Pour
de nombreux téléspectateurs,
Chapeau Melon et Bottes de Cuir
est, plus encore qu'une série mythique,
une série familière, dont
le titre est connu de tous, que n'importe
quel passant abordé dans la rue
est capable d'évoquer en citant
le nom des principaux personnages. Tant
il est vrai que, depuis trente ans, les
aventures de John Steed (Patrick Macnee)
et de ses ravissantes partenaires font
indissolublement partie du paysage télévisuel
français (et mondial). Pourtant,
peu de séries télévisées
ont plus évolué au cours
de leur existence. Chapeau Melon et
Bottes de Cuir est en effet, quand
on y regarde de près, une œuvre
polymorphe, dont les acteurs mais aussi
l'esprit se modifièrent profondément
au cours des années, et dont les
Français méconnaissent les
trois premières saisons, qui n'ont
jamais été diffusées
par la télévision de notre
pays.

À
l'origine, il s'agissait en effet d'une
sorte de "série noire"
à l'anglaise, mettant en scène
un médecin, le Dr David Keel. Parti
à la poursuite des assassins de
sa fiancée, Keel (interprété
par Ian Hendry) était secondé
par un agent secret, John Steed. Ces deux
hommes, les Avengers, combattaient des
espions souvent très glauques et
hauts en couleurs, mais au cours d'intrigues
relativement conventionnelles. Ian Hendry
disparut à la fin de la première
année d'existence de la série,
laissant la première place à
Steed. Celui-ci, après avoir hésité
entre deux partenaires épisodiques
(une blonde un peu fofolle nommée
Venus et un autre médecin, le Dr
King), finissait par s'associer à
une anthropologue douée d'une forte
personnalité : Catherine Gale (Honor
Blackman). L'association Steed-Cathy Gale
fut le déclic qui installa les
éléments essentiels de la
série. Le premier de ces éléments
est le couple/duo aux rôles et à
l'aspect typés : Steed symbolisant
l'élégance, la classe et
le flegme du dandy anglais à parapluie,
melon et costume trois-pièces ;
Cathy Gale incarnant la fougue, la combativité
et le charme des femmes en voie de libération.
Pour bien indiquer l'investissement des
acteurs dans la définition de leur
personnage, il suffit de dire que Patrick
Macnee dessina lui-même ses costumes
dès le tournage des derniers épisodes
de la 1re saison, tandis qu'Honor Blackman,
en prévision des scènes
d'action, et sur la suggestion de son
partenaire, demanda à un des grands
couturiers britanniques de l'époque,
Michael Whittaker, de lui réaliser
une garde-robe tout en cuir. Tournés
en direct et jamais diffusés en
France, certains de ces épisodes
existent à présent en vidéo
et nous y découvrons un personnage
féminin d'une étonnante
énergie, une Cathy très
masculine dans sa manière d'appréhender
les difficultés (et de mettre ses
adversaires hors de combat). Peu à
peu, Cathy devient la seule partenaire
de Steed, mais les scénarios, toujours
construits autour d'histoires d'espionnage,
restent conventionnels, d'autant plus
que le tournage en studio leur impose
des limites incontournables. Alors que
la série remporte un considérable
succès en Grande-Bretagne, Honor
Blackman décide de voler vers d'autres
cieux. Elle quitte la série pour
devenir Pussy Galore, inoubliable adversaire-partenaire
de James Bond dans Goldfinger.
(Notons, à ce sujet, que Diana
Rigg, dans Au service secret de Sa
Majesté et Patrick Macnee
dans Dangereusement vôtre,
joueront eux aussi, bien plus tard, des
rôles de premier plans aux côtés
de deux autres 007.) .
C'est
alors le début de l'âge d'or.
Des moyens plus importants permettent
de tourner en 35 mm et en extérieurs,
tandis qu'une actrice fraîche et
sexy, féminine et gaie, prend la
place de Cathy dans le cœur des Anglais
et conquiert, avec eux, le reste du monde
: Diana Rigg, qui incarne l'inoubliable
personnage de Mrs Peel – Mrs Emma
Peel...

