à l’occasion du départ d’Honor Blackman pour Goldfinger, avec l’entrée en scène d’Emma Peel et de son interprète Diana Rigg. Le livre narre les diverses péripéties de ce changement (y compris l’épisode Shepherd), tout en décrivant les principaux éléments de la biographie de Diana Rigg. Cette dernière approche de son personnage d’une manière très différente d’Honor Blackman. Emma Peel manifeste plus d’ostentation dans ses dons, davantage d’opportunisme dans ses méthodes d’enquête et une sensualité plus explicite et joueuse. La relation sentimentale avec Steed s’affirme, la série laissant entrevoir une vie hors écran. La saison 4, extrêmement stylisée et sophistiquée, représente le sommet de la série, tandis que la saison 5 prolonge l’enchantement. La progression toujours poursuivie vers l’absurde et l’irréel conforte l’identité des Avengers. L’auteur étudie différents épisodes de ces deux saisons, illustrant le caractère suggestif de la relation Emma Peel - John Steed et la fantaisie des situations. Le rôle de Brian Clemens se voit également souligné.

Les Avengers se rattachent à une tradition britannique du surréalisme et du non sens, remontant jusqu’à Lewis Carroll. Leur monde apparaît bien différent du notre, peuplé d’esprits diaboliques rêvant de dominer la planète, d’étranges conspirations et d’inventions bizarres. Ici encore la série se situe dans la modernité, durant ces années 60 où le progrès scientifique ouvre sans cesse de nouveaux horizons à un public dont il pénètre le quotidien. Les Avengers deviennent un symbole de la pop culture triomphante, grâce à un design raffiné et à la disparition de la nature humaine dans un propos composé d’archétypes poussés jusqu’à l’absurde ou la parodie. Vont également dans ce sens la prédominance du glamour et l’attachement à la touche britannique. La série n’en oublie pas pour autant de développer un vrai suspens et une tension dramatique digne d’excellents thrillers, rendant ses épisodes captivants.

L’auteur établit de nouveau un lien entre le Thin Man et les Avengers, car Emma Peel ressemble beaucoup selon lui à Nora Charles : charme, ironie, grande affection pour son partenaire, participation active à l’aventure mais motivée avant tout par la romance avec son compagnon, élégance, esprit supérieur… L’intensité existant dans les duos de comédiens se retrouve pareillement dans ces deux séries. Elles accordent d’ailleurs toutes les deux une grande importance au couple des héros vis-à-vis de l’enquête, jusque dans la vie quotidienne. Nina Charles demeure cependant eoncore exclue des scènes d’action.

Dans les chapitres 8 et 9 Tom Soter brosse les grandes étapes de la Science Fiction et du Fantasque à l’écran (les films des années 50, la Hammer, Au-delà du réel, La Quatrième Dimension, Night Stalker…) mais aussi de la paranoïa (Le Prisonnier, A cause d’un assassinat, Les trois jours du Condor…), deux genres dont l’enchevêtrement font permettre le succès des X-Files. Les méandres de la relation Mulder et Scully sont analysés à travers des épisodes de la première partie de la série (période Vancouver), avant que leurs sentiments ne deviennent explicites. L’analyse demeure nettement plus brève que pour les deux précédentes séries, et aucun lien n’est explicité entre elles.

Dans le dixième et ultime chapitre l’auteur répertorie les liens existant entre les trois séries : l’étrangeté des affaires à élucider, l’illustration éloquente de la tonalité de leurs époques respectives, l’importance accordée à la relation de couple, toujours originale, entre les héros, l’humour comme élément important, le plus souvent noir, un détachement affirmé du réalisme de l’investigation criminelle, une excellent casting avec une véritable alchimie s’instaurant entre les comédiens et le fait d’avoir chacune développé une même formule à succès (ouverture violente par un crime inhabituel, entrée en scène du couple de héros menant l’enquête avec le plus souvent une succession de victimes à la clé et différents suspects progressivement écartés, maintien d’épisodes atypiques et décalés pour rompre la monotonie). Enfin, The Thin Man, The Avengers et The X-Files  ont chacune atteint une telle qualité face à l’ensemble des autres séries, qu’elles se sont révélées des succès difficiles à copier. L’auteur prend quelques exemples de séries ayant tenter de les imiter, avec selon lui un succès bien moindre (Pour l’amour du risque, Remington Steele, Clair de Lune...) Macnee reproche à cette série d’avoir échoué du fait du nombrilisme des deux personnages, leur suffisance les empêchant d’être réellement apprécié du public. Et encore Clair de Lune se révèle-t-elle bien supérieure aux autres séries citées, indifféremment médiocres. Même le film tiré des Avengers échoue à recréer la magie unique de cette série. Au-delà de leurs univers différents ces trois séries concordent sur l’essentiel : l’affirmation d’un lien entre un homme et une femme, et l’absolue confiance en découlant leur permettant de faire face à un monde dangereux. Un thème dont l’universalité touche directement le public.

Le reste de l’ouvrage, soit encore un bon tiers, se compose de l’énumération des épisodes ou films de ces trois séries, agrémentée d’un long résumé et d’un commentaire pour le Thin Man, et d’une présentation nettement plus brève pour les X-Files. Les Avengers se contentent de deux phrases d’argument. Un index et une bibliographie viennent conclure l’ensemble.

Conclusion :

L’ouvrage se lit sans déplaisir mais demeure avant tout centré sur le Thin Man. On découvre avec intérêt cette série de films méconnus dans notre pays, ainsi que les divers éléments se rapportant aux productions d’avant guerre. Mais l’amateur des Avengers risque fort de rester sur sa faim. En effet si l’ensemble des éléments constitutifs de la série fait l’objet d’un rapide survol, le livre n’atteint jamais la profondeur des études universitaires précédemment étudiées. Un lecteur s’étant déjà intéressé à la série n’effectuera guère de découverte, assez logiquement car l’ouvrage reste bien avant tout orienté sur le Thin Man, les Avengers ne disposant que d’un espace moindre (Les X-Files sont encore plus réduits à la portion congrue). Il reste dommage qu’un tiers de l’ouvrage soit dévolu à une liste d’épisode d’un intérêt réduit à l’époque de l’Internet, au lieu d’aller plus loin dans propos. On se situe uniquement dans le descriptif, guère dans l’analytique. On reste également stupéfait que toute la période Tara King soit purement et simplement passée sous silence, tandis que les New Avengers ne demeurent cités qu’au détour de quelques phrases. La bibliographie proposée n’offre de même que peu de titres en relation avec les Avengers. Les illustrations monochromes du livre ont de plus déjà été vues maintes fois ailleurs. Enfin l’on regrette que Clair de Lune et son ouverture sur les pétillantes années 1980 aient été aussi vite qu’injustement évacuées…

 

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©Denis Chauvet / Estuaire44