Chapeau
Melon et Bottes de Cuir est, comme
l'indique si bien son titre français,
synonyme de toute une époque, mais
aussi de tout un esprit, d'un bain culturel
qui imprégna nombre d'entre nous,
adolescents et jeunes gens, au cours des
années 60. À l'époque,
l'Amérique était, en effet,
bien moins à la mode que l'Angleterre.
Les années 60, c'est l'époque
des Beatles et des Rolling Stones, c'est
l'époque d'un style vestimentaire,
d'un état d'esprit anti-conformiste
voire franchement iconoclaste, encore
contenu par les conventions et donc obligé
de se manifester par des voies détournées,
en particulier celles de l'humour et de
la dérision. Chapeau Melon
et Bottes de Cuir est – du
moins pour les saisons les mieux connues
en France, celles qui mettent en scène
Steed et Emma, puis Steed et Tara King
(interprétée par Linda Thorson)
– l'émanation de cet état
d'esprit, ludique, impertinent, mutin
et mordant.

Steed,
le "chapeau melon" de la série,
est un un homme du monde. Il est fin,
brillant, beau parleur, courageux et...
très anglais. Patrick Macnee le
décrit lui-même comme un
Beau Brummel des temps modernes (et pendant
les deux saisons Diana Rigg, ses costumes
seront signés Pierre Cardin...).
Il ne se plaint jamais de la nourriture,
ouvre les portes devant les dames et respecte
toujours les convenances, même s'il
lui arrive d'assommer un adversaire d'un
coup de son melon (doublé d'acier,
il est vrai). Emma Peel est une jeune
femme extrêmement séduisante,
qui cultive l'appeal (la séduction)
cryptée dans son nom au moyen d'une
distance toujours respectable et d'un
sourire irrésistible. Tous deux
sont des Avengers, des redresseurs de
tort. Leurs aventures se situent dans
le monde d'aujourd'hui, mais dans un monde
qui n'est pas tout à fait semblable
au nôtre. Car pour être truffée
d'espions, de savants fous, de robots
menaçants et de personnages aussi
maléfiques qu'improbables, Chapeau
Melon et Bottes de Cuir n'est pas,
à proprement parler, une "série
d'espionnage".
Ce
qui prime ici, en effet, c'est le bizarre,
l'étrange, l'insolite. En un terme
comme en cent : le nonsense,
cette forme de pensée proprement
magique et onirique, d'une logique incontournable
et impitoyable, dont l'Alice au pays
des merveilles ou De l'autre
côté du miroir, de Lewis
Carroll, sont les exemples littéraires
les plus connus. Il y a quelque chose
d'une Alice qui aurait grandi (et appris
le close-combat) chez Emma, quelque chose
du Chat du Cheshire chez Steed. Agents
semi-officiels, enrôlés volontaires
pour remplir des missions invraisemblables
(l'une de leurs aventures ne s'intitule-t-elle
pas Mission très improbable
? ), Steed et Emma affrontent certes
des criminels, mais pas n'importe lesquels.
Comme dans une série d'espionnage
« classique », leurs intentions
sont presque toujours d'infiltrer le territoire
britannique, d'en déstabiliser
l'économie, ou d'en décimer
l'élite, mais tout cela n'est que
prétexte. Ce qui compte, ce n'est
pas la nature du crime, mais la forme
que prennent la machination ou le piège,
les moyens employés et, tout spécialement,
le lieu où tout se déroule.
Bien
sûr, Steed et Emma mettront hors
d'état de nuire des tombereaux
d'agents ennemis (Voyage sans retour,
Avec vue imprenable), feront échouer
des invasions secrètes (Le
village de la mort) ou déjoueront
des complots contre de hauts dignitaires
étrangers (Du miel pour le
prince ). Mais ce qui est le plus
caractéristique de Chapeau
Melon et Bottes de Cuir, c'est la
volonté d'explorer (et de se moquer)
de lieux ou de situations typiquement
britanniques, qu'il s'agisse d'une base
de la RAF (L'heure perdue), d'un
château hanté (Castle
De'Ath), d'un terrain de golf (Le
jeu s'arrête au 13), d'un grand
magasin (Mort en magasin), d'une
gare de chemin de fer (Une petite
gare désaffectée),
d'un vénérable collège
(L'économe et le sens de l'histoire),
ou d'un club dont les membres cultivent
la dépravation et la décadence
propres au XVIIIe siècle anglais
(Le club de l'enfer). La série
– et c'est aussi ce qui la rapproche
beaucoup des livres de Lewis Carroll –
se plaît a teinter les jeux, les
comptines ou d'autres situations intimement
liées à l'enfance, d'une
tonalité proprement fantastique,
mêlant l'horreur à l'humour,
tant il est vrai que rien ne vaut le rire
pour faire face à la peur du noir.
Le bestiaire de la série regorge
donc des monstres de nos nuits enfantines
: tigres invisibles (Le tigre caché),
assassins venu de l'espace (Bons baisers
de Vénus), plante mangeuse
d'hommes (The man-eater of Surrey
Green), robots indestructibles (Les
cybernautes, que Steed et Emma affronteront
en noir et blanc, puis en couleurs dans
Le retour des cybernautes).
Quoi
de plus drôle, par ailleurs, que
de tourner en dérision les tics,
les stéréotypes d'une société
? Chapeau Melon et Bottes de Cuir
ne s'en prive donc pas, et l'on verra
Emma et Steed affronter des nurses transformant
de hauts fonctionnaires en enfants d'âge
préscolaire (Rien ne va plus
dans la nursery), des gentlemen-assassins
en chapeau melon (Meurtres distingués),
des danseuses-mantes religieuses (La
danse macabre), une agence matrimoniale
dont les membres décochent des
flèches assassines (Cœur
à cœur), des majordomes
avides d'informations ultra-secrètes
(Les espions font le service),
des féministes avides de pouvoir
(Abus de confiance). Dans le
monde de nos héros, les rêves
ne sont pas un lieu sans histoire, puisqu'ils
sont parfois annonciateurs de catastrophes
(La porte de la mort), la pluie
– elle aussi tellement britannique
– n'est pas sans arrières-pensées
(Dans 7 jours le déluge)
et il faut même se méfier
du Père Noël (Faites de
beaux rêves). Les deux enquêteurs
du bizarre rencontrent, bien évidemment,
des inventeurs démoniaques et leurs
stupéfiantes réalisations
: androïdes des plus vrais que nature
(Interférences), voyage
temporel (Remontons le temps),
téléphones qui tuent (Meurtre
par téléphone), machine
à rétrécir (Mission
très improbable)...

On
le comprend, nous sommes au royaume de
l'incongru, du loufoque, de l'invraisemblable.
Mais ce qui n'aurait pu être qu'une
suite d'histoires sans queue ni tête
prend toute sa saveur en raison de la
nature profonde des personnages, et du
regard qu'ils portent sur les extravagances
dans lesquelles ils sont entraînés.
Steed est, par essence, incrédule,
ironique, soupçonneux. On ne la
lui fait pas, mais il ne perd jamais son
sens de l'humour. Il est rare, d'ailleurs,
qu'il manifeste la moindre peur. Tout
au plus peut-il parfois apparaître
un peu plus concentré (quand il
doit se tirer d'un mauvais pas) ou légèrement
préoccupé (quand c'est Emma
qui est en difficulté). Emma, elle,
est la femme idéale. Ravissante
et pleine d'esprit, courageuse et sentimentale,
elle adore les mondanités et la
galanterie, mais elle a horreur des brutes
et ne se gêne pas pour les envoyer
au tapis. Sa méthode d'auto-défense
(une sorte de close-combat chorégraphié
qui n'appartient qu'à elle) est
élégante et aérienne.
Aussi à l'aise en combinaison de
cuir qu'en mini-jupe à la Courrèges,
elle ne passe jamais inaperçue.
Si
Steed a quelque chose de monolithique
dans sa britannicité,
Emma est un personnage complexe, qui acquiert
une épaisseur et une richesse rares
au fil des cinquante épisodes qui
la mettent en scène. Certains des
plus beaux sont d'ailleurs presque entièrement
construits autour d'elle, en particulier
L'héritage diabolique et
Le joker qui, tous deux (l'un
en noir et blanc, l'autre en couleurs
et de manière très différente),
décrivent Mrs Peel aux prises avec
un ennemi invisible et imprévisible
à l'intérieur d'une maison
toute en faux-semblants. Ce qui, malgré
tout, l'emporte toujours dans les aventures
du tandem, c'est l'humour et la dérision.
Très caractéristiques de
la série sont, en effet, la complicité
de Steed et Emma et le goût qu'ont
les personnages à se moquer d'eux-mêmes.
Au cours de la saison noir et blanc, à
la fin de chaque épisode, le couple
s'éloigne sur une route de la campagne
anglaise, chaque fois dans un véhicule
différent, du tandem au kart, en
passant par le tilbury et le camion de
laitier... Au début des épisodes
couleurs, nous retrouvons Emma dans son
appartement, où Steed lui fait
savoir au moyen d'un message de forme
chaque fois différente, qu'on a
besoin d'eux : « Mrs Peel, We're
needed ». L'appartement des héros,
tout particulièrement celui de
Steed, est d'ailleurs un lieu important
et récurrent de l'action.
Ce
qui ne devait être au départ
qu'un procédé de mise en
scène facile et peu coûteux
deviendra, au fil de ces deux saisons
et de la suivante, un véritable
petit théâtre, où
l'intimité que le spectateur cultive
avec nos héros sera (à peine)
troublée par leurs ennemis, entre
deux bons mots de Steed et deux verres
de champagne. Cette intimité des
héros restera toujours parfaitement
elliptique, mais se transformera au fil
des saisons... et des couples. Si notre
gentleman essayait de temps à autre
de séduire Cathy Gale (qui, en
bonne féministe, ne l'entendait
pas de cette oreille et le rembarrait
avec froideur), il existe entre Steed
et Mrs Peel – qui comme son nom
l'indique, fut mariée – une
complicité et un marivaudage d'autant
plus délicieux qu'il passe exclusivement
par les regards, les jeux de mots et les
attitudes, mais jamais par le contact
direct. Voyez simplement le générique
de la saison couleur : Steed tient une
bouteille de champagne, Emma la débouche
d'un coup de revolver à dix mètres
; puis il sort une épée
du manche de son parapluie, embroche un
œillet qu'Emma rattrape au vol puis
vient accrocher à la boutonnière
du dandy. Nous sommes sans arrêt
dans l'allusion, dans le sous-entendu,
et les dialogues de ces deux saisons sont
un régal d'humour et d'esprit,
mêlant aux péripéties
et aux acrobaties des personnages des
échanges brillants et légers.

Acteurs
hors pair, Patrick Macnee et Diana Rigg
ne dédaignent pas jouer d'autres
rôles que ceux qui leur sont habituellement
dévolus : Patrick Macnee sera à
la fois Steed et son double vulgaire dans
Un Steed de trop, tandis que
Qui suis-je ? raconte comment
deux agents ennemis échangent leurs
corps avec les brillants agents britanniques,
ce qui donne lieu à une série
fort réjouissante de scènes
à contre-emploi.
Après
deux années de très belles
histoires, riches en parodies (voir par
exemple Maille à partir avec
les taties, qui tourne en dérision
Agents Très Spéciaux,
ou Le vengeur volant, splendide
« mise en bandes dessinées
» de nos héros), Emma s'en
va à son tour, pour rejoindre son
époux enfin retrouvé. Elle
cède la place, au cours d'un épisode
mémorable (Ne m'oubliez pas
!) à une jeune femme espiègle,
drôle et elle aussi pleine de charme,
Tara King (Linda Thorson). Au lieu de
remplacer Emma, les scénaristes
et producteurs de la série ont
l'intelligence de renouveler le style
de la série, en conservant leur
principale caractéristique : son
rythme fofollement anglais. Pendant cette
sixième saison, Steed sera encadré
par la féminité juvénile
et mutine de Tara et par leur étrange
supérieur, « Mère-Grand
» (interprété par
Patrick Newell), fonctionnaire obèse
se déplaçant uniquement
en fauteuil roulant et donnant ses instructions
depuis les emplacements les plus surprenants
(juché sur un escabeau au milieu
d'une piscine, par exemple...).

Les
scénarios seront encore plus délirants
qu'avant et la sixième saison s'achève
par l'envol de Steed et Tara (en robe
de mariée ? ) dans une fusée
interplanétaire... Cette dernière
saison, si elle n'eut pas l'heur de plaire
suffisamment au public américain
et entraîna l'abandon de la série,
reste cependant bourrée des qualités
de la période précédente.
Tara King est un personnage différent
d'Emma Peel, et Linda Thorson l'incarne
avec beaucoup de présence, un mélange
d'innocence et de sensualité cette
fois-ci très tactile (il n'est
pas rare qu'elle se colle littéralement
à Steed lorsqu'il lui explique
quelque chose) et parfaitement savoureuse.
Même si la qualité de la
série est en déclin, ces
derniers épisodes n'en sont pas
moins un grand bonheur de télévision.

En
1976, les producteurs de la série
originelle, Albert Fennell et Brian Clemens,
eurent l'occasion de faire revivre leur
bébé. Steed devait, inévitablement,
être de l'aventure, mais Patrick
Macnee ayant pris de l'âge, on lui
réserva un rôle plus proche
de celui de la Mère-Grand de la
saison Tara King. Il devint donc la figure
tutélaire d'un trio comprenant
par ailleurs Purdey, à qui Joanna
Lumley prêta sa longiligne silhouette
blonde, et Gambit, homme d'action interprété
par Gareth Hunt. Placés délibérément
dans le souvenir de la série initiale,
l'une de leurs premières aventures
les verra affronter Le dernier des cybernautes.
Malheureusement, ni le traitement visuel,
ni le jeu des acteurs, ni la qualité
des scénarios ne sont à
la mesure des années Diana Rigg.
Certains épisodes sont assez réussis
et, du fait de la coproduction française,
les trois personnages croiseront Raymond
Bussières, Pierre Vernier, Sacha
Pitoeff, Christine Delaroche et même...
Emma Peel (dans Le long sommeil)
mais l'esprit originel n'est plus...
Il
reste que Chapeau Melon et Bottes
de Cuir est une des séries
les plus riches que nous ait offertes
la télévision britannique,
non seulement par la subtilité
de ses scénarios, mais aussi par
les qualités exceptionnelles de
ses principaux acteurs, le brio de la
mise en scène, débordante
d'invention et de clins d'œil au
spectateur, ainsi qu'un sens du décor
parfois étonnant (le bureau sur
lequel un Steed miniaturisé tente
de passer un coup de téléphone
dans Mission très improbable,
le coin de jeux pour enfants de Rien
ne va plus dans la nursery, etc.)
et un bon goût constant : pas une
goutte de sang, pas de femme parmi les
victimes, et jamais de tache sur le revers
de Steed. Certains épisodes, comme
L'héritage diabolique
(4e saison), Le vengeur volant
et Caméra Meurtre (5e
saison) ou Clowneries (6e saison)
sont de purs joyaux, qui brillent de leurs
feux longtemps après avoir été
vus, et nous rappellent que classe, humour,
provocation et intelligence, alliés
à une totale absence de sérieux,
ont su jadis – et savent encore
– ravir les téléspectateurs.
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En
1960, un producteur de la chaîne
britannique ABC, Sidney Newman, décide
de créer une série d'action
pour la télévision. Il recrute
pour cela Ian Hendry, déjà
interprète d'un rôle de médecin
dans Police Surgeon, et Patrick
Macnee, acteur vivant au Canada, cousin
de David Niven... et qui, après
avoir joué dans des séries
télévisées américaines
comme La Quatrième Dimension
ou Alfred Hitchcock présente...
envisageait à l'époque
de quitter la comédie pour devenir
producteur. Croyant dissuader Newman,
il demande à être payé
très cher... et le producteur accepte.
C'est le début des Avengers
dont les deux héros masculins combattent
les criminels avant tout grâce à
la ruse et à l'intelligence. John
Steed est alors décrit comme un
« loup pour les femmes et un amateur
d'ennuis », selon les mots de Macnee
lui-même.
À
la fin des 26 épisodes de la première
saison, à la suite d'un conflit
avec le syndicat des acteurs, Ian Hendry
quitte la série. À Steed
se joint alors Honor Blackman dont le
personnage de Cathy Gale est une féministe
convaincue, aussi experte en judo qu'en
sciences humaines et chevauchant volontiers
une énorme motocyclette Triumph.
Réécrits pour une femme,
les scénarios font alors de Cathy
Gale le contre-point indispensable à
celui de Steed. Un cocktail de classicisme
et de modernité fait pour la première
fois son entrée à la télévision.
De l'avis de tous ceux qui ont connu cette
époque, c'est le personnage d'Honor
Blackman qui a le plus influé sur
le devenir de la série, celui de
Patrick Macnee ne faisant que s'orienter
« naturellement » vers une
satire de la bourgeoisie britannique,
de ses us et de ses tics. Le duo Steed/Cathy
Gale évoluera pendant deux saisons
de 26 épisodes.
Le
départ d'Honor Blackman en 1964
correspondra également à
des changements dans l'équipe de
production. Julian Wintle, à qui
ABC confie les rènes de la série,
s'adjoint Albert Fennell et Brian Clemens.
Ce dernier, scénariste, a déjà
écrit plusieurs des aventures des
Avengers. Il va devenir la véritable
cheville ouvrière de la série,
en apportant son style, son sens... du
nonsense et de prodigieuses idées
scénariques au couple Steed/Emma.
Le rôle de Mrs Peel, riche héritière
d'un industriel et jeune veuve d'un pilote
d'essai, est d'abord attribué à
une très belle et très talentueuse
actrice shakespearienne, Elizabeth Shepherd.
Mais après avoir visionné
les rushes des deux premiers épisodes,
les producteurs réalisent (heureusement
pour nous) qu'elle n'a ni le charme, ni
l'esprit qu'ils veulent insuffler au personnage.

Ils
se tournent alors vers une comédienne
de théâtre, Diana Rigg qui,
bien qu'elle pense ne pas convenir, accepte
le rôle... pour s'amuser un peu.
C'est le début d'une collaboration
d'une exceptionnelle qualité entre
les deux acteurs et leur équipe
de production. Diana Rigg est alors âgée
de 28 ans (Honor Blackman en avait 36
lorsqu'elle enfila les bottes de Cathy
Gale), mais le rôle lui va à
merveille. Pour... infiltrer le marché
américain, les épisodes
sont à présent filmés
en 35 mm, le côté typically
british de la série est décliné
à l'extrême grâce au
soin apporté aux accessoires, aux
costumes, à la musique (confiée
à Laurie Johnson) aux décors
et aux détails les plus infimes.
La garde-robe de Steed et de Cathy avait
déjà fait l'objet d'une
très grande attention (et de plusieurs
défilés de présentation).
C'est encore plus vrai pour les saisons
Emma Peel, dont les vêtements, mais
aussi la montre, seront dessinés
par le styliste John Bates lors de la
saison noir et blanc, par Alun Hughes
au cours de la saison couleurs.
Aux ensembles de cuir que portait déjà
Cathy Gale s'ajoutent des vêtements
très « dans le vent »...
et beaucoup plus sexy !, en particulier
les fameurs Emmapeelers de crimplène
et de jersey, félines combinaisons
créées par Alun Hughes.
Grâce à un cascadeur de grand
talent, Ray Austin, Emma se voit dotée
d'une technique de combat mêlant
Kung-Fu et chorégraphie, tandis
que Steed se sert plutôt de son
parapluie-canne-épée-magnétophone-bombe-lacrymogène
ou de son melon blindé. Emma roule
en coupé Lotus Elan bleue ; Steed
en Vauxhall ou en Bentley, puis carrément
en Rolls au cours de certains épisodes
de la saison Tara King, laquelle dispose
d'une Lotus rouge. Mère-Grand,
lui, se déplace en mini-moke, comme
les habitants du Village, dans Le
Prisonnier. Ce soin du détail
se maintiendra tout au long de la série,
lui conférant un look inimitable
et inoubliable.
À
l'issue de la saison 67-68, Diana Rigg
quitte à son tour Chapeau Melon
et Bottes de Cuir. Les épisodes
en couleurs ont eu un immense succès
à l'étranger et, aux États-Unis,
Diana Rigg reçoit une nomination
pour un Emmy Award – que remportera
Barbara Bain, la Cinnamon de Mission
: Impossible (quel dilemme pour les
votants !). Après avoir tourné
dans quelques films, dont un James Bond,
Diana Rigg retourne à sa première
passion, le théâtre, où
elle excelle encore aujourd'hui, au point
de recevoir récemment le titre
honorifique de "Lady" accordé
par la Reine Elizabeth en personne.

Merci
au site Deadline
pour cette photo !
Clemens
et Fennell, un moment évincés
de la production, retrouvent Patrick Macnee
en compagnie d'une toute jeune femme de
21 ans, Linda Thorson, engagée
en leur absence. Son inexpérience
leur paraît bien grande pour qu'elle
puisse succéder à Diana
Rigg, mais il est trop tard pour reculer
: les 33 épisodes à venir
ont déjà été
vendus à la télévision
américaine. Comme Emma, Tara est
une jeune femme de son temps et porte
souvent mini-jupe ou culottes courtes,
mais elle se maquille et aime les bijoux,
ce qui n'était pas le cas de Mrs
Peel. Les relations de Steed avec Tara
sont manifestement plus intimes qu'elles
ne l'étaient avec ses partenaires
précédentes : il arrive
quelquefois à la jeune femme de
passer la nuit dans l'appartement... Le
personnage de Mère-Grand, qui devait
simplement être de passage dans
Ne m'oubliez pas (l'épisode
où Emma et Tara se croisent dans
l'escalier de l'appartement de Steed),
est plébiscité par le public
américain et Clemens et Fennell
en font un supporting character
régulier.
Côté
production, les scénarios rendent
souvent hommage à d'autres personnages
ou œuvres de fiction prestigieux
: de Sherlock Holmes (Trop d'indices)
au Prisonnier (Étrange
hôtel). Mais la magie des années
Diana Rigg manque aux spectateurs américains,
et la série est abandonnée...
tandis qu'en France, Linda Thorson comble
un public qui lui restera très
longtemps fidèle. En
1975, un producteur français, Rudolph
Roffi, contacte Brian Clemens pour faire
tourner Linda Thorson et Patrick Macnee
dans un spot publicitaire pour du champagne.
Il finit par convaincre Clemens et Fennell
de ressusciter Chapeau Melon et Bottes
de Cuir... grâce à des
capitaux français et canadiens.
Plusieurs épisodes seront tournés
au Canada, et certains seront même
réalisés par des Français.
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Temps
forts et temps faibles de la série
Les
saisons Diana Rigg sont de l'avis général
les plus belles. Il vaut mieux, bien entendu,
les voir en premier, avec une préférence
pour la saison couleurs, qui est la plus
achevée à tous points de
vue. Ensuite, on se doit de voir la saison
Linda Thorson, qui doit beaucoup à
la précédente et dont l'esprit
est très proche. Un certain nombre
d'épisodes des saisons Honor Blackman
sont aujourd'hui disponibles en vidéo
et méritent d'être vus, d'abord
pour l'actrice elle-même, ensuite
parce qu'ils présentent un intérêt
historique et de curiosité.
Il
vaut mieux ne pas commencer par les
New Avengers, dont l'esprit est très
éloigné de l'âge d'or
de la série. Il n'y a ni début,
ni fin à proprement parler, mais
il est bon de voir l'épisode «
charnière » Emma/Tara,
Ne m'oubliez pas, à sa place
entre les saisons 5 et 6.
Épisodes
remarquables, à ne pas manquer
: (à l'époque je
n'avais pas vu les trois premières
saisons)
4e
saison (Diana Rigg, Noir et Blanc) :
Les cybernautes, Voyage sans retour, Castle
De'ath, L'heure perdue, Un Steed de trop,
Faites de beaux rêves, Le club de
l'Enfer, Du miel pour le prince et
le sublime Héritage diabolique,
épisode toutefois un peu atypique,
qu'il ne faut peut-être pas voir
en premier.
5e
saison (Diana Rigg, couleurs) :
Bons Baisers de Vénus, Remontons
le temps, L'homme transparent, Le vengeur
volant, Le tigre caché, Caméra
meurtre, Interférences, Le Joker,
Rien ne va plus dans la nursery, Le retour
des cybernautes, La porte de la mort,
Meurtres à épisodes, Le
village de la mort, Mission très
improbable
6e
saison (Linda Thorson, couleurs) :
Ne m'oubliez pas, À
vos souhaits, Mais qui est Steed ?, Jeux,
Miroirs, Clowneries, Étrange hôtel,
Bizarre.
The
New Avengers : Le
repaire de l'Aigle, Le dernier des cybernautes,
Le baiser de Midas et Cible.
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